Jacques Tillier, né le , est un journaliste et patron de presse français au centre de plusieurs affaires de politique, police et banditisme entre 1977 et 1979, notamment les affaires Jean de Broglie, Pierre Goldman et Jacques Mesrine.
Après avoir été dans les commandos de marine puis contractuel pour la DST pendant deux ans, il rejoint en 1974 l'hebdomadaire d'extrême droite Minute.
Le , il est torturé et laissé pour mort par Jacques Mesrine lors d'une tentative d'interview pour Minute, une semaine avant la mort de Pierre Goldman, que son journal avait accusé d'avoir inspiré l'assassinat de François Duprat, et deux mois avant la mort de Mesrine.
En 1980, il quitte Minute et sera plus tard directeur du Journal de l'île de La Réunion et du pôle Champagne-Ardennes-Picardie (CAP) du groupe Hersant.
Biographie Origine et famille Né le près d'Alger. dans une famille pied-noir, son père est officier dans l'infanterie de marine et sa mère est institutrice.
Il intègre à l'âge de 16 ans l'école des mousses et fait partie pendant cinq ans des commandos de marine et suit une préparation de parachutisteJacques Tillier, En première ligne... Jacques Grancher, éditeur, 1980, p.46. Débuts professionnels Il est ensuite « taulard aux petites Baumettes à Marseille, ramasseur de pommes dans les vergers tourangeaux, braconnier, et pion » dans l'éducation, selon ses mémoiresDans son livre « Une plume libre », Jacques Tillier réécrit l’histoire de la Réunion .
DST Par la suite, il travaille un peu moins de deux ans, sous un statut de contractuel, à la Direction de la surveillance du territoire (DST) de Tours, dont il démissionne en 1973.
Il est ensuite, quelques mois, employé d'une agence immobilière de ToursJacques Tillier, En première ligne... Jacques Grancher, éditeur, 1980, p.66, avant d'être engagé à Paris à Minute, l'hebdomadaire alors d'une ligne d'extrême-droite xénophobe. Embauche à Minute À Minute, il couvre l'actualité « police-justice » avec un autre journaliste, Michel LéantzMichel Laentz, ancien journaliste, est l'auteur de Jacky Mesrine, jeunesse d'un voyou et Dossier Mesrine (City éditions).. Ce dernier a des contacts plutôt à gauche et Tillier plutôt à droite"Vieux-Moulin, Compiègne, la forêt d'Halatte : le parcours criminel de Mesrine dans l'Oise" le 27/06/2021 sur France3, par Jennifer Alberts .
Par ailleurs, selon son propre livre écrit en 2012, Michel Léantz aurait eu au milieu des années 1950 les mêmes fréquentations, dans les mêmes bars que Jacques Mesrine"La Normandie, planque dorée de Jacques Mesrine", dans Ouest-France . Tillier est , affirmera Michel Laentz, dans ce livre.
Tillier avait au contraire, de son côté affirmé, dès 1984 que toutes ses enquêtes étaient contrôlées et réécrites par la direction de Minute. Affaire De Broglie À partir de 1977, Tillier joue un rôle important dans les révélations sur l'assassinat le du député Jean de Broglie, trésorier des Républicains indépendants (RI), parti de Valéry Giscard d'Estaing, revendiqué par un « mystérieux groupe d'extrême droite » groupe Charles-Martel. Le mobile officiel, selon une conférence de presse du ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski, est une histoire de prêt et d'assurance-vie entre Jean de Broglie, son conseiller fiscal Pierre de Varga et Patrick Allenet de Ribemont, qui possède le restaurant La Reine Pédauque, rue de la Pépinière, à qui De Broglie a fourni une caution à concurrence de cinq millions de francs. De Broglie a été tué en sortant du domicile de Pierre de Varga.
. Cinq ans après, le , ils seront tous deux condamné à dix ans de prison, et Serge Tessèdre, un complice qui les a recrutés, à cinq ans. Entre-temps, Patrick de Ribemont a obtenu un non-lieu le et Varga aussi., le .
C'est Le Monde qui révèle le rôle joué par Jacques Tillier dès le printemps 1977 dans cette affaire de Broglie. Visiblement informé par les policiers de l'avancement de l'enquête, il a révélé dans Minute que l'avocat Alain Beaumier avait incité le docteur Nelly Azerad à faire disparaître ses agendas de 1976, où figuraient ses rendez-vous avec Pierre de Varga. À la suite de ces révélations, Nelly Azerad est en arrêtée, placée en détention préventive et accusée de dissimulation de preuves. Cette incarcération renforce les soupçons contre De Varga, qui se révèleront infondés.
Tillier avait enquêté sur l'assassinat par un colis piégé le , du docteur Georges Fully, inspecteur général de la médecine pénitentiaireArticle par François-Guillaume Lorrain, dans Le Point le 17/10/2021 "JACQUES TILLIER A REMIS À LA JUSTICE DES LETTRES DU Dr AZERAD" Le Monde le 19 novembre 1981 , pour lequel a été suspecté Mémé Guerini, car il réclamait une grâce médicale que le docteur refusait"Qui a tué le docteur Georges Fully ?", dans Le Pays le 09/11/2017 . A Fresnes son avis était prépondérant sur tous les dossiers médicaux du monde carcéral et il était secondé par une cardiologue, Nelly Azerad"La voyoucratie au service de la démocratie: Les grandes affaires d'Étaté, par Roland Agret, aux éditions Filipacchi en 1997) , au centre de « l'affaire des grâces médicales », à laquelle le commissaire Lucien Aimé-Blanc, s'était intéressé car son père est mort dans le « train de la mort » du , dans lequel se trouvait Georges Fully, qui a ensuite témoigné pour qu'il soit pupille de la nation"Insoutenable héritage", par Pascal Drampe, en 2020 "Le juge Michel" par Alain Laville aux Editions Presses de la Cité en 1982v. Il a rédigé un rapport indiquant que Nelly Azerad aurait ensuité tenté de faire exécuter de Varga au fusil à lunette dans la prison de la Santé.
Après avoir quitté Minute, Tillier continuera ses enquêtes sur l'affaire dans le Journal du dimanche via un de ses articles, signé du pseudonyme Jacques Langeais, reproduisant un fragment d'une lettre du docteur Nelly Azerad, qui serait à l'origine de cette tentative d'assassinat.
Affaire Curiel Le , quelques jours après l'assassinat du militant tiers-mondiste Henri Curiel, un article dans Minute de Roland Gaucher et Jacques Tillier montrent qu'ils ont accès à des informations policières exclusives, ce qui a fait réagir dans la classe politique. Le député socialiste Jean-Pierre Chevènement a en particulier déclaré : « n'est-il pas curieux que dans l'affaire Curiel, le juge d'instruction ait dû attendre jusqu'à ces dernières semaines pour obtenir communication du dossier détenu par la DST, alors que dans Minute (...) le , Roland Gaucher et Jacques Tillier étaient en mesure de donner le numéro de dossier, à savoir 532.916 et même le nombre de sous-cotes, il y en avait 144 »"Cadavres sous influence. Les morts mystérieuses de la Ve république" par Christophe Deloire Éditions JC Lattès en 2003. L'avocat de Curiel dénoncera au même moment l'absence d'autres sources "que des ragots de police et de polices qui se battent entre elles"Le Monde du 25 avril 1980 . En appel, Roland Gaucher et Jacques Tillier, seront condamnés pour avoir affirmé sans nuances qu'Henri Curiel était un agent soviétique, les autres journalistes poursuivis en diffamation par la famille seront relaxés grâce à des formulations moins affirmativesLe Monde du 5 novembre 1981 .
Affaire de l'évasion de Mesrine Jacques Tillier enquêtera ensuite sur Jacques Mesrine. Il est mis en cause, fin , pour avoir fait échouer la filature, par les hommes du commissaire Robert Broussard, de Christian Kopf principal complice de Jacques Mesrine, en révélant son adresseArticle par Michel Bole-Richard, dans Le Monde le 13 février 1981 . C'est lui qui est visé, début janvier sur Europe1, par le directeur de la police Jean Ducret, dénonçant « quelqu’un qui joue les policiers, va voir les témoins, obtient des renseignements sur des individus que nous surveillons, et va prévenir ces derniers que nous les filons »Article de Jacques Derogy dans “L’Express” du 24 septembre 1979, reproduit dans “Témoignages” du 9 août 2007 et Jacques Tillier fera à son tour, l’objet de filatures, à l'été 1979, puis obtiendra qu'elles cessent, selon le journalisme d’investigation de L'Express Jacques Derogy.
Le , un de ses articles dans Minute affirme qu'un ex-inspecteur de police, inculpé le vendredi , a été le complice de Jacques Mesrine et lui a fourni des renseignements permettant d'échapper à la police depuis son évasion de la prison de la Santé, le Le Monde – Le commissaire Broussard dément que l'inculpé ait été le complice de Jacques Mesrine .
Le commissaire Robert Broussard, patron de la BRI, dément le jour même en précisant que cet inspecteur a quitté la BRI en , après ses congés en juillet et avait été muté au commissariat de la Goutte-d'Or car considéré comme suspect par ses collègues, à la suite de ses relations mondaines et de son implication dans un braquage commis contre un négociant de Rungis le . Selon Broussard, c'est dès le début , qu'une information confidentielle parvenue à la direction de la police judiciaire avait alerté.
Tentative de meurtre en septembre 1979
Articles et interview qui ont précédé En 2001, le livre de souvenirs du commissaire Lucien Aimé-Blanc révèle Jacques Tillier pour faire sortir Jacques Mesrine de sa planque, les deux amis se rencontrant au bar Le Griffon", proche de l'OCRB, selon Michel Laentz, un autre journaliste de Minute, qui a connu Jacques Mesrine durant sa jeunesseJacques Mesrine: L'histoire vraie de l'ennemi public numéro un par Michel Laentz chez I.S EDITION en 2012..
À l'automne 1978, Tillier enquête sur Jacques Mesrine. Le truand, évadé au printemps 1978, est revenu d'un voyage en Italie, Sicile, Algérie, Angleterre, pour lequel il avait proposé à Gilles Millet, journaliste de Libération, de l'accompagner, afin d'écrire un livre à sa gloire. Il rate l'enlèvement du juge Charles Petit qu'il avait attaqué à son domicile et doit fuir, puis se cacher dans le ..
Jacques Tillier, rédige dans Minute une série d'articles, notamment en décembre-, puis en mars, juillet et .
Ceux de décembre- accompagnent sa visite au domicile de Christian Kopf, complice de Mesrine qu'il interviewe pour Minute. L'un d'eux, en Le Monde le 12 septembre 1979 ., révèle l'adresse de Kopf, ce qui compromet sa filature par les hommes de Robert Broussard. Au même moment, c'est Mesrine qui est interviewé par Libération le .
Le sur , Jean Ducret, directeur de la police judiciaire, dénonce dans le « délire » de MesrineArticle le 16 janvier dans Le Monde et . Il désigne Tillier sans le nommer « une personne qui joue les policiers, qui va voir les témoins, qui obtient ainsi des renseignements sur des individus que nous surveillons et qui va prévenir ces derniers que nous les filons ». Mesrine ne reste plus qu'en contacts rares et très discrets avec Christian Kopf car la police peut désormais remonter jusqu'à lui, via Tillier.
Ces articles contribuent à la guerre des polices : Mesrine et ses nouveaux complices filant sans cesse et parlant sans arrêt dans la presse, le commissaire Robert Broussard qui l'avait arrêté perd de son autorité, ce qui permet la montée au créneau du patron de l'OCRB Lucien Aimé-Blanc, dont la presse ne découvrira plus tard qu'il est très proche de Jacques Tillier. Son dernier article, en , traite Mesrine de « faux baroudeur », dans une allusion à la Guerre d'Algérie. Tillier l'a utilisée pour faire réagir Mesrine via une interview exclusive, et laisser à Aimé-Blanc le soin de capturer Mesrine, par ailleurs inquiet des promesses financières de Tillier à son complice Christian Kopf. Il répondra à cet article dans une lettre ouverte accusant Tillier d'être à la fois une « crapule » et « de mèche » avec les policiers, et d'avoir promis 40 millions de francs pour l'interview, avec l'objectif de le « balancer » aux policiers et « quitter Minute » après. Par la suite, Tillier ne démentira que la complicité avec les policiers, mais sans convaincre.
Les trois rendez-vous intermédiaires