thumb|right|Déploiement des 27 légions romaines en 80 apr. J.-C.

La Legio Cyrenaica Le nombre (indiqué par un ou plusieurs chiffres romains) porté par une légion peut porter à confusion. Sous la République romaine antique, les légions étaient formées en hiver pour la campagne d’été et dissoutes à la fin de celle-ci ; leur numérotation correspondait à leur ordre de formation. Une même légion pouvait ainsi porter un numéro d’ordre différent d’une année à l’autre. Les nombres de à étaient réservés aux légions commandées par les consuls. Sous l’Empire, les empereurs numérotèrent à partir de « » les légions qu’ils levèrent. Toutefois, cet usage souffrit de nombreuses exceptions. Ainsi Auguste lui-même hérita de légions portant déjà un numéro d’ordre qu’elles conservèrent. Vespasien donna aux légions qu’il créa des numéros d’ordre de légions déjà dissoutes. La première légion de Trajan porta le numéro , car 29 légions existaient déjà. Il pouvait donc arriver, à l’époque républicaine, qu’existent simultanément deux légions portant le même numéro d’ordre. C’est pourquoi s’y ajouta progressivement un cognomen ou qualificatif indiquant :(1) ou bien l’origine des légionnaires (Italica = originaires d’Italie),(2) un peuple vaincu par cette légion (Parthica = victorieuse sur les Parthes),(3) le nom de l’empereur ou de sa gens (famille ancestrale), soit qu’elle ait été recrutée par cet empereur, soit comme marque de faveur (Galliena, Flavia),(4) une qualité particulière de cette légion (Pia fidelis = loyale et fidèle). Le qualificatif de « Gemina » désignait une légion reconstituée à partir de deux légions ou plus dont les effectifs avaient été réduits au combat (Adkins (1994), ). fut une légion romaine fondée vers 36 av. J.-C. L’existence de la Legio Cyrenaica est attestée pour la première fois dans les sources en 30 av. J.-C. lors de la bataille d’Actium. Après la victoire d’Octave, la légion fut d’abord stationnée en Haute-Égypte près de ce qui est aujourd’hui Luxor. Elle fut déplacée vers la Basse-Égypte entre 7 et 9 apr. J.-C., où, de Nicopolis, elle eut avec la Legio Deiotariana la mission de surveiller la ville voisine d’Alexandrie, source fréquente de rébellion contre le pouvoir romain.

La province d’Égypte étant toutefois une partie de l’empire relativement calme, la légion participa à de nombreux travaux de construction tels que routes, aqueducs, arcs de triomphe, etc. Certains de ses détachements participèrent à des campagnes à l’extérieur des frontières de la province comme ce fut le cas en 39/40 lorsqu’un détachement se rendit en Gallia Belgica pour préparer l’invasion de la Grande-Bretagne.

Lors de l’année des quatre empereurs, la légion fut parmi les premières à appuyer Vespasien et participa, sous les ordres de son fils Titus, au siège de Jérusalem en 70.

Après l’occupation du royaume de Nabatène et sa transformation en province romaine, la légion fut transférée vers la Syrie d’aujourd’hui et fut cantonnée à Bosra.

À partir de 115 et jusqu’en 135, la légion fut régulièrement utilisée pour lutter contre les rebelles lors des grandes révoltes juives en Judée, en Égypte et en Cyrénaïque.

Elle prit part à la campagne de Caracalla contre les Parthes et, après que Valérien eut été fait prisonnier par leurs successeurs, les Sassanides, la légion tomba comme toute la région au pouvoir des autorités de Palmyre qui avaient proclamé leur indépendance, face à l’incapacité du pouvoir romain de défendre la Syrie.

On perd la trace de la légion après la reconquête de la région par Aurélien; elle était toutefois encore en existence au début du alors que la Notitia Dignitatum note sa présence à Bosra sous les ordres du Dux Arabiae.

On ignore quel était l’emblème de cette légion. Sa divinité tutélaire était le dieu Ammon-Zeus ou Jupiter Hammon (un Jupiter portant des cornes de bélier), divinité traditionnelle de la Cyrénaïque et de l'oasis d'Ammon (Siwa, Égypte)Lévêque (1994)..

Histoire de la légion

Origines

thumb|left|Dinarius utilisé par Marc Antoine pour payer ses soldats. Au recto, une galère avec l’inscription ANT AVG III VIR R P C et au verso l’aigle et la mention LEG .

La date et les motifs ayant conduit à la création de cette légion sont incertains. Il est possible qu’elle ait été créée par Lépide (Marcus Aemilius Lepidus) alors que celui-ci était gouverneur de Cyrénaïque (43-36 av. J.-C.)Ritterling (1925), col. 1506-1517. ou par le successeur de celui-ci, Marc Antoine (36-31 av. J.-C.)Lendering (2002), § 1.. Toutefois, cette hypothèse ne repose que sur le cognomen "Cyrenaica" qui peut indiquer l’origine des légionnaires mais aussi une victoire importante remportée par la légionSur les difficultés d’identifier les origines de cette légion, voir Sanders (1941), .. Il est également possible qu’elle ait hérité de ce surnom sous Auguste, grâce à la bravoure de l’une de ses cohortes comme ce fut le cas des unités auxiliaires Lusitanorum Cyrenaica et de la cohorte Hispanorum Scutata Cyrenaica. Le mot Cyrenaica est orthographié de diverses façons dans les textes, mais est généralement abrégé CYR.

En Égypte

thumb|right|Carte de l’Afrique romaine en 400 montrant la province de Thebais avec Thèbes (Thebae) au centre et Berenice à l’extrême sud-est.

La première apparition de la légion attestée dans les sources date de 30 av. J.-C. alors qu’après la bataille d’Actium, Octave se rendit en Égypte qu’il annexa la même année. Après la conquête, la Legio Cyrenaica demeura en Égypte et fut probablement stationnée à Thèbes (aujourd’hui Luxor) en Haute-Égypte, où la présence de légionnaires est attestée à Berenice et près des carrières de pierre de la ThébaïdeLendering (2002), § 2..

Dans les années 26/25 av. J.-C. la légion prit part à la désastreuse campagne du deuxième préfet d’Égypte, Aelius Gallus (préfet 26-24 av. J.-C.), en Arabie heureuse (le Yémen actuel)Strabon, Géographiques, .Dion Cassius, Histoire romaine, , 29.Pline l’Ancien, Histoire naturelle, livre , §32.. Mal guidée et peu préparée à un environnement hostile, cette expédition tourna au désastre et quelque y perdirent la vie.

encore : profitant de l’absence de la garnison romaine, le royaume nubien de Méroé attaqua la Haute-Égypte. Les Romains contre-attaquèrent de 25 à 21 av. J.-C. sous la conduite de Publius Petronius, préfet d’Égypte dont les légions remontèrent le Nil et envahirent la Basse-Nubie (sud de l’Égypte/nord du Soudan) jusqu’à Napata, ancienne capitale des rois de Méroé. La deuxième expédition menée par Publius Petronius parvint à stabiliser la situation sur la frontière entre la Nubie et l’Empire romainLendering (2002), § 3..

Entre les années 7 et 9 ap. J.-C., la légion fut déplacée vers Nicopolis, près d’Alexandrie, en Basse-Égypte, fondée par Octave en 24 av. J.-C. pour commémorer sa victoire finale sur Antoine ; elle y partagea une « double forteresse » avec la Legio Deiotariana. Les deux légions avaient comme mission, d’une part de voir au bon acheminement du blé destiné à Rome, et d’autre part de protéger cette métropole géante contre tout péril extérieur tout en surveillant sa population prompte à l'émeute et partagée par des divisions sociales, ethniques et religieusesDarris (2000), .. C’est ainsi qu’en 38, un détachement de la légion dut mettre un terme à la violence antisémite qui éclata à AlexandrieSyme (1995), ..

L’Égypte étant une province impériale, interdite aux sénateurs sauf autorisation explicite, les deux légions étaient aux ordres non d’un sénateur, mais du « praefectus exercitus qui est in Aegypto » (litt. : le préfet de l’armée qui est en Égypte) qui appartenait à la classe des chevaliers. Divers détachements, généralement d’une cohorte (environ 480 légionnaires ) ou plus, furent stationnés à travers l’Égypte pour participer à des travaux publics comme routes, citernes, etc., ou pour surveiller des carrières de pierre. L’un de ces détachements conjoints des deux légions construisit en 90 une route reliant Koptos à la mer MorteMitchell (1995), ..

thumb|left|Carte de l’Empire parthe ; l’Arménie à la frontière entre les deux empires fut la cause de nombreuses guerres entre eux.

À d’autres occasions, lorsque la situation intérieure était relativement calme, des détachements furent envoyés en renfort, dans d’autres parties de l’empire. C’est ainsi qu’en 39/40, un détachement fut envoyé à Tongeren dans la Gallia Belgica durant le règne de Caligula (, 37-41) en prévision de l’invasion de la Grande-Bretagne ; elle devait, semble-t-il, organiser la logistique et le ravitaillement des forces de débarquementLendering (2002), § 4..

Un autre détachement fut mis en 58 à la disposition du général Cnaeus Domitius Corbulo pour prendre part à la campagne contre les ParthesTacite, Annales, , 26..

La première guerre judéo-romaine (66-70 apr. J.-C.) en Judée provoqua également de graves troubles entre les Grecs et les Juifs d’Alexandrie. Après avoir vainement fait appel au calme, le préfet d’Égypte, Tibère Julius Alexandre envoya la Cyrenaica et la Deiotariana, ainsi que deux mille auxiliaires libyens dévaster le quartier juif du Delta où ils massacrèrent, pillèrent et incendièrent les maisons, faisant, selon Flavius Josèphe, cinquante mille victimesFlavius Joseph, « La guerre contre les Juifs », 2, 18, 8..

En 69, lorsque débuta l’ « année des quatre empereurs », la légion fut parmi les premières à appuyer Vespasien ; un détachement fut envoyé en Judée sous les ordres du fils de celui-ci, Titus, et prit part au siège de Jérusalem en 70.

En Arabie pétrée

thumb|right|La province romaine d’Arabie pétréeDu nom de Pétra, la capitale du royaume de Nabatène..

En 106, le légat de Syrie, A. Cornelius Palma, soumit le royaume de Nabatène qui devint une province impériale nommée Arabia, gouvernée par un légat propréteur, installé au nord de la nouvelle province, à Bosra (ou Bostra) La légion Cyrénaïque venue d’Égypte y fut transférée et son quartier général installé à Bosra (dans le sud de la Syrie d’aujourd’hui)Kramer (1993), ., avec un détachement à GerasaGebhart (2002), .. De là, elle protégea l’Égypte et la Judée contre d’éventuelles attaques venues de l’est et prépara le projet de Trajan de guerre contre les Parthes. Entre 110 et 114, la légion construisit la route frontalière, dite Via Nova Traiana, allant de Bosra à Aila, sur la mer MorteKuhnen (1990), .. Longue de 360 km, et pourvue de forts à intervalles réguliers, cette route était partie intégrante du limes arabicus le long de l’ancienne frontière nabatéenne. D’autres routes aux extrémités de la Via Nova Traiana reliaient Philadelphie et Bosra aux autres villes de la Décapole. La légion érigea également un arc triomphal à Dura Europos (extrême est de la Syrie sur le moyen Euphrate) qui deviendra après 170 le point de départ de l’armée romaine dans la conquête des territoires d'Osroène et constituera un poste avancé des expéditions contre l'empire parthe.

En 115, de grandes révoltes des Juifs éclatèrent dans l'Empire, en Judée, en Égypte, en Cyrénaïque voisine et à Chypre, qui aboutirent à la mise à sac de villes et au massacre de citoyens romains, en plus de menacer l’approvisionnement de Rome en blé à partir de l’Égypte. La Legio Deiotariana et les détachements de la Legio Cyrenaica restés en Égypte n’étaient pas en nombre suffisant pour y faire face. L’année suivante, Trajan envoya Marcius Turbo, amiral de la flotte impériale, rétablir l’ordre, ce qu’il fit en Égypte, en Cyrénaïque et peut-être à Chypre, à la suite d'une répression longue et sanglante de part et d’autre Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, , 2, 1–4.Histoire Auguste, « Vie d'Hadrien », 5. Goodblatt (2006), ..