La Mer est une ode de Tristan L'Hermite parue à la fin de l'année 1627 ou au début de 1628, dédiée à Gaston d'Orléans dit « Monsieur, frère du roi ». Il s'agit de la première plaquette imprimée du poète, qui signe de son pseudonyme Tristan sans mention de son nom de famille.

Une version corrigée, passant de trente-et-un à vingt-cinq dizains, a été intégrée dans le recueil des Vers héroïques de 1648.

Présentation Contexte Tristan L'Hermite rentre au service de Gaston d'Orléans, après une période de disgrâce dont la cause reste inconnue, dans le courant de l'année 1627. Ce prince, . Tristan l'accompagne dans sa participation au siège de La Rochelle, qui sert de cadre à sa composition.

Le jeune homme met à profit la relative , qui commence par une déploration sur la mort du sieur de Maricour, gentilhomme de Picardie et ami de Tristan, tué lors des combats autour de La Rochelle.

Dédicace La strophe XXV explicite la dédicace adressée à Gaston d'Orléans :

Divin GASTON, vois ce tableau Et ne m'impute point à blâme Si je te présente de l'eau, À toi qui parais tout de flamme. Nos oracles sont des menteurs Et nos devins des imposteurs, Ou tu joindras à ton domaine Tous les états et les confins Où le dieu des ondes promène Son char tiré par des dauphins.

Publications L'arrivée du Louis XIII entraîne le retour de son frère à Paris dès le mois de novembre. Tristan . Le poème compte alors trente-et-un dizains. De cette édition , un seul exemplaire est conservé à la Bibliothèque nationale de France.

Dans sa biographie du poète, Napoléon-Maurice Bernardin émet un doute sur l'année de publication, maladroitement imprimée MDCXVII.I, et sur la gratitude du dédicataire : . Dans les anthologies, la date de publication de La Mer est 1627 ou 1628. Il s'agit de la première plaquette imprimée du poète, qui signe de son pseudonyme Tristan sans mention de son nom de famille.

Le poème est corrigé, et ramené de trente-et-un à vingt-cinq dizains, dans le recueil des Vers héroïques en 1648. Cette version a été longtemps la seule retenue par les éditeurs.

Analyse Philippe Martinon relève que Tristan L'Hermite inaugure, avec ce poème, la forme du dizain d'octosyllabes sous la forme abab ccd ede :

III L'eau qui s'est durant son reflux Insensiblement évadée Aux lieux qu'elle ne couvre plus A laissé la vase ridée. C'est comme un grand champ labouré. Nos soldats, d'un pas assuré, Y marchent sans courir fortune, Et s'avançant bien loin du bord S'en vont jusqu'au lit de Neptune Considérer le Dieu qui dort. V Le Soleil, à longs traits ardents, Y donne encore de la grâce Et tâche à se mirer dedans Comme il ferait dans une glace. Mais les flots, de vert émaillés, Qui semblent des jaspes taillés, S'entre-dérobent son visage Et, par de petits tremblements, Font voir au lieu de son visage Mille pointes de diamants. X Mais voici venir le montant. Les ondes demi-courroucées Peu à peu vont empiétant Les bornes qu'elles ont laissées. Les vagues, d'un cours diligent, À longs plis de verre ou d'argent, Se viennent rompre sur la rive Où leur débris fait à tous coups Rejaillir une source vive De perles parmi les cailloux.

Dès 1960, Amédée Carriat propose un rapprochement avec Le Cimetière marin de Paul Valéry, paru en 1920 :

Cette étude détaillée a été réalisée en 1995, dans le cadre des Cahiers Tristan L'Hermite, autour des .

Postérité Éditions nouvelles En 1895, Napoléon-Maurice Bernardin publie en appendice de sa biographie de Tristan L'Hermite . En 1909, Adolphe van Bever reprend les vingt-cinq strophes de la version de La Mer intégrée dans une sélection de poèmes des Vers héroïques dans la collection « Les plus belles pages » pour le Mercure de France.

En 1925, Pierre Camo intègre La Mer dans sa sélection de poèmes des Vers héroïques. Il s'agit de la première édition du recueil depuis 1648. En 1960, Amédée Carriat retient dix-sept strophes de La Mer dans son Choix de pages de toute l'œuvre en vers et en prose de Tristan : cette ode, lÉglogue maritime et La Maison d'Astrée lui apparaissent comme de . En 1962, Philip Wadsworth reprend l'ode complète dans son choix de Poésies de Tristan pour Pierre Seghers.

Critiques Les avis sont partagés parmi les critiques littéraires : Jean Tortel estime que les poètes du début du sont . Napoléon-Maurice Bernardin juge également cette ode . Antoine Adam est enthousiaste devant l'.

Dès 1892, Pierre Quillard redécouvre le poème et s'émerveille de .

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