Le Tour de Corse 1979 ( Tour de Corse), disputé du 2 au , est la soixante-treizième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la dixième manche du championnat du monde des rallyes 1979 (WRC).
Contexte avant la course Le championnat du monde
Ayant succédé en 1973 au championnat international des marques (en vigueur de 1970 à 1972), le championnat du monde des rallyes s'appuie sur les plus célèbres épreuves routières internationales, telles le Rallye Monte-Carlo, le Safari ou le RAC Rally. Parallèlement au championnat des constructeurs, la Commission Sportive Internationale (CSI) a cette année introduit un championnat des pilotes qui remplace la controversée Coupe des conducteurs qui incluait aussi des épreuves de second plan. Le calendrier 1979 comprend douze manches (dont huit européennes), réservées aux voitures des catégories suivantes : thumb|right|alt=Ford Escort RS1800|À trois manche de la fin, Ford est déjà assuré de remporter le titre constructeurs. Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
Face à une opposition réduite (Fiat ayant renoncé à défendre son titre), Ford est déjà assuré de remporter le championnat des constructeurs. Les enjeux de cette fin de saison sont donc considérablement réduits et les plateaux s'en ressentent, aucun des principaux acteurs de la saison 1979 n'étant officiellement engagé en Corse. De même, ni Hannu Mikkola, ni Björn Waldegård, ni Markku Alén, les seuls à pouvoir encore briguer le titre de champion du monde des pilotes, ne participe à la manche française. L'absence d'Alén lui retire d'ailleurs toute possibilité de rattraper ses deux rivaux.
L'épreuve
La première édition du « rallye aux 10000 virages » (surnom du Tour de Corse) eut lieu en , à l'initiative du comte Peraldi et du docteur Jean Sermonard, tous deux résidents de l'Île de Beauté et fervents passionnés de sport automobile. Initialement, le parcours empruntait en partie des pistes en terre, avant que, dans le courant des années 1960, la course ne se déroule entièrement sur asphalte. L'épreuve acquit très rapidement le statut international et fut intégrée au championnat du monde des constructeurs dès sa création en 1973. Jusqu'en 1978, la course se déroulait sur le week-end, mais pour cette vingt-troisième édition les organisateurs ont doublé la longueur du parcours, et allongé la durée d'une journée. Avec quatre succès entre 1970 et 1978, Bernard Darniche y détient le record de victoires.
Le parcours thumb|right|alt=Place d'Austerlitz|Le départ sera donné place d'Austerlitz, à Ajaccio. départ : d'Ajaccio arrivée : à Ajaccio distance : dont sur 22 épreuves spéciales (dont 9 à temps imparti) surface : asphalte Parcours divisé en deux étapesRevue L'Automobile n°402 - décembre 1979
Première étape Ajaccio - Sartène - Corte - Bastia, du 2 au 966,9 km dont 524,6 km chronométrés (11 épreuves spéciales dont 4 à temps imparti)
Deuxième étape Bastia - Calvi - Evisa - Aullène - Ajaccio, du 3 au 1066 km dont 604,3 km chronométrés (11 épreuves spéciales dont 5 à temps imparti)
Les forces en présence Fiat Officiellement absent, le grand constructeur turinois est représenté par l'écurie Fiat France qui a engagé deux 131 Abarth groupe 4 pour Jean-Claude Andruet et Michèle Mouton. Pesant près d'une tonne, ces voitures sont équipées d'un moteur à quatre cylindres en ligne de deux litres de cylindrée avec culasse à seize soupapes, alimenté par un système d'injection Kugelfischer. Leur puissance est de l'ordre de 230 chevaux à 7200 tr/min. Elles sont chaussées de pneus Pirelli P7. Les 131 Abarth ont remporté les deux précédentes éditions du Tour de Corse.
Lancia thumb|left|alt=Lancia Stratos|La Lancia Stratos HF de l'Écurie Chardonnet. Si la Scuderia Lancia a stoppé toute activité en rallye depuis un an, la marque fait néanmoins toujours partie des favorites en Corse, Grâce notamment à l'Écurie Chardonnet qui a engagé une Stratos HF groupe 4 (970 kg, moteur V6 en position centrale arrière, 275 chevaux) pour Bernard Darniche. Quadruple vainqueur de l'épreuve, Darniche fait figure de favori. Il utilise des pneus Michelin. Inscrit à titre privé, Francis Serpaggi dispose d'un modèle semblable, équipé de pneus Kléber.
Porsche Avec une quinzaine de concurrents privés inscrits dans les groupes 3 et 4, les Porsche représentent une bonne partie du plateau. Parmi les pilotes les plus en vue on trouve Jacques Alméras sur une Carrera RSR groupe 4 de 310 chevauxRevue Auto hebdo - 8 novembre 1979. Tous comme les insulaires Pierre-Louis Moreau et Jean-Marie Soriano, Bernard Béguin et Francis Vincent disposent de 911 SC groupe 4 (275 chevaux), mais le dernier a dû déclarer forfait juste avant le départ, ayant coulé une bielle à la fin des reconnaissances. Favori du groupe 3, Alain Coppier pilote une Carrera de série, il sera principalement opposé, dans cette catégorie, aux anciennes Carrera RS de Christian Gardavot et de 'Segolen'.
Renault L'équipe Gitanes a engagé deux R5 Alpine groupe 2 (830 kg, traction, moteur quatre cylindres de 1400 cm3, deux carburateurs double corps, plus de 135 chevaux à 7200 tr/min, boîte cinq vitesses) pour Jean Ragnotti et Jean-Pierre Manzagol. Tous deux utilisent des gommes Michelin.
Talbot thumb|right|alt=Sunbeam Lotus|La Sunbeam Lotus groupe 4, une des nouveautés de la saison 1979. Seul constructeur officiellement engagé en groupe 4, Talbot aligne une Sunbeam Lotus flambant neuve pour Jean-Pierre Nicolas. Équipée d'un moteur quatre cylindres et seize soupapes de 2217 cm3 dérivé de celui des Lotus Elite, alimenté par deux carburateurs double-corps, cette voiture d'une tonne dispose de 225 chevaux. Elle est équipée de pneus Michelin.
Opel Avec une trentaine d'Opel Kadett GT/E privées au départ, le constructeur allemand est largement représenté dans les groupes 1 et 2 C'est surtout en tourisme de série que la marque peut espérer s'imposer, avec notamment Jean-Louis Clarr sur une voiture préparée par Simon Racing.
Déroulement de la course Première étape Les concurrents partent de la place d'Austerlitz d'Ajaccio, le vendredi à partir de quatorze heuresRevue Sport Auto n°214 - novembre 1979. Après trente kilomètres de parcours routier en direction du nord, ils abordent un premier secteur chronométré très difficile, empruntant d'abord les rives du Liamone puis celles du Cruzzini, long de plus de cent kilomètres. Prudent sur ce premier tronçon, Bernard Darniche (Lancia Stratos) concède huit secondes à la Porsche de Bernard Béguin, qui prend la tête de l'épreuve. Alors qu'il était parti sur un rythme très rapide, Jean-Claude Andruet n'a pu défendre ses chances, ayant été immobilisé plus de quatre minutes à cause d'un moteur coupé sur sa Fiat. Il ne pointe qu'en septième position, précédé par la Lancia de Francis Serpaggi, la Fiat de Michèle Mouton, la Talbot de Jean-Pierre Nicolas et la Porsche de Moreau, tous comptant déjà plusieurs minutes de retard sur les deux premiers. Treize équipages ont déjà abandonné, tandis que Jacques Alméras a endommagé la suspension avant de sa Porsche et qu'Yves Loubet a défoncé le côté droit de son Opel lors d'un tête-à-queue dans un passage très rapide. Tous deux parviendront à disputer la spéciale suivante, mais abandonneront peu après, les réparations de fortune effectuées n'ayant pas tenu. Darniche, qui s'est montré le plus performant entre Pisciatello et Stiliccione, a pris la tête de la course ; il compte plus de trente secondes d'avance sur Béguin, alors que Serpaggi, toujours troisième, est déjà relégué à trois minutes et demie. Michèle Mouton a chuté au classement : elle a perdu plusieurs minutes à cause d'une crevaison, puis d'ennuis d'alimentation. Une double crevaison dans le secteur suivant, entre Aullène et Abbazia, lui coûtera dix-sept minutes de pénalisation et tout espoir d'un beau résultat. Pour son coéquipier Andruet, c'est bien pire : il a tout d'abord éclaté un pneu six kilomètres après Pisciatello ; il est parvenu à éviter la sortie de route et à repartir après remplacement d'une roue mais a de nouveau crevé un peu plus loin et a dû effectuer vingt-cinq kilomètres sur la jante, au ralenti, avant d'abandonner pour retard trop important.
thumb|upright=1|right|alt=Aullène|À Aullène, départ de la troisième épreuve spéciale, bon nombre de concurrents ont déjà perdu tout espoir de victoire. Béguin (problème de transmission) et Serpaggi (pompe à huile hors d'usage) ayant abandonné sur le parcours de liaison menant à Aullène, Darniche se retrouve sans adversaire après seulement trois épreuves chronométrées. Il compte alors près de neuf minutes d'avance sur la Talbot de Nicolas et douze sur la Renault 5 de Jean Ragnotti, qui ne peuvent en aucun cas menacer la Stratos de tête. Dès lors, la course est jouée, Darniche pouvant éviter toute prise de risque et ménager sa monture sur le reste du parcours. La course en tête a perdu tout intérêt, seules les luttes dans les catégories inférieures maintenant le public en haleine. Darniche va rallier Bastia avec une avance d'autant plus importante que Nicolas, dont la seconde place ne semblait pas menacée, va perdre près de trois quarts d'heure sur la dernière liaison à cause d'un fil électrique sectionné et plonger en douzième position. Malgré ses vingt-sept minutes de retard, Ragnotti (en tête du groupe 2 depuis le départ) s'empare ainsi de la deuxième place, trois minutes devant son coéquipier Jean-Pierre Manzagol et sept devant la Porsche de Moreau. Cinquième sur sa Porsche de série, Alain Coppier domine le groupe 3. En tête du groupe 1 sur son Opel, Jean-Louis Clarr a été gêné par des problèmes de moteur le samedi mais, après correction d'une pénalité infligée par erreurRevue Auto hebdo - 15 novembre 1979, occupe néanmoins la sixième place au classement général devant la Porsche de Gardavot et la Kadett de son coéquipier Bernard Picone.
+ classement à la fin de la première étape Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Bernard Darniche Alain Mahé Lancia Stratos HF 4 6 h 29 min 54 s 2 Jean Ragnotti Jean-Marc Andrié Renault 5 Alpine 2 6 h 57 min 28 s + 27 min 34 s 3 Jean-Pierre Manzagol Jean-François Filippi Renault 5 Alpine 2 7 h 00 min 29 s + 30 min 35 s 4 Pierre-Louis Moreau Patrice Baron Porsche 911 SC 4 7 h 04 min 37 s + 34 min 43 s 5 Alain Coppier Josépha Laloz Porsche Carrera 3 7 h 05 min 10 s + 35 min 16 s 6 Jean-Louis Clarr Jean-François Fauchille Opel Kadett GT/E 1 7 h 05 min 46 s + 35 min 52 s 7 Christian Gardavot Jean-Luc Claret Porsche Carrera RS 3 7 h 09 min 14 s + 39 min 20 s 8 Bernard Picone Robert Cianelli Opel Kadett GT/E 1 7 h 10 min 12 s + 40 min 18 s 9 Michèle Mouton Françoise Conconi Fiat 131 Abarth 4 7 h 16 min 58 s + 47 min 04 s 10 Paul Rouby Alain Garçon Renault 5 Alpine 2 7 h 25 min 36 s + 55 min 42 s 11 Jean-Marie Soriano Thierry Barjou Porsche 911 SC 4 7 h 25 min 57 s + 56 min 03 s 12 Jean-Pierre Nicolas Jean Todt Talbot Lotus 4 7 h 26 min 38 s + 56 min 44 s
Deuxième étape thumb|upright=1.4|right|alt=Calvi|Calvi, point de passage de la deuxième étape.