Ciboure est une ville de Nouvelle-Aquitaine située dans les Pyrénées-Atlantiques. Une poterie y a été active de 1919 à 1995.

Le bâtiment de la poterie était installé dans un ancien chai à baleinières au bord de la Nivelle dans l’actuel quartier du Golfparcelle cadastrale B 446. Le bâtiment principal, construit en 1930, a été transformé en 1997. Seul le magasin, au rez-de-chaussée, est resté dans son état d’origine. Il a été occupé depuis par diverses activités économiques, de 2016 à 2019 par une maison d’édition, La CheminanteRésidence La Poterie, 1 rue Arnaud Massy, 64500 Ciboure.. Cette dernière perpétuait, à son tour, l’activité culturelle de Ciboure que chantait déjà en 1995, Jean-François Larralde., ex-Conservateur du Musée de Guéthary. :

L'histoire de la poterie thumb|gauche|vase époque Vilotte non signé. Elle fut active de 1919 à 1995. On peut distinguer quatre périodes : 1919-1922 : Louis Floutier, Étienne Vilotte et Edgard Lucat ; 1922-1945 : Étienne et Élise Vilotte ; 1945-1977 : Rodolphe et Suzanne Fischer ; 1977-1995 : Max et Carmen Fischer.

À la fin de la guerre 1914-18, un peintre, Louis Floutier (1882-1936). ayant des attaches luziennes, son beau-frère, un ébéniste Étienne Vilotte (1881-1957) et un tourneur Marcel Lucat (1883- 1953), décident de se lancer dans la poterie. Le couple Vilotte ayant les ressources financières nécessaires, la poterie est officiellement fondée à Ciboure par le dépôt de la marque ”VE Ciboure" le auprès du greffe du tribunal de commerce de Bayonne sous le numéro 639.

L’entente entre les trois fondateurs est de courte durée : Lucat quitte les bords de la Nivelle en 1921 ; Floutier se consacre davantage à la peinture dès 1922. Finalement c’est le couple Vilotte qui assure le développement de la poterie jusqu’ en 1945, date à laquelle Rodolphe Fischer (1907-1977) acquiert l’entreprise. Tandis qu’il se forme sur le tas, il envoie son fils aîné, Max (né en 1932)., à Vierzon, faire des études de céramique. Ce dernier commence à travailler à la poterie en 1951. En 1977, il reprend l’entreprise. À l’âge de la retraite, Max cesse toute activité commerciale, le . Durant l'année 1996, Max Fischer et Robert Brandhof créèrent, à titre personnel, les toutes dernières poteries : c'est le à 12h30 que le dernier enfournement se termine.

L'argile basque comme matière première

Dès l'origine, les trois artistes se sont orientés vers la production de poteries de grès (de grand feu). Ils copient la céramique grecque, ou s’en inspirent, car l’art antique était la base de l’enseignement des Beaux-Arts à cette époque art déco. Deux colorants, le noir et le rouge, composés d’oxydes métalliques, sont utilisés pour peindre les motifs. Appliqués en plein, le noir produit à la cuisson un noir brillant tandis que le rouge donne un brun. Etendu à l’eau, le noir se transforme, suivant la densité, en palette de bleus et de verts. Quant au rouge, il se décline du rouge foncé au sable clair. Les motifs contrastant sur un fond noir brillant, ou, à l’inverse, en figures noires sur la terre nue ocre : c’était cette même technique qui était utilisée dans la céramique grecque.

Pour obtenir une matière qui combine les qualités de plasticité, réduction modérée à la cuisson, couleur de la terre et bonne tenue au feu, les trois artistes expérimentent des mélanges de terres. Pour y parvenir, ils choisissent l'argile gris-rosé cibourien, l'argile rouge de Biarritz qui alimente par ailleurs les tuileries de la zone artisanale de la Négresse, le Feldspath de Louhossoa (Louhossoa viendrait de lurotsua, qui signifie en basque "le lieu où abonde la terre" et la terre blanche réfractaire des Charentes. Chacun de ces éléments apportant ses qualités propres, à savoir : bonne tenue au feu, plasticité et retrait modéré à la cuisson.

Le grès de grand feu : une technique exigeante La cuisson est ce moment d'équilibre où tout peut basculer. Les écueils : des décors qui apparaissent fades, mal définis, ou au contraire des coups de feu, avec des motifs brûlés. Il y a deux cuissons : à l’issue de la première (), dite cuisson de dégourdi, qui fait perdre à la pâte son eau, on obtient un biscuit ; lors de la seconde cuisson, dite de haute température (de selon le mélange des terres), après la pose de la peinture et de l’émaillage intérieur, a lieu la vitrification du tesson et de son décor.

Les quatre grandes périodes de production

Lucat, Floutier et Vilotte : 1919-1922 - Les débuts

Le tourneur Lucat, , était céramiste et verrier. Il a certainement apporté ses connaissances techniques à Vilotte. Grâce aux registres administratifs tenus par Elise Vilotte, on apprend qu'il travaille à Ciboure jusqu'en 1921, date à laquelle il est remplacé, dans l'urgence, par Adrian Esteban. Séverine Berger relève dans La Poterie de Ciboure 1919-1945 que Lucat était un maître dans le tournage des pots inspirés des vases antiques (canthare, stamnos…), qui figurent, depuis l'origine, dans le catalogue de la poterie. Les sources documentaires ayant servi de support aux travaux de Lukat sont inconnues. Toutefois, Max et Carmen Fischer se souviennent que les décorateurs puisaient leur inspiration dans les livres d'art présents à la Poterie. C'est ce qu'évoque par ailleurs Jean-Paul Goikoetxea : .

Le peintre thumb|Assiette Floutier collection particulière.

Louis Floutier (1882-1936), apporte son souffle artistique dès la naissance de la poterie ; c'est lui qui . Dans sa thèse de doctorat, Rémi Lambert décrit l'approche de Floutier et ces . S'inspirant du lauburu (croix basque présente sur les stèles discoidales des cimetières et des églises basques), il a su adapter du travail d'un autre peintre luzien, Philippe Veyrin, la « svastika rectiligne » (ou croix à virgules), motif géométrique qui décorera notamment les marlis des assiettes et des plats du service "Cerbitzua". de la Faïencerie de Sarreguemines. Ce symbole solaire, que l’on retrouve partout et de tous temps dans le monde, n’a donc rien à voir ici avec l’insigne nazi.

Le céramiste thumb|gauche|redresse=0.8|Marque des années 1919 à 1921. Étienne Vilotte, qui n'est pas du métier (il était ébéniste), par essai et erreur, en collaboration avec Lukat, élabore les premiers mélanges permettant de reproduire des teintes, des reflets le plus proche possible de la céramique grecque. Entre 1919 et 1922, les pièces sont signées "LF" pour Floutier, d'autres "LVK" pour Lucat, Ces deux signatures sont, souvent associées avec la première marque dite "à patte de chat". La technique développée par Étienne Vilotte, dès 1919, ne sera jamais remise en cause, et ce, jusqu'à la fermeture des ateliers ; Max Fischer a toujours mis en avant le génie créatif de Vilotte qui a su concevoir des fours (qui seront utilisés jusqu'en 1963), développer des formules originales d'émaux et travailler inlassablement à "façonner des poteries en grès, déterminer les couleurs, les mettre au point, afin que les poteries soient parfaitement vitrifiées". C'est également sous l'impulsion de Vilotte que les premières pièces moulées sortent de la poterie.

L'avis d'un collectionneur : Karl Lagerfeld

Pour Karl Lagerfeld (1933-2019), amateur éclairé de la production cibourienne, « les trois amis », n’ont pas une grande connaissance du métier de céramiste ; Vilotte n’était-il pas menuisier? Il rappelle par ailleurs que dès 1920, « La page de couverture de leur petit catalogue de vente annonçait céramique de grand feu, des dessins exclusifs peints à la main et des émaux uniques ». S'agissant, cette fois, du particularisme de la production que « les toutes premières pièces, qui étaient rares et sans éclat, ont un charme particulier en raison de leurs bizarreries et de leurs imperfections dues au manque de compétences techniques ». Pour lui, c’est sous l’impulsion de Floutier (comparé par ailleurs au peintre de Darius) qu’entre 1919 et 1922, la poterie connait son âge d’or. Par ailleurs, ce même collectionneur, dans un livre de photos, s'agissant des vases "néogrecs" (ou gréco-basque) tient à préciser : "Ils sont depuis très recherchés pour leur beauté parfaite. Ces trois potiers ont créé une image idéalisée du monde antique, réinterprétant des méthodes centenaires de fabrication, et redessinant, avec art, les scènes érotiques ou champêtres qui appartenaient au répertoire de vases grecs classiques. Une certaine innocence et naïveté pointe de ces chefs-d’œuvre, tous basés sur l’illusion d’un temps si lointain."

Étienne et Élise Vilotte : 1922-1945. Le néobasque s'ajoute au néogrec

Après les départs de Floutier et Lucat, Vilotte est seul à la tête de l'entreprise. Il introduit le style néobasque, créé par le décorateur Almès, après son retour à la poterie en 1924. L'apport des formes utilitaires traditionnelles basques (pedarra ou gargoulette) en est la démonstration la plus affirmée. Elles sont dues au talent du deuxième tourneur qui officie à la poterie de Ciboure : Adrian Esteban. Celui-ci travaille, au gré des besoins de la production saisonnière, pendant des périodes plus ou moins longues. Cet Espagnol, originaire d'Estrémadure, perpétue la tradition des potiers de son pays, venant à dos d’âne vendre leur production sur les marchés. Ses descendants, qui habitent toujours Ciboure, sont surnommés "Pottero fino".

La liste des décorateurs qui se succèdent à la Poterie est longue, certains travaillent un mois, d'autres plusieurs années. Il est à noter que de 1922 à 1945, ils ne signent plus leurs œuvres (à part Almès dans de rares cas) : seule subsiste la marque “VE” (Vilotte Étienne). Parmi ces artistes, on peut citer : thumb|gauche|redresse=0.8|Vase Jean Léon collection particulière. Jean Léon, un ami de Floutier, dès 1921, rejoint l'atelier de la poterie. Sa signature très rare, est recherchée par les collectionneurs.

Pierre Almès occupe une place de premier plan dans l'Histoire de la poterie, puisqu'il est présent dès le début, amené par Louis Floutier qu'il a connu chez Cormon, de 1920 à 1922. Il reviendra ensuite à partir de 1924, après une période de deux années passée à l'atelier BACS de Golfe Juan sous la direction de Jean Barol, période pendant laquelle il affinera sa technique concernant les décors "néogrecs" qu'il mêlera aux effets du lustre métallique de l'école Massier.

l'abondante iconographie de ses pièces, qu'elles soient signées ( rarement) ou simplement attribuées, du catalogue d'exposition de l'exposition de Bayonne de 2020 http://www.lefestin.net/la-poterie-dart-de-ciboure-1919-1995, ou du livre de Severine Berger la poterie de Ciboure 1919/1945 https://www.editions-cairn.fr/de/-atlantica/1423-la-poterie-de-ciboure-1919-1945-9782843940132.html traduisent bien l'importance de la production de ce décorateur, tant pour les pièces de style néogrecs, ( danseuse au tambourins ou aux cymbales, personnages aux paniers de fruits, ou des scènes délicatement érotiques avec parfois une pointe d'humour qui étaient particulièrement demandées au milieu des années 20 que pour les décors néo-basques un peu plus tardifs ; les amateurs avertis peuvent s'exercer à reconnaitre le "style Almès" même en l'absence de signature, comme l'explique Séverine Berger, d'après la forme des têtes et cous des personnages, ainsi que l'harmonie des mouvements, typiques de la stylisation art déco.

Les mêmes amateurs pourront également, en consultant la page wikipédia consacrée à Pierre Almès, trouver des informations complémentaires quant aux sujets récurrents cités ci dessus, traités par l'artiste. vignette|Ciboure néogrec art déco attribué à Pierre Almès thumb|Assiette Richard Le Coronne collection particulière.