Le site archéologique de Cherré est un complexe protohistorique et surtout antique, situé à Cherré, hameau de la commune d'Aubigné-Racan, en France.

Le site, au carrefour des territoires des Andécaves, des Aulerques Cénomans et des Turons, est tout d'abord une nécropole hallstattienne puis laténienne, comprenant des mégalithes, des tumulus, des sépultures et des dépôts d'armes rituels. La nécropole est probablement en relation avec un éperon fortifié situé non loin. Le complexe gallo-romain, dont la construction débute vers la fin du , connaît son apogée aux et s'étend alors sur plus d'une quarantaine d'hectares. Toutefois, il ne semble pas faire l'objet d'une occupation permanente, comme en témoigne l'absence de trace probante d'habitat ou de voirie structurante. À cette époque, le complexe de Cherré se présente comme une , dédiée au culte impérial ou à un culte guerrier, lieu de rencontres saisonnières, commerciales et religieuses. Son utilisation cesse au . Ses monuments, dès lors abandonnés, servent de carrière de pierres pour de nouvelles constructions au Moyen Âge, églises romanes notamment. Ses ruines, qui se situent sur la rive droite du Loir, sont connues dès le début du , mais il n'est formellement identifié comme site antique qu'en 1875 et son étude approfondie ne débute que dans les .

Les fouilles d'État, entreprises en 1976 par Claude Lambert et Jean Rioufreyt, et poursuivies jusqu'en 2006, permirent de mettre au jour la nécropole halstattienne, un théâtre antique de trois mille places, un bâtiment peut-être à double vocation ( et ), deux temples, dont l'un assez semblable extérieurement à la Maison carrée de Nîmes, des thermes romains, et enfin un aqueduc alimentant l'ensemble du site. D'autres bâtiments, dont la fonction n'est pas connue, sont localisés mais restent à étudier.

Cherré est un site naturel classé depuis 1975. Le théâtre est classé au titre des monuments historiques en 1982 et, en 1991, ce sont tous les autres vestiges qui font l'objet d'une protection par inscription. Le site est une propriété du conseil départemental de la Sarthe qui, depuis la seconde moitié des , procède à des aménagements permettant un accès facilité aux ruines antiques et une meilleure information du public. Localisation et environnement vignette|gauche|alt=Carte représentant l'emplacement d'un site antique dans son environnement géographique.|Le site de Cherré dans son environnement.. vignette|alt=Carte représentant l'emplacement de vestiges antiques sur un plan moderne.|Plan du site antique...

Le site de Cherré est localisé dans l'extrême sud du département de la Sarthe, non loin de l'Indre-et-Loire et du Maine-et-Loire. Il se trouve, à vol d'oiseau, à au sud-ouest du chef-lieu communal d'Aubigné-Racan, de part et d'autre de la qui relie Vaas, à l'est, au Lude, à l'ouest. Le lieu-dit aubignanais est à du Mans et à de Laval.

Mesurant plus de du nord au sud, il couvre plus d'une quarantaine d'hectares. à une altitude s'abaissant progressivement de au niveau du théâtre et du marché- à près des thermes.. Une barre rocheuse, culminant à l'altitude de , domine le complexe antique vers l'ouest et son extrémité sud a été fortifiée à l'âge du bronze.. Son emprise se situe dans un vaste méandre de la rive droite du Loir, qui coule à ; une zone marécageuse occupait, à l'époque antique, une partie du site, notamment au niveau du grand temple et, plus au sud, vers le Loir.. vignette|alt=Photographie en couleurs et en gros plan d'une pierre au grain moyen, de couleur brun-roux.|Moellon de grès roussard (Cherré). Dans la commune voisine de Coulongé, se trouvent des gisements de grès, essentiellement un grès roussard du Cénomanien supérieur, employé pour la première phase de construction des monuments, mais aussi un grès plus blanc utilisé lors des réaménagements ou des agrandissements du .. Le grès est préféré au tuffeau qui constitue le coteau du Loir sur sa rive gauche.. Une carrière, à proximité de l'agglomération lavalloise, a certainement pourvu en blocs taillés de calcaire rose plusieurs monuments gallo-romains du site de Cherré, notamment pour réaliser les décorations de ces édifices..

La mise au jour d'une , dénommée « chemin des Romains », dont l'exploitation s'est prolongée jusqu'au cours du haut Moyen Âge, et qui traverse la commune de Saulges en droite ligne de la route qui va jusqu'à Chenu, entraîne plusieurs hypothèses. Le complexe antique de Vaas pourrait indiquer l'embranchement d'un axe de réseau viaire, menant vers le nord-ouest en aval de la traversée du Loir. Ce tracé, quoique situé à un point de raccordement, conserve son orientation d'origine pour atteindre (Le Mans) d'une part et Chenu d'autre part. Quoique les vestiges de cet itinéraire antique demeurent discontinus, la direction prise par l'une des deux branches de ce réseau antique suggère que celle-ci passe par la zone nord-ouest de la commune d'Aubigné-Racan.. Les récents travaux de prospections archéologiques effectués dans cette région sarthoise (arrondissement de La Flèche et canton du Lude), confirment que Vaas, proche de Cherré, est traversée par un chemin antique reliant à (l'actuelle ville de Tours). Les restes de cet itinéraire d'époque gallo-romaine, quoique partiels, ont été très clairement identifiés sur le territoire védaquais au niveau du lieu-dit le « Gué de La Pierre ».

En 2001, un buste d'Amour en bronze (probablement une applique, haute de ), actuellement conservé au « Carré Plantagenêt », au Mans, est découvert fortuitement. à à l'est-sud-est de Cherré, sur la rive gauche du Loir, à « la Bodinière » (Vaas). Daté de la première moitié du , il est comparable à des trouvailles faites sur les sites antiques de Berrouaghia en Algérie ou de Volubilis au Maroc.. À la suite de cette découverte, et bien que les lieux aient été partiellement bouleversés par l'établissement, en 1863, de la ligne ferroviaire reliant Aubigné-Racan à Sablé-sur-Sarthe, une , qui a peut-être appartenu au notable ayant contribué à la construction d'une partie des bâtiments du complexe gallo-romain, est inventée grâce à des sondages réalisés par Claude Lambert et Jean Rioufreyt en 2004... Elle est composée de deux bâtiments encadrant symétriquement une cour centrale. ; l'applique en bronze, probablement importée de la région de Rome ou d'Alexandrie, témoigne de son opulence décorative..

Toponymie vignette|alt=Extrait d'une carte ancienne en couleurs.|Cherré sur la carte de Cassini.

Eugène Vallée et Robert Latouche, dans leur Dictionnaire topographique du département de la Sarthe paru en 1952, signalent pour Cherré, sur la commune d'Aubigné-Racan, les mentions de la carte d'Hubert Jaillot (Cherray en 1706), celle de Cassini (Cheré vers 1765), puis celles de la carte d'État-Major (Cheray en 1820-1866) et enfin la mention de Cherray dans un texte de François Liger en 1896. Les mêmes auteurs, ainsi qu'Ernest Nègre., font également état de deux mentions très anciennes, Karaico, sur un acte de 616 et decima de Cherreio en 1170 ; Vallée et Latouche attribuent ces toponymes à Cherré, commune limitrophe de La Ferté-Bernard., suivant en cela Thomas Cauvin (1845).. Une étude menée au début des par Jean-Pierre Brunterc'h, conservateur en chef du patrimoine, montre que l'assimilation de Kariacus (forme corrigée de Karaico) à Cherré (Aubigné-Racan) est une hypothèse recevable..

Le toponyme pourrait être dérivé du terme latin ou , dont l'équivalent gaulois est ., ou encore du latin , signifiant « char », « chariot » ou « charrette ».. Le terme, auquel est ajouté le suffixe -iacum ou -iacus pour donner « Carriacus » (ou Kariacus) et , terme de déclinaison latine, est attesté dans certains textes de Pline l'Ancien et désigne généralement un char à deux roues ou une charrue.. Ce mot peut être également accompagné des déclinaisons latines -a ou -ulum.. Ce terme englobe les notions relatives au « transport », en particulier celui à vocation économique. Il indiquerait ainsi la proximité d'une voie de circulation antique ou médiévale fréquentée par les chars et les charrettes., voire, de manière plus précise, un ..

De la Préhistoire à l'époque contemporaine Néolithique et Protohistoire vignette|alt=Photographie en couleurs d'un dolmen.|Dolmen d'Amenon. La présence humaine permanente dans le sud de la Sarthe remonte au moins au Néolithique. Un ensemble mégalithique, le dolmen dit d'« Amenon », fouillé dans les à Saint-Germain-d'Arcé, a été utilisé comme lieu de sépulture à la fin du quatrième millénaire avant Jésus-Christ. De nombreux autres dolmens ou menhirs sont signalés à Aubigné-Racan et dans les communes voisines, comme Vaas (dolmen dit de « la Pierre Couverte »..) ou Dissay-sous-Courcillon, ainsi que plusieurs enceintes protohistoriques..

En bordure du site, des tertres ont été signalés. Ces lieux cultuels, datés de la fin de l'âge du bronze et du « Hallstatt A1 », semblent avoir été érigés dans un objectif d'.. vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'une vallée au-delà d'un rideau d'arbres au premier plan.|La vallée du Loir vue depuis le camp de Vaux. À au sud-sud-ouest du lieu-dit aubignanais, un éperon, le « camp de Vaux », est occupé dès le . ; il surplombe le Loir. Sa phase de fortification s'accompagne, au nord-est et dans la vallée, sur le site de Cherré, de la création d'une nécropole de l'âge du bronze et du Hallstatt. Cette nécropole, où des armes faisant l'objet de dépôts rituels ont été retrouvées, est établie au carrefour de trois territoires gaulois, celui des Turons au sud-est, des Aulerques Cénomans au nord et des Andécaves au sud-ouest..

Même si elle est, à l'âge du fer, peu visible en l'absence de vestiges architecturaux, la vocation commerciale du site au sein de la vallée est importante et elle va s'amplifier après la conquête romaine. Au terme de cette période, au cours de La Tène « B2 » et « C1 », Cherré fait partie intégrante du territoire cénoman..

Antiquité vignette|alt=Représentation en couleurs d'un extrait de carte antique.|Extrait de la table de Peutinger mentionnant Fines (Vaas) entre Subdinnum (Le Mans) et Casaroduno (Tours).

Dans l'Antiquité, le site devint un vicus de la Gaule romaine se trouvant à l'écart de la grande voie de communication qui relie Caesarodunum (Tours) à Vindunum (Le Mans) en passant par Vaas et de celle qui, passant par le Lude et Coulongé à l'ouest, relie Le Mans à Poitiers. Il est desservi à cette époque par plusieurs voies secondaires ou chemins, probablement hérités de la Protohistoire, et le Loir est alors navigable.. La parure monumentale est mise en place dans la seconde moitié du . Des agrandissements et des remaniements sont opérés moins de cent ans plus tard sur chacun des monuments étudiés. Au début de la période impériale, hormis ceux de Cherré et de Sainte-Gemmes-sur-Loire (cité appartenant à la des Andécaves), peu de sites implantés dans l'Ouest de la Gaule bénéficient de la mise en place d'une parure monumentale aussi complète. C'est à cette époque, au cours de la période flavienne, que le lieu-dit aubignanais connaît un important développement politique et administratif de type édiliaire. L'occupation se poursuit de manière intensive jusqu'à la fin du . Cherré doit, pendant cette période, accueillir des manifestations saisonnières commerciales, mais également des célébrations du culte impérial romain. L'absence de voirie organisée et de vestiges d'habitat exclut, a priori, une occupation permanente..

Divers facteurs peuvent être invoqués pour expliquer l'abandon du site entre la fin du et le début du : insécurité, crise économique et politique, émergence du christianisme.

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