Le premier tour des élections municipales de 2020 à Bordeaux a lieu le . Le second tour, initialement prévu le , est reporté au . en raison de la pandémie de Covid-19.

Il s'agit de renouveler le conseil municipal de Bordeaux mais également le conseil de Bordeaux Métropole. Comme dans toutes les communes de et plus, les élections à Bordeaux sont municipales et intercommunales. Chaque bulletin de vote comporte deux listes : une liste de candidats aux seules élections municipales et une liste de ceux également candidats au conseil métropolitain.

Ce scrutin se déroule dans un paysage politique national en pleine transformation. Les deux partis de gouvernement historiques, les Parti socialiste et Les Républicains ont été très affaiblis par la rapide montée en puissance d'Emmanuel Macron élu président de la République en 2017 et la victoire de son parti, La République en marche aux élections législatives suivantes. Alors que le principal concurrent politique de la majorité présidentielle semblait être durablement le Rassemblement national, présent au second tour de l'élection présidentielle au-travers de la candidature de Marine Le Pen, et arrivé en tête lors des élections européennes de mai 2019, le parti Europe Écologie Les Verts obtient, lors de ces dernières de très bons résultats en particulier dans les grandes métropoles régionales.

Le contexte local est tout aussi nouveau. Dans une ville devenue l'une des plus attractives de France et connaissant un fort accroissement démographique, les infrastructures de transports sont saturées et le logement est devenu de moins en moins accessible aussi bien en termes d'offre qu'en termes de coût.

La majorité municipale de droite et centriste en place depuis plus de , déjà déstabilisée par les très bons résultats locaux d'une République en marche politiquement proche, apparaît plus fragilisée encore par la démission, le 13 février 2019, d'Alain Juppé de son poste de maire, la privant d'une tête de liste d'envergure nationale qui lui avait permis, tout comme Jacques Chaban-Delmas avant lui, de remporter toutes les élections municipales depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale dès le premier tour.

Mode de scrutin vignette|gauche|Le palais Rohan, siège de l'hôtel de ville de Bordeaux.

S'agissant d'une ville de plus de , l'élection des conseillers municipaux se déroule selon un scrutin de liste à deux tours.

Si une liste recueille la majorité absolue des voix, elle obtient la moitié des du conseil municipal. Le reste est réparti à la proportionnelle entre toutes les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés.

Un deuxième tour est organisé si aucune liste n'atteint la majorité absolue et au moins 25 % des inscrits au premier tour. Seules les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés peuvent s'y présenter. Les listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés peuvent fusionner avec une liste présente au second tour.

La désignation du maire est une élection qui se déroule ultérieurement, par le vote des seuls conseillers municipaux. Dans la quasi-totalité des cas, c'est la tête de liste qui est choisie par la majorité.

Contexte

+Résultats de l'élection municipale du 23 mars 2014 à BordeauxTête de listeListePremier tour SiègesVoix%Alain JuppéUMP-UDI-MoDem60,9552 *Vincent Feltesse PS-EELV22,587 Jacques ColombierFN-RBM-SIEL6,062 Vincent Maurin FG4,60 Yves Simone SE2,79 Philippe Poutou NPA2,51 Fanny Quandalle LO3910,51 Inscrits100,00Abstentions44,71Votants55,29Blancs et nuls1,70Exprimés98,30* Liste du maire sortant

vignette|La salle des séances du conseil municipal. Depuis 1947, la droite est à la tête de la ville. Aucun second tour n'a été organisé pour les élections municipales depuis la Libération.

Le , Alain Juppé démissionne de son mandat de maire pour aller siéger au Conseil constitutionnel sur proposition de Richard Ferrand.. Son adjoint aux Finances Nicolas Florian lui succède à la mairie lors du conseil municipal le lendemain, élu par les conseillers de la majorité en tant que seul candidat..

La ville de Bordeaux est régulièrement désignée comme l'une des villes les plus attractives de France ces dernières années dans les sondages avec Lyon, Montpellier et Toulouse.. La croissance démographique de Bordeaux est l'une des plus importantes de France sur la période 2011-2016., et la mise en service de la LGV entre Bordeaux et Paris en 2017 va probablement accentuer ce dynamisme.. Cette proximité accrue avec Paris ne fait pas que des heureux. et le journal britannique The Guardian n'hésite pas à prendre l'exemple de Bordeaux pour illustrer les effets de la gentrification..

Si Bordeaux attire une nouvelle population aux revenus aisés, la hausse de la pauvreté de la population girondine est selon le journal Sud Ouest une des causes expliquant l'importance de la mobilisation des Gilets Jaunes à Bordeaux.. Tenue pour l'épicentre national du mouvement, la capitale girondine a même connu une journée décrétée par le maire Nicolas Florian le samedi 30 mars 2019 ; une directive suivie par les commerçants, non sans critiques.. Si le chef de file des Républicains s'est opposé aux Gilets Jaunes, ce n'est pas le cas d'autres candidats potentiels, tels que Philippe Poutou (NPA). ou Loïc Prud'homme (La France insoumise). Ce dernier accuse la police de l'avoir matraqué alors qu'il quittait la manifestation du 2 mars..

Évolution du contexte politique local depuis l'élection municipale de 2014 vignette|Virginie Calmels.|gauche|upright vignette|Vincent Feltesse.|upright À l’issue du scrutin de mars 2014 se dessinait le duel qui, pour les municipales suivantes, devait opposer Virginie Calmels, ancienne dirigeante d'Endemol France, parachutée à Bordeaux par Alain Juppé et désignée première adjointe, à Vincent Feltesse qui, malgré son aveu d'échec trois semaines avant le premier tour, sa sévère défaite et la perte de la présidence de la métropole, est désigné président du groupe socialiste au conseil municipal et déclare qu’il sera maire de Bordeaux en 2020.

Toutefois, tout au long de la mandature, ce scénario va être entièrement remis en cause par les mutations profondes que va connaître l'équilibre des forces politiques au niveau national, lesquelles toucheront directement ou indirectement les acteurs de la politique locale. vignette|Alain Juppé.|gauche|upright

Dans la majorité municipale vignette|Nicolas Florian.|upright Le , quelques mois après sa réélection, Alain Juppé annonce sur son blog qu'il sera candidat à la primaire de la droite en 2016. La presse locale s'empare alors de la question de sa succession et cite Virginie Calmels et Nicolas Florian, alors adjoint aux finances, comme potentiels candidats.

Lors des élections départementales de 2015, trois adjoints au maire sont élus conseillers départementaux : Jean-Louis David (UMP) et Laurence Dessertine (MoDem) dans le deuxième canton, et Pierre Lothaire (UMP) dans le troisième canton. En revanche, Emmanuelle Cuny (UMP) et Fabien Robert (Modem) sont battus dans le premier canton, de même qu'Anne-Marie Cazalet (UMP) et Yohan David (UMP) dans le quatrième canton ou Jérôme Siri (UMP) et Cécile Migliore (MoDem) dans le cinquième canton.

Au mois de décembre 2015, l'UMP, rebaptisé quelques mois plus tôt Les Républicains, investit Virginie Calmels en tête de la liste d'union de la droite aux élections régionales, laquelle s'incline au second tour devant la liste menée par le socialiste Alain Rousset.

Au mois de février 2016, Alain Juppé la désigne officiellement comme sa dauphine s'il était élu Président de la République. Du côté de la majorité municipale, une partie des élus acceptent de plus en plus mal cet adoubement.

La montée en puissance d'Emmanuel Macron à partir du mois d'avril 2016 déstabilise un courant juppéiste dont la ligne politique est proche de celle du ministre de l'économie. Les élus bordelais du Modem ont une position difficile : ils sont à la fois alliés de LR au sein de la majorité municipale et de En Marche ! au niveau national du fait du soutien annoncé au mois de février 2017 de François Bayrou au candidat Emmanuel Macron. C'est ainsi que l'adjoint Modem Marik Fetouh, est investi par En Marche ! pour les législatives qui suivent la présidentielle de 2017 dans la troisième circonscription de la Gironde.

Alors que Alain Juppé a tenu le rôle de grand favori pendant toute la campagne des primaires de la droite, François Fillon remporte la primaire le . Le premier déclare alors qu'il va se consacrer pleinement à sa tâche de maire de Bordeaux. Virginie Calmels, qui a fondé son propre mouvement, DroiteLib, au sein des Républicains, apporte son soutien au vainqueur François Fillon, même lorsque celui-ci est empêtré dans l'affaire du PenelopeGate et que le nom d'Alain Juppé circule pour le remplacer. L'hebdomadaire Marianne affirme que cet épisode aurait altéré la confiance que lui porte Alain Juppé et qu'alors, il n'aurait plus été question qu'elle lui succède à la mairie de Bordeaux.

Le , François Fillon arrive en troisième position lors du premier tour de l'élection présidentielle derrière Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Quelques jours après la victoire d'Emmanuel Macron, c'est Edouard Philippe, juppéiste historique, qui est nommé premier ministre.

Malgré la défaite du candidat des Républicains, la droite parlementaire obtient lors des élections législatives des 11 et 18 juin 2017. Les trois adjoints au maire qui se présentaient en Gironde sont battus au second tour : Nicolas Florian dans la première circonscription et Anne Walryck dans la deuxième, face aux candidates LREM, et Marik Fetouh dans la troisième face au candidat de La France insoumise.

Les scores réalisés par la LREM à Bordeaux et la « macron-compatibilité » du juppéisme jettent la majorité municipale dans le trouble en vue des élections municipales de 2020.

Après leur séquence électorale du printemps 2017, les Républicains annoncent pour le mois de décembre un congrès devant désigner une nouvelle direction. Le , Virginie Calmels annonce qu'elle apporte son soutien à Laurent Wauquiez, créant la surprise dans le camp juppéiste, déjà représenté par la candidature de Maël de Calan. Laurent Wauquiez est élu et Virginie Calmels devient vice-présidente des Républicains.

Dans cette séquence, le Canard Enchaîné a prêté à Alain Juppé des mots très durs à l'encontre de sa première adjointe avec qui il aurait été en conflit, ce que les intéressés ont rapidement démenti. Par contre, les rancœurs d'une partie des adjoints à l'encontre de Virginie Calmels sont attisées, ce qui agace Alain Juppé au point qu'il déclare en réunion de majorité : .

Au début de l'année 2018, alors que l'adjointe à la cohésion sociale Alexandra Siarri a lancé un collectif citoyen appelé Bordeaux Demain dont l'objectif est de concevoir des projets pour le territoire bordelais, la majorité municipale lance à son tour Esprit Bordeaux, association destinée à préparer le terrain à une nouvelle candidature d’Alain Juppé aux municipales.

Quelques jours plus tard, Virginie Calmels est limogée par Laurent Wauquiez de la vice-présidence des Républicains.

Au mois de janvier 2019, Alain Juppé annonce avoir quitté Les Républicains, ne se reconnaissant plus dans la ligne adoptée par Laurent Wauquiez. Ce geste est interprété par certains observateurs comme le signe d'une potentielle ouverture vers LREM. À cette occasion, il déclare aussi attendre l'issue des élections européennes pour se positionner sur les élections municipales de 2020.

Toutefois, le , au cœur du mouvement des gilets jaunes qui touche fortement Bordeaux, Alain Juppé démissionne de son poste de maire pour rejoindre le Conseil constitutionnel auquel le président de l'Assemblée nationale vient de le nommer. Le lendemain, Virginie Calmels annonce également sa démission du conseil municipal.