Jonas Gahr Støre (, né le ), est un homme d'État norvégien, président du Parti travailliste (Ap) et Premier ministre depuis le .

Biographie

Origines familiales

Jonas Gahr Støre est le fils du courtier en transport maritime Ulf Jonas Støre (1925–2017) et de la bibliothécaire Unni Gahr (1931–2021). Sa famille dispose d'une fortune assez importante, en grande partie issue de la vente en 1977 par son grand-père maternel, Johannes Gahr (1895-1983), de l'entreprise Jøtul qu'il dirigeait depuis 1927. Du côté paternel, les Støre étaient des fermiers influents du comté de Trøndelag au . Son arrière-grand-père, Paul Edvart Støre (1838-1910), a été maître d'école, maire et député conservateur au Storting pour Levanger. Enfin, son grand-père paternel, Jonas Henry Støre (1888-1974), un important dirigeant d'entreprise dans les domaines de la mine, de l'énergie et de la finance, en présidant le fabricant d'explosif Norsk Sprængstofindustri ou encore la Christiania Bank (alors la plus importante du pays). Jonas Gahr Støre est lui-même millionnaire, à la tête en 2021 d'un capital estimé à 14 millions d'euros..

Enfance et éducation

Støre grandit dans le quartier de Ris, dans le district de Vestre Aker à l'extrémité nord-ouest d'Oslo. Il suit les cours de la Berg videregående skole (école secondaire supérieure Berg) qui prépare au baccalauréat international, dans le district voisin de Nordre Aker. Ensuite, il est formé en tant qu'officier de la Marine à l'Académie royale navale norvégienne dans le district de Laksevåg à Bergen.

Puis, il poursuit par des études à l'étranger. Il a ainsi étudié pendant cinq ans les relations internationales à l'Institut d'études politiques de Paris (plus connu sous le nom de ), dont il sort diplômé en 1985sciencespo-alumni.fr... Pendant ses années à Paris, il milite pour soutenir la cause des refuznik juifs en URSS. Il a également été inscrit en doctorat à la London School of Economics, mais a abandonné au bout de quelques semaines. Il parle couramment français et anglais.

Début de carrière universitaire

En 1986, Støre est brièvement chargé d'enseignement au Harvard Negotiation Project de la faculté de droit de Harvard. De 1986 à 1989, il est chercheur au Bedriftøkonomisk Institutt (BI, ), travaillant sur le projet Scenarier 2000 avec le sociologue Andreas Hompland et l'économiste Petter Nore. Mais, rapidement, il se rapproche du monde politique au sein duquel il fera le reste de sa carrière.

Vie privée

Støre épouse en 1988 Marit Slagsvold (née en 1962) dans la Flosta kirke (église Flosta) d'Arendal. Celle-ci a suivi une carrière de sociologue au Høgskolen i Oslo (Collège supérieur d'Oslo), travaillant sur l'inclusion sociale des jeunes et plus spécifiquement l'amitié, avant d'étudier la théologie pour être ordonnée en 2021 ministre du culte de l'Église de Norvège par l'évêque luthérienne d'Oslo Kari Veiteberg. Elle exerce depuis son ministère dans la paroisse d'Uranienborg à Oslo. Støre est lui-même un luthérien pratiquant. Ensemble, ils ont eu trois fils, scolarisés dans l'école Waldorf d'Oslo localisée dans le district de Vestre Aker.

Parcours politique

Collaborateur de Gro Harlem Brundtland puis Jens Stoltenberg Jonas Gahr Støre postule en 1988 pour être conseiller politique aux affaires étrangères pour le Parti conservateur (H). Alors que le poste lui est offert, il finit par le décliner. En revanche, l'année suivante, il devient conseiller spécial dans le cabinet de la Première ministre travailliste Gro Harlem Brundtland. L'influence de cette dernière va le pousser à adhérer au Parti travailliste (AP) en 1995, année au cours de laquelle il devient directeur général (ekspedisjonssjef) au cabinet de la Première ministre. Puis, lorsque Gro Harlem Brundtland devient directrice générale de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en 1998, Støre la suit en tant que directeur de cabinet (Executive director) jusqu'en 2000.

De 2000 à 2001, il est secrétaire d'État ainsi que le directeur de cabinet (stabssjef) d'un autre Premier ministre travailliste, Jens Stoltenberg, qui dirige alors un gouvernement aux accents très libéraux, selon le modèle du New Labour britannique de Tony Blair, organisant le plus important programme de privatisation de l'histoire norvégienne.

Après la défaite de l'AP aux législatives du , Støre devient le président exécutif du think tank ECON Analyse, de 2002 à 2003. En , il est nommé secrétaire général de la Croix-Rouge norvégienne. Il reste en fonction jusqu'en , date de son entrée au gouvernement.

Ministre de Jens Stoltenberg vignette|gauche|300px|Jonas Gahr Støre avec le président des États-Unis Barack Obama et la Première dame Michelle Obama lors d'une réception à New York en 2009. Le , il est nommé ministre des Affaires étrangères du second gouvernement de Jens Stoltenberg, formé après la victoire de la gauche aux élections législatives des et . Sa nomination fait l'objet de critiques, en interne du Parti travailliste seulement de la part de responsables syndicaux, car elle représenterait un glissement vers la droite de la ligne politique du Premier ministre et du parti.

Le , alors qu'il est en déplacement à Kaboul, son hôtel est la cible d'un attentat-suicide qui tue six personnes, dont un journaliste du quotidien norvégien Dagbladet. Støre s'en sort indemne et annule le reste de son voyage en Afghanistan. Les Talibans, auteurs de l'attaque, affirment alors que Støre n'en était pas la cible, bien qu'il ait été volontaire qu'elle se déroule en sa présence.

Il est élu député au Storting lors des élections législatives du , remportées par la coalition gouvernementale, et à l'issue desquelles il est reconduit au ministère des Affaires étrangères.

Avec l'ancienne Première ministre Gro Harlem Brundtland et le président de la Ligue des jeunes travaillistes , il fait partie des trois principales cibles du terroriste Anders Behring Breivik lors des attentats du .

Le , à l'occasion d'un remaniement ministériel, il est nommé ministre de la Santé et des Soins. Il conserve ce poste jusqu'en , après la défaite de la coalition gouvernementale aux élections législatives.

Chef de l'opposition travailliste Jens Stoltenberg annonce son départ de la présidence du Parti travailliste après sa défaite aux élections législatives de . Le , le comité de direction du parti apporte son soutien unanime à Jonas Gahr Støre pour succéder à Stoltenberg. Il est élu à la présidence du parti lors d'un congrès extraordinaire le .

Il est le leader du Parti travailliste aux élections législatives de . Il est défait par la coalition de droite menée par la première ministre sortante : Erna Solberg.

Premier ministre

Lors des élections législatives de 2021, le Parti travailliste arrive en tête avec 48 sièges, emmené par Jonas Gahr Støre et le plaçant comme futur Premier ministre.

Le , le Parti travailliste, le Parti du centre et le Parti socialiste de gauche ouvrent des discussions préliminaires pour explorer la possibilité d'un gouvernement commun.. Les socialistes annoncent se retirer de ces échanges le suivant et passer dans l'opposition, dénonçant l'absence de base pour former un exécutif et laissant de facto en minorité un gouvernement emmené par les travaillistes.. Quelques heures plus tard, ces derniers annoncent lancer de véritables négociations de coalition avec les centristes, précisant qu'ils seront à la tête du futur exécutif norvégien..

Le , Jonas Gahr Støre annonce avoir conclu un accord de coalition avec le Parti du centre pour former un gouvernement minoritaire, avec 76 sièges sur 169. Il succède officiellement à la conservatrice Erna Solberg le 14 octobre 2021.

Le , un tireur ayant prêté allégeance à l'État islamique fait deux morts et vingt-et-un blessés dans une fusillade à Oslo en marge des préparatifs de la marche des fiertés. Støre apporte alors son soutien à la communauté LGBTQ+, et appelle à rejeter les amalgames pouvant viser la communauté musulmane après l'attaque.

Son gouvernement est fragilisé par plusieurs scandales, conduisant à la démission de quatre ministres. La ministre du Travail, Hadia Tajik, démissionne en , après avoir reconnu avoir bénéficié, une quinzaine d'années plus tôt, d'un appartement de fonction exonéré d'impôts. Un mois plus tard, c'est au tour du centriste Odd Roger Enoksen, ministre de la Défense, de quitter l'exécutif, à la suite de la révélation d'une relation extraconjugale avec une jeune femme. Le , la ministre de la Culture, Anette Trettebergstuen, quitte également son poste. Les médias révèlent qu'elle avait nommé plusieurs proches à des fonctions publiques à haute rémunération. Enfin, en , le ministre de la Recherche et de l'Enseignement supérieur Ola Borten Moe, numéro deux du Parti du centre, est contraint de remettre sa démission à la suite de conflits d’intérêts concernant ses transactions financières.

Il annonce en 2024 la reconnaissance de la Palestine par la Norvège, affirmant que « les Israéliens et les Palestiniens ont tous le droit de vivre en paix dans leur propre État », ce qui crée une crise diplomatique avec Israël. Ce dernier rappelle son ambassadeur à Oslo, puis révoque l'accréditation de huit diplomates norvégiens en poste à Tel-Aviv et rattachés à la représentation du pays nordique en Cisjordanie. Le , la Norvège a finalement annoncé la fermeture de sa représentation en Cisjordanie.

Le , le ministre des Finances Trygve Slagsvold Vedum annonce le départ du Parti du centre de la coalition gouvernementale, en raison d'un désaccord sur la transposition de directives européennes en matière énergétique. Støre compose alors le un gouvernement minoritaire composé uniquement de ministres travaillistes dans un remaniement marqué par le retour à la politique nationale de l'ancien Premier ministre Jens Stoltenberg au poste de ministre des Finances.

Lors des élections législatives de , le Parti travailliste termine en tête avec 53 sièges, et le bloc de gauche remporte une nouvelle fois la majorité absolue.

Après un dépôt de plainte de l‘association Grandmothers Against Genocide contre Jonas Støre, le Procureur de Norvège a demandé une enquête à la Kripo (police criminelle). Le fonds souverain norvégien a retiré des investissements dans 35 compagnies israéliennes, mais en a conservé dans 29 autres, dont des sociétés qui fournissent de l’armement à Israël. Les plaintes estiment que ces investissements violent le statut de Rome et participent au génocide de GazaDaniel Tester, « Criminal complaint filed against Norwegian politicians over complicity in Gaza genocide », Middle East Eye, 5 mai 2026..

Le roi de Norvège Harald V meurt le . Jonas Gahr Støre devient ainsi le dernier Premier ministre du défunt roi, et le premier de son successeur, Haakon VIII.

Notes et références

Liens externes

Catégorie:Naissance en août 1960 Catégorie:Personnalité politique norvégienne Catégorie:Élève de l'Institut d'études politiques de Paris Catégorie:Ministre norvégien des Affaires étrangères Catégorie:Diplomate norvégien du XXe siècle Catégorie:Diplomate norvégien du XXIe siècle Catégorie:Étudiant de la London School of Economics Catégorie:Personnalité du Parti travailliste (Norvège) Catégorie:Docteur honoris causa de l'université de Tromsø Catégorie:Membre du Storting Catégorie:Naissance à Oslo Catégorie:Premier ministre de Norvège Catégorie:Ambassadeur norvégien auprès des Nations unies