Le Parti démocrate progressiste (en espagnol Partido Demócrata Progresista, PDP) est un parti politique argentin, positionné au centre.
Continuateur de la Ligue du sud, le PDP fut fondé en 1914 par les forces progressistes et une partie des conservateurs, sous l’impulsion principalement de son chef historique Lisandro de la Torre, dans le but de s’opposer tant au radicalisme hipolitiste qu’au vieux parti conservateur du général Roca, en prenant en compte le nouveau contexte politique créé par l’instauration en Argentine du suffrage universel. Son programme fondateur comportait un volet institutionnel (constitutionnaliser la démocratie parlementaire, décentraliser), social (logements sociaux, législation du travail, accès à la propriété de la terre pour les petits agriculteurs), économique (stimulation de l’industrie locale, protectionnisme restreint, réforme fiscale), et professait le pacifisme.
Le parti eut un important écho dans la province de Santa Fe, plus particulièrement dans le sud de cette province et dans la ville de Rosario, son fief traditionnel, où il fit d’abord figure, tout au long de la décennie 1920, de principal parti d’opposition. Battu, face à la Concordancia, lors des élections présidentielles de 1931 convoquées au lendemain du coup d’État de 1930, il sortit cependant victorieux des élections provinciales de Santa Fe, et put livrer le gouverneur, en la personne de Molinas, qui eut ensuite le loisir de mettre en œuvre le programme du parti. En 1935, le PDP, par la bouche de De la Torre au sénat, critica vivement le pacte commercial Roca-Runciman conclu par le régime de la Décennie infâme avec la Grande-Bretagne ; l’exacerbation du débat (dit des viandes) conduisit au meurtre en plein sénat d’Enzo Bordabehere, autre figure de proue du parti, par un homme de main des conservateurs au pouvoir.
En 1945, le PDP se rallia à la coalition électorale Union démocratique constituée dans le but de mettre en échec Perón aux élections de 1946, mais en vain. Après le coup d’État de septembre 1955 et la chute de Perón, le PDP consentit à faire partie du Comité consultatif national mis sur pied par le nouveau pouvoir, puis apporta son concours à la réforme constitutionnelle de 1957. Par la suite, le PDP prit part à différents rendez-vous électoraux, toutefois sans jamais l’emporter. Après le coup d’État de 1976, des personnalités du PDP acceptèrent d’occuper des postes officiels sous la dictature, sujet ultérieur d’intenses débats internes.
La démocratie une fois rétablie en 1983, le PDP participa aux différentes confrontations électorales, souvent comme membre de coalitions, tantôt aux côtés du Parti socialiste et de l’UCR (sous la dénomination de Front progressiste, civique et social, 2006), tantôt avec le centre gauche (sous l’appellation de Coalition civique, 2007), grâce à quoi il réussit à plusieurs reprises à envoyer au parlement national un député pour le compte de son fief traditionnel, ainsi qu’à s’imposer à l’échelon local (provincial et municipal).
Origines
vignette|210px|Lisandro de la Torre, fondateur du PDP, aux côtés de membres du parti.
Le Parti démocrate progressiste (PDP) trouve son origine dans la Ligue du sud (en espagnol Liga del Sur), parti régional fondé en 1908 par Lisandro de la Torre dans la province de Santa Fe. En 1912, lors de la première élection provinciale sous la nouvelle loi électorale, la Ligue du sud, si elle ne parvint pas à obtenir la majorité à Santa Fe, sut en revanche faire élire Lisandro de la Torre député national.
Dans une perspective plus vaste, l’adoption en de la loi Sáenz Peña (instituant le suffrage universel masculin), la fragmentation du Parti autonomiste national (PAN) conservateur, et le désir d’endiguer la vague yrigoyéniste, formaient le ressort de la tentative de convergence de la majorité des forces libérales et conservatrices du pays en vue de mettre sur pied un grand parti national, institutionnalisé, moderne et organique.
De la Torre déclara à ce sujet :
Fondation et origine du nom
Aussi, en 1914, plusieurs partis provinciaux s’associèrent pour former le PDP. Le , à l’hôtel Savoy de Buenos Aires, se tint la réunion fondatrice, où Lisandro de la Torre, aves à ses côtés Joaquín V. González, Indalecio Gómez, Carlos Ibarguren, José María Rosa, Alejandro Carbó, Carlos Rodríguez Larreta, Mariano Demaría et d’autres, fut élu président du nouveau parti.
Au début, De la Torre souhaitait baptiser le parti Partido Progresista, cependant les autres membres, opposés à cette dénomination, convinrent qu’il incombait au Comité provisoire de résoudre le litige. Le , à l’issue d’un débat entre les dirigeants du parti, l’on opta pour le nom de démocrate progressiste. Selon le philosophe et essayiste Rodolfo Rivarola, l’appellation double reflétait la composition du parti : d’un côté, il y avait ceux qui croyaient à la démocratie et voulaient l’approfondir, et de l’autre, ceux qui estimaient, certes de bonne foi, que l’important étaient d’accéder au pouvoir, peu importe par quelle voie ; les premiers étaient les démocrates et les seconds les progressistes.
Projet politique et adhésions vignette|150px|Enzo Bordabehere.
Le Parti démocrate progressiste s’efforça ensuite de façonner, pour les besoins du camp libéral et de son action, un espace politique rénové, lequel espace avait été profondément affecté par la mise en place du suffrage universel et par la fin de l’hégémonie du roquisme. Le nouveau parti regroupait une dizaine de partis provinciaux, sans toutefois l’important Parti conservateur de Buenos Aires, dirigé par Marcelino Ugarte, ni le Parti provincial de Santiago del Estero, de Victorino de la Plaza, qui refusèrent de rejoindre le PDP.
Programme
En fut publiée la plateforme du PDP, laquelle, sous la plume de Carlos Ibarguren, préconisait de consolider le régime électoral en l’inscrivant dans le texte constitutionnel, plaidait pour une plus grande autonomie des entités fédérées, et proposait de transformer en provinces les territoires nationaux. Analysant le programme, son artisan souligna que l’ambition décentralisatrice en était le plus grand mérite, mais aussi la qualité caractéristique et distinctive du parti lui-même.
Le programme énonçait notamment :
Les points les plus marquants du programme avaient trait à l’impulsion à donner à la santé publique ; à la situation sociale et légale des travailleurs, des femmes et des enfants ; et à la plus grande participation de l’État dans le pilotage et la renforcement de l’économie ; ainsi qu’à la nécessité d’approfondir le processus (déjà amorcé) de substitution aux importations.
En matière sociale
Dans le domaine social, il était proposé de renforcer le rôle de l’État en matière de santé publique, ainsi que son action en faveur de l’amélioration des conditions de vie des travailleurs (construction de logements bon marché, mise en place dans toute l’Argentine d’une législation du travail ajustée aux particularités de chaque région et propre à protéger la santé et le repos du travailleur ; réglementation du travail des femmes et des mineurs ; prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles ; réglementation sur l’hygiène dans les usines et les ateliers et sur le travail à domicile ; création de tribunaux de conciliation mixtes composés de patrons et ouvriers ; et organisation de l’assistance sociale).
Économie
Sur le plan économique, le programme insistait sur la prise en compte de la situation actuelle de l’industrie argentine et préconisait d’encourager « l’exploitation et la transformation industrielle des produits naturels du pays, afin qu’ils puissent se substituer avec avantage à ceux similaires de l’étranger ». Il s’agissait tout à la fois de protéger le capital investi dans l’industrie et le commerce et de favoriser l’investissement de nouveaux capitaux étrangers. Les traités de commerce devaient être révisés pour « améliorer les conditions de pénétration de nos produits sur les marchés étrangers », à l’effet de quoi il était plaidé pour le développement d’une marine marchande argentine et pour une politique de stimulation des exportations. Un protectionnisme délimité n’impliquerait pas la fermeture des frontières, ni ne viserait l’autarcie, mais tâcherait au contraire d’accroître les exportations. La stimulation de nouvelles industries bénéficierait également au progrès économique des provinces de l’intérieur. Le programme prônait une législation sur le pétrole, propre à servir d’encadrement au secteur pétrolier et à défendre les intérêts qui lui sont liés. Un autre point du programme réclamait une réforme « scientifique » du régime d’imposition ; l’impôt devait se prélever « de préférence sur la richesse acquise et sur les bénéfices tirés de la production, afin d’alléger les charges pesant sur la consommation et sur les produits de première nécessité ». L’absentéisme des propriétaires serait sanctionné fiscalement. Le système bancaire devait réguler la circulation de monnaie et le change et dispenser le crédit au bénéfice du travail et de la production.
Agriculture
En ce qui concerne l’agriculture, le PDP était partisan de l’adoption d’une loi permettant à l’État de faire acquisition de terres situées dans des zones fertiles et proches de ports et de voies de chemin de fer, à charge de les revendre ensuite par fractions à des agriculteurs sur emprunt à long terme et à bas taux d’intérêt. De plus, le programme se disait favorable à la colonisation agricole sur les terres fiscales (c’est-à-dire appartenant à l’État), au moyen de l’acquisition à terme des propriétés par les colons concernés.
Administration et instruction publique
Pour ce qui touche au gouvernement et à l’administration, il était proposé de contenir la dépense publique et de consolider le budget, comme outil de maîtrise des recettes et des dépenses de l’État, ainsi que de réorganiser l’administration publique. Quant à l’enseignement scolaire, qui constituait un sujet central pour le PDP, celui-ci préconisait les mesures suivantes : augmentation du nombre d’écoles au-delà de la croissance de la population scolaire ; cours du soir gratuits pour les ouvriers et extension de l’enseignement professionnel pour les deux sexes ; réforme de la législation scolaire, avec réduction du centralisme et des pouvoirs du Conseil national de l’éducation et transfert des compétences en matière d’enseignement primaire aux municipalités ; loi garantissant un statut stable aux enseignants ; et transformation des instituts provinciaux des hautes études en universités nationales.
Armée
Dans le domaine militaire, le PDP, s’étant donné pour but fondamental la préservation de la paix, proposait d’entretenir une armée et une marine de guerre en proportion aux ressources du pays et en adéquation avec sa situation géographique, et dont la base serait le service militaire obligatoire. Le cadre organique des institutions militaires serait établie par le Congrès et la doctrine militaire serait à charge d’un Conseil de la défense nationale. Le Code de justice militaire serait réformé, en accord avec le système de recrutement.
Pouvoir judiciaire
Dans l’ordre du système judiciaire, le parti préconisait : une réforme de la législation pénale s’appuyant sur l’individualisation des peines ; la condamnation conditionnelle ; un registre des récidivistes ; la mise en liberté conditionnelle ; l’unification de la législation criminelle et correctionnelle ; l’organisation d’un tutorat pour condamnés ayant purgé leur peine ; des lois particulières pour mineurs délinquants et la création pour eux de tribunaux spéciaux ; et une loi des contraventions.
Période 1916-1930