Le Parti communiste d'Allemagne (, abrégé en KPD) est un parti politique allemand, fondé fin dans le contexte de la révolution allemande de 1918-1919, autour de la Ligue spartakiste.
Ses premiers dirigeants, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, sont assassinés en , après l'échec de la révolte de Berlin. Leur successeur Paul Levi est exclu du parti en 1921. Le KPD est mis sous contrôle par l'Internationale communiste et l'URSS, puis progressivement stalinisé. Dirigé notamment, durant l'entre-deux-guerres, par Ernst Thälmann, il est l'un des partis d'opposition les plus importants sous la république de Weimar et le parti communiste le plus puissant d'Europe occidentale. Après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler, le KPD est interdit et ses militants persécutés. À nouveau autorisé après-guerre, il se scinde en deux dans l'Allemagne occupée, au début de la guerre froide : ses cadres présents dans la zone d'occupation soviétique fondent le Parti socialiste unifié d'Allemagne (SED) en absorbant les sociaux-démocrates locaux ; à l'Ouest, le KPD continue d'exister sous son nom propre. Le SED est ensuite le parti au pouvoir sous la République démocratique allemande, tandis que le KPD, réduit à la marginalité, est interdit en 1956 par le gouvernement ouest-allemand.
Révolution allemande de novembre 1918 et naissance du KPD
vignette|redresse|Rosa Luxemburg. Le ralliement, en 1914, de la majorité des partis sociaux-démocrates de la Internationale à la politique de soutien à la Première Guerre mondiale marque un tournant dans l'histoire de la sociale-démocratie. Seuls, quelques partis et militants s'opposent à la guerre et restent attachés au mot d'ordre de Karl Marx : .
En Allemagne, l'opposition à la guerre prend forme dès 1915 autour de Rosa Luxemburg. Elle se caractérise par le refus croissant des parlementaires du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) de voter les crédits de guerre, puis par une scission de l'aile gauche pacifiste du SPD, qui s'organise dans le Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (USPD) en . Au sein de l'USPD, autour de Rosa Luxemburg, de Karl Liebknecht et de Leo Jogiches, s'organise une fraction qui pense que la fin de la guerre ne suffit pas et qu'il faut une révolution en Allemagne. Ce groupe devient la Ligue spartakiste.
Au même moment, des groupes proches idéologiquement de la Ligue spartakiste, mais refusant de militer dans l'USPD, s'organisent localement dans des groupes de « radicaux de gauche », puis se coordonnent nationalement au sein des Communistes Internationaux d'Allemagne (IKD).
L'année 1917 est inquiétante pour le pouvoir impérial allemand. À une vague de grèves s'ajoute l'exemple de la révolution russe, puis de la prise de pouvoir des bolcheviks lors de la révolution d'Octobre. La situation militaire s'aggrave en 1918. Le , Stuttgart s'insurge et passe aux mains d'un conseil ouvrier, mais reste isolée. Entre le 5 et le , la grève générale, déclenchée par les marins et les ouvriers de Kiel, met le feu aux poudres et balaye l'Empire allemand.
Face à ces événements, la majorité de la Ligue spartakiste se rapproche des IKD afin de former un parti unifié.
vignette|redresse|Karl Liebknecht.
Le , la Ligue spartakiste crée, en fusionnant avec les IKD, le Parti communiste d'Allemagne. Pour marquer la continuité, le nom complet adopté est Parti communiste d'Allemagne (Ligue spartakiste) (Kommunistische Partei Deutschlands (Spartakusbund), KPD ou KPD (S).
On compte parmi ses membres Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Eugen Leviné, Leo Jogiches, Paul Levi, , Herman Gorter, Karl Korsch, Ruth Fischer, Klara Schabbel, Arkadi Maslow, Paul Frölich, Franz Mehring, Hugo Eberlein, Franz Pfemfert, Heinrich Brandler, August Thalheimer, Wilhelm Pieck.
Le parti est amené dès sa création à participer à l'insurrection de Berlin au début de . La répression de cette révolte et des multiples insurrections qui s'ensuivent porte de rudes coups au KPD et le désorganise profondément : de nombreux militants et dirigeants de premier plan du parti sont assassinés, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht le , Leo Jogiches le (Paul Levi prend alors la tête du KPD), Eugen Leviné le .
En outre, deux militants importants dans la direction du KPD, Franz Mehring et , meurent de maladie dans les premiers mois de 1919.
Sous la république de Weimar (1919-1933) thumb|Drapeau du Parti communiste d'Allemagne.
Années révolutionnaires (1919-1923)
Les années 1919-1923 sont pour l'Allemagne une époque de trouble politique et économique, qui ouvre des possibilités de révolution de type « soviétique ». Cette période est marquée pour le jeune Parti communiste d'Allemagne par des débats idéologiques tendus, parfois motifs d'exclusion, se déroulant dans une atmosphère surchauffée par l'idée que la révolution allemande est pour le lendemain.
Lors du deuxième congrès du parti, le à Heidelberg, Paul Levi prend l'initiative d'attaquer l'aile "gauchiste" du parti, qui refuse la participation aux élections et souhaite créer des "unions ouvrières", opposées aux syndicats. Cette « gauche » regroupe des éléments très différents, qui se divisent sur des sujets fondamentaux, sur les questions nationales (faut-il s'allier à la bourgeoisie allemande pour attaquer les impérialistes franco-anglais qui ont imposé le traité de Versailles ?) ou le rôle du parti, et cela permet à Levi d'en exclure une partie, qui forment alors le Parti communiste ouvrier d'Allemagne (KAPD). Cette exclusion est comprise comme un putsch par l'aile gauche du parti, et rencontre la vive opposition de Karl Radek et de Lénine, qui pensent que la scission est prématurée. Cette scission affaiblit fortement le KPD, qui compte moins de , surtout implantés à Chemnitz et Stuttgart. Le KAPD, fort de , est admis comme parti sympathisant de l'Internationale communiste (IC) en .
Mais au même moment, les pourparlers entre le KPD et l'aile gauche de l'USPD aboutissent. En , l'aile droite du parti fait scission quand celle-ci annonce son adhésion à l'IC. Du 4 au a lieu à Halle le congrès d'unification des deux organisations, ce qui fait naître le premier parti communiste de masse de l'histoireEn dehors de la Russie, mais il s'agit d'un parti au pouvoir., comptant plus entre . Le KPD prend alors un temps le nom de Parti communiste unifié d'Allemagne (Vereinigte Kommunistische Partei Deutschlands, ou VKPD) qu'il conserve jusqu'en 1922. Ce rapprochement a été rendu possible par la résistance commune des deux partis au cours du putsch de Kapp et par la politique de Paul Levi, qui ne conçoit pas d'action hors d'un parti de masse. L'organisation de jeunesse du parti est à partir de 1925 la Ligue des jeunes communistes d'Allemagne.
En , le KPD se lance dans l'action de Mars, tentative d’insurrection inspirée par l'envoyé de l'IC Béla Kun. Rapidement écrasée, elle fait apparaître que les tendances gauchistes aux putschs, à l'action hors des organisations de masse, auxquelles s'oppose Levi depuis les débuts du parti, sont toujours présentes. Pour ce qui est du nombre de militants, les résultats sont catastrophiques, le VKPD perdant en quelques semaines. Levi, pour protester, démissionne de la présidence du parti et publie une brochure critiquant l'action de mars et les méthodes autoritaires de l'IC. Le KPD exclut alors Levi de ses rangs. Cette décision est entérinée par l'Internationale communiste, qui critique vivement l'action de mars, mais est de plus en plus contrôlée par les partisans de Zinoviev, favorables à Bela Kun. Levi crée un groupe communiste dissident (qui rejoint ensuite l'USPD en ).
La tactique de front uni ouvrier n'est pas abandonnée par le KPD sous la direction de Heinrich Brandler et August Thalheimer. En 1923, l'hyperinflation détruit l'économie allemande. La misère se répand dans toute la société et provoque en réaction une grève générale en août qui fait s’effondrer le gouvernement Cuno. Le KPD voit une chance et prépare soigneusement une tentative de prise de pouvoir en alliance avec la gauche sociale-démocrate. Cela aboutit à un échec, le seul soulèvement ayant été celui de Hambourg. Le KPD est interdit pour quelques mois.
Période de la consolidation de la république de Weimar (1924-1927) Cet échec permet aux partisans de Zinoviev d'éliminer Brandler et Thalheimer du comité central. Une nouvelle direction s'installe, avec notamment Werner Scholem, Ruth Fischer, Arkadi Maslow, Ernst Thälmann et Arthur Rosenberg. Cette nouvelle direction met en œuvre la politique de « bolchevisation », qui consiste à faire entrer les partis communistes dans le moule du Parti bolchevik. La politique de front uni est abandonnée, le KPD commence à mener une politique de scission systématique des syndicats pour créer des « syndicats rouges », entièrement communistes. Les sociaux-démocrates sont dénoncés comme des traîtres, assassins de Luxemburg et Liebknecht. Fischer et Maslow s'opposent notamment, comme Zinoviev, à la deuxième période théorisée par Lénine, caractérisée par un reflux révolutionnaire et la stabilisation du capitalisme depuis 1921 : pour eux, le capitalisme est bel et bien en crise et la révolution sociale est imminente. Cela passe par la militarisation du Parti en vue de la lutte armée pour instaurer la dictature du prolétariat. Contrairement à ce qui fera suite à cette politique d'ultragauche, le KPD ne considère pas à cette époque que les sociaux-démocrates sont les ennemis principaux du prolétariat : ils sont surtout vus comme des , non séparés du reste de la classe politique « bourgeoise » et de la réaction fasciste et nazie, dont ils représentent son aile modérée. Il y a un décalage profond entre le discours très révolutionnaire de la direction du KPD et la reprise économique allemande, qui fait oublier la misère et éloigne le spectre de la révolution socialiste.
La vie interne du KPD est de plus en plus liée à ce qui se déroule en URSS. Zinoviev est écarté de la présidence de l'Internationale communiste par les partisans de Boukharine et de Staline en 1926. Ceux-ci imposent une nouvelle direction, avec Heinz Neumann et Ernst Thälmann à sa tête.
Lutte contre la social-démocratie et le nazisme (1928-1933) vignette|Karl-Liebknecht-Haus en 1930, elle fut le siège du KPD de 1926 à 1933. vignette|Camion du KPD à Essen, lors de la campagne d'Ernst Thälmann pour l'élection présidentielle de 1925. Au sixième congrès de l'IC à Moscou en , Staline décide de donner la priorité à la lutte contre la social-démocratie. Les communistes allemands, également influencés par l'attitude anti-communiste du SPD de l'époque et par le souvenir de la répression des années 1918-1919, soutiennent les consignes. Selon l'historien du socialisme Jacques Droz, ils ..
Les effets dramatiques de la crise sur les classes populaires propulsent les effectifs du Parti communiste de 124 000 en 1928 à 206 000 en 1931, et ses suffrages, qui étaient de 3,2 millions de voix en 1928, passèrent à 4,6 millions en 1930 et à 5,9 millions en . Ses membres sont pour beaucoup des chômeurs. Près de 50 % des militants berlinois étaient sans emploi en 1930, contre 40 % travaillant en usine, et seulement 17 % des effectifs nationaux étaient en mesure de militer sur leurs lieux de travail en 1931. Cette situation nuit aux capacités d'action du parti, notamment en matière d'organisation de grèvesChris Harman, Une histoire populaire de l'humanité, La Découverte, 2015, p. 523..
Dans les années 1930, le KPD compte un million de membres et développe un appareil clandestin s’appuyant sur les 100 000 miliciens d’une organisation paramilitaire : la Ligue des combattants du Front rouge.
En 1931-1932, le KPD et le NSDAP mènent des actions parallèles et parfois concertées : le référendum contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en , la motion de censure contre le gouvernement social-démocrate de Prusse en , la motion provoquant la dissolution du Parlement allemand de et la grève commune des transports de Berlin en .