Les dreadlocks (littéralement « boucles de (la) terreur », cf. infra paragraphe Rastafari) ou , appelées parfois tout simplement dreads ou locks ou encore rastas., sont des mèches de cheveux emmêlées. Au cours de l'histoire, les dreadlocks (nom féminin pluriel) ont été portées par différents peuples sur différents continents.
Principe Les se forment seules lorsque les cheveux poussent naturellement et sans l'utilisation de brosses, peignes, rasoirs, ni ciseaux. Elles peuvent également être faites à l'aide d'un peigne ou d'un crochet. On peut aussi simplement crêper les cheveux avec les mains.
Le même phénomène d'agrégation peut se produire de façon naturelle chez les animaux à poil long non toilettés.
Ce phénomène d'agrégation naturelle des cheveux se différencie d'une pathologie à forme neuropathique qui, associée éventuellement à un facteur d'hygiène, modifierait la texture capillaire, formant une masse inextricable appelée plique polonaiseDogra S, Kanvar AJ (2004) Plica neuropathica : a mystery. Ped Dermatol 21: 477–8Al Ghani M, Geilen CC, Blume-Peytavi U, Orfanos CE (2000) Matting of hair: a multifactorial enigma. Dermatology 201: 101–4, au contraire du syndrome des cheveux incoiffables.
Histoire Des Écritures saintes du védisme fournissent des preuves écrites des dreadlocks les plus anciennes. La date exacte de leur origine n'est toujours pas connue, allant de 2500 à 1500 av. J.-C. Le dieu Shiva et ses disciples furent décrits dans les Écritures comme des jaTaa, signifiant « portant des nœuds de cheveux emmêlés », qui a probablement dérivé du mot dravidien caTai, signifiant tortiller ou envelopper.
Les dreadlocks ont aussi fait partie de la culture mexicaine. Dans une description d'un rituel aztèque, l'historien William Hickling Prescott se référa aux prêtres de la civilisation aztèque, un peuple mésoaméricain du centre du Mexique, aux XIV, XV et XVI siècles, qui portait des dreadlocks.
Au Sénégal, le Baye Fall (les disciples du mouridisme, une confrérie de l'islam indigène au pays qui fut fondée en 1887 par Ahmadou Bamba), est connu pour le port de dreadlocks et de toges multicolores. Chez les Wolofs, les coiffures en locks étaient autrefois portées par les rois et la classe guerrière des Tiedos.
En Jamaïque, le terme dreadlocks fut enregistré pour la première fois dans les années 1950 comme un terme désobligeant lorsque le Young Black Faith, un premier mouvement rastafari prit naissance auprès des pauvres marginalisés de la Jamaïque pendant les années 1930. Ils cessèrent de copier la coiffure particulière d' Hailé Sélassié et commencèrent à porter des dreadlocks à la place. Il fut dit qu'ils avaient l'air « effrayants » avec leurs locks, ce qui donna plus tard le nom moderne de dreadlocks pour cet ancien style. Différentes théories existent autour de l'origine des dreadlocks chez les rastafaris. Quelques sources retracent les dreadlocks rasta au temps où les Indiens arrivèrent en Jamaïque pour travailler comme ouvriers à la fin du , dont certains faisaient partie des premiers disciples de Leonard Percival Howell. D'autres pensent que les premières dreadlocks rasta furent dérivées des locks des Mau Mau, un groupe de rebelles s'opposant contre le colonialisme britannique au Kenya pendant les années 1950.
Cependant, la plupart des rastafaris expliquent que leurs dreadlocks proviennent d'un des trois vœux de Nazarite, dans le Livre des Nombres, le quatrième des livres du Pentateuque. (Nombres 6:5)
Les Nazarites qui portèrent des dreadlocks et qui furent mentionnés dans la Bible incluent les Nazarites Samuel, Jean le Baptiste, et probablement la figure biblique la plus connue avec des cheveux emmêlés, Samson, qui, d'après les Saintes Écritures, eut sept locks et perdit sa grande force lorsqu'elles furent coupéesVéronique Cauhapé. Les dreadlocks, des nattes qui décoiffent. Le Monde, 24 mai 2006. Lire en ligne.
Connotations religieuses ou spirituelles Il y a un grand nombre de raisons parmi diverses cultures pour le port de dreadlocks. Celles-ci peuvent être l'expression profonde d'une conviction religieuse ou spirituelle, une manifestation d'une fierté ethnique, un rapport politique, ou être tout simplement une préférence de mode. En réponse à l'histoire du terme dreadlocks, des noms alternatifs pour désigner le style incluent locks et African Locks (Locks africaines). Il est aussi discuté que le juste terme pour désigner le processus de créer ce style est locking plutôt que dreading.
Asie de l'Est Dans les pays de l'Asie de l'Est, tels que la Chine, les dreadlocks et les variations des locks, la koltun, furent traités initialement comme une amulette, supposée apporter une bonne santé, et furent souvent portés en même temps que des ongles (de la main) très longs. Ces modes furent réservés pour les membres de la société noble et les ascètes, qui désirèrent exprimer leur liberté de domestiques et leur attachement à la terre.
Sénégal Les Baye Fall (Sénégal) portent des dreadlocks appelées « ndiange » (autrement dit « cheveux costaux ») afin d'imiter Ibrahima Fall.
Inde Parmi les sâdhu et les sadhvis, hommes et femmes indiens pratiquant l'ascèse, les dreadlocks sont sacrés. Leurs cheveux forment un rituel religieux et une expression de leur négligence envers la vanité et une manifestation d'un acquis spirituel où les apparences physiques n'ont point d'importance. Le dieu Shiva capture et contrôle le Gange, à qui les descendants auraient provoqué un déluge dans le monde, avec ses locks. Alors qu'il exécute une danse, ses longs cheveux, souvent empilés en forme de pyramide, se détendent et percutent les corps célestes, ce qui les détruit éternellement. En Inde, les dreadlocks sont (presque) exclusivement réservées aux personnes de foi, et aux chamans de nombreux groupes ethniques avec ces pratiques. Conformément à l'Hymne du sage aux cheveux longs, dans l'ancien Vedas, est un voyageur immortel entre deux mondes et le maître du feu : (10.136).
Des ascètes indiens, les Shaiva Nagas, portent leurs jatas (leurs cheveux longs) en un nœud enroulé ou en ballot sur le haut de leur tête et les laissent flotter seulement pour une occasion spéciale ou un rituel. Les mèches sont ensuite frottées avec des cendres et des bouses de vaches, qui sont toutes les deux considérées comme des éléments sacrifiés et purifiants. Les cheveux sont finalement ornés et parfumés de fleurs.
Rastafari Dans un but similaire, les rastafaris portent des locks comme expression de leur spiritualité intérieure. Pour eux, le mot dread se réfère à une « crainte du Seigneur », en relation à un refus de la décadence et autres maux de la société contemporaine et liée à un retour à l'Alliance avec le Tout-Puissant, Jah Rastafari.
Une autre interprétation parmi les rastafaris est que ce terme, dread (« crainte » en anglais), se réfère aux militants aux dreadlocks Mau Mau, qui inspiraient ce sentiment aux Anglais coloniaux au Kenya, dans les années 1950.
Bien que l'Empereur Hailé Selassié ne portât pas de locks, les dreadlocks qu'arbore un rasta représentent le lion de Juda qui figurait au centre du drapeau éthiopien, jusqu'à l'abolition de la royauté en 1975. Les rastafaris affirment que Sélassié est un descendant direct de la Tribu de Juda à travers la lignée des rois d'Israël David et Salomon, et qu'il est aussi le lion de Juda mentionné dans le Livre de la révélation.
Après le baptême de Bob Marley, en novembre 1980"Bob Marley, 30 ans déjà", Jeune Afrique, 11 mai 2011., par l'archevêque éthiopien Abuna Yeshaq, certaines personnes crurent que les motivations religieuses ou spirituelles du port des dreadlocks pouvaient être liées à l'Église orthodoxe éthiopienne. Toutefois, les représentants de l'Église copte égyptienne et de l'Église orthodoxe d'Éthiopie nient tout rapport avec le mouvement rastafari, précisant que l'archevêque Abuna Yeshaq a été excommunié : Ayant demandé au révérend Connor d'expliquer la différence entre les Rastafari et les Églises orthodoxes, il répondit que contrairement aux Rastas, qui croient que l'Empereur éthiopien Hailé Sélassié est un dieu, nous ne croyons pas que Sa Majesté Impériale soit un dieu. Nous croyons au Seigneur Jésus-Christ. Dans l'Église orthodoxe éthiopienne, les hommes n'ont pas le droit de porter des dreadlocks, ni des cheveux longs. L'Orthodoxe égyptien n'inclut pas la marijuana, alors que les Rastafari le font. Il ne consomme pas non plus d'alcool ni de tabac. Le révérend Connor dit qu'aux Bermudes et aux Caraïbes, les gens ne connaissent pas la différence entre les Rastafari et les Églises orthodoxes. Il dit qu'un ancien archevêque éthiopien, Abuna Yeshaq, qui pardonnait de mauvaises pratiques et des croyances fausses, telles que des aspects du mouvement rastafari, fut en partie à blâmer. L'archevêque a depuis été excommunié, précise-t-il. (Bermuda Sun)
Les rastafaris maori mélangent l'enseignement rasta aux enseignements de Te Kooti Arikirangi Te Turuki, un chef māori fondateur de la religion Ringatu.
Motivations politiques pour le port des dreadlocks La hausse de la popularité du reggae pendant les années 1980 et la célébrité mondiale du chanteur et auteur-compositeur Bob Marley, renforça l'intérêt des dreads dans le monde entier. La philosophie rasta, qui apparait fortement dans le milieu du reggae, avait une résonance particulière pour la jeunesse, de toutes apparences ethniques - surtout et principalement parmi les Afro-Américains et autres noirs, mais aussi parmi les différentes cultures blanches.
Comme la coiffure Afro, les dreadlocks peuvent aussi avoir des implications sociales et politiques. Pour certains peuples de descendance africaine, les locks sont une façon de représenter une gloire raciale ou ethnique. D'autres les voient comme un reniement à des valeurs eurocentriques représentées par les cheveux droits. Pour certains, le rejet des idées et des valeurs étrangères au peuple africain peuvent quelquefois signifier une dimension spirituelle. De la même façon, d'autres portent des locks pour manifester leurs croyances politiques nationalistes ou panafricains noirs et voient les locks comme un symbole d'unité et de magie noire, et un refus de l'oppression raciste, et de l'impérialisme. Alors que la plupart des groupes rastas accueillent les personnes de toutes appartenances ethniques, et que l'histoire des dreadlocks attribue la coiffure à presque tous les groupes ethniques et raciaux ; certains Noirs, qui attribuent aux locks une forte signification raciale, désapprouvent le port des dreadlocks par des personnes non noires, voyant une telle pratique comme une forme d'appropriation culturelleAnnabelle Caillou. Porter des «dreadlocks», de l’appropriation culturelle ? Le Devoir, 17 janvier 2019. Lire en ligne (le couturier Marc Jacobs a ainsi été critiqué pour avoir fait défiler ses mannequins en dreadklocks fin 2016, ce à quoi il a répondu : Anne-Cécile Beaudoin, « Rasta power », parismatch.com, 8 décembre 2016.).
Dans les pays occidentaux, les dreads sont devenues très populaires parmi certains groupes sociaux, tels que le mouvement alter-mondialiste ou les activistes écologistes.
Don Letts, un disc jockey et un metteur en scène rastafari, expliqua que l'unité des punk-dreads émergea au Royaume-Uni au début des années 1970, afin de partager un même sens de rébellion contre les normes et l'établissement des normes.