Les Trois chansons sont une œuvre de Maurice Ravel pour chœur a cappella. Achevées en 1915, éditées par Durand en 1916, elles furent créées le , interprétées par un ensemble choral réuni par Jane Bathori et Pierre-Émile Engel sous la direction de Louis Aubert, à la Salle des Agriculteurs.
L'œuvre porte la référence M.69, dans le catalogue des œuvres du compositeur établi par le musicologue Marcel Marnat.
Circonstances et composition C'est la seule composition de Ravel pour chœur a cappella, commencée en , alors qu'il est à Paris , écrivant lui-même les trois textes dans l'esprit de comptines populaires. Le texte rappelant l'atmosphère de la Renaissance est accompagné d'une musique également archaïsante avec des cadences plagales et des tournures anciennes.
Création
La création des Trois chansons date irréfutablement du , par un ensemble choral réuni par Jane Bathori et son époux Émile Engel sous la direction de Louis Aubert, à la Salle des Agriculteurs, au concert de la Société musicale indépendante (SMI).
Une erreur répandue est que la création daterait du , avec les mêmes interprètes, un ensemble choral réuni par Jane Bathori et Émile Engel sous la direction de Louis Aubert, au Théâtre du Vieux-Colombier Du fait de l’information erronée sur la création le 11 octobre 1917, Michel Duchesneau en vient à douter de la tenue du concert du 8 mai 1917 dont il donne le programme : « Le programme de ce concert […] existe, mais il est possible que le concert n’ait pas eu lieu, car Orenstein (Ravel, Man and Musician, p. 233) donne la date du 11 octobre 1917 pour la première audition […] » (). Le concert du 8 mai 1917 est attesté par le programme et par des comptes rendus dans la presse.. Selon Jane Bathori, cette audition daterait du jour où Jacques Copeau partit pour New York pour deux ans avec la troupe du Théâtre du Vieux-Colombier. Avant cette date de création erronée, il y eut même deux auditions privées des Trois chansons, toujours par un ensemble choral réuni par Jane Bathori et Émile Engel sous la direction de Louis Aubert : le au domicile de Monsieur et Madame Louis Gélis-Didot, le au Salon d'Hercule du Château de Versailles..
Du date la première audition des Trois chansons, dans leur version réduite pour voix et piano, par Lucy Vuillemin à la Comédie des Champs-Élysées, dans le cadre des concerts Art et Liberté.
Textes et analyse
I. Nicolette
En la mineur, dédiée à Tristan Klingsor, ce n'est . Dans les trois couplets le motif est présenté alternativement par tous les registres, le tempo variant d'un couplet à l'autre suivant les rencontres de Nicolette, à la fois sautillante et peureuse.
Nicolette, à la vesprée, S'allait promener au pré, Cueillir la pâquerette, la jonquille et la muguet, Toute sautillante, toute guillerette, Lorgnant ci, là de tous les côtés.
Rencontra vieux loup grognant, Tout hérissé, l'œil brillant; « Hé là ! ma Nicolette, viens-tu pas chez Mère-Grand? » A perte d'haleine, s'enfuit Nicolette, Laissant là cornette et socques blancs.
Rencontra page joli, Chausses bleues et pourpoint gris, « Hé là ! ma Nicolette, veux-tu pas d'un doux ami ? » Sage, s'en retourna, très lentement, Le cœur bien marri.
Rencontra seigneur chenu, Tors, laid, puant et ventru « Hé là ! ma Nicolette, veux-tu pas tous ces écus ? » Vite fut en ses bras, bonne Nicolette Jamais au pré n'est plus revenue.
II. Trois beaux oiseaux du Paradis
En fa mineur, dédiée à Paul Painlevé, , la chanson est cependant inspirée par l'afflux de mauvaises nouvelles et évoque clairement la guerre. Il s'agit d'un dialogue entre l'amie d'un homme à la guerre, chantée par la soprano, et les oiseaux aux couleurs du drapeau tricolore, chantés par le ténor.
Trois beaux oiseaux du Paradis (Mon ami z-il est à la guerre) Trois beaux oiseaux du Paradis Ont passé par ici.
Le premier était plus bleu que le ciel, (Mon ami z-il est à la guerre) Le second était couleur de neige, Le troisième rouge vermeil.
« Beaux oiselets du Paradis, (Mon ami z-il est à la guerre) Beaux oiselets du Paradis, Qu'apportez par ici ? »
« J'apporte un regard couleur d'azur (Ton ami z-il est à la guerre) » « Et moi, sur beau front couleur de neige, Un baiser dois mettre, encor plus pur. »
Oiseau vermeil du Paradis, (Mon ami z-il est à la guerre) Oiseau vermeil du Paradis, Que portez vous ainsi ?
« Un joli coeur tout cramoisi » (Ton ami z-il est à la guerre) « Ha ! je sens mon coeur qui froidit… Emportez le aussi. »
III. Ronde
En la majeur, avec un ré dièse lydien, dédiée à Madame Paul Clemenceau (frère cadet de Georges Clemenceau), née Sophie Szeps ,. , et la polyphonie se fait de plus en plus virtuose.
Les vieilles : N'allez pas au bois d'Ormonde, Jeunes filles, n'allez pas au bois: Il y a plein de satyres, de centaures, de malins sorciers, Des farfadets et des incubes, Des ogres, des lutins, Des faunes, des follets, des lamies, Diables, diablots, diablotins, Des chèvre-pieds, des gnomes, des démons, Des loups-garous, des elfes, des myrmidons, Des enchanteurs et des mages, des striges, des sylphes, des moines-bourrus, des cyclopes, des djinns, gobelins, korrigans, nécromans, kobolds… Ah ! N'allez pas au bois d'Ormonde, N'allez pas au bois.
Les vieux : N'allez pas au bois d'Ormonde, Jeunes garçons, n'allez pas au bois : Il y a plein de faunesses, de bacchantes et de males fées, Des satyresses, des ogresses, Et des babaïagas, Des centauresses et des diablesses, Goules sortant du sabbat, Des farfadettes et des démones, Des larves, des nymphes, des myrmidones, Hamadryades, dryades, naïades, ménades, thyades, follettes, lémures, gnomides, succubes, gorgones, gobelines… Ah ! N'allez pas au bois d'Ormonde, N'allez pas au bois.
Les filles / Les garçons (les parenthèses indiquent des vers chantés simultanément avec le texte qui précède) : N'irons plus au bois d'Ormonde, Hélas ! plus jamais n'irons au bois. Il n'y a plus de satyres, plus de nymphes ni de males fées. Plus de farfadets, plus d'incubes, Plus d'ogres, de lutins, Plus d'ogresses, De faunes, de follets, de lamies, Diables, diablots, diablotins, (De satyresses, non). De chèvre-pieds, de gnomes, de démons, (Plus de faunesses, non!) De loups-garous, ni d'elfes, de myrmidons Plus d'enchanteurs ni de mages, de striges, de sylphes, de moines-bourrus, de cyclopes, de djinns, de diabloteaux, d'éfrits, d'ægypans, de sylvains, gobelins, korrigans, nécromans, kobolds ... (De centauresses, de naïades, de thyades, Ni de ménades, d'hamadryades, dryades, follettes, lémures, gnomides, succubes, gorgones, gobelines) Ah ! N'allez pas au bois d'Ormonde, N'allez pas au bois.
Les malavisées vieilles, Les malavisés vieux les ont effarouchés — Ah !
Accueil et postérité La critique fut d'emblée très favorable. Plus tard Henri Collet écrit .
À la mort du compositeur, l'œuvre fut comptée parmi celles de la maturité, révélant .
Trois beaux oiseaux du Paradis est utilisée comme générique de l'émission La Maison des bois de Maurice Pialat, qui traîte du quotidien durant la Grande guerre.
Discographie Ensemble Vocal Philippe Caillard avec œuvres de Debussy, Poulenc, Milhaud, Florent Schmitt, Hindemith – LP Erato, 1964. Der Rundfunkchor Stockholm dirigé par Eric Ericsson avec œuvres de Debussy, Poulenc, Badings – LP EMI, 1971. Modern Madrigal Singers – Les Chansons De Poulenc - Milhaud - Debussy - Ravel, LP Desto DC-6483. Swingle II avec œuvres de Vaughan Williams, Britten, Elgar, Debussy, Saint-Saëns, Poulenc – LP RCA Red Seal – RL 25112, 1977. Cambridge Singers dirigés par John Rutter, avec œuvres de Britten, Debussy et Poulenc – Hyperion CSCD509. Chœur de chambre Accentus dirigé par Laurence Equilbey, Chœurs profanes avec œuvres de Poulenc – CD Disques Pierre Verany PV794042, 1994, Grand prix de l'académie du disque lyrique. Kammerkoret Con Spirito, Helge Birkeland – Franske Stemninger, avec œuvres de Josquin des Prés, Janequin, Debussy, Poulenc, Milhaud, Messiaen, Schmitt – CD Bergen Digital Studio – BD7024CD, 1994. BBC Singer dirigés par Simon Joly, avec œuvres de Bach, Roland de Lassus, Mendelssohn, Delius – CD BBC Music Magazine, BBC MM125, 1994 Maurice Ravel, Chansons avec Inva Mula, Valérie Millot, Claire Brua, Gérard Theruel, Laurent Naouri avec Histoires Naturelles, Chansons Madécasses, etc. – 2 CD Naxos 8.554176-77, 2003. Ensemble vocal de Stuttgart dirigé par Rupert Huber, Musique chorale française avec œuvres de Debussy, Messiaen, Jolivet, Chausson – CD Hänssler Classic, 93.055, 2003. Europa Chor Académie, Musique Chorale Française, avec œuvres de Absil, Poulenc, Debussy, Hindemith – CD Capriccio C67151, 2006. Ensemble Arsys Bourgogne dirigé par Mihály Zeke, Naissance de Vénus avec œuvres de Debussy, Poulenc, Messiaen – CD Paraty, 2018.
Bibliographie
Écrits de Maurice Ravel
Monographies
Ouvrages généraux .
Articles
Références
Liens externes
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