Géla (orthographe correcte en français) ou Gela (orthographe couramment empruntée à l'italien pour désigner la ville moderne) (en grec ancien : Γέλα, en latin Gela,  en italien Gela) est une ville italienne de la province de Caltanissetta, située sur la côte méridionale de la Sicile.

Colonie grecque fondée en -689 sur un territoire Sicule, la cité est détruite en -405, relevée en -338 par Timoléon, saccagée par Agathocle, rasée par Phintias en -282.

Après un nouveau développement à l'époque médiévale, la ville agricole se transforme dans les années 1960 autour de l'industrie pétrochimique.

Toponymie Ville antique, Gela fut refondée par Frédéric II en 1230 sous le nom de Terranova qu'elle conserve jusque dans les années 1920.

Géographie Cité agricole et industrielle, Gela se trouve sur une colline étroite de 4 km le long de la côte du Canal de Sicile, proche du fleuve Gela. La plaine de Gela (ou Campi Geloi) forme l'arrière-pays, irrigué le Géla et connu depuis l'Antiquité pour sa grande fertilité. Elle est desservie par l'autoroute A18.

Histoire Antiquité gauche|vignette|L'ancienne acropole Les Sicules sont établis sur cette zone qui forme une grande agglomération, dont on a retrouvé des vestiges de cabanes, de céramiques de Castelluccio, des cornes de consécration mais aussi des vases grecs du prouvant un commerce préexistant à la fondation de la colonie. Des contacts avec des égéo-chypriotes et crétois remontent même au millénaire, surtout entre le , par exemple au Monte Dessueri.

De plus petits villages autour d'acropoles existent également sur les collines qui ceinturent la plaine, fortement hellénisés dès la fin du , qui adoptent au les fortifications, rites funéraires et sanctuaires grecs jusqu'à devenir des proto-cités, notamment au Monte Desusino (Butera), au rocher de Butera et au Monte Bubbonia (Mazzarino)Pierre Lévêque, « Géla », La Sicile, Presses Universitaires de France, « Nous partons pour », 1989, p. 177-188. ..

Géla a été fondée en -689 (45 ans après Syracuse) par des colons venus de Rhodes, commandés par Antiphème, peut-être après consultation de l’oracle de Delphes, et par des habitants de Crète guidés par Entimo. La ville prend le nom du fleuve Gela situé à proximité, dont l'hydronyme sicane de rapprocherait du latin gelidus, « fleuve froid ».

Antiphème et Entimo doivent combattre l'hostilité des habitants des lieux, mais ils parviennent en peu de temps à les soumettre et à les repousser dans les montagnes. Cette expansion vers l'arrière-pays permet également à la nouvelle cité de se procurer des matières premières produites dans l'arrière-pays : céréales, soufre, bitume et sel gemme.

La ville de Gela commence à se développer. La première du monde grec, vers -600, elle élève un trésor à Olympie, grande salle doté au début du d'un péristyle dorique sur la terrasse au pied du Cronion. Une colonie de gélois commandée par Pistilos et Aristomos conquiert le fleuve Akragas et fonde en -582 la ville d'Akragas (Agrigente).

La cité tombe, comme ailleurs en Sicile, aux mains de tyrans : Cléandre en -505, puis son frère Hippocrate en -498 qui enrichit la cité, s'allie à Agrigente et conquiert Zancle, Camarina, Catane, Naxos et Leontini, avec son général Gélon, aristocrate de la famille des Deinoménides descendant d’un des premiers colons, qui prend à son tour le pouvoir, prend en -482 Syracuse et y transfère sa capitale et une grande partie de sa population.

Devenue la plus puissante des colonies grecques de Sicile sous Hippocrate, Géla perd de son importance au profit de Syracuse, handicapé par son absence de port. Gélon délègue son pouvoir local à son frère Hiéron, lequel cède sa place à l'autre frère, Polyzalos, quand il devient à son tour tyran de Syracuse. L'artisanat local développe des vases dès la fin du , puis de la poterie et de la céramique durant la deuxième moitié du .

La chute de la tyrannie ouvre une nouvelle période de prospérité. C’est à Géla que serait mort, en -456, un des trois grands auteurs tragiques grecs, Eschyle, qui y aurait reçu sur la tête une tortue, lancée par un aigle qui aurait confondu son crâne chauve avec un caillou (quoique ce comportement ressemble plutôt à la technique de rupture des os employée par le gypaète barbu)Souda (« », Adler alphaiota, 357 ..

Le congrès de Gela réunit dans la cité en -424 les représentants des villes siciliennes qu'Hermocrate incite à privilégier l'union entre elles vis-à-vis de leurs anciennes métropoles grecques.

Les Carthaginois détruisent la cité en -405 et lui imposent le statut de ville ouverte. Timoléon relève la ville en -338 en la repeuplant par Gorgos de Céos et ses concitoyens, qui la fortifient et bâtissent, à partir de vestiges d'anciens temples, de nouvelles habitations sur l'acropole et jusqu'à Capo Soprano, limite occidentale de la colline où se trouvaient les nécropoles archaïques et classiques et où ont été retrouvés les vestiges de l'enceinte du et le seul établissement de bains hellénique de l'île. Mais quand Agathocle prend le pouvoir à Syracuse, il attaque Gela, qu'il accuse de trahison, en créant trois brèches dans les murailles, tue 4000 de ses habitants, inhumés dans des fosses communes, et vole les trésors de la ville.

En -284, ce sont les MamertinsE. Zuppardo-S. Piccolo: Terra Mater, sulle sponde del Gela greco, Morrone ed., Gela 2005, p. 162-163., anciens mercenaires d'Agathocle, qui saccagent la ville, qui est prise en -282 par Phintias, tyran d'Agrigente. À son tour, il rase la ville et refonde une cité au mont Ecnomos, l'actuelle Licata.

Liste des tyrans de Géla 505-498 av. J.-C. : Cléandros († 498 av. J.-C.). 498-491 av. J.-C. : Hippocrate († 491 av. J.-C.), frère du précédent. Il avait désigné ses fils, Euclide et Cléandre, comme successeurs, mais ils furent détrônés par le chef de son armée, Gélon qui devint le nouveau tyran de Géla.

Dynastie des Deinoménides 491-485 av. J.-C. : Gélon (540-478 av. J.-C.), conquit Syracuse en 485 av. J.-C. et en devint le premier tyran, laissant son frère Hiéron gouverner Géla. 485-478 av. J.-C. : Hiéron († 466 av. J.-C.), frère du précédent, qui devint deuxième tyran de Syracuse à la mort de Gélon , en 478 av. J.-C., laissant son frère Polyzalos gouverner Géla. 478-471 av. J.-C. : Polyzalos, frère du précédent. En 472 av. J.-C., Hiéron vainquit Thrasydée, tyran d'Acragas, et s'empara de la cité qui instaure un an plus tard, un régime ploutocratique. Ce changement de régime politique incita d'autres cités grecques de Sicile à se libérer de la tyrannie. Ce fut le cas à Himère et à Géla. Il est probable que Polyzalos fut renversé à cette occasion.

Par la suite, après la mort de Hiéron , son successeur Thrasybule, un autre de ses frères, fut à son tour renversé et la démocratie instaurée à Syracuse (465 av. J.-C.). Avec lui s'éteignit la dynastie des Deinoménides.

Moyen Âge Géla ne renaît qu'en 1230, par la volonté de Frédéric II sous le nom de Terranova.

Temps modernes

Époque contemporaine La ville retrouve son nom antique en 1927.

La bataille de Gela se déroule en 1943 sur la plage où débarquent des troupes de Patton dans le cadre de l'opération Husky.

La construction du Pôle pétrochimique de Gela à partir de 1960, décidée par Enrico Mattei d'Eni, modifie profondément la ville. Ne vivant alors essentiellement de l'agriculture et de la pêche, la ville voyait une partie de ses habitants quitter la Sicile pour travailler dans le Nord de l'Italie. La raffinerie permet à certains émigrés de revenir et à d'autres Italiens et Européens de s'installerKaren Vernière, « Mafia mineure ou bébés tueurs. La Sicile », Les Cahiers Dynamiques, vol. 43, no. 1, 2009, p. 77-81.. Mais cette « cathédrale dans le désert » ne dynamise pas plus que dans le reste du Mezzogiorno un tissu économique, les cadres provenant d'en dehors de l'île, les employés vivant hors de la ville principale, les services auxiliaires (transports, manutention, nettoyage, etc.) restant affectée par le clientélisme et les marchés forcés..

En parallèle, la Cosa nostra commence à infiltrer le secteur de l'industrie et à développer un système d’extorsion et de corruption. Face à cette montée en puissance, le milieu agricole s'organise avec de petits groupes mafieux concurrents, la Stidda (l’Étoile). Stidda et Cosa Nostra consolident leurs positions dans les années 1970 et engagent une guerre mortifère dans les années 1980, en armant notamment de nombreux mineurs. Elle fait 140 morts, sans compter les disparus, avec notamment le massacre de Gela (27 novembre 1990, huit morts et onze blessés). Les deux organisations font par la suite une trêve. De cette période, Gela, cinquième ville de Sicile en nombre d'habitants, hérite de l'image d'une cité totalement infestée par le crime organisé, à travers ses 14 000 constructions illégales, son urbanisme anarchique, ses trois milliers de commerces soumis au pizzo, les 150 incendies criminels annuels. Cette situation lui valut alors le surnom de Mafiavillehttps://www.lemonde.fr/archives/article/1989/06/03/portrait-d-une-ville-sicilienne-sous-controle-nuit-tranquille-a-mafiaville_4139282_1819218.html.

L'élection du communiste Rosario Crocetta à la mairie et la nomination de Lucia Lotti comme procureure lance une politique de lutte contre l'infiltration mafieuse dans l'économie locale, les marchés publics et l'administration publique.. L'influence mafieuse baisse, mais reste présente.

Archéologie Éloigné de Palerme et Syracuse, Gela est presque ignorée des premières fouilles siciliennes jusqu'à la création d'une surintendance des antiquités et des beaux-arts à Agrigente en 1939, confiée à l'archéologue Pietro Griffo. Cependant, des fouilles clandestines et des vols avaient déjà motivé Paolo Orsi à entreprendre des recherches entre 1900 et 1905. Griffo développe la connaissance sur l'histoire de la cité, comme par la découverte des fortifications de Capo Soprano en 1948, puis en tirant profit des travaux liés à la profonde transformation urbaine du cœur de Gela à partir de 1951.

Cité antique La cité archaïque et antique se situait à l'intérieur de la forteresse de Frédéric II et l'acropole au lieu-dit Molino a Vento, dominant la plaine et la mer. Une vaste nécropole archaïque et classique s'étendait à l'ouest du Vallo Pasqualello jusqu'à limite occidentale de la colline, le Capo Soprano et Piano Notaro.

Des maisons et boutiques sont construites sur la colline de l'acropole durant la deuxième moitié du , en reprenant les blocs des monuments archaïques. Désertée après la destruction de -405, des maisons sont reconstruites à l'époque de Timoléon, puis l'occupation se décale progressivement jusqu'en -280 vers l'ouest et le Capo Soprano.

Temples et sanctuaires Deux temples sont dédiés à Athéna : un temple archaïque (temple B) qui a gardé ses fondations, au-dessous d'un sacellum in antis (Temple A), un autre (temple C) élevé vers -460, qui conserve ses fondations et une colonne dorique de l’opisthodome et était orné de marbre des Cyclades et de peintures jaune, rouge et bleu représentant des plantes. Au nord-ouest, un temple et un trésor de la première moitié du , dédié à Zeus Atabyrios, possédait des antéfixes à tête de silènes. On trouve également des silènes sur les antéfixes peintes à la fin du et d'autres en relief d'un temple dédié à Héra, sous l’actuelle cathédrale Chiesa Madre. Les temples sont globalement alignés sur un axe est-ouest. Les bâtiments archaïques rectangulaires I (9,50 x 4,70 m) et II (4 x 4 m), au nord et nord-ouest du temple B sont en briques crues. D'autres édifices rectangulaires, du type à oikos, orientés est-ouest (I : 8 x 15 m ; B : 12 x 14 m18 ;V : 4,90 x 11,20 m ; VIII : 15 x 5,70 m) sont du siècle suivant.