Alexandre Ilitch Lizioukov (), né en 1900 et mort en 1942, est un officier général de l'Armée rouge qui fut tué au combat pendant la Seconde Guerre mondiale.

Biographie Alexandre Lizioukov est né à Gomiel, en Biélorussie, le . Son père, Ilia Oustinovitch Lizioukov (), est un enseignant, puis directeur d'école en milieu rural. La mère d'Alexandre est morte alors qu'il avait neuf ans.

Alexandre est membre d'une fratrie de trois, avec Ievgueni Ilitch Lizioukov () né en 1899, lieutenant qui fut tué à la tête d'un groupe de partisans le (pendant l'opération Bagration), et Piotr Ilitch Lizioukov () né en 1909, colonel d'artillerie décoré comme héros de l'Union soviétique et tué le près de Königsberg.

Début de carrière vignette|gauche|upright=0.6|Lizioukov portant l'uniforme des cadets, 1923. Alexandre Lizioukov s'engage dans l'Armée rouge des ouvriers et paysans le . Son niveau d'instruction lui permet d'être envoyé en formation pour devenir un cadre de l'artillerie en . Pendant la guerre civile russe, comprenant la lutte contre les armées blanches de Dénikine puis de Petlioura, ainsi que la répression de la révolte de Tambov, il est commandant d'un peloton d'artillerie au sein de la de fusiliers de la , intégrée au front du Sud-Ouest. Il participe aussi à la guerre soviéto-polonaise.

De à , il est affecté à l'École supérieure des blindés de Pétrograd (Ленинградская высшая офицерская бронетанковая школа) en tant que cadet. Il commande ensuite successivement des trains blindés, puis de à il est à l'Académie militaire Frounze de Moscou, bénéficiant du « cours avancé pour les commandants » (KUVNAS en russe) : le but est d'élever le niveau d'instruction des chefs sortis du rang. Jusqu'en , il sert d'assistant puis de professeur de tactique à la faculté des troupes motorisées et mécanisées.

vignette|gauche|Le lieutenant-colonel Lizioukov en discussion avec deux officiers français lors des grandes manœuvres de l'automne 1935 en Champagne. En , il travaille dans le service d'état-major publiant la documentation technique. À partir de , il est le commandant du de tanks en garnison à Naro-Fominsk, dans le district militaire de Moscou. À partir de , il forma et commanda un régiment autonome de chars lourds. En 1935, il est envoyé observer les grandes manœuvres françaises au sein de la délégation soviétique. À partir de , avec le grade de colonel (attribué le ), il commande la de chars lourds (des T-28 et T-35) à Slutsk dans le district militaire de Léningrad).

Le , dans le contexte du volet militaire des Grandes Purges (la Iejovchtchina), il est arrêté par le NKVD car soupçonné de participer à une , accusations basées sur une dénonciation [Acte d'accusation ].. Sous la torture, Lizioukov passe aux aveux, déclarant qu'il . Il est condamné par le tribunal militaire du district militaire de Léningrad et passe 22 mois (dont environ 17 mois à l'isolement) dans la prison du NKVD jusqu'au , date à laquelle il est acquitté. Il passe l'année 1940 comme professeur à l'Académie militaire de mécanisation et de motorisation de l'Armée rouge.

À partir de , il prend la fonction de commandant adjoint de la blindée du dans le district militaire spécial de l'Ouest. Le , alors que le colonel Lizioukov est en vacances à Moscou, il est nommé à la direction des véhicules blindés du district militaire spécial de l'Ouest.

Grande Guerre patriotique

Offensive d'été 1941 allemande

Le , au troisième jour de la guerre entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie, le colonel Lizioukov est nommé commandant adjoint du (qui se bat autour de Baranovitchi) et quitte donc Moscou pour rejoindre le front. Il arrive le dans la ville de Borissov, sur la route entre Minsk et Smolensk, mais dans l'impossibilité de rejoindre son unité en pleine débâcle soviétique (la bataille de Białystok–Minsk), il se met à la disposition du commissaire politique Ivan Zakharovitch Soussaïkov, commandant de la garnison (auparavant chef de l'école de blindés de cette ville), qui le nomme son chef d'état-major. Le , les troupes allemandes prennent intact le pont sur la Bérézina ; les Soviétiques contre-attaquent dès le lendemain. Jusqu'au , Lizioukov garde le contrôle d'une force hétéroclite de militaires (le « groupe opérationnel Borissov » : élèves de l'école, groupes de fuyards ralliés et unités en retraite), action énergique récompensée par l'ordre du Drapeau rouge.

Lizioukov se fait ensuite remarquer au début de la bataille de Smolensk : à la tête d'un détachement d'une quinzaine de chars (survivants du ) comprenant son fils de Iouri (élève-officier à l'école de Borissov), il défend les berges du Dniepr, repoussant une avant-garde allemande, permettant aux et de s'échapper de l'encerclement (l'autre bord du corridor étant défendu par le groupe Rokossovski)., d'où la décoration de héros de l'Union soviétique octroyée le Указ Президиума Верховного Совета СССР «О присвоении звания Героя Социалистического Труда полковнику Лизюкову А. И.» от 5 августа 1941 года // Ведомости Верховного Совета Союза Советских Социалистических Республик : газета. — 1941. — 17 августа (№ 36 (151)). — С. 1.. En , Lizioukov assure le commandement de la blindée ; en septembre, les restes de cette unité se battent sur les rives de la rivière Vop, près de Iartsevo (entre Smolensk et Viazma). Puis il commande la de fusiliers motorisés de la Garde, affectée à la 40 armée du front du Sud-Ouest ; le il participe à une contre-attaque à l'est de Soumy. En octobre, les et , menacées sur les flancs, doivent rétrograder vers Belgorod, retraite qui frise la déroute, la division de Lizioukov servant de môle d'arrière-garde autour de Soumy.

vignette|Lizioukov discutant avec des tankistes du front de l'Ouest, en novembre 1941. À la mi-octobre, la de fusiliers motorisés de la Garde, dirigée par Lizioukov, est redéployée pour participer à la défense de Moscou : elle est affectée en renfort à la du front de l'Ouest, autour de Naro-Fominsk (au sud-ouest de Moscou), où elle arrive à partir du . Pour le 22, elle a ordre d'attaquer, mais les Allemands les devancent ; les combats se poursuivent dans les rues du 23 au puis sur les rives de la Nara, la division y perdant 70 % de son effectif. Le 28, elle a ordre de reprendre la ville : l'assaut est un échec sanglant.

Contre-offensive d'hiver soviétique Fin novembre, Lizioukov est remplacé à la tête de sa division et rappelé à Moscou : le , il est nommé commandant adjoint de la , sous les ordres du lieutenant-général Andreï Vlassov. Dans le cadre de la contre-offensive soviétique, Lizioukov reprend Solnetchnogorsk (au nord-ouest de Moscou) à la tête de deux brigades, le .

Lizioukov obtient le grade de major-général le et reçoit le commandement du de fusiliers de la Garde, déployé autour de Valdaï (près de Kalinine), dépendant de la de choc du front du Nord-Ouest. Passant à l'attaque, le corps de Lizioukov fait la liaison avec les troupes du front de Kalinine le , encerclant deux corps d'armée allemands (six divisions, soit un total de ) dans la poche de Demiansk.

À la mi-, Lizioukov est retiré du front pour former et commander le . Ce nouveau corps doit entrer dans la composition d'une autre grande unité, la blindée. En , le commandement de toute l'armée est confié à Lizioukov, considéré comme un spécialiste des offensives blindées.

Offensive d'été 1942 allemande Pour l'été 1942, les Allemands ont prévu une grande offensive, qu'ils ont appelée l'opération Fall Blau (« cas bleu »). La ( : « bleu 1 ») correspond à l'attaque lancée par le groupe d'armées allemand von Weichs ( blindée d'Hermann Hoth et ), qui doit foncer du nord-est de Koursk jusqu'au Don de Voronej. En face, les Soviétiques ont repéré les préparations allemandes, d'où le renforcement du front de Briansk avec les et ainsi que la blindée (comprenant les , et blindés), placée autour de Ielets, sur la route de Moscou.

Le , les Allemands attaquent, repoussant la soviétique vers le nord-est et enfonçant la , dont la retraite tourne en fuite désordonnée jusqu'au Don. Le 28 au soir, la Stavka ordonne le renforcement du front de Briansk avec les , et , envoyés rejoindre la blindée de Lizioukov. La nuit du 3 au , les forces allemandes atteignent le Don. Staline ordonne alors la formation du front de Voronej pour tenir les environs de la ville, tout en préparant la contre-offensive blindée soviétique qui doit partir du nord vers Zemliansk, sur le flanc allemand.

La contre-offensive soviétique démarre le , mais en ordre dispersé et non-coordonné : sous un ciel dominé par les Stukas du von Richthofen et sur une steppe bien dégagée pour le tir des antichars (PaK 38 et PaK 40), les unités de chars de Lizioukov se font toutes étriller avant d'arriver au contact.. L'attaque est relancée le 6 avec le de Rotmistrov, le 7 avec le et le 10 avec le , sans de meilleurs résultats, les chars allemands PzKpfW IV se mêlant au tir aux pigeons. La blindée ayant perdu la majorité de ses effectifs, Lizioukov est rétrogradé le comme commandant du . Il meurt finalement au combat à dans son char KV-1 le ., frappé par un antichar de la d'infanterie allemande. La possibilité d'une défection (comme celle de Vlassov) a été évoquée ; mais un corps déterré sur le champ de bataille a été identifié comme le sien en 2008..

Notes et références

Voir aussi Bibliographie . . .

Articles connexes Histoire militaire de l'Union soviétique 5e armée blindée (Union soviétique) Semion Bogdanov Mikhaïl Katoukov Dmitri Leliouchenko Prokofi Logvinovitch Romanenko Pavel Rotmistrov Pavel Rybalko

Liens externes

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