André Green, né le au Caire et mort le à Paris ., est un psychiatre et psychanalyste français.
Biographie
André Green naît au Caire en 1927, quatrième et dernier de sa fratrie. Sa première langue est le français, l'anglais sa seconde et il parle arabe dans les rapports quotidiens. Élève du Lycée français du Caire, il suit un double cursus scolaire, philosophie et sciences. Ses bacs obtenus, il s'oriente vers des études médicales et prépare un certificat d'études supérieures propédeutiques en médecine PCB. En 1945, il quitte l'Égypte et poursuit ses études à Paris.
Devenir psychiatre était une solution pour conjuguer son intérêt pour la philosophie et les sciences naturelles "les rapports entre corps et âme, les relations du cerveau et du psychisme... tous les grands problèmes de la vie de l'esprit" un noyau central qu'il a suivi tout au long de sa vieGreen A., Un psychanalyste engagé, Conversations avec Manuel Macias, Calmann-Levy, 1994, .. Il fait ses années d'internat, principalement, à l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne. Cette expérience lui permet d'être en contact à la fois avec la réalité hospitalière et avec la maladie mentale. Alors qu'il est interne, il rencontre Henri Ey, figure marquante de la psychiatrie française des années 1950. et de l'hôpital Sainte-Anne où Ey dirige un séminaire "le mercredi de Sainte-Anne".. Il participe aux « Journées de Bonneval », qu'Henri Ey organise à l’hôpital psychiatrique dont il est médecin-directeur à Bonneval.
En 1955, il rencontre à l'hôpital Sainte-Anne Jacques Lacan. À partir de 1961, il assiste à ses séminaires, puis discute les théorisations psychanalytiques lacaniennes lors des conférences qu'il donne, dans le cadre des séminaires de Roland Barthes, à l'École pratique des hautes études (1962-1963). Il s'opposera progressivement à Lacan, sur le plan de la pratique analytique et rompt définitivement avec lui en 1967. Il s'opposera également, plus tard au lacanisme.
En 1956-1960, il fait une première analyse avec Maurice Bouvet, puis reprendra deux tranches, d'abord avec Jean Mallet, puis avec Catherine Parat..
En 1957, il rencontre Donald Winnicott et Wilfred Bion, lors du de l'Association psychanalytique internationale, à Paris. À leur suite et grâce à leurs contributions, il enrichit la notion d'état-limite.
En 1965, il est reçu membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris. En 1966, il tient un séminaire à l'Institut de psychanalyse de Paris où il invite notamment Jacques Derrida, Marcel Detienne, René Girard, Michel Serres, Jean-Pierre Vernant. Entre 1970 et 1975, il dirige l'Institut de psychanalyse de Paris. En 1976, il siège dans le jury de thèse de la philosophe Sarah Kofman avec qui il aura de nombreux échanges sur la psychanalyse, jusqu'en 1994.
Sa mort, le , donne lieu à de nombreux hommages..
Distinctions
Membre de l'Académie des sciences humaines de Moscou. Membre d'honneur de la Société britannique de psychanalyse. Chevalier de la Légion d'honneur.
Notions et apports théoriques
1973 : la psychose blanche
La notion de « psychose blanche » est introduite en 1973 par Jean-Luc Donnet et André Green dans L'Enfant de ça, à partir d' .
Le travail du négatif La problématique du narcissisme (Narcissisme de vie, Narcissisme de mort) articulée à celle des états limites conduira Green à l'élaboration du négatif. Chemin faisant dans sa clinique, Green développe le concept du narcissisme négatif dans ses livres Narcissisme de vie, narcissisme de mort et Le travail du négatif... Il formule l'oscillation du patient ayant un fonctionnement état limite Green, Le travail du négatif, Les éditions du Minuit, 199, ..
Complexe de la mère morte André Green décrit le complexe de la mère morte en 1980 comme étant , qui n'est pas toujours identifiable au moment de la demande d'analyse et qui se manifeste notamment par , en tant que celle-ci correspond à la . Selon François Duparc, ce concept de Green serait à situer et, pour ce qui est plus précisément du complexe de La mère morte (1980), .
Syndrome de désertification psychique Ce syndrome, proposé par A Green qui estime qu'il compte parmi , et qui selon lui a laissé Freud dans l'embarras (dans « Analyse avec fin et analyse sans fin » à propos des facteurs attribuables aux modifications du moi), désigne un état clinique dépressif marqué par une perte de vie psychique interne, de libido (au sens freudien du terme), une incapacité à symboliser les expériences, et une difficulté à maintenir un lien subjectif avec soi-même et avec autrui. Cette apparait ..
Cette notion sera reprise par d'autres auteurs, et ensuite comparé à une « impossibilité de penser », entendue par Mario De Vincenzo (2020) comme l'absence ou l'incapacité de produire des représentations psychiques chez des patients relevant de constellations non‑névrotiquesDe Vincenzo, M. (2020). L’impossibilité de penser: du vide à la désertification psychique. Une étude psychanalytique sur les défauts de symbolisation (Doctoral dissertation, Université Paris Cité).url=https://theses.fr/2020UNIP7067. Mario De Vincenzo (2020) a recherché des modèles cliniques et métapsychologiques qui pourraient rendre compte de ces expériences non‑représentables. À partir des apports freudiens et post‑freudiens, il articule une problématique commune qu'il veut holistique : les défauts de symbolisation et les impasses de la subjectivation qui se traduisent ici en clinique par un « vide psychique » observable lors d'impasses thérapeutiques, des blancs de la pensée, des répétitions aveugles, des somatisations et des décharges désymbolisantes. Il s'est notamment intéressé à la destructivité et aux attaques contre les liens comme phénomènes structurants de cette clinique, ainsi qu'aux vicissitudes du travail du négatif et des échecs de la symbolisation primaire.
Ce syndrome a aussi été repris par Gérard Pirlot et Dominique Bourdin, qui décrivent une forme de souffrance mentale caractérisée par un vide intérieur, une absence de conflictualité psychique, et une désaffection généralisée du monde interne. Contrairement à la dépression classique, où le sujet est manifestement envahi par une douleur morale et psychique, la désertification psychique se manifeste par une atonie affective, une indifférence émotionnelle, et une difficulté à investir les objets ou les relations. Le Moi semble figé, incapable de produire du sens ou de transformer les expériences en représentations.
Ce syndrome est souvent observé dans les cliniques du retrait, chez des patients présentant des troubles de la personnalité graves, des états post-traumatiques, ou un autisme non verbal, souvent détecté dans des contextes sociaux marqués par la désymbolisation, la saturation des images, et la fragmentation des repères identitaires. La désertification psychique peut ainsi être comprise comme une réponse défensive à une surcharge traumatique ou à une carence relationnelle précoce, entraînant une sorte de « mise en veille » des processus de pensée et d'élaborationGreen a. (2002). Le syndrome de désertification psychique. In : F. Richard (Éds.), Le Travail du psychanalyste en psychothérapie. Paris : Dunod, 2005, . Voir .
La « désertification psychique », pour Gérard Pirlot désigne une forme, contemporaine, de souffrance mentale marquée par l'incapacité à tolérer le vide intérieur et le conflit psychique, dans un contexte sociétal dominé par la désymbolisation, l'emprise de l'image et la fragmentation des repères. Cette clinique du vide se manifeste par une perte de sens, une désaffiliation relationnelle, une quête compulsive de sensations (addictions, automutilations, hyperkinésie infantile), et elle conduite à une médicalisation croissante des troubles liés à l'absence de contenant psychique. L'auteur y voit trois traits majeurs : le « no limit » des états-limite ; un idéal narcissique centré sur l'image de soi ; une « allergie à l'autre » liée à la désaffiliation.
Ce désert intérieur, illustré littérairement par Richard Ford, Emmanuelle Bernheim ou Marie Darrieussecq, se redouble dans le cognitivisme par la perte de sens des symptômes. Pirlot oppose à ces « déserts négatifs » une approche psychanalytique et mystique du vide, vue comme espace de subjectivation et de créativité, en convoquant des figures comme Pascal, Descartes, le bouddhisme ou l'astrophysicien Edgar Gunzig. Il y associe la notion d'âme, définie comme ce qui anime et aime le vide en soi, en reprenant la distinction freudienne entre « seelisch » et « psychisch », proposant ainsi une lecture pluridisciplinaire du vide psychique, articulant clinique, culture et spiritualité.
Publications
1964 : Névrose obsessionnelle et hystérie, leurs relations chez Freud et depuis. Étude clinique, critique et structurale, Revue française de psychanalyse, , 1964, , . 1969 : Un œil en trop. Le complexe d'Œdipe dans la tragédie, Paris, Minuit. 1973 : L'enfant de ça. Pour introduire la psychose blanche, avec Jean-Luc Donnet, Paris, Minuit, . 1974 : L'expérience antipsychiatrique, avec Philippe Paumelle et Colette Chiland, in Colette Chiland et Paul Béquart (dir.), , Traitement au long cours des états psychotiques, Toulouse, Privat, réédité en 1988, . 1983 : Narcissisme de vie, Narcissisme de mort, Paris, Éditions de Minuit ; éd. poche, Paris, Éditions de Minuit, 2007, . 1984 : Le langage dans la psychanalyse, Langages, Paris, Les Belles-Lettres, 1990 : La folie privée, psychanalyse des cas-limites, Paris, Éditions de Minuit, rééd. Paris, Gallimard coll. « Folio essais », 2003, 1990 : Le complexe de castration, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », . 1992 : La déliaison, Paris, Les Belles-Lettres, . 1992 : Le discours vivant : la conception psychanalytique de l'affect, Paris, PUF, réédité en 2004. 1992 : Révélations de l'inachèvement. À propos du carton de Londres de Léonard de Vinci, Paris, Flammarion. 1993 : Le travail du négatif, Paris, Éditions de Minuit, . 1994 : Un psychanalyste engagé. Conversations avec Manuel Marcias, Calmann-Lévy. 1995 : La causalité psychique, Paris, Odile Jacob, . 1995 : Propédeutique. La métapsychologie revisitée, Paris, Champ Vallon, coll. « L'Or d'Atalante », . 1997 : Les Chaînes d'Éros : actualité du sexuel, Paris, Odile Jacob, . 2000 : La Diachronie en psychanalyse, Paris, Éditions de Minuit, coll. « Critique », . 2000 : Le temps éclaté, Paris, Éditions de Minuit, 2002 : Méconnaissance et reconnaissance de l'inconscient. Idées directrices pour une psychanalyse contemporaine, Paris, PUF, . 2002 : La Pensée clinique, Paris, Odile Jacob, coll. « Sciences Humaines », . 2003 : Hamlet et Hamlet : une interprétation psychanalytique de la représentation, Paris, Bayard, . 2004 : La lettre et la mort. Promenade d'un psychanalyste à travers la littérature : Proust, Shakespeare, Conrad, Borges… Entretiens avec Dominique Eddé, Paris, Denoël, coll. « L'Espace analytique ». 2005 : Sortilèges de la séduction : lectures critiques du Songe d'une nuit d'été ; Antoine et Cléopâtre ; La Tempête ; Le Phénix et la Colombe de William Shakespeare, Paris, Odile Jacob, . 2007 : Pourquoi les pulsions de destruction ou de mort ?, Paris, Éditions du Panama, coll. « Cyclo », ; nouvelle édition revue, Paris, Ithaque, réédité en 2010, , Éditions In-Press. 2008 : Joseph Conrad : le premier commandement, Paris, Éditions In-Press, . 2009 : L'aventure négative, Paris, Éditions Hermann, . 2010 : Illusions et désillusions du travail psychanalytique, Paris, Éditions Odile Jacob, . 2011 : Du signe au discours. Psychanalyse et théories du langage, Paris, Ithaque, 2012 : La clinique psychanalytique contemporaine, Paris, Ithaque. 2013 : Penser la psychanalyse avec Bion, Lacan, Winnicott, Laplanche, Aulagnier, Anzieu, Rosolato, Paris, Éditions Ithaque. 2022 : La clinique du négatif. Narcissisme, destructivité et dépression., préface Fernando Urribarri, éd. Ithaque, .
Références
Voir aussi Bibliographie