thumb|alt=|Drapeau du communisme libertaire, fondé sur le drapeau rouge et noir.|270x270pxvignette|Manifestation menée par des communistes libertaires en 2011 et présentant plusieurs symboles de ce mouvement. Le communisme libertaire, communisme anarchiste ou anarcho-communisme est une doctrine politique au croisement de deux autres : le communisme, entendu dans son sens le plus général, l'instauration d'une société sans classes sociales et sans État, par la mise en commun des moyens de production et la répartition des richesses créées selon l'aphorisme de Louis Blanc : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins »; l'anarchisme, entendu comme une société qui a pour projet la liberté politique totale et l'émancipation des individus, passant par l'égalité économique et sociale, par une démocratie directe, autogestionnaire et fédéraliste (l'unité volontaire, l'association libre...). thumb|alt=|Symbole fréquemment utilisé pour le communisme libertaire. Pour Carlo Cafiero, cofondateur du communisme libertaire, le communisme est synonyme d'égalité et l'anarchisme de liberté, il refuse alors de les opposer et cherche au contraire à les combiner, car ils sont pour lui « les deux termes nécessaires et indivisibles de la Révolution »..

Le communisme libertaire originaire du socialisme libertaire, est proche du collectivisme libertaire, du municipalisme libertaire, de l'anarcho-syndicalisme, du marxisme libertaire et à certains égards du syndicalisme révolutionnaire et du conseillisme (communisme de conseils).

Histoire Aux origines Le mouvement anarchiste est depuis ses origines associé au mouvement communiste. En effet, ils ont des origines communes en étant tous deux issus du socialisme, en ayant les mêmes inspirations idéologiques d'émancipation — d'abord permise par la Révolution française, puis par les mouvements ouvriers du — et un même but final, le renversement du capitalisme, l'abolition de l'État et la restitution de la richesse sociale aux travailleurs. Les anarchistes socialistes comptent au des personnalités comme Déjacque, Bakounine ou Cœurderoy.

Le est fondée l'Association internationale des travailleurs (AIT), également connue sous le nom de Première Internationale, qui a pour objectif de coordonner le développement du mouvement ouvrier et qui réfléchit à des principes politiques de base comme l'administration des choses. Cependant, de nombreuses divergences existent entre les différentes tendances du socialisme en son sein : Les s'inspirant de Proudhon, les collectivistes s'inspirant de Michel Bakounine et les communistes s'inspirant notamment de Karl Marx.

Ces divergences finissent par éclater à plusieurs reprises en conflit ouvert. Au congrès de Bâle en 1869, les partisans de Marx et de Bakounine, défendant la propriété collective, font bloc ensemble contre ceux de Proudhon, défendant plutôt une propriété individuelle. Puis au congrès de La Haye de 1872, Marx s'oppose à Bakounine sur la question du pouvoir octroyé au Conseil général de Londres, Marx voulant le centraliser alors que Bakounine appelle à le décentraliser. Marx réussit à exclure Bakounine et James Guillaume de la première Internationale par vote du congrès, ce qui malgré lui est un suicide de l'AIT, déjà affaiblie, menant à une division claire entre « marxistes » et « anarchistes » et entrainant une scission très importante.

À partir de ce moment-là, les partisans de Bakounine fondent une Internationale dite « antiautoritaire » au Congrès de Saint-Imier en 1872 : la Fédération jurassienne. Le mouvement anarchiste commence alors vraiment à se structurer et différentes tendances se développent en son sein, les unes étant plus ou moins complémentaires avec les autres. Il y a notamment les collectivistes libertaires (Bakounine...), les anarchistes individualistes (Stirner...), les anarcho-syndicalistes (Pouget...) et enfin les communistes libertaires (Errico Malatesta, Carlo Cafiero, Pierre Kropotkine, Élisée Reclus...). La recherche d'une synthèse vignette|213x213px|Carlo Cafiero (1846-1892)L'association des termes « communisme libertaire » est revendiquée, par la fédération italienne de l'Internationale anti-autoritaire de St-Imier (créée en 1872), au congrès de Florence de 1876 par Errico Malatesta et Carlo CafieroQu'est-ce que le communisme libertaire?, Alternative Libertaire, n°218, juin 2012, texte intégral.. Soit 19 ans après l’invention du terme « libertaire » et 36 ans après la mise en circulation de « communisme ». Ce positionnement est pris en opposition au collectivisme libertaire, qui est à cette époque la position officielle de l'Internationale anti-autoritaire (avec l'influence de Bakounine) et ce à cause de la crainte qu'un centralisme économique puisse être amené par la théorie collectivisteEn effet, cette théorie propose de quantifier la valeur du travail, et ceci selon le temps ou la tâche effectuée. Cela implique qu'il y ait un centralisme économique qui définisse cette valeur (en monnaie ou en bons de consommation), et donc des personnes spécialisées dans l'estimation de la valeur du travail ; théoriquement et pratiquement, cela est inacceptable pour les anarchistes, car il n'est pas possible ni souhaitable de définir une valeur à l'activité humaine. La théorie communiste libertaire balaie toutes ces contraintes ou manquements associés au collectivisme libertaire, et le communisme devient pour une bonne part des anarchistes le successeur du collectivisme dans de nombreuses contrées. Les Espagnols garderont longtemps le collectivisme comme base économique envisagée, et ceci jusqu'au début des années trente, où ils considéreront alors le communisme libertaire comme but..

Ils ne veulent ni rejeter le communisme — comme le faisaient Bakounine et Proudhon —, ni mépriser l’anarchisme — comme le faisaient Marx et Engels —, mais faire une synthèse, voire un dépassement en comblant les lacunes de l'anarchisme et du communisme. Cafiero résume sa pensée en cette formule : « Nous voulons la liberté, c’est-à-dire l’anarchie, et l’égalité, c’est-à-dire le communisme. » Son anarchie pourfend trois ennemis (l’autorité, le pouvoir et l’État) et son communisme entend s’emparer des richesses « au nom de l’humanité ».

thumb|Couverture du livre Communisme et anarchie, de Pierre Kropotkine (1903).|gauche

Quelques années plus tard en 1880, au congrès de La Chaux-de-Fonds de l'Internationale anti-autoritaire, Élisée Reclus définit le communisme libertaire comme la « conséquence nécessaire et inévitable de la révolution sociale » et « expression de la nouvelle civilisation qu’inaugurera cette révolution », et qui implique notamment « la disparition de toute forme étatiste » et « le collectivisme avec toutes ses conséquences logiques, non seulement au point de vue de l’appropriation collective des moyens de production, mais aussi de la jouissance et de la consommation collectives des produits » (Le Révolté, )..

Par la suite d'autres penseurs du communisme libertaire poseront leur pierre à l'édifice de cette synthèse, comme Pierre Kropotkine pour qui « l’anarchie mène au communisme, et le communisme à l’anarchie », et qui affirme également, en 1913 dans La Science moderne et l’Anarchie, que le communisme dispose en lui de deux voies : l’oppression et la liberté, l’autoritarisme et l’anarchisme.

Le danger contre lequel Kropotkine mettait en garde semble finalement s'être réalisé durant la révolution russe en 1917, où les bolcheviques, sous la direction de Lénine, se sont approprié le mot « communisme », avec une mise en pratique bien différente du communisme libertaire : un parti d’avant-garde, un État centralisateur et répressif, un productivisme de principe... Pour les communistes libertaires, les États marxistes-léninistes n'ont rien de communiste et se rapprochent plus d'un collectivisme d'État, voire d'un capitalisme d'État, puisque pour eux le communisme est un mode d'organisation sans État.

Les problèmes organisationnels et stratégiques vignette|232x232px|Errico Malatesta (1853-1932) En même temps que le reste du mouvement anarchiste, le communisme libertaire connaît de nombreuses réflexions, questions et évolution de ses modes d'organisations et de stratégies. Sa doctrine adopte à ses débuts une stratégie insurrectionnaliste. Elle est pratiquée en Italie par Errico Malatesta, Carlo Cafiero ou Saviero Merlino, qui en lancent une insurrection dans le massif montagneux du Matese (dans la province de Bénévent), dans le but de provoquer un soulèvement dans cette région. Même si ce fut un échec, des actes de propriété communales furent brûlés et le communisme libertaire proclamé pendant un temps.

Dans les années 1880-1890, à la suite de l'échec des stratégies insurrectionnelles et propagandiste par le fait, ce sont les stratégies de l'anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire qui deviennent dominantes auprès des communistes libertaires, un mode de militantisme proche de la conception gradualiste de Malatesta à la fois Guy Hermet, Bertrand Badie, Pierre Birnbaum, Philippe Braud, Dictionnaire de la science politique et des institutions politiques, Armand Colin, 2010, lire en ligne. et de l'« l’évolutionnisme » d'Élisée ReclusAlexandre LeBlanc, Relecture de l’anarchisme classique à partir du concept d’éducationnisme-réalisateur, maîtrise en science politique, Université de Montréal, août 2014, lire en ligne.. Cette stratégie trouve son expression la plus aboutie sans doute au sein de la Confédération nationale du travail pendant la révolution sociale espagnole de 1936.

Dans les années 1920 à la suite de la révolution russe — où pour la première fois dans l’histoire, les principes du communisme libertaire furent mis en application au sein d'une Ukraine libertaire — un groupe de communistes libertaires exilés d'Ukraine et de Russie fuyant le régime bolchevique dresse un bilan critique afin de comprendre l'échec du mouvement libertaire durant cette révolution et élabore une nouvelle forme d'organisation. C'est ainsi qu'est publié, en 1926, la « Plate-forme organisationnelle de l’union générale des anarchistes » écrit par Piotr Archinov, Nestor Makhno, Ida Mett, et Linsky, appelant à la construction d'une grande organisation spécifiquement communiste libertaire, qui cherche à apprendre de « la leçon du passé » et à sortir l’anarchisme des « limites étriquées d’une pensée marginale et revendiquée uniquement par quelques groupuscules aux actions isolées » afin de gagner les masses et d'« accomplir les tâches de l’anarchisme, non seulement lors de la préparation de la révolution sociale, mais également à ses lendemains », le tout en assumant « une ligne générale tactique et politique, qui servirait de guide à tout le mouvement ».

D'autres communistes libertaires (dont Malatesta, Faure, Voline...) répondent négativement au nouveau modèle plate-formiste (lui trouvant des insuffisances théoriques pouvant permettre à une forme d'autoritarisme de s'installer au sein de son organisation). En opposition, est alors élaboré un contre modèle d'organisation, la synthèse anarchiste, qui cherche à rassembler toutes les différentes tendances de la tradition anarchiste : individualiste, anarcho-syndicaliste et socialiste-communiste.

Au cours de la seconde moitié du siècle, une nouvelle forme d'organisation proche du plateformisme se développe au sein du mouvement communiste libertaire sud-américain : le spécifisme. On y retrouve la nécessité d’une organisation spécifiquement anarchiste unie théoriquement, dans le but d'y théoriser et développer un travail politique et d’organisation stratégique, afin de participer activement à des mouvements sociaux autonomes et populaires.