La désindustrialisation de la France est un phénomène économique spécifique qui s’inscrit dans un mouvement plus large touchant les pays développés. Ce processus, amorcé dans les années 1970, s'est prolongé jusqu'à aujourd'hui.
Historique De la Grande dépression à la Seconde Guerre mondiale La part des industries mécaniques dans le secteur manufacturier recule après la Grande Dépression qui a touché la France. Entre 1929 et 1938, elle passe de 25 % à 23,5 %.
L'idée d'une possible désindustrialisation de la France suscite des débats dans les années 1940 et 1950. Le régime de Vichy encourage alors cette orientation afin de renforcer l'économie agricole. Le , Philippe Pétain déclare à la presse américaine : .
En 1946, un parlementaire déclare à la tribune que .
Entre 1936 et 1949, la proportion de la population active travaillant dans l'industrie et le bâtiment reste stable à un niveau élevé, évoluant légèrement de 32,5 % à 33,1 % de la population active.
Des Trente Glorieuses à la crise de 1974 Les Trente Glorieuses marquent un essor des capacités de production industrielles en France. Ce dynamisme ralentit toutefois avant de décliner à partir des années 1970..
La proportion de la population active employée dans l'industrie et le bâtiment passe de 33,1 % en 1949 à 36,1% en 1962, puis atteint un sommet à 38,5 % en 1974.
De la crise de 1974 aux années 1980 Les années 1970 marquent le début de la désindustrialisation de la France.
Elle touche d’abord les secteurs déjà fragilisés avant le premier choc pétrolier, comme le textile, la construction navale, la sidérurgie ou encore les charbonnages. Ce processus se poursuit tout au long des années 1980..
De 1974, et jusqu'au début des années 2000, l'emploi industriel en France recule d’environ 1,5 % par an, tandis que l'emploi dans les services progresse de 1,5 % à 2 % chaque année. Entre 1979 et 1984, la désindustrialisation est particulièrement marquée, la plus forte d'Europe. Rien qu'entre 1979 et 1980, la France perd emplois salariés dans l'industrie. En 1985, 31,7 % de la population active travaillait encore dans l'industrie et le bâtiment.
Ainsi, même si la France n'est pas spécifiquement touchée par la désindustrialisation qui frappe la grande majorité des pays développés depuis les années 1960, grâce notamment à d’importants gains de productivité et au développement du secteur des services, elle reste cependant plus affectée que certains autres pays développés.
Des années 1980 aux années 2010 Entre 1970 et 2020, la France est le pays d'Europe qui s'est le plus désindustrialisé, perdant d'emplois industriels depuis 1974. Cette baisse accompagne la diminution de la part de l'industrie manufacturière dans la valeur ajoutée de l’économie, passée de 25 % en 1961 à 11 % en 2010. En 2001, 26 % de la population active travaillait dans l'industrie et le bâtiment.
Ces évolutions entraînent en partie une baisse des parts de marché de la France : entre 2000 et 2010, elles ont reculé de , ce qui représente .. Cela joue aussi sur le chômage : une étude estime qu'un emploi perdu dans l’industrie entraîne la disparition de trois autres dans le reste de l’économie..
D'après le cabinet Trendeo, la France a vu disparaître plus d'un millier d'usines de plus de dix salariés entre 2009 et 2013.. Entre 2012 et 2017, l’emploi industriel a reculé de ..
Depuis les années 2010 Le nombre d'emplois industriels reste stable à partir de 2015. Entre 2017 et 2019, il connaît des créations nettes pour la première fois depuis 2000. En 2022, dans son rapport Les métiers en 2030, France Stratégie estime que la dynamique de désindustrialisation a ralenti et que la part de l'industrie dans la valeur ajoutée devrait se maintenir au moins jusqu'en 2030. Elle note aussi que l'emploi industriel qualifié devrait progresser.
Toujours dans les années 2020, l'essor de Shein dans l'e-commerce, misant sur des fabrications chinoises, et l'ouverture d'un comptoir de vente au Bazar de l'Hôtel de Ville mettent en lumière la rareté des entreprises textiles fabriquant encore en France, ainsi que la disparition progressive d’enseignes françaises. Shein s'appuie sur des fabricants chinois utilisant des méthodes de production à bas coût, avec des conditions de travail douteuses, une empreinte écologique excessive, des plagiats, des violations de la législation européenne sur les produits chimiques et la sécurité du consommateur, ainsi que des manquements aux règles de protection des données personnelles sur internet.
Malgré tout, la valeur ajoutée de l'industrie française a réussi à progresser entre 1970 et 2019, passant de 28 à 41 md€ en prix constants. En revanche son poids relatif a reculé, de 25 % à 13 % de la valeur ajoutée totale. L'emploi industriel, quant à lui, a recommencé à croître à partir de 2017.
Causes
Progrès technique Le progrès technique est, selon une étude de la Direction générale du Trésor (2010), le premier facteur de perte d'emplois industriels. Il a causé la suppression de 65 % des emplois sur la période 2000 à 2007. Cela signifie que l'industrie a connu des gains de productivité importants qui ont rendu inutile un grand nombre d'emplois, le pays étant capable de produire autant de valeur ajoutée industrielle avec moins de travailleurs.
Concurrence internationale
Patrick Artus, Jacques Mistral et Valérie Plagnol estiment dans une note de 2011 que a provoqué une . Toutefois, une étude de la Direction générale du Trésor nuance ce résultat. Elle montre que, entre 1980 et 2007, les deux tiers des emplois détruits dans l'industrie l'ont été du fait de pertes de productivité ou par l'externalisation d'activités jadis classées comme manufacturières vers le secteur des services, et un tiers seulement par le commerce international. Ce tiers serait concentré sur la période 2000 à 2007. Cela concorde avec les calculs réalisés aux États-Unis, qui montrent que seulement 10 % de la baisse d'emplois observée entre 1999 et 2011 est due à la concurrence directe des importations. Conformément à ces résultats, une étude de 2016 de la Banque de France indique que les importations chinoises en France ont entraîné la destruction de 90 000 emplois industriels entre 2001 et 2007. Il s'agissait principalement d'.
Dans une note de 2021, le Conseil d'analyse économique estime que la compétition internationale n'a pas été déterminante dans la désindustrialisation française. Il pointe d'autres causes. La chute de sa productivité, la transformation des postes de consommation, la mutation de l'offre pour un accroissement des services, sont plus responsables de la désindustrialisation. La note remarque que ce sont des caractéristiques que l'on retrouve dans la plupart des pays riches.
Externalisation du secondaire vers le tertiaire La structure de l'emploi française a évolué pour donner une place prépondérante au secteur tertiaire, celui des services. Les entreprises industrielles, qui auparavant effectuaient toutes les tâches liées au droit, au marketing, aux ressources humaines, etc., en interne, ont de plus en plus externalisé, c'est-à-dire embauché des entreprises du secteur tertiaire pour effectuer ces tâches. Cette externalisation représente environ 25 % des pertes d'emplois industriels en France entre 1980 et 2007, selon une note de la Direction générale du Trésor.
Modification de la consommation française Les changements de la structure de la consommation des ménages jouent un rôle majeur dans la désindustrialisation française. En effet, le progrès technique, ainsi que l'évolution des préférences des consommateurs finaux, explique 40 % de la diminution de la part de l'emploi manufacturier français entre 1975 et 2015 selon une étude de 2017 de la Banque de France. Cette évolution correspondrait sociologiquement à l'émergence de nouveaux besoins et à une modification du comportement d'achat des ménages.
Déficit d'investissement en recherche et développement Dans une note de 2014, la Direction générale du Trésor éclaire le rôle du déficit d'investissement en recherche et développement dans la désindustrialisation. En effet, l'innovation permet d'augmenter la productivité des entreprises et de les rendre plus compétitives. Or, en 2018, la France n'investit que 2,2 % de son PIB en R&D, contre plus de 3 % pour les États-Unis, l'Allemagne ou le Japon.
Débats et critiques
Possibilité de réindustrialisation La capacité de la France à se réindustrialiser fait l'objet de débats entre économistes. En 2016 le Medef estime qu'il est possible de faire passer en cinq ans le poids de l’industrie dans l’économie française de 11 % à 15 %.. Mais la même année, selon Patrick Artus, ..
Certaines études ont considéré que la France devait se spécialiser dans les services, où elle est commercialement excédentaire, afin de compenser la perte de postes industriels. La note de 201 du Conseil d'analyse économique remarque qu'aux États-Unis, la création d'emplois non industriels a plus que compensé la baisse d'emplois industriels.
Surestimation de la désindustrialisation Certains économistes font remarquer que la désindustrialisation française pourrait être surestimée. En effet, comme le fait remarquer la note de la Direction générale du Trésor de 2010, la désindustrialisation française est pour un quart due à une externalisation d'une partie des services autrefois gérés en interne par les entreprises industrielles vers des entreprises du secteur tertiaire, qui réalisent pour le compte de l'entreprise comptabilisée comme faisant partie du secteur tertiaire une mission qui aurait été par le passé comptabilisée comme émanant du secteur secondaire.
Références
Voir aussi Bibliographie . . . . .
Articles connexes Entreprise sans usine Désindustrialisation Politique industrielle de la France
Liens externes
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