vignette|300px|Couverture du code Hays.
Le code Hays est le nom officieux du code de production. du cinéma américain, officiellement appelé en anglais. Ce code, établi en par le sénateur William Hays, alors président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association (MPPDA), avait pour objectif de réguler le contenu des films en fixant des règles sur ce qui était jugé acceptable ou non à l'écran.
Appliqué strictement entre 1934 et 1952, puis de manière dégressive jusqu'en 1966, ce texte est né en réaction à plusieurs scandales qui ont terni l'image d'Hollywood, notamment l'affaire Roscoe Arbuckle. Il s'agit d'un exemple d'autocensure :
Le code a été rédigé en 1929 par Martin Quigley, éditeur catholique, et Daniel A. Lord, prêtre jésuite. Son application était confiée à l'administration du code de production (Production Code Administration), dirigée par Joseph Breen, dont l'influence catholique marqua profondément le cinéma américain entre 1934 et 1954. Breen fut remplacé par Geoffrey Shurlock, qui occupa cette fonction, de 1954 à 1968, date à laquelle le code Hays fut remplacé par le système de classification des films de la Motion Picture Association of America.
Le code Hays reste un symbole d'une période charnière dans l'histoire du cinéma américain, qui a profondément influencé le contenu, le style et les valeurs morales des films, marquant un avant et un après.
Contexte et histoire La nudité dans les films existe dans le cinéma muet au travers des (petits films au ton badin où on voit s'ébattre des femmes nues) et aucune législation à ce sujet n'existe au début du cinéma. Dès 1907, cependant, un système de censure (films visionnés d'abord par la police) est mis en place à Chicago sous la pression de lobbies catholiques, ligues de vertu minoritaires (les États-Unis étant majoritairement protestants) mais suffisamment puissantes pour influer sur l'industrie cinématographique essentiellement juive à l'origineJean-Baptiste Thoret et Stéphane Bou, « La censure a-t-elle du bon ? (Autour du code Hays) », émission Pendant les travaux, le cinéma reste ouvert sur France Inter, 9 août 2012. et de lobbies puritains. En 1908, le maire de New York décide d'interdire les Nickelodeons considérés comme des lieux de débauche et de pousse au crime ; il autorise la police à interdire des projections. L'industrie du film, basée alors à New York, y fonde en un (bureau de la censure). À mesure que plusieurs États adoptent ce type de censure, l'industrie du film prend les devants et décide en 1916 de créer son propre organisme d'auto-régulation, la (NAMPI). Cela leur permet ainsi d'harmoniser les censures différentes selon les villes et les États qui rendaient la vision des films incohérente, ce que les spectateurs mettaient sur le compte de mauvais réalisateurs. En 1915, l'affaire aboutit à la Cour suprême qui considère que les films de l'industrie du cinéma étant une activité mercantile ne peuvent bénéficier du Premier amendementJean-Baptiste Thoret, « Le nu dans le cinéma américain », émission La Marche de l'Histoire, 2 avril 2012. qui garantit la liberté d'expression.
Dans les années 1920, plusieurs scandales, relayés par la presse populaire, ébranlent l’industrie naissante du cinéma hollywoodien. L’acteur Roscoe Arbuckle est soupçonné de la mort de l’actrice Virginia Rappe, lors d’une soirée « de débauche » à San Francisco, en 1921 ; le décès crapuleux, en 1922, de l’acteur et producteur William Desmond Taylor, sur fond de bisexualité et la mort par overdose de l’acteur Wallace Reid en , font paraître Hollywood comme un lieu de perdition et de débauche. D’autant que Reid est suivi dans la tombe, et pour les mêmes raisons, par Olive Thomas, Barbara La Marr, Jeanne Eagels puis Alma Rubens.
Cela conduit, en 1922, à la création de la Motion Pictures Producers and Distributors Association (devenue la Motion Picture Association of America en 1945, elle remplace la NAMPI), présidée par l'avocat William Hays, qui établit non pas des interdits mais des recommandations. La première mesure de Hays est de bannir Roscoe Arbuckle de tout film et d’imposer un certificat de moralité pour toute personne apparaissant à l’écran. En 1927, il dresse une liste de sujets et de thèmes que les scénaristes doivent éviter, et la même année, l'avènement du cinéma parlant appelle à la révision ou à la précision des règles d’autocensure.
Dans un premier temps, ces recommandations ne sont guère suivies, jusqu'à ce que se renforce le contrôle financier sur les productions et que par ailleurs, à l'appel du pape , les évêques américains fondent une Légion de la Décence qui va mener une virulente campagne en faveur de l'application stricte du CodeGeorges Sadoul, Histoire du cinéma mondial, Flammarion, 1990, p. 243 ( édition 1949).. Celle-ci sera effective à compter du , et désormais, plus que jamais, estime l'historien du cinéma Georges Sadoul, l'industrie hollywoodienne va se tourner vers le répertoire théâtral ou romanesque. L'application du Code, si elle ne vise guère par exemple le film d'horreur, a des conséquences entre autres sur le film de gangsters, qui se fait parfois moralisateur avant de s'effacer, et surtout sur les scènes d'amour, alors que les films de l'ère Pré-Code avaient pu aller assez loin dans la nudité ou ruser déjà pour éviter la censure.
À partir de 1934, tout en négociant avec les censeurs et producteurs, les réalisateurs développent diverses stratégies de contournement, au point que Billy Wilder finit par voir dans cette censure un moyen de stimuler leur inventivité : ingéniosité du scénario ou du montage (Alfred Hitchcock dans Les Enchaînés contourne la règle de l'interdiction d'un baiser de plus de trois secondes, en demandant aux deux acteurs de s'interrompre toutes les trois secondes, se targuant ensuite d'avoir filmé le ) ; ellipses visuelles ou images suggestives (effeuillage de Rita Hayworth dans Gilda) ; symboles ou métaphores sexuels (train fonçant sous un tunnel dans La Mort aux trousses, panoramique vertical symbole d'érection, bouteille de champagne débouchée symbole d'éjaculation) Tandis que chez les réalisateurs moins audacieux, les effets du code se font ressentir (ainsi Jane porte-t-elle une robe dans Tarzan s'évade alors qu'elle arborait un bikini en peau de léopard dans Tarzan et sa compagne), les procédés de contournement adoptés par d'autres aboutissent à ce qui a pu être appelé la « fétichisation de Hollywood », la caméra n'exposant que des parties du corps alors érotisées : . En 1949, Alfred Hitchcock sera obligé de remanier notablement le roman de Daphné du Maurier pour le scénario de La Taverne de la Jamaïque, comme il le dira à François Truffaut.
En plein âge d'or du cinéma américain, la rigueur du code Hays commence à s'affaiblir dès les années 1940, avec l'évolution des mentalités, puis le développement de la télévision aux images plus réalistes. La Cour suprême, lors de l'affaire United States v. Paramount Pictures en 1948, décartellise les sociétés de production de cinéma qui ne peuvent plus assurer la distribution, les nouvelles sociétés de distribution important alors des films étrangers, notamment les œuvres du néoréalisme et de la Nouvelle Vague française qui n'hésitent pas à montrer des thèmes tabous sous une nouvelle radicalité. Le cinéma d'art et d'essai qui se développe montre la même évolution.
Dans les années 1950, les boycotts de la Ligue pour la vertu ne menacent plus économiquement le succès public des films. En 1966, un code est réécrit mais est peu appliqué, étant remplacé en 1968 par un simple système de classification des films par âge : le système de classification de la Motion Picture Association of America, créé par Jack Valenti. Ce déclin de la censure permet ensuite le développement rapide du cinéma pornographique et du cinéma d'horreur.
Détail du texte des recommandations Le texte cité plus bas est celui des recommandations du code Hays.
Le code Hays présente les éléments suivants dans cet ordre :
Principes généraux « Aucun film ne sera produit qui porterait atteinte aux valeurs morales des spectateurs. De la même manière la sympathie du spectateur ne doit jamais aller du côté du crime, des méfaits, du mal ou du péché ». « Des standards de vie corrects, soumis uniquement aux exigences du drame et du divertissement, doivent être montrés ». « La loi, naturelle ou humaine, ne sera pas ridiculisée et aucune sympathie ne sera accordée à ceux qui la violent » (Jean-Baptiste Thoret remarque que cela est notamment valable pour le gangster et la ).
Applications particulières Crimes et criminels Le crime ne doit pas être présenté d'une façon qui créerait de la sympathie pour le criminel ou inspirer au spectateur un désir d'imitation. Le meurtre ne doit pas être présenté de manière à encourager l'imitation. Les meurtres brutaux ne doivent pas être présentés en détail afin que la population interagisse de manière anarchique. La vengeance n'est pas justifiée dans un film dont l'action se passe dans l'époque contemporaine.
Les méthodes criminelles ne doivent pas être explicitement présentées. Les techniques pour le vol, le cambriolage et le dynamitage de trains, de mines, de bâtiments, l'incendie criminel, ne doivent pas être présentées en détail. L'utilisation d'armes à feu doit être limitée. Les méthodes utilisées dans la contrebande ne doivent pas être présentées.
Le trafic de la drogue ne doit pas être présenté. La consommation de spiritueux est interdite à l'écran, sauf dans les cas où cela fait partie intégrante du scénario ou des caractéristiques d'un personnage.
Sexualité « L'importance de l’institution du mariage et l'importance de la famille sont primordiales aux yeux des rédacteurs du code Hays pour qui les films ne doivent pas suggérer que la promiscuité sexuelle est quelque chose de normal ou d'habituel.
L'adultère, parfois nécessaire dans le contexte narratif d'un film, ne doit pas être présenté explicitement, ou justifié, ou présenté d'une manière attrayante. Les scènes de passion. a) Elles ne doivent pas être présentées sauf si elles sont essentielles au scénario. b) Les baisers profonds ou lascifs, les caresses sensuelles, les poses et les gestes suggestifs ne doivent pas être exposés. c) De manière générale la passion doit être traitée de sorte que ces scènes restent au-dessus de la ceinture (« do not stimulate the lower and baser element ») () Séduction ou viol. a) Ils ne peuvent pas être plus que suggérés et seulement lorsqu'il s'agit d'un élément essentiel du scénario. Même dans ce cas, ils ne seront pas montrés explicitement. b) Ils ne sont en aucun cas un sujet approprié pour la comédie. Toute référence à la perversion sexuelle est formellement interdite. La traite des Blanches (désignée comme White slavery dans le code Hays) ne doit pas être abordée (« White slavery shall not be treated ».). La présentation de rapports sexuels interraciaux (« Miscegenation ») est interdite. L'hygiène sexuelle et les maladies vénériennes ne sont pas considérées comme des sujets pour les films. La naissance d'un enfant, en face ou en silhouette, ne doit jamais être montrée. Les organes sexuels d'un enfant ne doivent jamais être visibles ».
Décence La présentation de sujets vulgaires, répugnants et désagréables, doit être soumise au respect des sensibilités des spectateurs et aux préceptes du bon goût en général. L'obscénité dans le mot, dans le geste, dans la chanson, dans la plaisanterie, ou même simplement suggérée, est interdite. Le blasphème est strictement interdit et le code liste les mots à éviter : God, Lord, Jesus, Christ, Hell, S.O.B, Damn et Gawd. souligne le code, soucieux d'éviter que l’industrie du cinéma se serve des affiches de cinéma pour opérer un détournement de la censure et atteindre aux bonnes mœurs que le code Hays tente si vigoureusement de protéger.