Jacques (hébreu יעקב / Ya'aqov), surnommé le Juste, Oblias et frère du Seigneur par Hégésippe, Épiphane de Salamine, Eusèbe de Césarée et Paul de Tarse, mort en 61/62, est un Juif de Galilée, l'un des quatre « frères » de Jésus de Nazareth (la signification exacte à donner au mot « frère » restant l'objet de débat parmi les exégètes) cités dans les évangiles.
Actif surtout après la fin du ministère de Jésus, il est le chef de l'Église de Jérusalem et le porte-parole du judéo-christianisme. L'épithète « juste » accolée à son nom fait référence à sa stricte observance de la Torah et à sa foi en Dieu. Jacques le Juste a sans doute joué un rôle de direction important, rendant des arbitrages, comme lors du concile de Jérusalem. Le fait que sa mise à mort ait provoqué le renvoi du grand-prêtre Hanan ben Hanan, qui venait à peine d'être nommé, semble indiquer que Jacques était un personnage en vue à Jérusalem, alors qu'il a sombré dans l'oubli avec le temps.
Pour l'Église catholique en s'appuyant sur Paul dans Ga 1, 19, , Jacques le Juste est l'un des Douze Apôtres, il serait donc la même personne que Jacques d'Alphée, dit « Jacques le mineur », ce que contestent la plupart des historiens.. Est également contestée la tradition chrétienne qui lui attribue l'Épître de Jacques.
Les différents « Jacques » du Nouveau Testament Le prénom hébreu יעקב / Ya'aqov a été traduit en grec par Iάκωβος (Iakôbos) et en latin par Iacobus ou Iacomus.
Au moins trois personnages se prénomment Jacques dans le Nouveau Testament : Jacques de Zébédée, également nommé « Jacques le Majeur », l'un des Douze, frère de l'apôtre Jean ; Jacques d'Alphée, un autre des Douze, souvent mis en rapport avec Thaddée et surnommé « Jacques le Mineur » dans la tradition romaine ; Jacques le Juste, frère (ou, selon l'Église catholique, cousin) de Jésus, qui joue un rôle considérable dans l'Église de JérusalemAndré Benoit, « Les personnages de l'Évangile nommés Jacques », in Pierre Geoltrain (dir.), Aux origines du christianisme, , 2000 , ..
À supposer qu'il ne soit pas confondu avec l'un des trois précédents, il y a peut-être encore un autre Jacques, faisant lui aussi partie des Douze, et qui serait le père ou le frère de Jude (Ju 1, 1 et Mt 13, 55), appelé « Juda le Zélote » et lui aussi qualifié de de Jésus, dans de nombreux textes chrétiens jusqu'au . Ils sont tous deux donnés comme frères de Simon le Zélote.
Le rédacteur de l'Épître de Jacques (texte datant de la fin du ou du premier tiers du François Vouga, « L'Épître de Jacques », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 , .) ne correspond peut-être à aucun des personnages précédents et semble être un « chrétien cultivé d'origine païenne de la deuxième ou de la troisième génération chrétienne ».
Sources Sources bibliques Jacques le Juste est mentionné en premier lieu dans les Épîtres de Paul. Il est aussi mentionné dans l'Épître de Jude. Une lettre qui lui est attribuée, l'Épître de Jacques, figure dans le canon du Nouveau Testament. Les évangiles synoptiques le citent aussi dans les listes de « frères » de Jésus. Les Actes des Apôtres parlent trois fois de Jacques (12, 17 ; 15, 13 ; 21, 18)..
Apocryphes Jacques le juste apparaît dans : l'évangile selon Thomas. ; lÉpître apocryphe de Jacques, un texte du , présentant des traits gnostiques dont il est l'un des personnages principaux ; les Ascensions de Jacques, texte de provenance ébionite transmis dans les Reconnaissances pseudo-clémentines ; lévangile des Hébreux. ; la Lettre de Clément à Jacques ; la Lettre de Pierre à Jacques ; les deux Apocalypses de Jacques du codex retrouvé à Nag Hammadi, un récit de sa mort figurant dans la (61, 1 - 62, 4). ; le Protévangile de Jacques, texte datant du milieu du , écrit comme si Jacques en était l'auteur. Sa plus ancienne trace écrite porte le titre de Nativité de Marie. Révélation de Jacques ; mais déjà au milieu du Origène mentionne — dans son Commentaire sur Matthieu (10, 17) un Évangile de JacquesEnrico Norelli, Marie des apocryphes : Enquête sur la mère de Jésus dans le christianisme antique, éd. Labor & Fides, 2009, .. Bien qu'il ait été déclaré apocryphe au , il connaît un réel succès dans les Églises orientales. Il relate des faits antérieurs aux récits des évangiles canoniques (d'où le nom de « protévangile »). Il a été re-publié au , et a exercé une profonde influence sur la liturgie romaine, ceci comprenant l’établissement de la fête de la Présentation de Marie au Temple, le 22 novembre.
Pères de l’Église
Jacques est mentionné par Tertullien et Clément d'Alexandrie. Outre sa relation de la mort de Jacques, Hégésippe, un chrétien, peut-être d'origine juive qui vivait dans la deuxième moitié du , a rassemblé dans ses Mémoires plusieurs traditions le concernant.. Origène et Eusèbe de Césarée transmettent aussi des traditions indépendantes d'Hégésippe et Clément d'Alexandrie.
Il est mentionné comme premier « évêqueIl n'y a pas lieu de donner au terme episkopos (surveillant), utilisé dans les listes ecclésiastiques, un sens trop précis pour l'époque considérée. Sa compréhension avec le sens d'évêque est anachronique. Il faut le comprendre avec le sens qu'il a dans certaines lettres de Paul de Tarse (1 Tm 3, 2 ; Tt 1,7) ; La critique estime généralement que la charge depiskopos dans les communautés chrétiennes a dû correspondre à celle du mebaqer (inspecteur) pour le mouvement du Yahad décrit dans certains Manuscrits de la mer Morte. Celui-ci . de Jérusalem » dans toutes les listes ecclésiastiques... Épiphane de Salamine parle de Jacques dans son traité sur les hérésies (Panarion). Jérôme de Stridon lui consacre la deuxième notice, après celle de Simon-Pierre, dans son recueil sur les « Hommes illustres » (De viris illustribus).
Autres sources L'exécution de « Jacques, frère de Jésus, appelé Christ » est mentionnée dans un passage des Antiquités judaïques par Flavius Josèphe.
Sens de Frère de Jésus
De très nombreux documents chrétiens attestent l'appellation « frère du Seigneur » ou « frère de Jésus » donnée à Jacques. Le sens à donner à cette expression est sujet à de larges débats exégétiques.
Position catholique Selon la tradition catholique, les « frères » de Jésus mentionnés notamment dans le Nouveau Testament sont en fait des cousins de Jésus. Les exégètes catholiques argumentent que le mot « frère » est ici un terme qui doit s'entendre dans un sens typiquement oriental, et revêtir le sens de cousin ou proche parent, ce qui permet de concilier ce terme avec le dogme de la virginité perpétuelle de Marie..
À la fin du , après le concile de Nicée, Jérôme de Stridon a proposé d'officialiser la thèse que Jacques le juste était le fils de Clopas et de Marie de Cléophas. Alphée étant considéré par cet auteur comme un autre nom pour Clopas, Jacques le juste est ainsi identifié à l'apôtre .
Voici ce que dit à son propos le sanctoral de la Conférence des évêques de France : « Les exégètes distinguent plusieurs Jacques autour du Seigneur. Jacques le Majeur, fils de Zébédée et frère de Jean. Jacques fils d'Alphée dont on sait seulement qu'il fut apôtre, et celui-ci, Jacques, « frère » du Seigneur, de sa parenté et originaire de Nazareth. » La notion de « frère » devrait être comprise au sens large sans doute utilisé à l'époque. Celle-ci pouvait signifier une parenté plus éloignée, comme celle de cousin germain, ou bien indiquer une double parenté (des deux souches).
Interprétation de l'exégèse protestante Les exégètes protestants traduisent le mot utilisé par les rédacteurs des textes bibliques par le mot français « frère », Jacques étant alors un frère cadet de Jésus. L'exégèse protestante admet qu'il puisse y avoir un débat sur le sens du mot « frère » lorsqu'on étudie des textes écrits dans un grec maladroit par des Juifs dont la langue maternelle est l'araméen, puisque dans cette langue, il n'y a pas de mot spécifique pour « cousin », et qu'elle fait souvent l'économie de tournures longues comme « fils du frère » ou « fils de la sœur ». Elle trouve ce débat spécieux lorsqu'on étudie des textes écrits par des personnes maîtrisant parfaitement le grec, par exemple l'apôtre Paul qui était de culture hellénistique et qui est l'auteur des textes les plus anciens du Nouveau Testament. Dans ce cas, l'utilisation délibérée du mot grec « frère » alors que le mot grec spécifique « cousin » est bien connu de l'auteur, indique que, dans leur esprit, il n'y a aucun doute quant à la qualité de véritables frères biologiques des frères de Jésus..
Interprétation de la tradition orthodoxe Pour les Églises orientales, ceux qui sont appelés « frères » de Jésus sont en fait issus d'un premier mariage de Joseph, ce qui reprend le récit du Protévangile de Jacques.
Comme Jésus est, selon la foi chrétienne depuis le concile de Nicée, Dieu, dans le christianisme oriental, Jacques a souvent porté le titre tout symbolique, voire poétique, d'« Adelphotheos » (grec : Αδελφόθεος) (« frère de Dieu »). La liturgie de saint Jacques utilise cette épithète Philip Schaff, History of the Christian Church, chapter 4, § 27.. Cette liturgie se forme au s. L'Église de Jérusalem commémorait son fondateur le 26 décembre (originellement le 25).
Biographie Éléments de biographie familiale Il n'existe pas d'indication précise sur la biographie de Jacques avant qu'il ne surgisse comme l'un des personnages principaux de l'Église primitive, tel que le présentent les Actes des apôtres et les épîtres de Paul.. Dans la liste d'évêques de Jérusalem des Constitutions apostoliques (, 46, 1), il est rapporté que l'évêque qui succède à Siméon fils de Clopas est Judas (Justus), le fils de « Jacques 'frère' du Seigneur », premier « évêque » de la liste.. Premier chef de l'Église de Jérusalem
Les plus anciennes sources chrétiennes, l'épître aux Galates (1, 19) de Paul de Tarse (saint Paul), les Actes des Apôtres (12, 17 ; 15, 13 ; 21, 18), attestent que Jacques a été le premier dirigeant de l'Église primitive locale de Jérusalem, donné comme premier « évêque » de Jérusalem dans toutes les listes ecclésiastiques des évêques hiérosolymitains, notamment celle d'Eusèbe de Césarée.. L'une d'entre elles contient des indications chronologiques complétées par Jérôme de Stridon. Elle indique que Jacques a dirigé l'Église de Jérusalem pendant trente ans.. Ce qui, selon Simon Claude Mimouni, situe le début de son ministère vers 32. Dans les lettres de Paul de Tarse et dans les Actes des Apôtres, Jacques possède une autorité certaine.
La littérature pseudo-clémentine, composée au , incorporant des sources judéo-chrétiennes datant du , met en avant la primauté de Jacques, qualifié d'« évêque des évêques »., rendant Pierre et Paul ses subordonnés..
Le récit de Flavius Josèphe qui indique que l'exécution de provoque le renvoi du grand-prêtre Hanan ben Hanan, à la demande du procurateur romain Lucceius Albinus, confirme l'importance de Jacques qui s'étend même à la société juive et à la Palestine.
Jacques est le premier dans toutes les listes connues des « Septante disciples », notamment celles d'Hippolyte de Rome., Dorothée de Tyr, Chronicon Paschale, Dimitri de Rostov, même si ces listes varient sur certains noms.
Cyrille de Jérusalem dans l'une de ses catéchèses au déclare encore : . Par la suite, Jacques est aussi le premier « évêque » de Jérusalem dans les écrits du cycle sur l'invention de la sainte Croix..
Un autre schéma est également proposé.. Après la mort de Jésus, Pierre, Jacques et l'apôtre Jean auraient exercé une direction collégiale sous la suprématie de Pierre, jusqu'à l'arrestation de ce dernier.. Après son évasion, Pierre , Jacques l'aurait remplacé Ce schéma a été défendu par de nombreux savants protestants dont Oscar Cullmann, Maurice Goguel, Étienne Trocmé, Martin Hengel et Christian Grappe, ..