est un film documentaire anglo-américain produit et réalisé par Dan Reed, sorti en 2019. Le documentaire se concentre sur deux hommes, Wade Robson et James Safechuck, qui affirment avoir été victimes d'abus sexuels durant leur enfance de la part du chanteur Michael Jackson.
Le film est présenté en avant-première au Festival du film de Sundance le .. La projection est menacée par des fans du chanteur, une opération de déminage est même organisée. Il est diffusé le 3 et aux États-Unis sur la chaîne télévisée HBO, le 6 et au Royaume-Uni sur la chaîne et le en France sur M6 (suivi d'un débat auquel participe Dan Reed, s'exprimant en français sans traducteur). La durée du documentaire est réduite lors de sa diffusion hors des États-Unis (près d'une heure en moins).
Leaving Neverland a provoqué une vague de critiques médiatiques contre Jackson et une réévaluation de son héritage. Cependant, il a également stimulé les ventes de sa musique. Les ayants droit de Jackson ont dénoncé le documentaire comme une , tandis que les fans de Michael Jackson ont organisé des manifestations. Plusieurs documentaires de réfutation ont été diffusés. En février 2019, les ayants droit de Jackson ont obtenu gain de cause contre HBO pour violation d'une clause de non-dénigrement suite à la diffusion du film, qui supprime par conséquent le film de la plateforme HBO.
Synopsis Le film documentaire, dont le titre fait référence au nom de la propriété du chanteur américain Michael Jackson, revient sur la relation de Wade Robson et James Safechuck avec l'artiste durant leur enfance. Les deux hommes déclarent avoir été victimes d'abus sexuels de la part du chanteur, tout en reconnaissant qu’ils avaient auparavant défendu le chanteur contre de telles accusations, alors encore en phase d'amnésie traumatique.
Les abus sexuels, décrits en détails par Wade Robson et James Safechuck, auraient débuté respectivement à sept et dix ans, entre la fin des années 1980 et le début des années 1990. Sous l'emprise de Jackson, ils auraient subi jusqu'à l'entrée dans l'adolescence des rapports bucco-génitaux et anaux, qu'ils n'identifient pas comme des agressions sexuelles avant d'avoir eux-mêmes des enfants, au début des années 2010. Robson indique qu'il a gardé le silence par admiration envers le chanteur et parce qu'il n'identifiait pas les comportements comme des abusInterview de Dan Reed sur France Info le 21 mars 2019.. Ils affirment que Jackson se désintéresse d'eux pour les remplacer par d'autres enfants de leur âge.
Fiche technique Titre original : Réalisation : Dan Reed Montage : Jules Cornell Musique : Chad Hobson Production : Dan Reed Société de production : Amos Pictures Sociétés de distribution : HBO et ; M6 (France) Pays d'origine : / Langue originale : anglais Format : couleur - 2.35 : 1 - Dolby Digital - Genre : documentaire Durée : (États-Unis) ; (Royaume-Uni et France) Dates de diffusion : États-Unis : (Festival du film de Sundance) ; sur HBO Royaume-Uni : sur France : sur M6 (8,8 % d'audience.)
Contexte
Accusations antérieures de pédophilie contre Michael Jackson
A l'été 1993, Evan Chandler accuse publiquement Michael Jackson d'avoir abusé sexuellement de son fils. C'est le début de l'affaire Chandler. Jordan Chandler, 13 ans, fréquente régulièrement Jackson entre février et juin 1993, dans le cadre de visites aux domiciles de ses parents, de visites aux domiciles de Jackson et de voyages en famille, y compris dans le cadre d'évènements hautement médiatisés. Sous l'effet d'un puissant sédatif que celui-ci lui a administré, Jordan admet à son père que Jackson a touché son pénis. Quelques semaines plus tard, et après plusieurs tentatives infructueuses de la part d'Evan de monnayer son silence, Jordan est amené chez un psychiatre auquel il parle de fellations et de masturbations. L'affaire éclate dans la presse et une enquête criminelle est ouverte. Jackson clame son innocence. La famille Chandler demande 30 millions de dollars de dommages et intérêts à Jackson dans le cadre d'un procès civil qui aboutit en janvier 1994 à un accord à l'amiable. Jordan reçoit 15 millions de dollars et chacun de ses parents 1,5 millions de dollars. On estime que leurs avocats ont reçu près de 5 millions de dollars. L'accord précise que Jackson n'a commis aucun méfait. L'enquête criminelle est menée en parallèle par Gil Garcetti, procureur du Comté de Los Angeles, et Tom Sneddon, procureur du Comté de Santa Barbara. 400 témoins sont interrogés. La description du pénis de Jackson donnée par Jordan ne correspond pas aux photographies de lui prises par les enquêteurs — Jackson n'est pas circoncis, contrairement aux affirmations du jeune adolescent. Le dossier manque de preuves matérielles ou médicales et repose uniquement sur le témoignage de Jordan et sa famille. Un autre enfant, Jason Francia, 13 ans, qui est le fils d'une ancienne femme de ménage de Jackson, affirme sous l'insistance des enquêteurs que, lorsqu'il était enfant, celui-ci l'a chatouillé à trois reprises près de l'entre-jambe. Un premier grand jury conclut que les preuves réunis contre Jackson ne sont pas suffisantes pour l'inculper en mai 1994. Jordan Chandler déclare aux enquêteurs qu'il refuse de témoigner dans le cadre d'un procès pénal en juillet 1994. Un second grand jury conclut que les preuves contre Jackson ne sont pas suffisantes pour le mettre en examen en septembre 1994. En 1996, les avocats de la famille Francia informent ceux de Jackson qu'ils sont prêts à déposer une plainte au civil, en vue d'obtenir des dommages et intérêts. La famille reçoit 2 millions de dollars dans le cadre d'un accord à l'amiable qui précise que Jackson n'a commis aucun méfait.
En 2003, quelques mois après la diffusion du documentaire Living with Michael Jackson, dans lequel apparaît Gavin Arvizo, lui et sa famille accusent Jackson d'avoir fomenté un complot visant à les enlever. Ils l'accusent également de les avoir séquestrés, d'avoir abusé sexuellement de Gavin, 13 ans au moment des faits, de lui avoir fait boire de l'alcool et d'avoir montré à Gavin et à son frère des magazines et des vidéos pornographiques. D'après le témoignage de Gavin et de son frère, Jackson serait apparu nu devant eux, se serait masturbé, aurait encouragé Gavin à se masturber et l'aurait masturbé. A l'issue d'une enquête menée par Tom Sneddon, le procureur de Santa Barbara déjà chargé du dossier en 1993, Jackson est inculpé et jugé en 2005. Jason Francia et June Chandler, la mère de Jordan, viennent témoigner pour l'accusation, qui veut démontrer que Jackson est un pédophile aguerri. Il est acquitté du fait du manque de preuves. Jackson meurt 4 ans plus tard, en 2009, d'une surdose de propofol.
Plaintes déposées par Wade Robson et James Safechuck avant 2019 Wade Robson et James Safechuck déposent respectivement une première plainte au civil contre la succession Jackson en 2013 et en 2014. Ils n'avaient cependant pas pu engager de poursuites, la date des faits allégués induisant une prescription des affaires. Dans sa plainte de 2013, Robson affirme que « sans les lésions psychologiques, les maladies et les dommages causés par les abus sexuels subis pendant l'enfance (...) [il] aurait continué à être l'un des talents les plus brillants de l'industrie du divertissement ». Les dommages et intérêts demandés à l'époque par Robson sont estimés à 1,5 milliard de dollars.
Production
Le documentaire a été conçu en collaboration avec la la chaîne britannique Channel 4 . Après que Reed ait produit suffisamment de matériel pour réaliser un film de quatre heures, HBO a rejoint la production. Il estimait que cette longueur était nécessaire pour présenter l'histoire « de manière à la rendre pleinement compréhensible dans toute sa complexité ». La version britannique a été raccourcie de 47 minutes. Reed a déclaré que Robson, Safechuck et leurs familles n'ont reçu aucune compensation financière pour le film.
Le tournage débute quand Reed et l'assistante de production Marguerite Gaudin se rendent à Hawaï pour interviewer Robson en février 2017. Il lui est demandé de raconter face caméra toute son histoire de façon chronologique et sans omettre de détails. Une caméra connait une panne peu après le début du tournage, mais une solution est finalement trouvée. Le tournage se poursuit jusqu'à la nuit tombée puis reprend le jour suivant. Plus tard dans la semaine, Reed se rend à Los Angeles pour filmer le témoignage de Safechuck, en deux jours également.
Par la suite, Reed est retourné à Londres et commence à corroborer les témoignages. Se demandant comment les mères de Robson et Safechuck avaient pu permettre que leurs fils soient abusés, il retourne à Los Angeles pour interviewé les familles en novembre 2017. La scène du marriage de Safechuck et l'interview associée sont filmés en juillet 2018. Reed a jugé que les images qu'il avait tournées d'anciens détectives et procureurs de l'affaire de 1993 et du procès de 2005 étaient inutiles.
Reed a tenté d'entrer en contact avec Jordan Chandler et Gavin Arvizo, sans succès. Il a déclaré que les histoires de Chandler et d'Arvizo pourraient constituer la base d'un deuxième documentaire, si ceux-ci acceptaient de témoigner.
Accueil
Réception critique
Sur Rotten Tomatoes, Leaving Neverland obtient un taux d'approbation de 98 % fondé sur 96 critiques, avec une note moyenne de 8/10. Le consensus du site indique : « Crucial et réalisé avec soin, Leaving Neverland offre un regard empreint d'empathie sur les conséquences complexes à long terme des abus sexuels commis sur des enfants, telles qu'elles sont vécues par les survivants à l'âge adulte. » Sur Metacritic, le documentaire obtient une moyenne pondérée de 85 sur 100, fondée sur 23 critiques, ce qui correspond à une réception qualifiée d'« unanimement favorable ». En revanche, des sites comme Rotten Tomatoes font état d'un accueil plus partagé de la part des spectateurs.
Dans Variety, Owen Gleiberman qualifie les témoignages de Wade Robson et James Safechuck de « puissants » et « convaincants ». Pour Hank Stuever du The Washington Post, le documentaire est « captivant » et « dévastateur », concluant sa critique par ces mots : « Éteignez la musique et écoutez ces hommes. » Melanie McFarland, de Salon, estime que le documentaire ne cherche pas seulement à offrir une tribune aux deux hommes et à leurs familles, mais également à placer le spectateur dans la perspective de ceux qui ont cru au « rêve » entourant Michael Jackson. Matthew Gilbert, du The Boston Globe, juge que Leaving Neverland n'est pas particulièrement innovant sur le plan cinématographique, mais salue la manière dont il retrace le parcours émotionnel de Robson et Safechuck, en décrivant les différentes étapes de leur reconstruction.
Dans Entertainment Weekly, Kristen Baldwin attribue au documentaire la note de B. Elle le juge « désespérément à sens unique » et conclut que, s'il constitue un documentaire imparfait, il demeure un moment de confrontation mémorable. Daniel Fienberg, du The Hollywood Reporter, écrit que le documentaire traite autant des décennies durant lesquelles Robson et Safechuck ont gardé le silence que des faits allégués eux-mêmes. The Daily Telegraph lui attribue la note maximale de cinq étoiles, le décrivant comme « un portrait terrifiant de la maltraitance des enfants ».
David Fear, de Rolling Stone, estime que le documentaire adopte clairement le point de vue des accusateurs, tout en soulignant la minutie avec laquelle il retrace l'historique des accusations. David Ehrlich, d’IndieWire, considère le documentaire comme peu inventif sur le plan cinématographique, mais le qualifie de « document essentiel ». Alissa Wilkinson, de Vox, estime que le film présente un dossier accablant susceptible de modifier durablement l'héritage de Michael Jackson. Dans le Chicago Sun-Times, Richard Roeper décrit Leaving Neverland comme un « film dévastateur et indéniablement convaincant ».