L'Action civique non violente est un regroupement créé en pour s'opposer activement aux pratiques de la guerre d'Algérie, telles que les camps d'internement et la torture, et pour soutenir et organiser les réfractaires à l'armée. Il est dissous en .

Origine : Communauté de l'Arche Le journaliste Robert Barrat participe en à la fondation du Comité d'action des intellectuels contre la guerre d'AlgérieCe comité rassemble 450 personnalités dont l'appel indique notamment : « Nous nous engageons à agir de toutes les façons que nous jugerons bonnes en conscience et dans tous les domaines qui nous sont accessibles pour mettre fin en Afrique du Nord à une guerre qui est une menace contre la République en même temps qu'un crime contre le genre humain. ». En , il fait forte impression en exposant la situation algérienne à la Communauté de l’Arche que vient de créer Lanza del Vasto à Bollène et qui est inspirée du christianisme et de la philosophie non violente de Gandhi. En , Robert Barrat, Roland Marin et Maurice Pagat créent, rue du Landy à Clichy, le Centre d’information et de coordination pour la défense des libertés et de la paix, qui publie, dans le journal Témoignages et Documents, des informations sur la guerre d'Algérie interdites ou filtrées par la censure.

Le , les compagnons de l'Arche Lanza del Vasto, Bernard Gaschard (un ancien engagé dans la Guerre d'Indochine devenu non-violent) et Pierre Parodi lancent deux appels, l'un à la conscience des Français, l'autre aux chefs religieux de l'Islam et aux chefs du Front de libération nationale de l'Algérie, dans lesquels ils dénoncent la torture pratiquée dans les deux camps. Ils jeûnent pendant vingt jours au Centre d’information et de coordination pour la défense des libertés et de la paix.

Joseph Pyronnet assiste à une conférence de Lanza del Vasto puis participe au premier camp de la non-violence qui se réunit à Bollène, du au , pour discuter des tortures en Algérie, des luttes non violentes des noirs américains et du danger nucléaire.

Le , quatre-vingt-deux personnes, dont Lanza de Vasto, Robert Barrat, le pasteur André Trocmé et Jean-Pierre Lanvin manifestent, pour la première fois en France, contre l'armement atomique français en occupant pendant cinq heures l'usine nucléaire de Marcoule qui produit du plutonium pour la bombe atomiqueLes quatre-vingt-deux participants, « Pourquoi nous avons forcé l'entrée de Marcoule », Communauté de l'Arche, Bollène, 1958, archives à l'Observatoire des armements. À la suite de cela, le Préfet du Gard interdit toute manifestation et réunion de la Communauté de l'Arche jusqu'à nouvel ordreY. Cazaux, Préfet du Gard, arrêté du 6 juin 1958. Néanmoins, en , 18 personnes jeûnent 15 jours, près du site de Marcoule, d'où les gendarmes les délogent, et aux abords du Palais des Nations, à Genève, où se tient une conférence préparatoire à la suspension des essais nucléaires.

Création de l'Action civique non violente (ACNV) Un compagnon de l'Arche, Roland Marin qui assure à Bollène le secrétariat de l'Action civique non violente (ACNV), lance le journal Action civique non-violente dont le premier numéro paraît à un millier d'exemplaires et qui atteindra un tirage de huit à dix mille exemplairesAnne-Marie Ressouches in . L'animateur du mouvement est Joseph Pyronnet.

Des groupes locaux sont constitués. Celui de Grenoble dénonce la torture d'un Algérien dans la ville, il organise un jeûne en et une manifestation qui, le , réunit entre 300 et 400 personnes.

Camps d'internement

Pendant la guerre d'Algérie, plusieurs centres d'assignation à résidence surveillée sont créés dans des sites militairesOrdonnance n°58-916 du 7 octobre 1958 relative aux mesures à prendre à l’égard des personnes dangereuse pour la sécurité publique en raison de l’aide qu’elles apportent aux rebelles des départements algériens : Larzac (Aveyron), Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), Saint-Maurice-l'Ardoise (Gard), camp de Thol (Neuville-sur-Ain, Ain), Vadenay (Marne). Près de 14 000 suspects d'être membres du Front de libération nationale (FLN) y sont internés.

L'Action civique non violente fait signer un Appel au Président de la République. « Priver des hommes de leur liberté et de leur travail et exposer ainsi leur famille à la misère matérielle et morale, c’est porter atteinte à la justice et à la dignité humaines. »

Le , soixante personnes manifestent devant le camp militaire du Larzac et devant la sous-préfecture de Millau contre ce qu'ils qualifient de camp de concentration. Sept d'entre eux, se déclarant suspects, demandent à partager le sort des Algériens internés sans jugement. Selon le journal Action civique non-violente, « Il s’agit d’un témoignage de conscience et non d’une manifestation politique ». Du au , quatre personnes dont Joseph Pyronnet s'imposent neuf jours de jeûne à La Cavalerie pour dénoncer l’existence des camps d’assignation à résidence.

Trente volontaires de l'Action civique non violente dont Joseph Pyronnet, Jean-Pierre Lanvin et André Dupont, dit Aguigui Mouna, se déclarant suspects, demandent à partager le sort des Algériens internés sans jugement notamment dans le camp du LarzacLettre ouverte à Monsieur le Ministre de l'Intérieur, . Certains des volontaires quittent leur emploi afin d'être disponibles pour cette action« Partant du principe qu'on abandonne tout pour aller à la guerre, Joseph Pyronnet décida de tout abandonner pour aller à la paix. », . Robert Barrat, le père dominicain Pie Raymond Régamey et le pasteur Henri Roser interviennent lors d'une formation du groupe et de ses amis, du 5 au , à Grézieu-la-Varenne, près de Lyon. Le , cette session se prolonge par une marche de 200 à 250 personnes de Pont-d’Ain vers le camp de Thol où trente volontaires demandent leur internement. Les manifestants résistent sans violence à la police qui tente de les bloquer puis les transporte en camion loin de là. Les jours suivants, la manifestation est répétée deux fois. Après une nuit au commissariat, les protestataires sont dispersés dans le Jura, à 100 ou 120 kilomètres du camp.

Le , à l'appel lancé par l'ACNV, le Comité Maurice Audin et le Comité de vigilance universitaire et signé par 21 personnalités dont Germaine Tillion, Gabriel Marcel, Théodore Monod, Laurent Schwartz et Pierre Vidal-Naquet, entre 700 et 1 000 manifestants marchent silencieusement vers le centre de tri de Vincennes. Comme ils opposent une résistance passive à l'ordre de dispersion, la police en enferme dans les sous-sols de la mairie du arrondissement et conduit certaines personnalités devant la tombe d’un gardien de la paix récemment tué par le FLN. Maurice Papon, préfet de police, a pris cette décision « pour les faire réfléchir », écrit-il dans une note officielle.

Le , dans une douzaine de villes, des manifestations rassemblent contre les camps de 15 à 220 personnes. La principale réunit non-violents, par principe ou par tactique, qui marchent vers le ministère de l'Intérieur. Selon les autorités judiciaires, 629 personnes sont appréhendées. Elles sont emprisonnées jusqu’au lendemain.

Vingt-quatre personnalités qui ont participé à la manifestation non autorisée du demandent à être inculpées comme les responsables de l'Action civique non violente qui l'ont organisée. Parmi elles figurent Claude Bourdet, Jean-Marie Domenach, Alfred Kastler, Théodore Monod, Paul Ricœur et Pierre Vidal-Naquet.

En , la sous-préfète de l’Ain a inauguré une plaque commémorative du camp de Thol incluant une citation de Joseph Pyronnet.

Soutien aux réfractaires À partir de , sous l'impulsion du parachutiste déserteur Pierre Boisgontier, l'ACNV soutient les réfractaires au service militaire.

L'anarchiste André Bernard est insoumis et exilé à l'étranger depuis 1956 où il a participé au groupe Jeune Résistance. Il rentre en France en 1961 pour lutter avec l'ACNV. Il se laisse arrêter au cours d'une manifestation et subit 21 mois d'incarcération.

L'ACNV réclame pour les réfractaires un service civil en Algérie et, en attendant, organise, avec quelques-uns d'entre eux et des volontaires, des chantiers d'abord en Dordogne et en région parisienne puis ailleurs. Les volontaires et les personnes solidaires engagés pour un temps plus ou moins longs sont bénévoles. L'ACNV, financée par les dons et les abonnements au journal, prend en charge la nourriture, les déplacements, les frais de procès et l'aide aux familles. Des déserteurs et des insoumis sont arrêtés sur les chantiers, ce qui déclenche des manifestations de résistance non violente. Un groupe non-violent retarde le départ en train de Pierre Boisgontier arrêté par des gendarmes .

Laurent Schwartz préside, avec le soutien du journal Témoignages et documents, une conférence de presse de trois réfractaires à l'armée qui appellent les jeunes à dire « Non, je ne marche plus ».

L'ACNV encourage la solidarité avec les réfractaires, notamment par le renvoi des livrets militaires et des décorationsJournal n°VIII de l'ANCV, novembre 1960, cité par . Un tract de l'ACNV, sans doute de 1961, liste 19 renvoyeurs de livrets militaires (Fonds Jean-Pierre Lanvin, Observatoire des armements)..

thumb|Place Bellecour à Lyon, le , six volontaires de l'ACNV se sont enchainés et déclarent vouloir être traités chacun comme Michel Hanniet

Le , onze hommes s'enchaînent aux grilles du jardin des Thermes de Cluny, à Paris, sous la banderole « Pour la paix en Algérie. Jack Muir va en prison. Nous sommes tous Jack Muir ». Selon une technique pratiquée à plusieurs reprises par les non-violents, ils déclarent tous à la police être ce réfractaire. N'étant pas munis de leurs papiers d'identité, ils sont inculpés de vagabondage et de participation à une manifestation non déclarée. Avec un distributeur de tracts, ils sont incarcérés à la prison de la Santé et deux distributrices le sont à la Petite Roquette. Après dix jours d'interrogatoires et de perquisitions de leurs sympathisants, qui refusent de coopérer, les prisonniers sont identifiés. Ils sont libérés un par un, les derniers après six semaines de détention. Le vrai Jack Muir est attendu à sa sortie par des gendarmes et emmené dans une caserne, emprisonné à Lille et enfin réformé pour « déséquilibre mental » le . En 1962, selon le même scénario, les cinq prétendus insoumis Yves Bel sont incarcérés 52 jours à Nantes.

L'objecteur de conscience Henri Cheyrouze est condamné en à dix-huit mois de prison. Après vingt-deux jours de grève de la faim, sa peine est suspendue. En raison d'un nouveau refus de la conscription, il est condamné à deux ans de prison. Il enchaîne les grèves de la faim. Il rejoint l'ACNV et est libéré en 1962. Il part en Suisse avec sa famille puis en Algérie indépendante.

Le , une douzaine de personnes, des réfractaires et leurs soutiens dont le pasteur Jean Lasserre, jeûnent en faveur de la paix en Algérie, dans le hall de l'Unesco à Paris. Des Montpelliérains les imiteront deux jours plus tard.

Des réfractaires emprisonnés subissent parfois des violences comme en témoigne Gilbert Schmitz. Des gradés de la prison militaire de Tübingen le déshabillent très brutalement pour le forcer à endosser l'uniforme militaire qu'il refuse. L'intervention de codétenus interrompt son étranglement.