vignette|Soldat français de la Légion étrangère en 1954 en Indochine. Le rôle de la Légion étrangère dans la guerre d'Indochine française a été important.

Engagée de 1946 à 1954, tout au long de la guerre d'Indochine, la Légion étrangère est le corps d'armée comprenant le plus de soldats d'infanterie durant le conflit indochinois. Elle est souvent en première ligne lors de batailles ou bien apporte le savoir-faire logistique et technique qui fait sa réputation.

Ses unités les plus connues sont les Régiments étrangers d'infanterie (REI) qui ont la particularité d'être massivement composés d'étrangers et notamment d'Allemands ayant participé à la Seconde Guerre mondiale avec la Wehrmacht, qui forment la nationalité la plus représentée dans la légion en Indochine.

L'incorporation de soldats asiatiques au sein de la Légion étrangère, appelée « jaunissement », est par ailleurs une pratique nouvelle qui se développe durant la Guerre d'Indochine.

Contexte en Indochine

Les du Communisme clandestin incluant Hồ Chí Minh, ses lieutenants, sans oublier le général Võ Nguyên Giáp cherchent à étendre leurs mouvements et l'Indochine, alors colonie française qui apparaît comme une cible de choix (l'Indochine est française depuis le traité de Saïgon en 1862). À la fin de l'année 1946, ils organisent des guérillas viet-minh avec l'aide de plus supportés par des milices régionales et l'aide de populations locales. En , Hồ Chí Minh déclare la République démocratique du Vietnam depuis Hanoï. Les Français répondent alors à cela par l'envoi d'un corps expéditionnaire de . les troupes viet-minh s'organisent principalement dans le Nord du Tonkin en raison de la proximité avec la Chine qui peut les ravitailler facilement en traversant la frontière. L'avantage de ces soldats est qu'ils sont difficilement détectables dans la jungle indochinoise et choisissent l'endroit et le moment où ils attaquent évitant ainsi aux Français d'anticiper les mouvements.

La France réagit et décide l'envoi de soldats pour reconquérir la région. Cependant, l'administration militaire a du mal à trouver des volontaires pour garnir le corps expéditionnaire. La mobilisation générale n'est pas décrétée et de ce fait, seuls les volontaires et l'armée régulière se retrouvent engagés dans le conflit. Dans le même temps, les campagnes de recrutement de la Légion étrangère sont nombreuses et pour la première fois, le corps d'armée est autorisé à dépasser le nombre maximal de soldats qui est limité à depuis sa création en 1831. Cela se justifie par le besoin urgent en soldats à envoyer dans la colonie française. Le nombre maximal de soldat engagés par la légion atteint presque en 1953. De nouveaux régiments sont naturellement instaurés comme le , , , ).

La Légion étrangère est présente sur le territoire indochinois depuis le renforcement des troupes armées en lors de la conquête. Puis lorsque le territoire devient français, la légion prend part dans la pacification des territoires conquis et également dans la construction d'infrastructures qui mettent en valeur la colonie comme des routes ou des ponts. l'armée de légionnaires est au premier front pour mettre de l'ordre sur le territoire et réprimer l'opposition comme la mutinerie de Yên Bái menée par le Parti nationaliste vietnamien (Việt Nam Quốc Dân Đảng) en 1930. La même année, le célèbre étranger d'infanterie est créé et agit principalement en Indochine. Ce dernier prend même le nom de régiment du Tonkin au vu de ses activités nombreuses dans la région. Enfin, le fait face au Japonais à la fin de la Seconde Guerre mondiale le .

Contexte en France En 1945, des centaines de milliers de prisonniers allemands sont parqués dans des camps français.

Informations sur les troupes Bataillons engagés La Légion étrangère représente durant la guerre d'Indochine l'apport le plus important de soldats d'infanterie au sein du Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient (CEFEO) avec 8 % des troupes. En , la Légion étrangère compte : répartis dans d'infanteries ;

techniques.

Sur la totalité de la période de la guerre, la légion aurait débarqué plus de en Indochine.

Les bataillons présents sont : étranger d'infanterie ; étranger d'infanterie ; étranger d'infanterie ; de Légion étrangère ; étranger de parachutistes ; étranger de parachutistes ; étranger de cavalerie.

Nationalités On suppose qu'environ la moitié des soldats de la légion sont allemands durant la guerre d'Indochine. Les chiffres ne sont pas officiels. En observant les groupes géolinguistiques des effectifs de la Légion étrangère entre 1946 et 1954 proposés par Mireille Nicoud, il en ressort les résultats suivants : Germaniques : 40 % Latins : 22 % Français : 16 % Pays de l'Ouest : 11 % Pays de l'Est : 9 % Anglo-saxons : 0,4 % Divers : 1,6 %

Pertes humaines En tout, , et de la légion sont tués ou décédés à la suite de leurs blessures en Indochine entre 1946 et 1954.

C'est le bilan le plus lourd pour la légion au cours d'une guerre, devant la Première Guerre mondiale.

Le jaunissement La guerre d'Indochine est le premier conflit où la Légion étrangère incorpore dans ses rangs des soldats « indigènes ». Ces derniers sont présents dans presque toutes les unités de légionnaires. L'expression « jaunissement » vient de cette nécessité de recruter des soldats indochinois pour garnir les troupes. Celui-ci débute alors à partir de 1950 jusqu'à la fin du conflit en 1954. Cette intégration prend du temps en raison de la tradition de la légion qui se présente comme un corps d'infanterie lourd destiné aux « Blancs » souhaitant changer de vie. De plus, certains ont pensé que les Slaves et Germains qui composent en grande partie la légion ne pourraient pas s'entendre avec les Indochinois et plus généralement que cela pourrait fragiliser les troupes du point de vue de l'efficacité. Malgré les nombreuses réticences, les problèmes d'effectifs obligent les officiers à mettre en place des unités mixtes. Dès le début de la guerre, les médecins précisent que les Européens se montrent sensibles aux pathologies tropicales comme le soleil, l'humidité ou les moustiques. Le , débarqué en , perd par exemple en raison d'affections graves soit 5,92 % des effectifs débarqués. Par ailleurs, les autochtones apparaissaient également comme complémentaires aux légionnaires en raison de leurs aptitudes différentes. Alors que le légionnaire avance bruyamment au sein d'un environnement qu'il ne connait pas ou peu, les Indochinois sont habitués au milieu et peuvent être efficaces lors d'opérations de contre-guérillas ou bien tout simplement pour se fondre dans la foule d'un village.

Parmi les méthodes classiques de recrutement : l'amalgame correspondant à l'introduction d'un certain nombre d’autochtones dans les unités existantes. C'est le cas du qui est la fusion des compagnies de renfort avec une compagnie indochinoise parachutiste de la Légion étrangère (CIPLE). Lors du recrutement, des officiers se rendent directement dans les villages accompagnés d'interprètes pour tenter ceux qui sont prêts à s'engager pour la légion. Les officiers mettent en avant l'intérêt de la solde, c'est-à-dire par jour et donc la possibilité de faire vivre décemment sa famille, les primes, la menace du Việt Minh et enfin le prestige de l'uniforme. Il n'est parfois pas nécessaire de supplier la population car certains, par désir de vengeance ou pour tout autre mobile politique ou religieux, s'engagent volontiers dans la légion. Les volontaires doivent justifier leur identité, avoir moins de , être de corpulence robuste.

La formation dépend avant tout de la valeur des légionnaires. Il s'agit de mettre en place une instruction simple et efficace qui prenne en compte la barrière de la langue. De ce fait, les légionnaires qui ne parlent pas correctement le français sont écartés du rôle d'instructeur. L'objectif est de former en peu de temps des troupes aptes au combat. L'étude des armes apparaît comme le meilleur moyen d'obtenir de vrais soldats. Malgré la crainte de désertions massives de la part des autochtones, la situation est différente et les tirailleurs déserteurs ne représentent qu'une minorité. Certains passent dans le camp ennemi tandis que d'autres reprennent leurs activités passées, par lassitude de l'armée ou du rythme éprouvant imposé par la légion. Les commandants de bataillons demandaient parfois de retirer parmi les rangs les éléments peu sûrs en rompant simplement leur contrat. Des études sont menées sur la valeur des autochtones. Les Montagnards n'apparaissent pas comme fiables par exemple en raison de leur difficulté à s'approprier la mentalité militaire et cela peut jouer sur le moral des légionnaires européens. De plus, le Việt Minh n'hésite pas à user de sa propagande pour dissuader ceux qui veulent s'engager. Au contraire, les soldats jugés comme fiables sont les Nùng en raison de leur qualité de chasseurs ou encore les Tày. Les problèmes ethniques forcent certains, comme les Cambodgiens, à s'engager et deviennent alors de redoutables soldats malgré leur difficulté à respecter parfois les ordres. De manière générale, l'intégration des autochtones dépend des bataillons dans lesquels ils sont engagés. le est globalement satisfait de ses partisans et au sein du Génie, les ingénieurs révèlent que leur travail avec les locaux est très complémentaire. Par ailleurs, en 1952, on constate même que la désertion des autochtones est inférieure à celle des « Képis blancs ».

Le « jaunissement » s'établit donc comme une expérience enrichissante pour la Légion. Certains soldats autochtones sont tellement satisfaits de la Légion qu'ils préfèrent même rester dans leur bataillon plutôt que de rejoindre une armée régulière nationale. Ces derniers se sentent déjà, au bout de quelque temps, comme des soldats de l'armée française.

Apport des anciens soldats du Reich

La Légion étrangère française est intimement liée aux Allemands car, dès son origine en 1831, ceux-ci composent entièrement trois des sept bataillons. Cette proximité avec ce peuple pousse par la force des choses d'autres Allemands à intégrer le corps d'armée.

À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la légion fait preuve de pragmatisme en ciblant les camps de prisonniers et notamment ceux composés d'Allemands mais également directement en Allemagne. Sur les huit postes recruteurs implantés en Europe en , deux se trouvent en Allemagne et deux autres en Autriche qui font partie après la guerre de la zone d'occupation française : Willingen et Landau in der Pfalz en Allemagne, Bregenz et Innsbruck en Autriche. En appliquant ce principe, la légion bénéficiait de nombreux volontaires, dont certains se présentaient au recrutement en uniforme de la Wehrmacht. Le gouvernement allemand s'oppose à cet exode massif, mais ne parvient pas à contrôler toutes ses frontières. Parfois, la légion aide même certains Allemands à les traverser clandestinement en leur offrant un uniforme et en les faisant passer pour des soldats français. En ce qui concerne les camps de prisonniers, la légion offrait une chance à ces derniers de pouvoir sortir en s'engageant dans la légion pour cinq ans. Beaucoup acceptaient en raison de conditions très difficiles et aussi à cause de la faim au sein de ces camps de prisonniers. Les engagements sont nombreux et encouragés par le service de recrutement de la région pour envoyer au plus vite un nombre important de soldats, afin de prêter main-forte au déjà présent en Indochine depuis 1930.

Les chiffres concernant l'origine militaire des Allemands engagés en Indochine dans la Légion étrangère, correspondant à un échantillon de , mettent en lumière qu'environ 30 % sont des soldats d'infanterie, 20 % sont issus de la , 15 % de la , 15 % des , 10 % de compagnies d'artillerie et moins de 5 % sont issus de la Waffen-SS.