Avant la Seconde Guerre mondiale, il existait à Łódź, compte tenu de l'importante population juive de la ville, plusieurs synagogues importantes et de nombreux autres lieux de prière juifs. La Grande synagogue de Łódź, aussi désignée synagogue réformée de Łódź, située au 2 Spacerowa (maintenant 2 boulevard Kosciuszko) et inaugurée en 1887, sera détruite comme la plupart des autres lieux de culte juifs de Łódź, par les Allemands en novembre 1939, peu de temps après leur invasion de la Pologne.
Histoire de la communauté juive progressiste de Łódź La ville de Łódź est une ville récente qui s'est développée énormément au cours du et siècle. La communauté juive de Łódź, qui était avant la Seconde Guerre mondiale la seconde en Europe a suivi la même trajectoire. En 1807, on ne compte à Łódź que 430 habitants dont 55 Juifs. Un siècle plus tard, en 1909, la ville a une population totale de habitants dont Juifs. Au début de la Seconde Guerre mondiale, la communauté juive représente personnes, soit 40 % de la population totale: Ryszard Bonisławski et Symcha Keller: Lodzkie judaika na starych pocztowkach; éditeur: Piatek Trzynastego; Łódź; 2002; page: 7;
Dans un premier temps, les Juifs s'installent au centre de la vieille ville, autour de Stary Rynek (place du Vieux Marché). C'est le seul quartier où ils ont l'autorisation de s'installer par un décret russe de 1827. Cette interdiction perdure, à quelques exceptions près jusqu'en 1862.
Comme dans de nombreuses autres villes polonaises, il existe dès la première moitié du , un groupe croissant de Juifs progressistes: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; éditeur: Ibidem; Łódź; 2000; page: 36; , partisan de la Haskala composé principalement d'hommes d'affaires riches et instruits: Krzysztof Stefański et Rafał Szrajber: Lodzkie synagogi Wirtualne dziedzictwo zaginionej dzielnicy; éditeur: Księży Młyn; Łódź; 2009; page: 26; qui rompt avec la tradition orthodoxe et désire célébrer le culte à sa manière. Ce groupe très influent se voit autoriser certaines pratiques refusées aux orthodoxes, comme la liberté de se vêtir selon son choix. Pour cette raison, les Juifs orthodoxes leur sont hostiles, et méprisent leurs femmes qui ne peuvent pas se rendre, à cause de leur tenue, dans certains quartiers orthodoxes sans être montrées du doigt, insultées voire agressées.
Le , les personnalités les plus influentes parmi les Juifs progressistes, Icek Zajdeman, Ludwik Mamroth, Dawid Lande, Moryc Zand, Samuel Lande, Jakub Boehm, Dr Manes Goldratz, Lomnitz, Jozef Weyland et Jozef Zand déposent une plainte auprès des autorités gouvernementales. Dans cette plainte, ils accusent les dirigeants de la synagogue orthodoxe, Lejzer Berger, Icek Birencwajg et Jaub Horonczyk, d'opprimer les Juifs progressistes avec des charges financières exorbitantes, et les Hassidim, qui fréquentent la synagogue, de harcèlement et de persécution en raison de leur tenue vestimentaire et du fait qu'ils envoient leurs enfants à l'école secondaire : Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page:37. À la suite de cette plainte, les autorités de la ville de Łódź procèdent en novembre de la même année à une perquisition. En fin de compte, un jugement est émis indiquant qu'en cas de récidive, les coupables seront punis par le gouvernement de la ville.
Simultanément à la plainte déposée par les Juifs progressistes, les Juifs orthodoxes lancent leur propre contre-offensive. Szmul Jechezkiel Saltzman, un des plus riches commerçants de la ville, mais un hassid, demande que la lecture de la Torah soit payante pour les Juifs progressistes, et pour cette raison, il met sous scellés le rouleau de Torah: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page: 39.
Saltzman dont l'opinion est très appréciée des autres juifs orthodoxes, refuse de négocier avec Israel Weyland, qui cherchait à parvenir à un accord sur les paiements. À la suite de l'intervention du bourgmestre de la ville, le rouleau de Torah est descellé, mais en contre-partie, les progressistes acceptent de payer une redevance pour son utilisation.
Mais la situation va rester tendue entre progressistes et orthodoxes, si bien que les autorités municipales autorisent officiellement les progressistes à ouvrir leur propre lieu de culte, sous réserve que les revenus de la synagogue orthodoxe, représentée par Salzman ne soit pas réduits. Aux yeux des autorités, le fait que deux tendances religieuses partagent le même lieu de culte, s'avère problématique et risque de conduire à des malentendus, voire des incidents.
En 1840, il existait déjà une synagogue pour les Juifs progressistes, mais leur nombre augmentant au fil des ans, celle-ci était devenue rapidement insuffisante. Très peu d'informations nous est parvenu sur cette synagogue qui devait être très modeste et qui ne répondait plus aux aspirations de la bourgeoisie juive de Łódź. Aussi, dès les années 1860, la construction d'une nouvelle synagogue est envisagée
Construction de la Grande synagogue Les conflits entre les deux courants opposés du judaïsme vont continuer à empoisonner la vie religieuse des Juifs de Łódź, si bien qu'en 1866, la communauté réformée demande aux autorités de la ville l'autorisation de construire sa propre synagogue dans la moitié sud de la section 335, de la ville, qui s'étend de la rue Polnocna à la rue Srednia. Cette demande est refusée par le gouvernement de la ville de Łódź, mais il lui est proposé un emplacement au 307 de la rue Polnocna: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page: 41. Cet emplacement n'étant pas adapté aux besoins croissants de la population juive riche, celle-ci, vers 1880, décide d'utiliser pour les offices une synagogue privée située rue Zachodnia.
Au début de 1880, le comité de construction demande officiellement au conseil municipal l'autorisation de construire une nouvelle synagogue. Ce comité est composé des sept commerçants, industriels et propriétaires juifs les plus riches de Łódź. Dans une convention, ils déclarent qu'en raison de leurs coreligionnaires fanatiques, ils ne peuvent pas exercer leur pratique religieuse dans la ville de Łódź et ont donc décidé de construire une nouvelle synagogue séparée avec leur propre argent. À la signature de cette convention, chacun des membres verse alors la somme de roubles pour l'achat du terrain. Leur objectif est que le reste des coûts soit couvert par les recettes et la vente des bancs de la synagogue: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page: 42. Le bourgmestre de Łódź de l'époque appuie cette initiative et envoie un rapport au gouverneur Piotrowski demandant ue réponse positive: Krzysztof Stefański et Rafał Szrajber: Lodzkie synagogi Wirtualne dziedzictwo zaginionej dzielnicy; page: 27.
Peu après, le comité est élargi et comprend alors I. Poznanski, Sz. Heyman, J. Sachs, A. Baruch, I. Birnbaum, J. Silberstein, H. Wulfsohn et Izydor Kempinsky. Jakub Graff est nommé secrétaire. Le , Piotrowski décide que la question dépasse ses pouvoirs et transmet la demande au gouverneur général de Varsovie, soulignant qu'une nouvelle synagogue peut avoir une grande influence sur la réduction du fanatisme au sein du milieu juif: Krzysztof Stefański et Rafał Szrajber: Lodzkie synagogi Wirtualne dziedzictwo zaginionej dzielnicy; page: 43. Ce dernier juge que l'affaire peut être traitée dans le cadre des compétences du gouvernement de Piotrków. L'accord est finalement donné officiellement en juin 1880.
La nomination de I. Poznanski à la direction du comité, grâce à l'arrivée de plusieurs représentants de la classe moyenne, améliore considérablement la capacité financière du comité, ce qui va permettre de changer l'emplacement de la future synagogue: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page: 44.
Le comité retient alors pour la construction de la synagogue, l'architecte allemand Adolf Wolff qui s'est spécialisé dans les synagogues et qui possède déjà comme référence l'édification de celles de Nuremberg (1868), d'Ulm (1873), d'Heilbronn (1877), de Carlsbad (1877) et une construite selon les plans de Gustav Breymann, à Stuttgart (1859-1861). Cependant dans les archives de la ville de Łódź, les plans retrouvés, datés du sont signés par l'architecte de la ville, Hilary Majewski (1834-1892) en tant que concepteur des plans et responsable de la construction. Les historiens pensent que la raison de cette appropriation est probablement due au fait que la réglementation russe exige des autorisations appropriées pour la conception des bâtiments construits dans l'Empire russe. Wolff, architecte allemand ne possède pas les approbations nécessaires et a dû faire appel à l'architecte de la ville pour que les documents et les plans soient conformes aux lois russes applicables. Celui-ci a donc envoyé les plans aux autorités comme étant les siens. Ce qu'il a fait aussi pour une multitude d'autres bâtiments de la ville de Łódź: Krzysztof Stefański et Rafał Szrajber: Lodzkie synagogi Wirtualne dziedzictwo zaginionej dzielnicy; page: 29.
La construction de la nouvelle synagogue débute finalement, en mai 1881 et le la première pierre est posée. Les travaux sont réalisés par John Steck, entrepreneur à Łódź, assisté de l’architecte Julius Jung (1837-1916), qui modifiera sensiblement la forme finale de la synagogue par rapport aux plans initiaux, d'autant plus aisément que le concepteur original, Adolf Wolff, est décédé pendant la construction: Krzysztof Stefański et Rafał Szrajber: Lodzkie synagogi Wirtualne dziedzictwo zaginionej dzielnicy; page: 30.
Au départ, les travaux sur le bâtiment se déroulent à un rythme soutenu, mais ceux-ci vont être interrompus à cause de problèmes d’argent, qui empêcheront leur achèvement. Extérieurement, le bâtiment est terminé, mais il va manquer le financement pour compléter l'intérieur: Krzysztof Stefański et Rafał Szrajber: Lodzkie synagogi Wirtualne dziedzictwo zaginionej dzielnicy; page: 31. Le budget manquant est dû à la crise au début des années 1880 qui frappe l'industrie de Łódź. En 1884 les travaux sont arrêtés faute d'argent: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page: 47. On estime vers le milieu de l'année 1885, qu'il manque environ roubles pour terminer la synagogue. Comme le rapporte le Journal de Łódź, cela provoque railleries et dérision pour ces Juifs riches incapables de terminer leur synagogue.
Finalement, en 1887, les travaux peuvent reprendre après que le reste de l'argent a été récolté. Les dons de nombreux habitants de Łódź et de Varsovie apportent un soutien supplémentaire: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page: 48.
Le terrain est entouré d'une clôture de fer et l'achèvement de l'intérieur commence. La synagogue est officiellement inaugurée le par une cérémonie solennelle. L'acte notarié, qui rend la synagogue juridiquement indépendante de la communauté juive de Łódź, est signé le . Toutes les personnalités éminentes de Łódź sont présentes. La synagogue est décorée de fleurs et des drapeaux sont accrochés à la clôture en fer: Jacek Walicki: Synagogi i domy modlitwy w lodzi; page: 52. Selon la loi, la synagogue appartient à l'Association des fidèles de la synagogue, dirigée par Israel Poznanski. Les sommes collectées par les membres les plus riches de cette communauté se sont élevées finalement à roubles. Après six ans et de grandes difficultés, la synagogue est maintenant terminée: Krzysztof Stefański et Rafał Szrajber: Lodzkie synagogi Wirtualne dziedzictwo zaginionej dzielnicy; page: 32.
Description de la synagogue La synagogue est construite sur le modèle d'une église chrétienne selon un plan pseudo-basilical à trois nefs avec un transept. À l'est, les nefs se terminent par des absides, une grande au centre et deux plus petites de chaque côté. Ce schéma rappelle les basiliques romanes de France, de même que la forme extérieure de l’architecture rappelle l’art roman, associé à des éléments classiques.