Le retable de la chapelle de l'Immaculée Conception est un retable bâti entre 1480 et 1482, décoré entre 1483 et 1508 et démantelé au début du .
Consacré à lImmaculée Conception, il est exposé tout au long de son existence dans la chapelle dédiée à ce dogme catholique au sein de l'église milanaise Saint-François-Majeur (), détruite en 1806.
Construit par le sculpteur sur bois Giacomo del Maino, il est surtout célèbre pour avoir comporté le tableau La Vierge aux rochers de Léonard de Vinci, aujourd'hui conservé à la National Gallery de Londres. Il comprend également deux panneaux latéraux, les Anges musiciens, peints par Francesco Napoletano et Giovanni Ambrogio de Predis. La décoration par dorure et peinture de sa structure et de ses parties sculptées est confiée au frère de ce dernier, Evangelista.
Nonobstant la célébrité du tableau de Léonard, l'aspect du retable demeure encore sujet à débat parmi les historiens de l'art, d'autant qu'au fil des siècles, il a peut-être subi des modifications au gré de ses déplacements dans l'église, de ses restaurations et des retraits ou de la vente de pièces le constituant.
Sujet Le retable a pour thème lImmaculée Conception.
Selon ce dogme catholique, Marie, recevant par anticipation les fruits de la résurrection de son fils Jésus-Christ, a été conçue exempte du péché originel : elle n'a pas été corrompue par cette faute initiale qui fait que tout être humain connaît depuis une tendance à commettre le mal. Au moment de la création du retable, ce dogme est encore récent et controversé : il n'est admis par l'Église que depuis 1470, et y fait l'objet de débats si vifs que la papauté ne le proclamera officiellement qu'en 1854.
Historique de l'œuvre Commanditaire thumb|droite|upright=0.75|alt=Tableau représentant, sur un fond caverneux, un groupe formé, au centre, par une femme, un enfant de chaque côté et d'un personnage ailé sur la droite|Léonard de Vinci, La Vierge aux rochers, entre 1490 et 1499 puis entre 1506 et 1508, Londres, National Gallery London.
Le commanditaire de l'œuvre est parfaitement identifié : il s'agit de la confrérie de l'Immaculée Conception, confrérie laïque milanaise rattachée à l'église Saint-François-Majeur ().
La confrérie est richement dotée puisque ses membres appartiennent à l'aristocratie locale. Comme son nom l'indique, l'église procède de l'ordre des franciscains, fondé en 1210 par saint François d'Assise. Quelques années avant la création du retable, une chapelle consacrée à la Vierge Marie et en particulier à l'Immaculée Conception a été érigée en son sein. Elle est prise sur une parcelle de terrain située tout près de l'atrium, contre la chapelle Saint-Jean-L'Évangéliste, en allant vers la rue Santa Valeria et vers la rue San Ambrogio. L'installation du retable se fait évidemment à la toute fin de cette construction et après la création des fresques qui en décorent la voûte. Enfin, il est conçu d'après le projet élaboré par le prieur Giacomo et trois autres scolari de la confrérie. L'arbitre choisi pour juger de sa qualité s'appelle Giovanni Antonio Amadeo.
Attributions
Les historiens de l'art sont unanimes sur l'attribution des différentes parties du retable aux artistes ayant participé à sa création.
La structure est l'œuvre du sculpteur sur bois Giacomo del Maino (avant 1469 - 1503 ou 1505). Il possède un atelier de sculpture sur bois, est connu pour avoir, dès 1469, sculpté des éléments dans le chœur de la Basilique Saint-Ambroise, en collaboration avec Lorenzo da Origgio et Giacomo da Torre, et il créera par la suite, entre 1491 et 1505, dans l'église San Maurizio del Ponte, un autre retable consacré au même dogme, de dimensions plus réduites..
La dorure et la peinture des parties sculptées et en bas-relief de la structure sont dues à Evangelis de Predis. Concernant le panneau central, il s'agit de la version conservée à Londres de La Vierge aux rochers, créée conjointement par Giovanni Ambrogio de Predis, Léonard de Vinci et certainement son atelier.
Quant aux panneaux des Anges musiciens, ils sont réalisés entre 1495 et 1499 par Giovanni Ambrogio de Predis et Francesco Napoletano, très certainement sous la supervision de Léonard de Vinci.
Repères chronologiques de la création du retable thumb|gauche|upright=0.75|alt=Une sculpture sur bois représentant la mise au tombeau d'un corps par un groupe d'hommes pendant un groupe pleure|Giacomo del Maino, Mise au tombeau, entre 1450 et 1475, Milan, château des Sforza.
Le retable de l'Immaculée Conception est édifié selon deux commandes successives : montage d'une structure en bois comprenant des sculptures et des bas-reliefs ; et mise en peinture et dorure de ces derniers ainsi que création de panneaux peints qui seront accolés de manière à former un polyptyque.
Le , commande est passée auprès du sculpteur Giacomo del Maino de la structure en bois. La date contractuelle de sa livraison est le , à l'occasion de la Saint-Michel. Le , la confrérie reçoit en héritage d'un certain Innocenzo Della Croce un collier destiné à . Le , la confrérie signe un bon de réception de la structure du retable, que les chercheurs qualifient de . Le de cette même année est livrée la statue de la Vierge, que del Maino semble avoir achevée dès juillet et pour laquelle il ne demande aucune rétribution.
Le est signé devant notaire, entre la confrérie d'une part et Léonard de Vinci et les frères de Predis d'autre part, un contrat concernant la dorure et la peinture des parties sculptées du retable ainsi que de trois panneaux peints . Les stipulants arrêtent la date contractuelle de livraison des trois panneaux au sans autre précision. L'ensemble des chercheurs comprennent l'année 1483. Néanmoins, l'historien de l'art Frank Zöllner repousse cette échéance à . De fait, le tableau de La Vierge aux rochers aurait effectivement été totalement achevé début 1485 voire en 1486. Mais, à la suite d'un refus du tableau par la confrérie, Léonard de Vinci et Ambrogio de Predis le vendent avec l'accord du commanditaire à une tierce partie vers 1493. Il s'agit du tableau conservé de nos jours au musée du Louvre.
Une hypothétique première version des Anges musiciens, aujourd'hui perdue, pourrait avoir subi une destinée identique. Entre 1490 et 1499 puis entre 1506 et 1508, la version de Londres de La Vierge aux rochers est réalisée conjointement par Giovanni Ambrogio de Predis, Léonard de Vinci et sans doute son atelier, et les panneaux des Anges musiciens le sont entre 1495 et 1499 par Giovanni Ambrogio de Predis et Francesco Napoletano. Le , des arbitres déclarent que le panneau de La Vierge aux rochers n'est pas achevé et ce n'est que le que la confrérie de l'Immaculée Conception en signe un bon de réception. Le retable de l'Immaculée Conception est donc achevé à cette date.
Toutefois, entre 1576 et 1579, le retable a peut-être été réagencé après son déplacement au sein de l'église : d'une position dans le registre supérieur, les deux panneaux des Anges musiciens auraient été déplacés pour encadrer le panneau de La Vierge aux rochers.
Panneaux des Anges musiciensencadrant La Vierge aux rochers sur le retable.
Considérations financières gauche|thumb|upright=0.75|alt=Peinture d'un homme vu de profil.|Portrait de Ludovic le More dans le retable Madonna con il Bambino, i dottori della Chiesa e la famiglia di Ludovico il Moro (détail, Maître de la Pala Sforzesca, 1494-1495, Milan, pinacothèque de Brera).
Si cette confrérie d'aristocrates est riche, elle ne s'en révèle pas moins avare de ses moyens.
Le montant total promis au sculpteur Giacomo del Maino s’élève à . Mais ce paiement est l’occasion d'un différend : au , del Maino, qui a déjà reçu , peine à recevoir le complément. La situation nécessite l'intervention d'arbitres qui appartiennent au monastère franciscain : del Maino obtient finalement son dû mais avec obligation de placer un objet votif aujourd'hui non déterminé devant l'image de la Vierge.
Le contrat passé entre la confrérie et les peintres (Léonard de Vinci et les frères de Predis) précise la rétribution de ces derniers. La somme qui leur est attribuée s'élève à un total de qui couvre leur salaire mais aussi l'achat des matériaux et, en particulier, l'or à un prix déterminé. Un acompte de leur est immédiatement payé, puis des versements de s'étalent mensuellement jusqu'à fin . Enfin, promesse leur est faite du paiement d'une cagnotte complémentaire à la fin des travaux, laissée à l'appréciation du frère Agostino Ferrari qui joue à l'occasion le rôle d'expert : c'est cette cagnotte qui constitue la base d'un conflit destiné à durer vingt-cinq ans entre les commanditaires et les artistes. En effet, arguent ces derniers, les peinent à couvrir l'exécution du retable : ils demandent donc un supplément de , s'opposant en cela aux proposées par la confrérie. Finalement, les artistes réfutent la médiation de l'« ami commun » mandaté au motif qu'il n'entend rien à l'art . Pourtant cette entremise est contractuelle et le médiateur a pouvoir de régler toutes les problèmes relatifs à l’interprétation ou à l’exécution du contrat, comme de condamner la partie qu'il jugerait défaillante à payer des pénalités à l’autre.
En définitive, c'est certainement l'intervention personnelle de Ludovic le More, par l'intermédiaire de certains juristes membres de son conseil de justice, qui résout le différend : il rachète la première version de l'œuvre, sans que l'on sache vraiment si son action a été au-delà.
Aspect présumé du retable La commande du 25 avril 1483 Le contrat de 1483 par lequel la confrérie engage Vinci et les frères de Predis pour les panneaux peints présente l'intérêt de décrire la structure déjà bâtie.
1503-1576 : l'hypothèse Hannelore Glasser Dans les années 2000, s'appuyant sur la thèse de doctorat d'Hannelore Glasser., les historiens de l'art Rachel Billinge, Luke Syson et Marika Spring exposent une hypothèse qui est loin de faire l'unanimité parmi les chercheurs : initialement et jusqu'en 1576, les deux panneaux des Anges musiciens se seraient trouvés au-dessus de celui de Léonard de Vinci, c'est-à-dire sur le registre supérieur, La Vierge aux rochers occupant le registre central. Ils se fondent sur le fait que la lista du contrat de commande des panneaux peints décrit le retable du haut vers le bas : or, les deux tableaux des Anges musiciens sont évoqués avant ce qui semble être la statue votive de la Vierge et avant le tableau de Léonard de Vinci. Cette disposition initiale expliquerait la disharmonie des couleurs initiales des fonds des Anges musiciens ainsi que, selon Luke Syson, leur .
1579-fin : aspect selon la description traditionnelle thumb|gauche|upright=1|alt=Schéma du retable avec le tableau de la Vierge aux rochers et les deux tableaux des deux anges musiciens.|Schéma du retable d'après les hypothèses de Carlo Pedretti, de Malaguzzi-Valeri, Frank Zöllner et Gerolamo Biscaro, d'après le contrat de commande.
1) Panneau de La Vierge aux rochers - 2) Panneaux latéraux représentant des anges musiciens - 3) Scènes de la vie de la Vierge - 4) Scènes de la vie de la Vierge - 5) ? - 6) La Vierge avec une gloire d'anges - 7) Représentation de Dieu le Père avec une gloire de Séraphins.