Elisa et Marcela (Elisa y Marcela) est un drame, romance et biopic espagnol réalisé par Isabel Coixet, sorti en 2019.

Le film évoque l'histoire d'Elisa Sánchez Loriga et de Marcela Gracia Ibeas qui tombent amoureuses dans un couvent de religieuses catholiques à la fin du , se marient à La Corogne en 1901 et s'exilent en Amérique du Sud.

Contexte de la sortie du film Cette adaptation du livre Elisa y Marcela : Más allá de los hombres de Narciso de Gabriel relate l'histoire du premier mariage entre personnes de même sexe en Espagne, en 1901, soit un peu plus de avant que celui-ci ne soit légalisé en 2005.

Distribué par la plateforme américaine Netflix, le long métrage est présenté lors de la Berlinale 2019, la édition du festival international du film de Berlin. En lice pour l'Ours d'or, sa venue a été vivement critiquée, en raison de sa non-distribution dans les salles de cinéma. 160 exploitants de cinéma allemands ont envoyé une lettre au festival et à la déléguée pour la Culture au gouvernement allemand Monika Grütters, exigeant qu'il soit retiré de la compétition, ou montré « hors compétition ». Il est sorti le dans des salles sélectionnées en Espagne et le sur Netflix.

Synopsis vignette|Elisa et Marcela le jour de leur mariage, le 8 juin 1901. Le film s'ouvre sur la campagne argentine, en 1925. Une jeune femme se rend en train et en calèche dans une maison isolée, où elle est accueillie par une femme ivre, qu'on devine être Marcela. Assise dehors après un repas, cette dernière commence à raconter à son invitée son histoire personnelle, qui commence dans la ville de La Corogne, en Galice, en 1898.

L'histoire fait alors un bond en arrière pour revenir à cette époque, dans un couvent de filles dirigé par des religieuses, où une nouvelle élève Marcela Gracia Ibeas, incarnée par Greta Fernández, débute sa rentrée scolaire. Sur place, elle rencontre une étudiante de deux ans son aînée, Elisa Sánchez Loriga interprétée par Natalia de Molina, qui l’aide à se sécher et à se rendre présentable. Nièce de la directrice du couvent et résidant sur place, celle-ci lui fait découvrir l’endroit, et l’accompagne dans sa classe. Il faudra ainsi peu de temps aux protagonistes pour qu’elles ne se lient d’une amitié sincère ; passant de plus en plus de temps, les deux adolescentes se confient sur leurs rêves de monter à cheval au bord de la mer, leurs espoirs, ou leurs passés difficiles. Marcela confie à son amie qu’elle a été abandonnée par ses parents, avant d’être récupérée par ces derniers, dix ans plus tard.

Cette amitié laisse rapidement place à une profonde attirance, que le père violent et alcoolique de Marcela ne manque pas de remarquer. Il tente de les empêcher de se voir à plusieurs reprises, sans succès. Incapable de couper leur amour naissant, il finit par envoyer sa fille dans une autre école à Madrid, afin qu’elle devienne enseignante.

Le film nous propulse ensuite trois longues années après, durant lesquelles les deux adolescentes devenues des jeunes femmes n’ont cessé de correspondre. Après un heureux coup du destin, ou de leur volonté de fer, Marcela, devenue institutrice, se retrouve mutée dans un petit village à dix kilomètres de Dumbría, celui où réside Elisa. Elle aussi est devenue professeur dans une école primaire. Après des retrouvailles passionnées, les deux amantes emménagent ensemble, et sont bien décidées à cacher leur secret à la communauté locale catholique et conservatrice qui compose leur petite bourgade. En parallèle, Elisa apprend le décès par noyade d’un cousin, Mario, habitant en Angleterre.

Mais leur proximité commence à se faire remarquer au sein du village, particulièrement lors d’une fête où Andrés, un bûcheron au regard menaçant invite Marcela à danser, sous l’œil jaloux d’Elisa. Contrainte d'accepter afin de dissiper les doutes, le couple se dispute, avant de se réconcilier et de danser sur le chemin du retour, sous le regard attentif d’Andrés, qui les suit. À la suite de cela, des rumeurs voient le jour, plaçant les deux femmes dans une situation complexe ; les villageois parlent d’elles, en commençant à se montrer menaçants. C'est lorsque Andrés revient pour inviter Marcela à un bal que la situation devient critique ; après un refus de la part d'Elisa, l'homme se met à les insulter en frappant frénétiquement la porte, le tout sous le regard curieux d’une voisine. Les parents interdiront ensuite à leurs enfants de suivre leur scolarité avec les enseignantes.

La violence atteint son paroxysme lorsqu’Elisa, ramassant des escargots dans la forêt, tomba dans un guet-apens, où elle se fit lapider. Défigurée, et apeurée, Elisa se tapit chez elle, aux côtés de celle qu’elle aime.

À la suite de cela, le couple met en place un stratagème, incluant Elisa, travestie en son cousin Mario. Marcela raconte qu’Elisa est partie voir sa famille à La Havane, à Cuba. La plus jeune des deux, laissée derrière dans le village, couche avec Andrés, après qu’il soit venu lui livrer du bois. Mario arrive ensuite en ville, et va se présenter au curé de la ville voisine San Jorge, avant de demander à épouser Marcela. Ce dernier accepte et célèbre leur union devant l'Église, le . Leur idylle est de nouveau tourmentée par l’arrivée des parents de Marcela, venus vérifier la rumeur ; cette dernière aurait épousé Elisa, déguisée en homme. Peu convaincus par cela, ils demanderont à rencontrer le jeune marié, accompagnés par un médecin. À la suite de son refus, et afin de prouver la fausseté de cette accusation, leur fille leur annoncera sa grossesse. Mais cela ne suffira pas à dissiper leurs soupçons. Le village entier encerclera alors la maison, et les habitants de la bourgade caillasseront leur habitation, en les insultant. Dans un malheureux concours de circonstances, Mario se retrouvera coincé chez le prêtre du village, et se fera examiner par un médecin, révélant son secret au grand jour. Il plaidera l'hermaphrodisme, mais se heurtera au scepticisme du médecin. Les deux jeunes femmes seront désormais recherchées par la police, et risqueront d’être emprisonnées. Effrayées par cela, elles se décideront à fuir à Porto, au Portugal. En parallèle, leur histoire inspirera d’autres femmes.

Le couple semblera retrouver un semblant de vie normale sur place : Marcela, enceinte, travaillera dans une cuisine pendant qu'Elisa, toujours travestie en Mario, travaillera dans un atelier de confection. Pourtant, leur objectif deviendra rapidement clair : économiser le plus d’argent possible afin de pouvoir s’offrir la traversée de l'Atlantique pour rejoindre l'Argentine, pays souvent cité par Elisa. Mais la situation vire au drame lorsque la police fait irruption dans leur appartement un matin, en arrêtant les deux jeunes femmes. Marcela sera directement jetée en prison, et Elisa, aura une audition avec le commissaire Alcaide. Ce dernier lui énumérera les chefs d'accusation qui pèse contre elle, notamment blasphème, travestissement, ou encore falsification de documents, ainsi que vingt ans de prison si elles sont livrées à l'Espagne. Tentant de plaider à nouveau l’hermaphrodisme, Elisa se rendra rapidement compte qu’elle n’a pas d’intérêt à lui mentir si elle veut retourner auprès de sa femme, déjà à un stade très avancé dans sa grossesse. De son côté, Marcela fera face à une véritable vague d’entraide de la part des autres co-détenues. vignette|Greta Fernández sur le tapis rouge d'une cérémonie, en 2020. Contre toute attente, leur histoire sera médiatisée à travers le Portugal, et touchera de nombreux citoyens, créant un véritable mouvement de solidarité ; de nombreuses femmes se rendront à la prison avec des mots et des présents pour ce couple si atypique pour l’époque. Marcela mettra au monde une petite fille, prénommée Ana, avec l'aide de Flor, l’infirmière de la prison. Apprenant cela, le Gouverneur Oporto décidera de les gracier, ne manquant pas l’occasion d’énerver les Espagnols au passage.

En raison des conditions difficiles de vie au sein de la prison, et de l’humidité, le bébé attrapera une pneumonie ; Flor l'emmènera chez elle, avec Marcela. Après un moment de panique dans le couple, la fièvre finira par tomber, épargnant Ana. À la suite de cela, Alcaide annoncera leur remise en liberté à Elisa, expliquant qu’il comprend la situation de leur couple, le sien étant également atypique. En effet, il est marié à Flor, l’infirmière noire de la prison. La jeune femme leur demandera s’ils ont des enfants, question qui attristera particulièrement Flor ; cette dernière répondra donc par la négative.

De retour en prison afin de préparer ses affaires, le couple s’inquiètera du regard des gens, de sa célébrité, et des accusations pesant toujours contre lui en Espagne. Marcela se retrouvera alors confrontée à un dilemme cornélien : abandonner son bébé, comme elle l’a été, ou rester avec Ana au Portugal, et laisser Elisa fuir en Argentine. Elle prendra la décision de suivre sa femme, en laissant son enfant à un couple aisé qui saura prendre soin de lui : Flor et Alcaide.

Le film reviendra ensuite à l'Argentine des années 1925, où la femme du début, Ana interrogeant Marcela, lui demande si son histoire d’amour avec Elisa, et son abandon valait la peine. La question demeurera cependant sans réponse, Elisa arrivant à cheval, faisant écho à son rêve, partagé au début du film.

Le long-métrage poursuivra sur des cartons, énonçant la légalisation du mariage gay en Espagne en 2005. À la sortie du film, l'homosexualité était considérée comme légale dans seulement vingt-cinq pays du monde. Dans soixante-douze pays, elle était pénalisée, dont treize par la peine de mort. Le mariage d'Elisa et Marcela, bien que considéré comme illégal, n'aura jamais été annulé par le pays. Enfin, il s'achèvera sur la photo de mariage du couple.

Fiche technique Titre original : Elisa y Marcela Titre français : Elisa et Marcela Réalisation : Isabel Coixet Scénario : Isabel Coixet et Narciso de Gabriel Producteurs délégués : Joaquín Padró, Mar Targarona Production : Lanube Películas, Rodar y Rodar, Cine y Televisíon, Zenit, Televisió de Catalunya - TV3. Soutien : (AGADIC), Institut Català de les Empreses Culturals (ICEC) Distributeurs : Netflix Photographie : Jennifer Cox Montage : Décors: Sylvia Steinbrecht Directrice de casting : Irene Roqué assistant réalisateur : Luca Vacchi Ingénieurs du son : Daniel de Zayas, David Machado Maquilleur : Paco Rodriguez Frías Costumes : Mercè Paloma Musique : Sofia Oriana Infante, Salvador Sobral Producteur : José Carmona, Zaza Ceballos, Joaquín Padró, Mar Targarona Ventes internationales : (Barcelone) Pays d'origine : Espagne Format : Couleurs - Genre : biographie, drame, romance saphique Durée : () Date de sortie : Allemagne : (Berlinale 2019)

Distribution Natalia de Molina : Elisa Sánchez Loriga Greta Fernández : Marcela Gracia Ibeas Sara Casasnovas : Ana Francesc Orella : le père de Marcela María Pujalte : la mère de Marcela Tamar Novas : Andrés Manolo Solo : Alcaide Lluis Homar : le gouverneur Oporto Jorge Suquet : le médecin de Dumbría

Production

Développement vignette|Natalia de Molina en 2019 Dans une entrevue avec la Radio-télévision belge de la Communauté française, la réalisatrice a confié avoir tenté d’obtenir des « financements pendant dix ans, et personne n'était vraiment intéressé. […] Puis j'ai trouvé une maison de production à Barcelone, et ils m'ont demandé si ça me posait problème qu'ils parlent du projet à Netflix ».

« Pour moi, Elisa y Marcela est un projet dont je rêve, que j'envisage et que je veux réaliser depuis très, très longtemps. Lorsque je suis tombée sur le cas réel de ces deux femmes qui ont défié la société, l'Église et les conventionnalismes de l'époque, avec une bravoure, un courage et une passion incroyables, j'ai su que c'était une histoire que je voulais et devais raconter », concède-t-elle.