Les réfractaires refusent des obligations légales pour contester l'armée ou, globalement ou circonstanciellement, la Défense nationale ou d'autres formes de réquisition.
Motivations Certains refus, comme l'insoumission ou la désertion, peuvent parfois résulter d'une spontanéité qui n'est pas essentiellement idéologique. Dans le cas contraire, les motivations politiques, philosophiques, morales ou religieuses sont variées, de même que leur champ d'application, par exemple : le refus des anarchistes ou des témoins de Jéhovah de tout service à l’État la désobéissance à un ordre particulier, comme une atteinte aux droits humains ou le bris d'une grève l'opposition à un conflit spécifique, comme une guerre coloniale la dénonciation d'un aspect de la politique de Défense, par exemple l'armement nucléaire, les ventes d'armes ou l'extension d'un terrain militaire.
Types de réfractaires Réfractaire à la conscription Insoumission L’appelé qui n’obéit pas à son ordre de conscription est un insoumis.
Religion La non-violence est une orientation chrétienne qui remonte aux origines. La position officielle de l’Église est contre le service militaire jusqu’au IVe siècle et le concile d’Arles (canon 3) qui impose aux chrétiens de servir dans l’arméeReprenant l’analyse faite par Hornus, Evangile et labarum, 1960 : « refus de la guerre et du service militaire, à cause de l’amour des hommes et du respect envers l’étrangerJacques Ellul, Contre les violents, Paris, Collection La petite vermillon, édition La Table Ronde, Paris, 2025, ; édition originale, Le Centurion, Paris, 1972 , de la petite Vermillon » et s’il y a des chrétiens soldats, Tertullien, à la fin du IIe siècle, le condamne. S’ils deviennent soldats ce n’est « que par contrainte, et ceci n’est pas approuvé ». « A la fin du IIIe siècle apparaissent en Afrique de nombreux martyrs […] le cas de Maximilien est le plus connu avec la formule célèbre : « je ne peux être soldat, je ne peux faire le mal, je suis chrétien. »Jacques Ellul, Contre les violents, Paris, Collection La petite vermillon, édition La Table Ronde, Paris, 2025, ; édition originale, Le Centurion, Paris, 1972 , de la petite Vermillon. Martin de Tours, ancien soldat qui après sa conversion, est aussi un exemple de ce refus de la guerre et de l’armée. L’Église condamne l’armée à travers le texte du IIe siècle, Tradition apostolique, de Clément d’Alexandrie, il y « est dit que celui qui possède le glaive doit le renvoyer, et que si un fidèle veut se faire soldat, qu’il soit rejeté de l’Église , « car il a méprisé Dieu »Jacques Ellul, Contre les violents, Paris, Collection La petite vermillon, édition La Table Ronde, Paris, 2025, ; édition originale, Le Centurion, Paris, 1972 , de la petite Vermillon. »
Progressivement il est opéré différentes atténuations ou mitigations à ce dogme : « on commence à faire la distinction entre le temps de paix (où il est permis d’être soldat) et le temps de guerre où le chrétien doit refuser d’aller à la guerre. On opposera alors le militare et le bellare ; le synode d’Elvire puis le concile de Nicée comprennent cette atténuationJacques Ellul, Contre les violents, Paris, Collection La petite vermillon, édition La Table Ronde, Paris, 2025, ; édition originale, Le Centurion, Paris, 1972, , de la petite Vermillon. » ; puis les chrétiens considèrent qu’un soldat qui se convertit peut rester soldat, mais « l’officier doit se démettre de son grade », mais certains soldats, qui peuvent le rester, refusent de combattre d’autres chrétiens ; L’Église catholique abandonnera ses convictions antimilitaristes en 314 par le concile d’Arles (canon 3) : les chrétiens sont désormais tenus de servir dans l’armée.
Après la guerre de 14, « Des Églises [re] prennent cette orientation [antimilitariste], ainsi certaines Églises baptistes, les Pentecôtistes, les Témoins de JéhovahJacques Ellul, Contre les violents, Paris, Collection La petite vermillon, édition La Table Ronde, Paris, 2025, ; édition originale, Le Centurion, Paris, 1972 , de la petite Vermillon. »
Objection de conscience L'objecteur de conscience refuse par conviction tout service militaire ou seulement le service armé ou certaines obligations circonstancielles.
Certains pays ont légalisé pour les objecteurs un service civil de remplacement ou un service militaire non armé. Dans le cas contraire ou s'ils n'ont pas pu ou su obtenir le statut, les objecteurs peuvent devenir insoumis ou déserteurs. Ils peuvent l'être aussi vis-à-vis du service civil pour en contester certains aspects.
En France, l’Église réformée admet que l’attitude des objecteurs de conscience est une vocation dans l’Église, qu’il y a là un signe prophétique. » Mais il y a différentes orientations dans le fait d’être objecteur de conscience : pour les uns, il suffit de se référer à l’absolu du commandement « Tu ne tueras pas ». Il n’y a là aucune atténuation. […;] Pour d’autres il y a surtout à chercher l’expression de l’amour. […] Il ne faut alors faire aucune distinction entre le bon et le méchant. […] c’est dans l’obéissance, le sacrifice et la non-résistance au méchant que l’action de Dieu se manifestera. [… soit] c’est en étant soi-même pacifié que l’on devient pacifique, [… soit] On considère en effet qu’en définitive toute violence sociale se ramène à une action de l’armée ou de la police ; s’il y a une oppression sociale, s’il y a une injustice de l’État, […] dès lors le point sur lequel il faut combattre est celui de l’armée. Car un État ou un ordre social privés de ce moyen d’agir ne peuvent plus se maintenir dans l’injustice et l’oppressionJacques Ellul, Contre les violents, Paris, Collection La petite vermillon, édition La Table Ronde, Paris, 2025, ; édition originale, Le Centurion, Paris, 1972 , 34-35-36 de la petite Vermillon. »
Renvoi et destruction de livret militaire Le renvoi et la destruction volontaire de livrets militaires sont des actes illégaux individuels ou collectifs, publics ou non, destinés généralement à protester contre la politique militaire ou un de ses aspects. Dans certains cas, ces actions de désobéissance civique sont effectuées en raison de l’absence de législation permettant de se déclarer objecteur de conscience après l’accomplissement du service militaire.
Europe Créée en 1997 à l'initiative du groupe italien (Ni juste ni utile, mouvement pour l'abolition du service national obligatoire militaire et civil) et de la Ligue hongroise contre la conscription ()., la coalition . a réuni des mouvements de onze pays.
Irlande right|thumb|290px|Engagement anti-conscription, Dublin, 18 avril 1918, avec les portraits des membres de la Commission épiscopale catholique et du Comité anti-conscription
Le , le gouvernement britannique, en manque de combattants sur le front de la Première Guerre mondiale, décide d'étendre à l'Irlande la conscription déjà obligatoire dans le reste de la Grande-Bretagne. Il s'attire ainsi l'opposition des nationalistes irlandais et de l'Église catholique. Le même jour, le Lord-maire de Dublin, Laurence O'Neill, rassemble un Comité anti-conscription constitué de Éamon de Valera (futur Président de l'Irlande) et Arthur Griffith, représentants du Sin Féin, William O'Brien et Timothy Michael Healy du Parti parlementaire irlandais, Michael Egan, Thomas Johnson et William O'Brien (homonyme du précédemment nommé) du Congrès des syndicats irlandais (Trade Union Congress - TUC) et du Parti travailliste. Les évêques catholiques déclarent que le décret est une loi oppressive et injuste. Le comité et l'épiscopat font afficher dans les églises le texte de l'engagement suivant qui est signé par des dizaines de milliers d’Irlandais : À l'appel du Parti travailliste, une grève de grande ampleur a lieu le . Le Trade Union Congress lance aux travailleurs d’autres pays impliqués dans la Grande Guerre un appel internationaliste à imiter l’exemple irlandais et à « se soulever contre leurs oppresseurs et à mettre fin à la guerre. » Il envoie un manifeste « Aux travailleurs organisés d'Angleterre, d'Écosse et du Pays de Galles » qui affirme que les travaillistes irlandais sont résolument contre la conscription pour toute guerre, qu’elle soit imposée par une autorité britannique, irlandaise ou toute autre autorité. Le mouvement travailliste britannique répond par un appel à son gouvernement pour qu’il n’applique pas la conscription en Irlande. En riposte à une éventuelle loi martiale, les travaillistes irlandais mettent au point un plan de grève générale et de résistance passive tout en garantissant l'approvisionnement alimentaire. Le retrait de la menace de conscription et la fin de la guerre rendent ce plan caduc.
Des Irlandais et des Irlandaises sont emprisonnées en Angleterre pour leur opposition à la conscription. Par exemple Constance Markiewicz et Maud Gonne sont incarcérées à la prison de Holloway où des suffragettes avaient mené une grève de la faim.
Portugal Des historiens comme Miguel Cardina et Susana Martins avancent le chiffre de , réfractaires et déserteurs portugais qui veulent se soustraire aux guerres coloniales en Afrique, notamment en Guinée, en Angola et au Mozambique.. Entre 1961 et 1970, près de Portugais en âge de faire leur service militaire entrent en France, la plupart insoumis ou déserteurs. Paris entretient d’excellents liens avec Lisbonne, membre fondateur de l’OTAN, en 1949, et vend d’ailleurs des armes utilisées dans les colonies. En 1971, pour décourager les réfractaires, les gouvernements portugais et français signent un accord réduisant les droits de séjour de ces exilés. En outre, pour obtenir le statut de réfugié politique, il ne suffit pas de refuser l’uniforme, il faut justifier d’activités politiques. Des Portugais « irréguliers » auraient été livrés aux autorités espagnoles qui les auraient remis à la police portugaise. L’avocat Jean-Jacques de Felice commente alors : ..
Fernando Pereira se réfugie aux Pays-Bas pour éviter la conscription. Photographe pour Greenpeace, il meurt le dans une opération organisée par les services secrets français destinée à couler le Rainbow Warrior, bateau de l'organisation.
Union des républiques socialistes soviétiques
Russie Lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, des cocktails molotov sont lancés contre des centres militaires de recrutement. et du matériel ferroviaire est saboté pour entraver les acheminements de matériels militaires..
Alexey Suhorukov, cofondateur de l'agence spécialisée en recrutement d'informaticiens IT-Academy, estime, en , que à informaticiens ont quitté la Russie après le . Beaucoup l'ont fait par refus de complicité avec le régime et par crainte de l'enrôlement militaire. L'un d'eux témoigne : 10 % des de Yandex, le moteur de recherche et portail russe, auraient émigré. La censure légale frappant l'entreprise avait déjà suscité des démissions. Un tiers des sociétés russes spécialisées dans la sécurité informatique essaient de transférer leurs activités et leurs salariés à l'étranger. Les défections vont engendrer du retard technologique, notamment dans le domaine de la défense.
Afrique du Sud vignette|André BrinkOpposé à l'apartheid, le mouvement Halte à la conscription, lancé en 1963, organise, en , à Johannesbourg, un Festival de la paix avec le soutien des principales Églises du pays, notamment l'Église catholique et le conseil des Églises d'Afrique du Sud.
L'écrivain André Brink refuse d'obéir à un amendement à la loi de Défense qui permet de rappeler sous les drapeaux les hommes jusqu'à l'âge de cinquante-cinq ans.
États-Unis d'Amérique Draft Riots Les Draft Riots (émeutes de la conscription) se déroulent violemment à New York du 13 au , après l'adoption, pour la première fois de l'histoire du pays, de lois sur la conscription par le Congrès des États-Unis. Les hommes réquisitionnés sont envoyés sur les champs de bataille de la guerre de Sécession, qui se déroule entre 1861 et 1865.
Première Guerre mondiale