vignette|270px|Adoration des mages, par Altdorfer, huile sur tilleul, vers 1530, musée Städel.
Les Rois mages sont des visiteurs qui figurent dans l'épisode de l'Évangile selon Matthieu relatant la nativité de Jésus. Ces mages venant « de l'Orient » suivent l'Étoile de Bethléem pour rendre hommage au « roi des Juifs » qui vient de naître et auquel ils apportent des présents d'une grande richesse symbolique : or, myrrhe et encens.
Le texte évangélique ne mentionne pas leur nombre, pas plus que les noms de ces « sages » (en grec : μάγοι, magoï), et ne les qualifie pas de rois. L'idée de leur origine royale apparaît chez Tertullien au début du et leur nombre est évoqué un peu plus tard par Origène. Certaines traditions chrétiennes, dont témoignent pour la première fois vers le les Excerpta latina barbari, les popularisent sous les noms de Melchior, Gaspard et Balthazar.
Ce sont des personnages traditionnels des récits de la Nativité et le thème de l'Adoration des mages devient rapidement populaire, ainsi qu'en témoigne dès le une représentation dans la catacombe de Priscille à Rome, pour ensuite se développer très largement dans l'art chrétien.
L'Occident médiéval les vénère comme saints et l'Église catholique leur attribue des reliques conservées depuis le à la cathédrale de Cologne, tandis que la tradition orthodoxe conserve le reliquaire de leurs présents au monastère Saint-Paul du mont Athos.
La visite des mages est célébrée symboliquement douze jours après la Nativité, le , jour de l'Épiphanie, longtemps associée aux deux « mystères lumineux » du baptême dans le Jourdain et des noces de Cana. Pour les pays où le n'est pas un jour férié, l'Église catholique a fixé la célébration de la fête au dimanche inclus dans la période du 2 au .
Dans les textes Récit de l'Évangile selon Matthieu vignette|redresse=1.5|Fac-similé du couvercle d'un sarcophage du , musée de la Civilisation romaine à Rome.
Les mages sont uniquement évoqués dans le deuxième chapitre de l'Évangile selon Matthieu, dans les versets 1 à 12, les trois autres évangiles canoniques ignorant cet épisode :
Ce récit, qui appartient au Sondergut matthéen, ne mentionne ni le nom de ces mages, ni leur nombre — bien que le pluriel μάγοι laisse entendre qu'ils sont au moins deux. —, ni leur statut de rois, précisant seulement qu'ils sont venus d'« Orient ».
Ils se présentent à Jérusalem, où ils font savoir qu'ils recherchent le « roi des Juifs qui vient de naître », dont l'étoile s'est levée et qu'ils sont venus honorer, causant le trouble auprès du roi Hérode et des habitants de Jérusalem. Ces mages sont appelés auprès du roi qui, informé par les spécialistes de la Loi que le Messie doit naître à Bethléem, les envoie dans ce village où ils doivent découvrir qui est l'enfant afin qu'il « aille, [lui] aussi, lui rendre hommage ». Guidés par l'étoile, ils découvrent l'enfant « avec Marie, sa mère » et lui offrent trois présents, or, encens et myrrhe. Après cet hommage, les mages sont avertis par Dieu en songe de ne pas retourner auprès d'Hérode et ils « regagn[ent] donc leur pays par un autre chemin ».
Le récit matthéen se poursuit avec les épisodes dits de la Fuite en Égypte, du Massacre des Innocents. et de la Colère d'Hérode avec lesquels, par le vocabulaire et le style utilisé., la courte péricope des Mages forme un ensemble indissociable concernant l'enfance de Jésus.
L'origine vague des mages de l'évangile selon Matthieu a donné naissance à diverses théories qui ont pu laisser penser à des prêtres perses venus de Médie, à des astrologues babyloniens appelés « chaldéens » par les Grecs et les Romainsvoir ., soit, se basant sur les présents offerts à Jésus, à des « sages ». — le récit matthéen use du terme en ce sens — venus d'Arabie ou de Syriecf. par ex. ..
Si l'historicité des mages est incertaine, elle correspond cependant au motif littéraire bien attesté de devins qui interviennent à la naissance d'un enfant important., tant dans la littérature juive, comme avec la haggadah de l'enfance de Moïse dont la naissance est annoncée au Pharaon par des astrologues, que païenne, par exemple chez Pline l'AncienHistoire naturelle, 30, 1, 16 ou SuétoneVie des douze Césars, ch. 13.
Littérature chrétienne antique vignette|redresse=1.5|Sarcophage provenant du cimetière Sainte-Agnès à Rome, .
Dans l'Antiquité, le terme « mages » (en grec : μάγοι, magoï) désigne d'abord les membres d'une caste sacerdotale de la religion Perse antique, spécialisés dans l'astrologie et l'astronomie — deux disciplines alors indissociablement liées —, attestés dès le par HérodoteHérodote, Histoire, I, 101, 102, 128. Par la suite, le terme désigne plus généralement dans la culture antique des individus détenant des connaissances supérieures, astrologues ou interprètes des songes, mais aussi des magiciens et sorciers.. Si les littératures biblique et rabbinique se montrent réprobatrices à l'encontre des pratiques divinatoires, l'épisode matthéen présente néanmoins les mages, hommes sages venus du monde païen, sous un jour plutôt favorable.
Progressivement, différents récits apocryphes et légendes orientales contribuent à développer la forme narrative du passage matthéen ainsi qu'à affiner et fixer différents éléments de l'identité des Mages : pour les apocryphes, il s'agit du Protoévangile de Jacques, du Pseudo-Matthieu et des Évangiles de l'enfance. dans leurs formes arabe et arménienne, cette dernière version développant considérablement le récit. ; les légendes orientales sont, elles, particulièrement développées dans le Livre de Seth, la Caverne des trésors, lApocalypse d'Adam ou encore le Testament d'Adam, des récits surprenants dans lesquels se précise l'identité des Mages, régulièrement assimilés à des prêtres mazdéens, quelquefois couronnés, correspondant peu ou prou à ce que l'on en voit dans l'iconographie paléochrétienne.
Nombre et noms vignette|gauche|Mosaïque des mages, basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, .
Dans le plus ancien apocryphe chrétien, le Protévangile de Jacques, cité par Clément d'Alexandrie et Origène au , les mages sont encore anonymes et viennent d'Orient, sans plus de détailsProtévangile de Jacques, 21,1. Il en va toujours de même dans le Pseudo-Matthieu, recension latine du Protévangile de Jacques à la fin du Pseudo-Matthieu, 16, 1.
C'est Origène (185-254), dans ses Homélies sur la GenèseHomélie sur la Genèse, 14, 3, qui, le premier, fixe leur nombre à trois en se fondant vraisemblablement sur les trois présents (or, encens, myrrhe).. Il établit une relation fortement symbolique avec les trois personnages qui rendent visite à Isaac dans un épisode de réconciliation. du Livre de la Genèse. Selon Origène, il y a trois disciplines générales par lesquelles on parvient à la science des choses, incarnées par ces trois personnages qui demandent la paix à Isaaс : il s'agit de la logique ou « philosophie rationnelle » (Abimélech), la physique ou « philosophie naturelle » (Ochozath), l'éthique ou « philosophie morale » (Phicol). Origène compare les mages à ces trois personnages et fait le parallèle avec le Christ qui accueille l'adoration de ces étrangers, symbole de l'Église qui accueille les Gentils et comprend toutes les philosophiesPiotr Paciorek, « L'adoration des Mages (Mt 2,1-12) dans la tradition patristique et au Moyen Âge jusqu'au », dans Augustiniana , 2000, .
Les noms des mages apparaissent dans un écrit apocryphe qui ne semble pas antérieur au ., lÉvangile arménien de l'Enfance, qui les appelle Balthazar, Melkon et GathasparPaul Peeters : Évangiles Apocryphes, Paris 1914. À la même époque, un récit syriaque connu sous le nom de Caverne des trésors parle de . Des fouilles archéologiques aux Kellia, au nord-ouest du delta du Nil, livrent une peinture de la fin du qui propose les noms de « Gaspar, Belkhiōr et Bathēsalsa »..
En Occident, les noms traditionnels de « Gaspard, Melchior et Balthazar » apparaissent pour la première fois dans un manuscrit du . intitulé Excerpta latina barbari., traduction latine d'une Histoire universelle Alexandrine, texte daté de la fin du . Ils y sont désignés sous les noms de Bithisarea, Melichior et Gathaspa. Toujours au , un pseudo-Bède, les Collectionea, reprend les trois noms et suit l'opinion selon laquelle les Mages représentent la philosophie articulée en trois parties, logique, physique et éthiquecf. Piotr Paciorek, « L'adoration des mages (Mt 2,1-12) dans la tradition patristique et au Moyen Âge jusqu’au », in Augustiniana , 2000, . Il faudra cependant attendre le pour que chacun des mages ait une individualité propre attachée à son nom..
Par ailleurs, dans les traditions orientales, le nombre de mages reste fluctuant selon les auteurs ainsi que Michel le Syrien s'en fait encore l'écho au .. L'une de ces traditions, se référant à une prophétie de Michée., dénombre huit mages, quand d'autres en comptent douze, parfois accompagnés d'une importante troupe : une tradition perse rapporte ainsi que les mages sont envoyés par le roi Pîr-Sahbour, accompagnés de et . Plusieurs ouvrages syriaques donnent leurs noms : Dahdnadour, fils d'Artaban, Wastaph, fils de Goudpir, Arsak, fils de Mahdouq, Zerwan, fils de Waroudoud, Ariwah, fils de Khosrau, Artahsist, fils de Hôlît, Estanbouzan, fils de Sisrawan, Mahdouq, fils de Hawahm, Ashirès, fils de Cahban, Cardanah, fils de Baladan, Mardouq, fils de Bîl et Hormizad, fils de Sanatrouq.
Interprétations vignette|Châsse représentant la chevauchée et l'adoration des Mages, v. 1200, musée de Cluny.
Le thème des rois mages peut s'éclairer par une lecture mythique et théologique, et un jeu d'intertextualité avec le Psaume 72, voulant que la nature messianique de Jésus soit reconnue par des personnages importants, les mages, comme par le petit peuple, les bergers.
Interprétation théologique La visée théologique du récit tend à guider les païens vers le Christ : ceux-ci sont symbolisés par les mages faisant partie de l'élite païenne de l'Orient qui sont eux-mêmes guidés par une étoile qui les mène auprès de Jésus, roi des Juifs ou Messie auprès duquel leur adoration préfigure la foi des païens.
Le fait que l'épisode oppose le roi Hérode à Jérusalem au roi Jésus à Bethléem établit un parallèle avec le passage de l'''Exode qui oppose Pharaon à Moïse dans le dessein d'exposer comment Jésus accomplit la figure de Moïse. C'est d'ailleurs Dieu lui-même qui s'oppose au projet d'Hérode en s'adressant directement aux mages pour les détourner du souverain.
Les présents des mages se réfèrent au pèlerinage eschatologique des nations ou encore les Psaumes de Salomon, 17,31. qui offrent leurs produits les plus remarquables à Sion. L'évangile selon Matthieu propose dans son final un écho à l'épisode lorsque, ressuscité, le Christ envoie ses disciples vers toutes les nations invitées à devenir disciples., soulignant l'universalité du messianisme sur lequel le rédacteur veut insister.
Les offrandes vignette|gauche|Mosaïque de la basilique Sainte-Marie-du-Trastévère, v. 1200. vignette|redresse=0.8|Blasons imaginaires des Mages Gaspard d'Arabie, Balthasar de Tarse et Melchior de Saba, Armorial de Wernigerode, , Bayerische Staatsbibliothek.
Le récit matthéen évoque trois présents : or, encens et myrrhe, bien que certains spécialistes estiment désormais que, plutôt que d'« or », il s'agisse d'une troisième substance aromatique, peut-être de l'ambre jauneLa racine proto sémitique dbh qui donne en hébreu zahab pour désigner l'or, semble, à l'origine, désigner une substance aromatique et aurait été traduit par « or » dans le monde hellénistique ; cf. : . Quoi qu'il en soit, d'innombrables interprétations symboliques ont été attachées à ces présents à travers les siècles.