Le monstre du loch Ness, que l'essor du tourisme a surnommé dans les années 1930 (parfois orthographié ) pour supprimer le côté effrayant qu'il avait jusque-là, est une créature lacustre légendaire supposée vivre, ou avoir vécu, dans le loch Ness, un lac des Highlands en Écosse.

Ce fruit de l'imaginaire humain est devenu emblématique de la cryptozoologie et Robert H. Rines et le naturaliste Peter Scott le dotèrent même en 1975 d'un nom binominal, Nessiteras rhombopteryx, comme on le fait pour une espèce animale attestée.

Il est généralement décrit comme ressemblant à un serpent de mer ou à un plésiosaure. De nombreux enthousiastes se rendent sur les eaux du loch depuis le début des , date de la première apparition « moderne » du monstre, afin de le rechercher. Des photos et des films sont régulièrement présentés et les trucages tout aussi régulièrement déjoués (ou la supercherie finalement avouée par ses auteurs). La créature légendaire est au centre de nombreuses œuvres de fiction ou de représentations imaginaires comme certains dessins animés ou bandes dessinées.

Cette créature imaginaire a ainsi contribué à renforcer l'attrait des touristes pour les paysages écossais, notamment lacustres, et leur aspect mystérieux.

Légendes vignette|Carte de la situation du loch Ness. vignette|upright=1.5|Le loch Ness. L’Écosse a toujours été réputée pour ses légendes de monstres évoluant dans les eaux profondes des rivières et des lochs. Ces créatures aquatiques sont des dragons des eaux celtes qui gardaient jadis le trésor de chefs enterrés dans le loch, des kelpies ou « chevaux des eaux », qui ont la particularité de noyer les voyageurs imprudents. Jadis, les parents défendaient à leurs enfants de se baigner dans les profondes rivières, craignant que les esprits des eaux ne les emportent.

La légende du monstre pourrait également avoir pour origine un récit hagiographique, la Vita Columbae par Adomnan d'Iona qui raconte un miracle de saint Colomba, un moine irlandais. En 565, il aurait sauvé l'un de ses disciples d'une mort certaine alors qu'il tentait de traverser le lac à la nage pour ramener une barque échouée : un épouvantable monstre fit brusquement surface et se précipita sur lui, « avec de grands rugissements et la gueule ouverte ». Saint Colomba fit un signe de croix et invoqua la puissance de Dieu, en criant au monstre de ne pas toucher le malheureux, ce que fit « an Niseag » (nom celte de Nessie)Extrait en anglais de la Vie de saint Columba sur un monstre du fleuve Ness, par Adomnán d'Iona, avec sa traduction en dessous (lire le texte ici) : .

Les récits mythologiques et les témoignages sur la présence d'un monstre ont pu s'accumuler en raison de la présence dans le loch d'une couche thermique d'inversion à l'origine de mirages à la surface du lac qui peuvent faire croire à un tronc d'arbre (généralement un pin) redressé ou donner une apparence grotesque à toutes sortes d'objets (mouette, bouteille, tonneau).. Cette inversion thermique est également à l'origine de vagues sans vent qui peuvent faire dériver à contre-courant un tronc d'arbre, donnant l'impression d'un long sillage créé par une créature qui nage en remontant ce courant.. Des phoques (Phoca vitulina) ou des loutres qui entrent parfois dans le loch Ness en passant les écluses ont également pu alimenter ces légendes, leur silhouette pouvant être agrandie par le phénomène de réfraction atmosphérique.

Le mythe du monstre du loch Ness, quant à lui, acquiert une renommée mondiale dans les années 1933-1934 qui voit la multiplication du nombre de témoins oculaires à la suite de l'expansion de la route qui longe le lac dans les années 1930, les ouvriers ayant abattu de nombreux pins sylvestres qui bouchaient la vue et dont la remontée en surface des troncs aurait pu susciter l'amoncellement de témoignages.

En 1961 fut officiellement créé le Loch Ness Phenomena Investigation Bureau (Bureau d’enquêtes sur les phénomènes du loch Ness). Le , le père Gregory Brusey de l' contemplait le lac en compagnie d’un visiteur de l’abbaye bénédictine lorsqu'il vit un grand animal s’éloigner au large. Depuis les observations se sont multipliées, surtout près des ruines du château d'Urquhart qui est un poste d’observation idéal. En 1972, un plongeur raconta avoir vu une énorme « grenouille » alors qu'il explorait l'épave d'un chalutier et refusa de descendre au fond du lac une nouvelle fois. Plusieurs pêcheurs mirent longtemps à révéler avoir vu le monstre dans les eaux du loch, par crainte d'être pris pour des affabulateurs.

. Plusieurs échos signalant la présence de « grandes masses non-identifiées en mouvement » et de cavernes sous-marines ont été enregistrées par les appareils mais il s'agit d'artefacts car le soubassement du loch est en granit et en schiste, ne pouvant donc pas abriter de grottes sous-marines.

En 2007, une vidéo montrant un mouvement sous l'eau du lac ranime l'attraction autour du site CNN.com. En 2011, George Edward, propriétaire d’un bateau de tourisme, prend une photo saisissante, qualifiée de « la photographie la plus claire de la créature de légende ».. Elle s’avérera finalement être une supercherie : la bosse marron apparaissant sur la photo était en réalité une reconstitution en fibre fabriquée pour un documentaire sur le monstre du Loch Ness..

Bien qu'il s'agisse d'un canular, le monstre continue de susciter la curiosité : en 2015 d'après Google, il est à l'origine de sur Internet par mois et d'informations touristiques afin de se rendre sur les lieux..

Nom scientifique En 1975, Peter Scott et Robert Rines attribuent au monstre du loch Ness un nom scientifique, basé sur la photographie sous-marine floue d'une supposée nageoire du monstre : Nessiteras rhombopteryx. Ce nom vient du grec et signifie « la merveille du Ness à la nageoire en forme de diamant » Sir Peter Scott, Robert Rines, Naming the Loch Ness monster, dans la revue Nature , 11 décembre 1975, 466-468.. Le journal Daily Telegraph nota par la suite que c'est également en anglais l'anagramme de qui signifie « Canular du monstre par Sir Peter S » Monster Hoax?, dans New Scientist, Christmas Double Issue, volume 68, , (18–25 décembre 1975)..

Recherches et expéditions scientifiques Les premières recherches sérieuses en 1934 sont financées par un magnat de l'assurance Sir qui embauche vingt chômeurs équipés de jumelles et d'appareils photo pour surveiller le lac. Au bout de cinq semaines, l'absence de photographies formelles met fin à l'expédition officielle en . Le capitaine James Fraser qui accompagne l'expédition poursuit les observations et filme le , une silhouette qui s'avère être un phoque.

En 1961 est créé le (Bureau d’enquêtes sur les phénomènes du loch Ness) qui encourage jusqu'en 1974 les observations et les photographies.

L'équipe de l'université de Birmingham dirigée par le professeur Gordon Tucker mène en 1968, 1969 et 1970 des expéditions scientifiques qui sondent le lac au moyen d’un sonar. Elles enregistrent à deux ou trois reprises, des traces d'une grande masse en mouvement.

Robert H. Rines, de l'Académie des sciences appliquées de Boston, produit des photos en 1972, 1975, 2001, qui montrent une créature volumineuse munie d'une tête minuscule. Constatant le déclin du nombre de témoins oculaires et l'absence de signal sonar depuis des années, il émet l'hypothèse lors de sa dernière expédition en 2008, que le monstre s'est éteint en raison du réchauffement climatique.

En 1987 est lancée une grande exploration au sonar. L'« Opération Deepscan » est très médiatisée mais déçoit la presse par l'absence de résultat concluant.

En 2003, la BBC lance une opération impliquant six cents sonars et du tracking par satellite. Le documentaire lié à cette recherche, le , conclut que le monstre du loch Ness est un mythe..

En 2018, une étude portant sur 250 échantillons d'eau du lac, dans lesquelles des séquences d'ADN ont été analysées, a permis d'identifier plus de (ADN humain, de chien, de mouton, cerfs, blaireaux, renards, campagnols et de nombreuses espèces d'oiseaux et de poissons). Les résultats sont publiés en , permettant au généticien Neil Gemmel de l'université d'Otago à Dunedin (Nouvelle-Zélande) d'écarter la probabilité de l'existence d'un reptile préhistorique. Il propose la possibilité de la présence d'anguilles géantes qui pourraient être à l'origine du mythe"Le monstre du Loch Ness: et s'il y avait anguille (géante) sous roche?", TV5 Monde, le 5 septembre 2019.

Canulars et mystification vignette|Nessie inspire aussi les plaques d'immatriculation des habitants d'Inverness.

Selon Neil Clark, paléontologue et conservateur du musée Hunterian de l'université de Glasgow, la croyance populaire au sujet de l'existence du monstre serait seulement l'effet d'« un magnifique exemple de marketing »Article de l'Open Geological Society Journal, mars 2006. En effet, plusieurs rumeurs courent que l'invention du monstre serait due à un certain Bertram Mills, directeur de cirque de son état. En 1933, lors d'une tournée en Écosse, il faisait baigner longuement ses éléphants dans l'eau des lochs. Les gens d'alors qui n'avaient jamais vu un éléphant étaient particulièrement impressionnés par ces animaux dont « seuls la trompe, le haut de leur tête et de leur dos étaient visibles […] L'impression était alors celle d'un animal avec un long cou et deux bosses, et peut être davantage s'il y avait plus d'un animal ». Amusé par cette méprise, Mills offrit jusqu'à à quiconque capturerait le monstre pour sa ménagerie. Il était conscient de l'énorme publicité que cela allait engendrer, sans beaucoup de risques financiers pour lui puisqu'il pensait qu'il n'y avait pas de monstre, mais seulement une confusion avec ses pachydermes.

Un autre coup de marketing pourrait être à l'origine de cette légende. Le couple Mackay, gérant du « Drumnadrochit Hotel », revient d'Inverness en voiture le , et raconte voir un monstre ressemblant à une baleine s'ébrouer pendant une minute avant de plonger. Narrant cette aventure à leur ami Alex Campbell, jeune garde-pêche et journaliste amateur, ce dernier publie dans le journal local l’Inverness Courrier cette anecdote dans un article du sous le titre « », article bientôt repris par la presse londonienne, ce qui déclenche cette année-là une série d'« apparitions » et une vague touristique qui fait gonfler les réservations dans l'hôtel des MacKay. Le , un couple de touristes londoniens, les Spicer raconte avoir vu un monstre ressemblant à un animal préhistorique. Le correspondant local Campbell propage dès lors l'histoire d'un plésiosaure dans le journal local.

La première photo officielle du monstre date du . Elle est prise par Hugh Gray. Floue et de mauvaise qualité, elle est aussitôt publiée par le Glasgow Daily Record et le Daily Sketch de Londres. Les sceptiques ont estimé que la forme grise était celle d'un labrador jouant dans l'eau, un bâton dans la gueule Ambermont magazineInstitut virtuel de cryptozoologie.

La photo la plus connue du monstre du loch Ness, réalisée en 1934, montre la tête et le cou de l'animal émergeant du lac, entouré de cercles concentriques formés par l'eau. Elle est publiée le dans le Daily Mail et fait sensation car elle est nette et évoque un plésiosaure.. Son auteur, le gynécologue londonien Robert Kenneth Wilson, prit une photo du monstre . La photo fit le tour du monde, mais, quelques années plus tard, Robert Kenneth Wilson avoua que la photo était un canular : il s'agissait d'un jouet en résine de bois. Il a même avoué que c'était lui qui avait imprimé sur la berge de prétendues traces du monstre. Il en existe d'ailleurs une deuxième, montrant la tête de l'animal sous un angle différent, au moment de l'immersion.