Périclès Grimanelli né à Marseille le et mort à Neuilly-sur-Seine (Seine) le , est un avocat et haut fonctionnaire français, préfet de département et directeur des prisons, qui a contribué à une modernisation des tribunaux d'enfants. Il est également essayiste positiviste, admirateur d'Auguste Comte et adepte de Pierre Laffitte. Après la mort de Laffitte en 1903, il devient un des personnages du courant positiviste connu comme Laffittisme. Biographie Périclès Grimanelli naît le à Marseille.. Ses parents sont grecs. Il est élève au lycée Thiers de Marseille où il se distingue par un prix d'honneur en philosophieJacques Delmas, Histoire du Lycée de Marseille, imprimerie de Marseille, 1898 . et un premier prix national de dissertationBulletin officiel Ministère de l'instruction publique, Ministère de l'éducation nationale, ed. Impr. Nationale, 1864. Il étudie à l’université d'Aix et y obtient des licences en droit et ès lettres. En 1868, à 21 ans, il prend la nationalité françaiseM. Reynaud, Fonds Émile Corra (Société positiviste internationale) (1791-1956), Inventaire analytique, Archives nationales (France), 1992. Cela lui permit de s'installer avocat au barreau de Marseille, ce qu’il est jusqu’en 1877.
Entre 1872 et 1876, Grimanelli contribue à des journaux républicains marseillais : L'ÉgalitéRevue de France, juillet 1872 Fiche de l'Égalité sur le site de la BNF, la Tribune républicaineLa Petite Gironde, 7 janvier 1873 et le PeupleLe Radical, 3 novembre 1881.
Avocat à Marseille
Pendant l'insurrection à Marseille en 1870-1871, il est l'avocat républicain qui accueille le dans son cabinet l'entrevue de Gaston Crémieux, chef de l'insurrection, et Giraud Cabasse, représentant du pouvoir. Peu après, il est le défenseur de Charles Alerini, membre de l'Association internationale des travailleurs (AIT), incarcéré pour sa participation à l'insurrection du à Marseille, mais libéré le à la proclamation de la République. En Grimanelli est un des douze avocats qui défendent Crémieux et les insurgés devant le tribunal militaire qui les condamne à mort pour l'insurrection du Affaire de l'insurrection du 4 avril 1871 à Marseille in : Le petit Marseillais, 15 juin 1871. Alerini, réfugié en Espagne, est alors condamné par contumace et c'est encore Grimanelli qui gère son dossier de grâce en 1879Charles Alerini, in: Dictionnaire des militants anarchistes, 2007.. Grimanelli a d'ailleurs présidé en 1876 une réunion privée de soutenant la proposition d'amnistie des communardsLe Républicain de Finistère, 2 mai 1876, (cf.: Victor Hugo et l'amnistie des communards, sur le site du Sénat )..
Après les troubles de 1870-1871, le gouvernement avait renforcé son contrôle sur le conseil municipal, qui change alors souvent de composition. Périclès Grimanelli devient conseiller municipal de Marseille en et, à peine trois mois plus tard, ce conseil est dissout par le préfet Jacques de TracyFrançois-Xavier Emmanuelli et Roland Caty La Provence contemporaine : de 1800 à nos jours, Éditions Ouest-France (sans date, sans pagination)Journal des débats politiques et littéraires, 28 octobre 1900.
Après la crise du 16 mai 1877, Grimanelli entre dans l’administration publique. Le il est nommé secrétaire général de la préfecture, d’abord des Hautes-Pyrénées, mais le la destination est changée pour l'Ariège. Il y croise Octave Mirbeau, qui vient de quitter son poste de chef de cabinet de la préfecture pour devenir rédacteur de l'AriégeoisPierre Michel, Mirbeau en Ariège. Le journaliste Mirbeau n'est pas tendre pour GrimanelliOctave Mirbeau, Correspondance Générale, Tome I, L'Âge d'Homme, 2002 .
Il est encore secrétaire général de l'Aude du au , puis de Meurthe-et-Moselle avant d’être promu préfet de département en 1881.
Préfet de département
Sur une période de 20 ans, Grimanelli est à la tête de 7 départements successifs : préfet des Deux-Sèvres (1881-1883), de la Haute-Savoie (1883-1885), du Gard (1885-1889), de la Charente-Inférieure (1889-1893), de l'Oise (1893-1896), de la Loire (1896-1900) et des Bouches-du-Rhône (1900-1901)René Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets (septembre 1870-mai 1982), France Archives. Alerini, revenu en France en 1881, est pendant sept ans le chef de cabinet du préfet Grimanelli : dans les Deux-Sèvres, dans la Haute-Savoie et dans le Gard. Dans l'Oise, Grimanelli prend son fils Georges comme attaché de cabinet et dans la Loire, Georges est son chef de cabinet.
Dans les Deux-Sèvres, très vite après la promulgation des lois Jules Ferry, il prend l'initiative de la création de multiples écoles rurales Rapports et délibérations / Conseil général des Deux-Sèvres, 1889 et il continue cela en Haute-SavoieRapports et délibérations / Conseil général de la Haute-Savoie, 1884, .
Dans le Gard, Grimanelli doit affronter la crise de la métallurgie, et il ne peut pas prévenir la faillite des forges de Bessèges en 1889Conseil des Ministres, in : L'Oued-Sahel, juillet 1888 Raymond Bizot, Patrimoine Industriel. Les usines à fer de Bessèges, La Marseillaise, 2 mai 2015.
Dans cette période de sa vie, Grimanelli se met en accord à un gouvernement central régissant la politique locale. Il s'immisce dans l'affaire du dossier de Numa Gilly, député du Gard et doit le révoquer deux fois comme maire de NîmesNuma Gilly, Mes Dossiers, Introduction d'Élie Peyron, 1889Le revoqué d'hier et Révocation de Numa Gilly, in: L'Intransigeant, 6 décembre 1888 La presse, 27 février 1889, ]. Plus tard dans sa vie, il souhaite que les préfets soient tenus en dehors de la politique locale. Dans le Gard, il attrape la variole pendant une visite à la maison des détenusRapports du Préfet, procès-verbaux des délibérations / Conseil général du Gard janvier 1889, . Plus tard, il s'occupera de l'hygiène dans les prisons.
Grimanelli, nommé préfet de la Loire, et son sous-préfet Abeille contrecarrent pendant presque quatre ans le conseil municipal socialiste de Roanne et le maire AugéJean-Philippe Madani, La naissance du socialisme municipal à Roanne, extrait de "Cent ans de socialisme dans la Loire" (2007), in: Forez Info, 6 mars 2016.. Leur attitude est qualifiée de « mauvaise volonté »Pauline-Laure Lauxerois, Histoire des bibliothèques municipales à Roanne au , Mémoire de Recherche, ENSSIB Lyon, juin 2010.
Dans la Loire, il a surtout à gérer la grève des mineurs à Saint-ÉtienneStatistique des grèves et des recours à la conciliation et à l'arbitrage survenus pendant l'année 1899, Imprimerie nationale, 1900 et la visite, en , de Jean Jaurès comme arbitre entre les mineurs et les compagniesIncidents de Saint-Étienne, Figaro : journal non politique, 6 janvier 1900 Jean jaurès, Œuvres: Défense Républicaine et Participation ministérielle, Chapitre sur Les mineurs de la Loire, 1-6 janvier 1900, Fayard, 25 sept. 2013 (sans pagination). Pendant ses quatre années dans la Loire, Grimanelli vit à proximité de la colonie pénitentiaire pour enfants colonie agricole et industrielle de Saint-Genest-Lerpt (maintenant un faubourg de Saint-Étienne)Bruno Carlier, Sauvageons des villes, sauvageons aux champs, thèse, Lyon 2004, note 526. Plus tard, il s'occupera des mineurs délinquants.
À la fin du , la majorité du conseil municipal de Marseille était devenue socialiste, avec comme maire socialiste Siméon Flaissières. Marseille souffrait d'une vague de grèves qui paralysaient la ville et réduisaient sa prospérité. Le , après la grève du 14 au à Marseille, le gouvernement Waldeck-Rousseau remplace le préfet des Bouches-du-Rhône Paul Joseph François Marie Floret par Grimanelli. Pendant l'accueil officiel, le nouveau préfet et le maire socialiste Siméon Flaissières s'expriment en des termes conciliants : « Le temps et le préfet sont changés ».
En , Paul Kruger, le président du Transvaal en exil après la seconde guerre des Boers, arrive à Marseille et est acclamé par une foule de Johannes Meintjes, President Paul Kruger : A Biography, Londres, Cassell, 1974, .. Le préfet Grimanelli est gêné de ne pouvoir l'accueillir officiellementL'Arrivée du président Kruger à Marseille, Journal du Loiret, 23 novembre 1900.
Les grèves à Marseille continuent : Grimanelli doit surtout gérer, avec son secrétaire général Abraham Schrameck, la grève des dockers de , qui coïncide avec la visite du ministre Alexandre MillerandLéon de Seilhac, La grève des dockers de Marseille, Musée social : bulletin mensuel, juillet 1901Chronique de la quinzaine, 31 mars 1901Mileille Lartigue-Vecchié, Les grèves des dockers à Marseille de 1890 à 1903. La grève réclame d'abord une augmentation de salaire puis la journée de huit heuresJournal des débats politiques et littéraires, 19 mars 1901.
Après neuf mois à Marseille, Grimanelli serait, selon le journal anti-religieux La Calotte, « tombé en disgrâce » car il n'aurait pas voulu laïciser les hôpitaux marseillaisLa Calotte, 21 juillet 1901 et il est nommé par Waldeck-Rousseau, le , Directeur de l'Administration pénitentiaire.
Administration pénitentiaire
Grimanelli est directeur de l'Administration pénitentiaire, alors dépendant du ministère de l'Intérieur, de 1901 jusqu'à sa retraite en 1907, quand il est remplacé par Abraham Schrameck, son ancien secrétaire général à Marseille. Ensuite il est membre et secrétaire élu du Conseil supérieur des prisonsAnnuaire de l'Administration pénitentiaire, 1923 et membre du Conseil de direction de la Société générale des prisons et de son Comité de défense des enfants traduits en justice. Il s'occupe dans ses fonctions à l'Administration pénitentiaire beaucoup de la délinquance juvénileRapport présenté par M. P. Grimanelli, et Rôle des Institutions charitables par P.Grimanelli , in: Actes du Congrès Pénitentiaire International de Washington, octobre 1910, vol IV, Section des questions relatives à l'enfance et aux mineurs, Groningen 1912.
Il est favorable à une approche plus éducative que répressive, prenant pour bases les sociétés de patronageP. Grimanelli (note biographique), in: Patrick Dubois, Le dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire de Ferdinand Buisson, répertoire biographie des auteurs, Publications de l'Institut national de recherche pédagogique, 2002, nr. 17 . les conseils de tutelle (conseils de famille)Bulletin de l'Union des sociétés de patronage de France, 1908 et un régime d'orthopédie morale (expression tiré de sa conférence L'enfance coupable, 1905)Pierre de Casabianca, Rapport au Congrès international des tribunaux pour enfants, 1911. Son rapport de 1905 annonce la nécessité de la réforme de la Loi sur l'éducation et le patronage des jeunes détenus de 1850Rapport de M.Grimanelli, in: Revue des Institutions pénitentiaires, 1905 . Proposant des catégories d'âge au-dessous de 12 ans et de 12 à 18 ansJacques Teutsch, Les tribunaux pour enfants et les Conseils de tutelle, in : L'Enfant : organe des Sociétés protectrices de l'enfance, 25 janvier 1907, ., il lance un avant-projet de loi en 1908-1909Avant-projet de loi sur les mineurs de moins de 18 ans, auteurs ou complices d'infractions à la loi pénale. Rapport présenté au Conseil supérieur des prisons au nom de sa sous-commission, par M. Grimanelli, 1908, et Avant-projet de la loi sur les mineurs de moins de 18 ans, auteurs ou complices d'infractions à la loi pénale. Nouveau rapport présenté au Conseil supérieur des prisons pour la deuxième lecture, par M. P. Grimanelli, 1909. Grimanelli participe également à la création de la loi de 1912 sur les tribunaux pour enfants et adolescents et sur la liberté surveilléeJacques-Guy Petit Une justice de proximité : la Justice de paix, 1790-1958, Presses Universitaires de France, 31 janv. 2018, chapitre II (sans pagination).
Essayiste positiviste