Lattentat du marché de Noël de Strasbourg est un attentat terroriste islamiste perpétré le par Chérif Chekatt au marché de Noël de Strasbourg.
En début de soirée, dans les rues proches du Christkindelsmärik de la ville alsacienne, le terroriste ouvre le feu, tuant cinq personnes et en blessant onze autres.
Chérif Chekatt, , connu de la justice pour de multiples faits de droit commun et radicalisé, est abattu par les forces de police non loin de son domicile, après une chasse à l'homme de . L'organisation terroriste État islamique revendique ensuite l'attentat.
Contexte
Depuis 2015, la France est dans un contexte de menace élevée du terrorisme, ayant subi plusieurs attentats et attaques, dont la dernière remonte à à Paris..
Le Christkindelsmärik (« marché de l’enfant Jésus ») de Strasbourg est le plus ancien marché de Noël de France.
Le marché de Noël de Strasbourg a reçu plusieurs menaces d'attaques : en particulier, en 2000, une tentative d'attentat sur la cathédrale de Strasbourg par le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) avait été déjouée.
Déroulement vignette|gauche|Dispositif de police route de l'Hôpital, à Neudorf, le soir de l'attaque. Le , en début de matinée, les gendarmes de la brigade de recherches, en lien avec la DGSI., se présentent au domicile de Chérif Chekatt pour l'interpeller dans une affaire de , mais il est absent. La perquisition de son domicile permet néanmoins de découvrir un pistolet .22 Long Rifle chargé, une grenade défensive, plusieurs munitions et quatre couteaux, dont deux couteaux de chasse...
À partir de , plusieurs coups de feu sont entendus près du marché de Noël, dans la rue des Orfèvres, la rue des Grandes-Arcades et la Grand-Rue. L'arme du tireur est un "8mm espagnol" (Copies basques du S%26W M%26P) qui tire la même munition d'ordonnance 8mm92 que le révolver Français de la grande guerre. L’homme tire à plusieurs reprises sur les passants et en blesse d'autres au couteau.. Plusieurs témoins indiquent que le suspect a crié au moment des faits...
Le parcours meurtrier de Cherif Chekatt dans la ville est reconstitué la nuit même. Pourtant, l'imprimerie du quotidien régional, les Dernières Nouvelles d'Alsace, située au centre-ville, rue de la Nuée-Bleue, étant devenue inaccessible, même aux ouvriers imprimeurs, à cause des barrages mis en place par la police, la version papier du journal ne paraîtra pas le mercredi et les informations détaillées sont diffusées uniquement sur le site internet du quotidien. L'édition du lendemain est d'autant plus complète et comprend un dossier de seize pages sur l'attentat« La traque », Dernières Nouvelles d'Alsace, 13 décembre 2018, .
Chekatt est entré par le pont du Corbeau dans le centre-ville, entouré par les bras de la rivière Ill, à . Situé au sud de la zone contrôlée, ce point de passage était sécurisé par une vérification des sacs et bagages par des agents de sécurité. En semaine, leur mission s'achevait à . C'est peu de temps auparavant que le tueur serait passé par ce point de contrôle. Son parcours l'amène ensuite tout près des chalets implantés dans le secteur du marché de Noël situé devant la cathédrale en grès rose, reconnaissable à son unique tour. De là, il pénètre dans les petites rues du quartier médiéval de Strasbourg et parvient rue des Orfèvres. Cette rue pittoresque, où les touristes aiment flâner, présente une grande densité de commerces, majoritairement haut de gamme ; c'est devant une bijouterie qu'il abat ses premières victimes à . Frôlant les chalets du marché de Noël situés place du Temple-Neuf, il oblique vers la place du Marché-Neuf, tandis que les passants se réfugient dans un commerce voisin. De là, l'étroite ruelle Sainte-Marguerite le conduit vers la rue des Grandes-Arcades, un des axes nord-sud de la cité. En face des arcades médiévales tombe sa deuxième victimeDernières Nouvelles d'Alsace, 13 décembre 2018, carte 2.
Il se rend ensuite dans un secteur assez dense de ruelles anciennes et étroites. Rue du Saumon, il tue un homme sortant d'un restaurant ; il traverse les rails du tramway rue des Francs-Bourgeois, une rue large. Il poursuit son périple rue de la Demi-Lune, rue Sainte-Barbe et rue Sainte-Hélène. Rue du Savon, des musiciens qui se tiennent devant le bar « Les Savons d'Hélène » sont grièvement blessés par le tueur. Celui-ci rejoint à nouveau le sud de la « Grande Île » et traverse le pont Saint-Martin, dans le secteur très fréquenté de la « Petite-France », où il tue un touriste thaïlandais.
Une partie de la nuit, de nombreuses personnes se retrouvent confinées dans des lieux publicsDernières Nouvelles d'Alsace, 13 décembre 2018, 9-10. Dans les cinémas, commerces ou restaurants, tous ont été accueillis et abrités. On peut citer encore les deux mille personnes retenues dans les locaux du Parlement européen ou encore le public d'un match de basket-ball au stade sportif du Rhenus, tous deux situés au nord de la ville.
Le suspect quitte finalement les lieux en échangeant des tirs avec quatre militaires de l'opération Sentinelle qui, en ripostant, le blessent à un bras ; un soldat Sentinelle a été très légèrement blessé à la main par le ricochet d’un tir de l’assaillant. À , le terroriste parvient à fuir en prenant en otage un chauffeur de taxi à qui il demande de le conduire jusqu’à Neudorf. Le chauffeur parvient finalement à s’échapper et déclare plus tard que ce dernier lui a confié : .. Il aurait également déclaré au chauffeur .
Le lendemain, un bilan provisoire fait état de trois morts et , dont certains très gravement atteints«Le Bilan s'alourdit », Dernières Nouvelles d'Alsace, 14 décembre 2018, 14, le tueur ayant tiré à bout portant. Plusieurs victimes décèdent ultérieurement et le bilan définitif sera de . Le marché de Noël est resté fermé durant deux jours. Des fleurs et des bougies jalonnent à travers la vieille cité le parcours mortifère de Cherif Chekatt.
Le , après plus de de cavale, Chekatt est tué par une patrouille de police de la brigade spécialisée de terrain dans le quartier du Neudorf.. Le marché de Noël est rouvert le ..
Bilan vignette|droite|Policier du RAID ou de la BRI en place au Neudorf le soir de l'attaque. Au , un bilan provisoire de l’attentat fait état de cinq morts et onze blessés, dont quatre sont hospitalisés dans un état grave.
+Bilan par nationalité. Nationalité Morts Blessés Total145112101/101/101Non précisé066 Total 5 11 16 thumb|Mémorial pour les victimes de l’attentat du 11 décembre 2018. Deux victimes meurent sur le coup : Pascal Verdenne, un Français de tué à l'extérieur du restaurant La Stub dans lequel il venait de dîner avec sa compagne, Chantal Ruh ; un touriste thaïlandais de , Anupong Suebsaman, qui devait se rendre à Paris mais avait choisi Strasbourg avec son épouse pour éviter le mouvement des Gilets jaunes. Le , Kamal Naghchband, un père de famille franco-afghan, garagiste et résidant en Alsace depuis une vingtaine d'années, succombe à ses lourdes blessures. Marié et père de trois jeunes enfants, il avait fui la guerre en Afghanistan il y a une vingtaine d'années. Sa femme et ses enfants, à ses côtés le soir de l'attentat, n'ont pas été blessés.
Le , le journaliste italien de originaire de Trente Antonio Megalizzi est déclaré mort. Le , la mort de Bartosz Piotr Orent-Niedzielski, dit Bartek ou Barto Pedro, est annoncée, portant le bilan du nombre de morts à cinq. Ce Strasbourgeois de originaire de Katowice (Pologne) était arrivé en France à l’adolescence avec sa mère et son frère. Ami de Megalizzi, il présentait avec lui une émission de radio. Tous deux ont été agressés en sortant de la boulangerie Westermann.
Revendication thumb|Effectifs de gendarmerie mobile lourdement armés au marché de Noël de Strasbourg, fin décembre 2018. Le soir du , quelques minutes après la mort de Chérif Chekatt, l'État islamique revendique l'attaque de Strasbourg via son agence de presse de propagande Amaq.. Depuis ses revers au Moyen-Orient en 2017, l'État islamique a tendance à s'attribuer des tueries sans que l'organisation n'y soit aucunement impliquée. Le chercheur Romain Caillet note :
Très vite après la revendication de l'attaque de Strasbourg par un , la presse note que . La revendication est estimée peu crédible et dénoncée comme par le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner. Toutefois, dix jours après les faits, il est annoncé la découverte d'une vidéo d'allégeance de Cherif Chekatt au groupe État islamique sur une clé USB lui appartenant.
Quelques jours après l'attentat, le sociologue franco-iranien Farhad Khosrokhavar qualifie Cherif Chekatt de en notant qu'aucun élément ne le reliait alors directement à une organisation terroriste et qu'à l'inverse des terroristes de 2015 il ne s'est pas formé dans des camps d'entraînement djihadistes. Pour lui . Cette opinion est partagée par le sociologue Daniel Verba, professeur à l'Université Paris-XIII et chercheurDaniel Verba, Terrorisme : « Le profil de Cherif Chekatt est dominant depuis longtemps », Le Monde, 18 décembre 2018..
Les analyses de Farhad Khosrokhavar et Daniel Verba sont cependant critiquées et qualifiées de par Hugo Micheron, chercheur à l'ENS, par Bernard Rougier, membre senior de l'Institut universitaire de France et par Gilles Kepel, professeur des universités à l'université Paris-Sciences-et-Lettres, qui dans une tribune déclarent que considérer que les motivations de Chérif Chekatt .
Pour le journaliste Wassim Nasr, spécialiste des mouvements djihadistes, concernant les revendications d'attentats par l'État islamique, mais souvent les djihadistes du terroriste et que . Selon lui il n'y a pas de revendication opportuniste, les fausses revendications de Trappes et de Las Vegas sont plus probablement dues à des erreurs de la part de l'État islamique, plutôt qu'à de l'opportunisme Attentat de Strasbourg : "Malgré les défaites, l'EI continue de pousser des gens à l'action", France 24, 14 décembre 2018.. Concernant Chérif Chekatt, il y a . Depuis 2014, l'État islamique appelle ses sympathisants à commettre des attaques en son nom en Europe et s'engage à les revendiquer ensuite. Wassim Nasr précise également que .
Auteur vignette|gauche|upright|Policiers CRS à Neudorf, le dans la nuit.
Chérif Chekatt, né le Fichier des décès de l'Insee à Strasbourg, est le fils de Rouadja Rouag et d'Abdelkrim Chekatt, un chauffeur-livreur retraité de nationalité franco-algérienne.
Au moment des faits, il habite dans le quartier des Poteries, tandis que ses parents et ses frères résident dans le quartier du Neudorf. Condamné pour la première fois à l'âge de 13 ans, il quitte le système scolaire à 16 ans pour se lancer dans une carrière de délinquant multirécidiviste, comptabilisant au traitement des antécédents judiciaires, dont en France, en Allemagne et en Suisse pour des faits de droit commun (vols avec violence, violence avec arme, violence sur personne dépositaire de l'autorité publique et outrages). Il passe en tout près de quatre ans dans les prisons françaises, fréquentant les maisons d'arrêt de Mulhouse, Épinal et Strasbourg. Selon le procureur de Paris Rémy Heitz, étaient connues de l'administration pénitentiaire en 2015, année de sa libération. Il est inscrit au FSPRT en et fiché S en suivant. En , il est condamné à deux ans et trois mois de prison par le tribunal de Singen pour avoir cambriolé un cabinet dentaire en à Mayence et une pharmacie en à Engen. Il purge la moitié de sa peine en Allemagne avant d'être expulsé vers la France en .
D'après le témoignage de son père, Chérif Chekatt adhérait à l'idéologie de l'État islamique..