La conférence de Bingen du est une rencontre gouvernementale allemande convoquée à l'initiative de Guillaume II par Georg Michaelis, le nouveau Chancelier impérial, afin de définir la politique allemande dans les territoires baltes occupés par l'Armée allemande depuis ses succès de 1915. Cette conférence constitue la première occasion de rencontre entre le nouveau chancelier, Georg Michaelis, et les Dioscures, Paul von Hindenburg et Erich LudendorffCes deux militaires apparaissent inséparables, comme les Dioscures de la mythologie romaine.. Arrivé au pouvoir à la suite d'une crise politique causée par les divergences entre son prédécesseur, Theobald von Bethmann Hollweg, le Reichstag et les Dioscures, Georg Michaelis doit non seulement composer entre les deux acteurs de la chute de son prédécesseur, mais aussi définir les buts de guerre du gouvernement du De 1871 à 1945, le nom officiel de l'État allemand est . Par commodité, l'Empire allemand (Deuxième ) sera désigné simplement par le terme par la suite., en accord avec l'Haut-commandement de l'armée..
Contexte Le printemps 1917 constitue pour le un tournant dans le conflit ; en effet, la révolution russe oblige le gouvernement impérial à reformuler ses buts de guerre ; dans le même temps, la définition des buts de guerre allemands devient la cause d'une crise aiguë au sein du .
Le programme de Kreuznach
Depuis le début de la guerre, les pays baltes constituent un but de guerre pour le ; le , à Kreuznach, le gouvernement et les militaires allemands avaient convenu d'en contrôler le Sud, jusqu'aux abords de Riga, proposant un échange de territoire avec la Russie, aux dépens de la double monarchieLa Russie annexerait la Bukovine autrichienne en échange des gains territoriaux allemands dans les pays baltes.
Selon les termes du procès-verbal de la conférence du , le étendrait son influence en Livonie et en Courlande et annexerait les îles baltes de l'entrée du golfe de Riga, tout en bloquant l'essor territorial du nouveau royaume de Pologne par l'annexion à la Prusse de Bialystock et de sa région.
En dépit de ces quelques annexions stratégiques, la forme de la prise de contrôle des pays baltes constitue néanmoins une pierre d'achoppement entre les civils et les militaires. Divisés sur la forme que doit prendre la domination allemande dans les pays baltes, les hommes politiques et les militaires allemands s'opposent violemment sur la question, les militaires privilégiant des annexions directes, les civils se montrant partisans d'une tutelle indirecte.
La crise de
vignette|Les Dioscures, Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff, en janvier 1917.|alt=deux hommes en uniforme
Le mois de est marqué par une évolution institutionnelle de grande ampleur dans le . En effet, la chute de Theobald von Bethmann-Hollweg le achève la prise de pouvoir par l', soutenu par le , Guillaume de Prusse : les chanceliers qui se succèdent alors apparaissent clairement comme les hommes de paille des militaires. La question des buts de guerre devient un aiguillon pour les Dioscures Paul von Hindenburg et Erich Ludendorff : le chancelier Bethmann-Hollweg avait accepté le vaste programme des buts de guerre définis lors la conférence du 23 avril, mais les a définis comme une , dressant contre lui les militaires et les parlementaires. Alors que le chancelier voit les oppositions à sa politique se renforcer au fil des semaines depuis les conférences d'avril et de mai 1917, ses adversaires se regroupent : les parlementaires, le Guillaume de Prusse et les Dioscures obtiennent de l'empereur son renvoi le .
Au terme de cette crise politique, Georg Michaelis, alors commissaire au ravitaillement au sein du cabinet prussien, totalement inconnu de la population, accède à la chancellerie. Pressenti par Theobald von Bethmann-Hollweg pour lui succéder, il est nommé chancelier du sur proposition de Georg von Hertling, alors ministre-président du royaume de Bavière. Il bénéficie également du soutien d'Erich Ludendorff et Paul von Hindenburg, prêts à accepter pour remplacer Bethmann-Hollweg. Les Dioscures apprécient néanmoins le franc-parler du nouveau chancelier, qui assume, dès ses premières déclarations aux parlementaires, son rôle d'homme-lige des Dioscures parmi les responsables politiques du .
Le en Russie en 1917
Depuis le déclenchement de la révolution de Février, les armées russes, minées par l'indiscipline et les désertions, ne se montrent plus en mesure de poursuivre efficacement la guerre contre les puissances centrales.
Dans un premier temps, le , Erich Ludendorff est convaincu que le gouvernement provisoire russe, paralysé par la décomposition de l'armée, ne projette aucune action offensive d'envergure. Cependant, une dernière offensive lancée le parvient à écorner le front austro-allemand sur une longueur de , succès vite remis en cause à la fois par les mutineries des unités chargées d'exploiter la percée et par la contre-offensive qui lui succède.
Enfin, depuis le mois de mai précédent, des émissaires allemands et russes se rencontrent en territoire neutre, en Suède principalement, et tentent de négocier une sortie de crise ; ainsi, Matthias Erzberger rencontre à plusieurs reprises l'ancien conseiller d'État Joseph von Kolyschko, membre des cabinets présidés par Serge Witte, par l'entremise de l'industriel polonais Gurewicz. Au terme de quelques rencontres, les négociateurs parviennent à poser les bases de négociations de paix entre la Russie et les puissances centrales : les envoyés allemands et russes cherchent à conclure une , dont le détail reste à définir, mais qui comprend des . Cependant, Erzberger est désavoué par Arthur Zimmermann et par Guillaume II, furieux d'avoir été écarté et hostile aux clauses négociées par l'envoyé du gouvernement allemand.
Participants vignette|Le nouveau chancelier du , Georg Michaelis, représente le gouvernement.|alt=portrait noir et blanc d'un civil Lors de cette conférence gouvernementale allemande sont convoqués à Bingen, à l'initiative de l'empereur Guillaume II, les responsables militaires du , les Dioscures Paul von Hindenburg et son adjoint Erich Ludendorff.
Le gouvernement du est représenté par le nouveau chancelier, Georg Michaelis, et par son secrétaire d'État aux Affaires étrangères Richard von Kühlmann, assisté de leurs principaux collaborateurs.
Thèmes abordés Depuis le mois d', le gouvernement du a formalisé les objectifs qu'il souhaite atteindre à l'issue du conflit. Cependant, la forme de la domination allemande en Europe constitue une pierre d'achoppement entre les participants à la conférence.
Des mains libres pour le
En , Ottokar Czernin, le ministre austro-hongrois des Affaires étrangères, et Theobald von Bethmann-Hollweg, le chancelier du , parviennent à un accord de partage des conquêtes de la quadruplice en Europe entre une zone d'influence allemande et une zone d'influence austro-hongroise ; les pays baltes sont ainsi placés dans la sphère d'influence allemande, que ces régions soient formellement indépendantes ou annexées au Reich.
Dans ce cadre, en échange d'une tutelle allemande en Lituanie et en Courlande, Ottokar Czernin est parvenu à arracher l'inclusion de la Roumanie dans la sphère d'influence austro-hongroise. Parallèlement à cet accord, Ottokar Czernin s'engage non seulement à ne pas faire obstacle à toute dans les régions baltes et en Finlande russe, mais aussi à appuyer les prétentions allemandes dans la région. Ce partage garanti par Czernin, le gouvernement allemand s'affaire pour limiter les possibles ingérences austro-hongroises sur placeLes entreprises austro-hongroises conservent quelques positions dans la région, notamment dans les chantiers navals et la pêche.. Ce partage pousse les Austro-Hongrois à demander l'ouverture rapide de négociations afin de définir les compensations destinées aux entreprises austro-hongroises présentes dans les pays baltes.
Une nouvelle définition des buts de guerre
Conviés à une conférence destinée à déterminer les modalités du contrôle allemand sur les pays baltes, les présents définissent cependant le périmètre des régions situées à l'Est du que le gouvernement aspire à contrôler à l'issue du conflit.
Richard von Kühlmann, rédacteur du courrier d'information au nouveau chancelier, énumère les buts de guerre allemands avec une grande précision. Partisan d'une tutelle indirecte sur ces régionsIl soutient ainsi la ligne du chancelier démissionnaire, Theobald von Bethmann Hollweg, fervent partisan de la mise sous stricte tutelle économique d'États indépendants., il reprend néanmoins les termes de l'accord passé avec les militaires et mentionne l'annexion par le de la Lituanie et de la Courlande.
L'ensemble des assistants se montre partisan de la mise en place d'une Mitteleuropa sous tutelle allemande, à la fois politique, économique et militaire, ainsi que de l'inclusion des pays baltes, formellement indépendants ou non, et de la Finlande, mais les avis divergent sur la forme que doit prendre cette inclusionLa question de la nature des liens politiques entre la Lituanie, la Courlande et la Livonie, d'une part, et le de l'autre, n'est alors pas tranchée..
Des positions irréconciliables vignette|Theobald von Bethmann-Hollweg entérine le programme annexionniste de Kreuznach, mais ne l'approuve pas, ce qui cause sa chute.|alt=portait Depuis l'accord du chancelier du Theobald von Bethmann-Hollweg au programme de Kreuznach du , les Dioscures n'ont de cesse de rappeler le caractère contraignant du procès-verbal rédigé à cette occasion.
Ainsi, ces deux militaires ne sont nullement convaincus par l'efficacité de la mise en place d'une tutelle indirecte sur les territoires destinés à intégrer la Mitteleuropa, vaste zone promise à être placée sous forte influence du ; ils souhaitent ainsi donner au un surcroît de sécurité et de puissance par une vaste politique d'annexions aux dépens de la Russie, alors en pleine décomposition.
Face à cette ambition, basée sur un accroissement territorial important, le secrétaire d'État Richard von Kühlmann défend l'opportunité d'encourager les populations des territoires baltes et polonais dans la voie de l'indépendance, mais en en limitant à l'extrême la réalité par des accords politiques, économiques et militaires de longue durée. Les tenants de cette ligne plus souple considèrent qu'un vaste programme d'annexions ne serait possible qu'à l'issue d'une guerre victorieuse, tout en incitant les vaincus à préparer leur revanche, dans un contexte marqué par l'éloignement de la double monarchie, le seul allié fiable du .
Issue À Bingen, les hommes d'État allemands tranchent d'une façon définitive la question de la nature et de la réalité du contrôle exercé par le sur les pays baltes et la Finlande, en suspens depuis la conférence réunie à Kreuznach le .
Le travestissement du programme impérialiste
Ainsi, à l'issue du conflit, le doit contrôler directement ou indirectement les pays baltes et la Finlande, restaurés en tant qu'États indépendants, mais fortement soumis politiquement, militairement et économiquement à l'Allemagne.
Ce contrôle doit être appuyé par la mise en place d'États indépendants favorables à l'Allemagne ; pour permettre l'émergence de tels États, une action coordonnée de propagande est planifiée, faisant intervenir les services du gouvernement du et ceux du haut-commandement. Dans ce cadre, les autorités allemandes prévoient de s'appuyer sur les organes consultatifs mis en place depuis la conquête, ainsi que sur des comités corporatifs , regroupant essentiellement des représentants des populations germano-baltes, favorables à une intégration des pays baltes dans la sphère d'influence allemande.