Soleil trompeur (, Outomlionnyïé solntsem, littéralement « Épuisés par le soleil ») est un film du réalisateur et acteur russe Nikita Mikhalkov, sorti en salles en 1994. Le scénario de cette coproduction russo-française a été écrit par l'écrivain azéri Roustam Ibraguimbekov, en collaboration avec le réalisateur.

L'action du film est située en Union soviétique, dans les années 1930, quand la dictature stalinienne intervient tragiquement dans la vie de beaucoup de gens, comme dans celle du commandant de divisionÀ l’époque où se situe le film, les grades d’officiers de l’Armée rouge avaient des appellations traditionnelles de lieutenant à colonel y compris, suivis de commandant de brigade, commandant de division, commandant de corps d’armée, commandant d’armée du degré, commandant d’armée du degré et maréchal (cf. soldat.ru, Tableau 3, consulté le ). Après 1940 on a rétabli les appellations traditionnelles des grades supérieurs à colonel, ceux-ci devenant major général, lieutenant général, colonel général et général d’armée (cf. soldat.ru, Tableau 9, consulté le ). Le grade de Kotov correspond donc à lieutenant général. Sergueï Kotov, rôle interprété par le réalisateur lui-même. Un personnage important du film est la fillette de Kotov, jouée par la fille de six ans de Mikhalkov.

Le film a connu un succès international, étant récompensé, entre autres, par le Grand Prix du jury au festival de Cannes de 1994 et l'Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1995.

Respectivement sortis en 2010 et 2011, Soleil trompeur 2 et Soleil trompeur 3 content la suite des événements narrés dans ce premier opus.

Synopsis Le film peut être divisé en plusieurs partiesSection d'après le contenu d’image et textuel du film..

Prologue Moscou, 1936, le voisinage du Kremlin. Un homme soigné d'une trentaine d’années rentre au petit jour à son domicile. Il est accueilli par un vieillard qui lui parle en français. L’homme lui dit de parler russe. Le vieillard lui réplique que son père l’a engagé jadis pour qu’il lui parle seulement en français. L’homme corrige tout le temps les fautes de russe que l’autre fait. Il lui dit aussi d’allumer la radio, qui diffuse un discours de louanges à l’adresse de Staline.

L'homme se lave le visage dans la salle de bain. À un moment, le téléphone sonne mais il ne décroche pas. Son regard tombe pour un moment sur un rasoir. Le vieux domestique lit à haute voix un article de journal sur l’apparition d’une foudre en boule dans la région de Moscou, dont on écrit qu’il provient de forces ennemies. Pendant ce temps, dans une autre pièce, l’homme retire des cartouches d’un revolver, en continuant de corriger les fautes du vieillard. Il laisse une seule cartouche dans le barillet, le fait tourner, puis il porte le revolver à sa tempe et, après une brève hésitation, il appuie sur la gâchette. Il a de la chance à la roulette russe. Ensuite il passe un coup de téléphone en disant seulement qu’il est d’accord.

Générique Sur le fond du générique, dans un parc couvert de neige, un homme en capote et casquette militaires et une femme dansent le tango sur la chanson Утомлённое солнце (Outomlionnoïé solntsé) (littéralement « Soleil épuisé ») chantée par un chanteur accompagné de trois musiciens. Une fillette est assise sur un banc en fredonnant la même chanson.

(matin) C'est l’été. À la campagne, le commandant de division Sergueï Kotov, d’une cinquantaine d’années, passe une journée avec sa famille dans une vieille datcha. Le matin, il se détend avec sa femme, Maroussia, d’une trentaine d’années, et leur fillette Nadia, dans leur bania. La scène pleine de tendresse est interrompue par un paysan qui vient le solliciter de manière pressante pour empêcher des chars d’assaut de détruire un champ de blé du kolkhoze lors d’exercices militaires. Kotov y va et, dans une scène pleine d’humour, il est reconnu par le commandant de la sous-unité, il contacte par radio le supérieur de celui-ci qui le connaît également, et il obtient immédiatement que les chars se retirent, grâce à son prestige de révolutionnaire célèbre.

Il retourne ensuite à la maison familiale, où sont présents plusieurs membres de la famille de Maroussia et des amis, dont on peut déduire qu'ils sont des intellectuels d’avant la Révolution russe de 1917. La matinée se déroule dans une agitation bon enfant ; tous les habitants de la maison sont insouciants et joyeux. La scène évoque Anton Tchekhov. Seul l’oncle de Maroussia, professeur d’université, constamment plongé dans la Pravda, fait part du lancement d’un nouveau procès politique… Mais personne ne prend garde à ce qu’il dit. C’est aussi un jour de fête. On célèbre le sixième anniversaire du début de la construction de dirigeables et d’avions en URSS. À cette occasion, devant la maison et Nadia qui se tient au portail, une colonne de pionniers passe avec une fanfare, et parmi eux un homme à l’aspect de vieillard, barbu, boiteux et aveugle, qui s’arrête devant la maison.

Nadia invite l'individu à entrer. Il provoque l’étonnement des gens de la maison par son comportement bizarre, puis s’assied au piano. Il joue et chante le fragment commençant par Ridi, pagliaccio de l’opéra Pagliacci de Ruggiero Leoncavallo, en enlevant les objets dont il est déguisé. C’est l’homme du prologue, reconnu avec joie comme étant Mitia (Dmitri), qu’ils n’ont pas vu depuis 1928. Maroussia le présente à son mari, mais ils se connaissent. On lui demande s’il est marié et s’il a des enfants. Il répond que oui et qu’il en a trois. Maroussia est troublée. Elle fait couler de l’eau du samovar en la laissant longuement déborder du verre. Son avant-bras porte les traces d’un essai de suicide par coupure des veines. Tous se rassemblent à table dans un silence tendu.

Kotov va à la rivière. Plus tard, les autres y vont aussi. Kotov se déchausse. Près de son pied il y a une bouteille cassée, avec des pointes coupantes orientées vers le haut. Mitia la voit mais n'en avertit pas Kotov. À un moment, Kotov s’éloigne. Maroussia dit à Nadia de ne pas embêter Mitia avec des questions. Celle-ci, offensée, rejoint son père et se plaint à lui. Kotov lui dit que Maroussia et Mitia sont de vieux amis et qu’ils veulent causer ensemble. Kotov et Nadia prennent une barque et se laissent porter par la rivière. Entre eux il y a une scène pleine de tendresse.

Maroussia et Mitia restent seuls. Il lui demande pourquoi elle ne lui demande rien. Il la questionne au sujet de sa cicatrice aussi mais aucun dialogue ne débute. Mitia se jette habillé dans la rivière et n'émerge qu’à un endroit où on ne peut pas le voir. Maroussia s’inquiète, l’appelle et le cherche en nageant. Mitia l’attrape par un pied sous l’eau, puis ils sortent sur la rive boisée. Mitia lui rappelle un de leurs rendez-vous au même endroit, et la nuit qu’ils ont passé ensemble ensuite. Il lui reproche de l’avoir effacé de sa vie.

Dans le cadre des célébrations du jour, une équipe fait un exercice de sécurité civile avec simulation d'attaque à l’arme chimique. Elle implique les gens venus se détendre au bord de la rivière, en leur mettant des masques à gaz et en emportant certains sur des brancards. Maroussia sort de l’eau et se présente pour un rôle de victime, et Mitia de même. Quand Kotov et la fillette reviennent, ils ne trouvent plus sur la rive que les affaires laissées par les autres. Ils retournent à la maison au rythme précipité imposé par Kotov et trouvent les autres qui s’amusent. Mitia et Maroussia jouent du piano à quatre mains, masque à gaz sur la figure, et se rappellent comment le père de Maroussia, professeur de piano, faisait jadis exercer Mitia. Toute la famille danse un cancan endiablé en jacassant en français, sauf Kotov, qui se met seul à table pour déjeuner, puis les autres aussi s’y mettent. Après déjeuner, l’atmosphère est nostalgique. La grand-mère de Maroussia chante un air d’opéra, ensuite son oncle parle du bon vieux temps.

Mitia commence à narrer sa vie sous la forme d'un conte adressé à Nadia. Il en ressort qu’il était un garçon qui chantait et jouait de divers instruments et aimait la poésie. Sa famille était l’amie de celle de Maroussia. Le père de celui-ci lui enseignait la musique. Il a été heureux jusqu’au début de la Première guerre mondiale. Il a combattu sur le front, puis il a eu une vie difficile à l’étranger pendant dix ans. Quand il est revenu, ses parents étaient morts et il a été reçu par la famille de Maroussia. Il a eu une liaison avec elle, interrompue par Kotov. Celui-ci travaillait dans le Guépéou, le service d’espionnage et contre-espionnage soviétique des années 1920 et connaissait le passé anti-soviétique de Mitia. Il l’a recruté par le chantage et l’a envoyé en mission à Paris. Pour Maroussia, Mitia a disparu et, quelque temps après, elle a épousé Kotov. Pendant que Mitia raconte, dehors il y a une foudre en boule qui circule. Mitia interrompt sa narration et se met à siffler Soleil épuisé, en s’accompagnant de la guitare. La fillette aussi fredonne la chanson. La famille écoute en silence Mitia et la main de Maroussia tenant la tasse à café tremble.

Maroussia sort de la salle à manger et court à l'étage. Kotov la suit en courant. Pendant un moment, Maroussia manifeste de la haine envers Kotov et menace de se jeter par la fenêtre s’il s’approche, mais Kotov réussit à la calmer et ils s’enlacent. On voit qu’ils s’aiment. À ce moment-là, la foudre en boule allume un feu dans le bois, avec un bruit d’explosion.

(après-midi) Tous se retirent de la salle à manger, sauf Mitia et Kirik, le fils de l'amie de la grand-mère de Maroussia. Mitia avoue à celui-ci qu’il n’est pas marié. Questionné sur ce qu’il fait dans la vie, il dit qu’il est dans le NKVD, puis il affirme que c’est une blague et qu’il est pianiste dans un restaurant. Il ajoute qu’il est rentré au pays il y a une demi-année mais qu’il n’est pas venu les voir, parce qu’il n’avait aucune raison de le faire.

Plus tard, à l'étage, Kotov et Maroussia font l’amour, pendant que Mitia et Nadia s’amusent au piano. À une question de Maroussia, Kotov confirme que c’est lui qui a envoyé Mitia à l’étranger. Celui-ci pouvait choisir et il a choisi. Kotov aussi aurait quitté sa famille s’il en avait reçu l’ordre, étant militaire, mais il serait parti par amour de sa patrie, alors que Mitia est parti par peur.

Plus tard, Mitia annonce à Kotov qu'en fait il est venu l’arrêter. La seule réaction de celui-ci est de lui dire calmement de se comporter comme si de rien n’était jusqu’au soir, quand la voiture du NKVD viendra les emmener.