Marie Marvingt, née le à Aurillac (Cantal) et morte le à Laxou (banlieue de Nancy, en Meurthe-et-Moselle), est une pionnière de l'aviation, inventrice, sportive, alpiniste, infirmière et journaliste française.
Surnommée , elle se fait connaître avant la Première Guerre mondiale par ses multiples exploits dans des disciplines sportives plus ou moins à risques comme l'alpinisme, le cyclisme, le tir sportif, la natation et de nombreux autres sports, notamment d'hiver. La découverte des sports de l'air est une révélation : aéronaute puis aviatrice, elle est l'une des premières femmes à voler seule et la première à traverser la Manche du continent vers l'Angleterre en 1909. L'année suivante, elle établit le premier record de la coupe Femina.
Ambassadrice de l'aviation sanitaire, elle conçoit un prototype d'avion-ambulance qu'elle ne parvient pas à construire avant la Première Guerre mondiale. Lors de ce conflit international, elle s'invite à deux bombardements avant de se voir émettre le refus officiel de l'armée. Elle retourne à Nancy où elle devient infirmière et correspondante de guerre. Décidant de rejoindre le front comme poilu, Marvingt y reste déguisée en homme avant d'être démasquée. La sportive utilise alors ses talents de skieuse dans les Dolomites sur le Front italien où elle aide à l'évacuation des blessés. Durant la Grande guerre, avec le Docteur René Gauthier de Luxeuil-lès-Bains, elle invente un type de suture chirurgicale minimisant le risque d'infection sur le champ de bataille.
Après la Première Guerre mondiale, Marie Marvingt reste journaliste et part vivre au Maroc où elle crée le premier lieu de formation des infirmières pilotes d'avions sanitaires et reçoit la médaille de la Paix. Elle fait partie de ce service pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle continue le cyclisme et prépare son brevet de pilote d'hélicoptère jusqu'à sa mort à l'âge de . Comptabilisant trente-quatre décorations, elle est la femme la plus décorée de l'histoire de FranceÀ ce jour, personne n'a été en mesure de lister et sourcer les 34 médailles..
Biographie Enfance et éducation vignette|droite|alt=Portrait en noir et blanc d'une femme portant un chapeau.|Portrait de Marie Marvingt au début du . Marie Félicie Élisabeth Marvingt naît à Aurillac le ... Ses parents sont Félix-Constant Marvingt (1827-1916), fonctionnaire des postes, et Élisabeth Brusquin Pallez (1840-1889), qui se sont rencontrés à Metz avant de se marier dans cette ville le .. Cette même année, Félix-Constant, également artiste, expose à l'exposition universelle de Metz en qualité de graveur. Le couple vit au rythme des mutations professionnelles de Félix-Contant : Paris pour débuter, Pont-Audemer en 1864 et Thionville en 1867. Le couple quitte Thionville lorsque la ville tombe sous le contrôle de l'Empire allemand en 1870. Muté à Aurillac, Félix-Constant et sa femme partent alors s'installer en Auvergne où naît leur fille Marie.. Les trois premiers enfants du couple, Louis, Charles et Eugène, sont tous morts dans leur petite enfance. Le cinquième et dernier enfant de la famille, lui aussi prénommé Eugène, le cadet de trois ans de Marie, a une santé fragile. Receveur des postes, le père de famille est passionné de sports. Il initie sa fille, dès son plus jeune âge, aux disciplines sportives qu'il aurait voulu enseigner à ses garçons..
La jeune Marie commence le sport très tôt par la natation : elle dit avoir appris à nager en même temps qu'elle a appris à marcher... Alors qu'elle a quatre ans, elle nage plusieurs kilomètres quotidiennement dans la rivière Jordanne. Partenaire d'aventure de son père, Marie Marvingt apprend avec lui les activités sportives une à une, sans concession, de l'escalade au billard.
En février 1879, la famille Marvingt s’installe à Lille, où Félix-Constant Marvingt achève sa carrière professionnelle en tant que receveur principal des Postes, affecté au quartier de la place Saint-Martin. Il est admis à la retraite le 11 octobre 1879. En 1880, la famille Marvingt retourne en Lorraine, dans l'Empire allemand, probablement à cause des problèmes de santé d'Élisabeth, pour qu'elle se rapproche de sa famille restée à Metz. Marie y découvre l'enseignement dans une école dirigée par deux sœurs (école chrétienne de la Miséricorde), les Demoiselles Daurès.. Elle apprend l'allemand à l'école et parle français à la maison... L'une des sorties scolaires consiste à assister au spectacle d'un cirque.. Intriguée par cet univers, elle supplie son père de recevoir des leçons au cirque jusqu'à ce qu'il accepte. Elle suit une formation de funambule, trapéziste, jongleuse et cavalière avec le cirque Rancy.. Ces activités lui permettent de devenir une gymnaste accomplie.
Sa mère Élisabeth meurt en mars 1889. La famille s'installe alors à Nancy, au de la place de la Carrière.. Outre l'équitation apprise au cirque, Marie s'initie au vélo et scandalise les habitants de la commune de Nancy, peu habitués à voir une jeune femme à bicyclette. Son père, désormais retraité depuis près de 10 ans, s'implique totalement dans l'entraînement de sa fille. Elle réalise ses premiers exploits, accomplissant à quinze ans le trajet de Nancy à Coblence en canoë par la Meurthe et la Moselle. Le 13 novembre 1896, la 9e Chambre du tribunal de première instance du Département de la Seine condamne Marie Marvingt à trois mois de prison avec sursis pour vol « commis au préjudice des magasins du Louvre, du Bon Marché et du Printemps ».
En 1897, un nouveau drame touche la famille Marvingt : son frère Eugène meurt d'une attaque cardiaque à l'âge de . Sa sœur s'investit encore plus dans l'entraînement et la compétition.
En 1899, elle devient l'une des premières femmes titulaires du certificat de capacité pour conduire des automobiles. Elle participe plus tard à plusieurs courses automobiles dans le Sahara..
Elle aurait passé une licence de lettres et se serait inscrite dans plusieurs facultés.. Elle étudie la médecine et le droit, apprenant au passage à parler cinq langues dont l'espéranto et obtenant son diplôme d'infirmière de la Croix-Rouge..
Marvingt dort quatre à cinq heures par jour seulement et prévoit son emploi du temps à l'avance pour s'organiser plus facilement.. Elle refuse catégoriquement de se marier ou de devenir mère.. Dans son temps libre, elle rédige et publie des poèmes sous le pseudonyme de Myriel..
Pionnière d'avant-guerre Sportive accomplie En 1904, elle participe à sa première course cycliste, de Nancy à Bordeaux. Elle prend part l'année suivante à une autre grande course routière : Nancy-Milan, puis Nancy-Toulouse en 1906.. Les femmes n'étant pas autorisées à porter un pantalon et le pédalage s'avérant complexe en jupe, elle adopte la jupe-culotte pour améliorer ses performances..
De nombreuses sources, qui se recopient les unes les autres, indiquent qu'en 1908, elle aurait posé sa candidature pour participer au Tour de France, mais que devant le refus des organisateurs, elle aurait effectué le même parcours que les hommes en prenant le départ quelques minutes après eux et serait parvenue à terminer la compétition, comme hommes.. Il n'existe pourtant aucune preuve d'une telle allégation, qui relève de la légende urbaine..
Nageuse, elle est la première Française à accomplir les de la traversée de Paris à la nage, en , se classant quinzième au général et troisième féminine dans un temps de , en deçà du précédent record d'Annette Kellermann battu cette même année par la Suissesse Marthe Robert..., classée dixième, avec un temps de 3 h 20 min 01 s.. En , elle remporte la traversée de Toulouse dans un temps de , devançant ses plus proches poursuivantes de plus de trois minutes..
Marie Marvingt s'illustre aussi dans de nombreux sports de montagne. En , elle fait la première féminine de la traversée Charmoz-Grépon en compagnie des guides Edouard et Gustave Payot, en dix-huit heures... Cet exploit lui vaut d'être mentionnée comme l'une des pionnières de l'alpinisme français dans le magazine français Femina en . Elle a également gravi la dent du Géant, la dent du Requin, le mont Rose, la Jungfrau, les aiguilles Rouges, le Wetterhorn ou encore l'aiguille du Moine.. Entre 1908 et 1910, elle remporte plus de vingt médailles d'or à Chamonix dans différentes disciplines : en ski, patinage artistique et patinage de vitesse, au concours de saut ou encore en gymkhana sur glace...... Le , elle remporte la première compétition féminine de bobsleigh à Chamonix, au cours de la Coupe Léon Auscher.
Marie Marvingt est célèbre pour sa polyvalence et ses nombreux talents. Décrite comme la « première sportswoman du monde », elle reçoit la grande médaille d'or de l'Académie des sports en 1910. Il s'agit de la première et dernière fois que l'Académie distribue un prix . Dans l'édition du de Lectures pour tous, Armand Rio la surnomme . Dans L'Univers du , l'abbé Delfour loue ses multiples talents : .. En 1907, elle obtient le prix d'honneur de tir au fusil de guerre à et de tir à la carabine Flobert à des concours organisés par le ministère de la Guerre.
Doyenne des aviatrices vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'une femme à bord d'un ballon à air, entourée de nombreux hommes portant des chapeaux.| Marvingt au décollage du Grand prix de l'Aéro-Club de France en juin 1910. Marie Marvingt effectue son premier vol accompagné en ballon libre en 1901. Elle obtient son brevet de pilote de ballon libre () la même année.. Son premier vol en solo se fait le . Cette nouvelle passion lui fait abandonner toutes les autres disciplines, à l'exception des sports d'hiver. En 1910, elle gagne le premier prix du concours de distance de l'Aéro Club de l'Est avec un vol en aérostat de Nancy à Neufchâteau..
Le , elle devient la première femme à piloter un ballon au-dessus de la mer du Nord et la Manche vers l'Angleterre.. Son ballon, L'Étoile filante, décolle du parc de la Pépinière à Nancy. L'aéronaute française, qui accueille un passager, le colonel Émile Garnier, n'a d'abord nullement l'intention d'atterrir en Angleterre mais, emportée par le vent vers la Hollande et encouragée par le beau temps, choisit avec son partenaire de traverser la mer du Nord... La sortie de dure quatorze heures et est très périlleuse : à d'altitude, la neige tombe sur le ballon, obligeant les passagers à se délester. Volant à très basse altitude, la nacelle touche l'eau à cinquante-deux reprises au cours de la traversée et retrouve assez d'altitude près des côtes anglaises pour éviter les falaises. En pleine nuit, les deux aéronautes essaient d'atterrir lorsque la nacelle touche des arbres ; Marie Marvingt, éjectée de la nacelle, tombe au sol. Accueillie par des habitants pour la nuit, elle déclare le lendemain garder un bon souvenir de ce périlleux voyage.
En décembre, elle effectue ses premiers essais au sol d'un avion, puis devient l'élève d'Hubert Latham, à Mourmelon. Elle connaît dans son apprentissage ses premiers remous en l'air et des atterrissages violents.. Elle vole également avec Charles Wachter, frôlant la collision avec un biplan, ou encore Alexandre Laffont, son dernier professeur avec qui elle conduit entièrement l'avion. Le , Marie Marvingt pilote seule pour la première fois son aéroplane monoplan Antoinette.