La bataille de Mata Asnillos (où Matasnillos), également appelé sac de Panama, oppose, le selon Alexandre-Olivier Oexmelin dans son ouvrage Histoire des Aventuriers, des Flibustiers et des Boucaniers d'Amérique page 267 et comme l'indique le musée de Panama Viejo, les flibustiers commandés par Henry Morgan aux troupes espagnoles de la ville de PanamaNuevo Museo en Panamá Viejo.
Préambule En 1670, Henry Morgan fait avertir les Aventuriers, tant Français qu'Anglais de la Jamaïque, de la Tortue et de Saint-Domingue, qu'il formait une armée considérable afin d'attaquer une place importante, assurant que s'il remportait la victoire, chacun aurait assez de bien pour se retirer, et que pour lui, il se flattait que ce serait son dernier voyage et donna rendez-vous à sa bande au cap Tiburon à HaïtiCarte du continent de l'Amérique et de ses isles principales (1686)Tiburon, Cap (Saint-Domingue, Île de).
Morgan, qui montait le navire Malouin nommé le Cerf-volantQuel est le nom du navire de Sir Henry Morgan ?, qui avait été confisqué par le Gouverneur de la Jamaïque, fut bientôt suivi de vaisseaux venus de la Nouvelle-Angleterre, qui avaient armé à la Jamaïque, dans le dessein de le rejoindre.
Après avoir séjourné quelque temps au Cap Tiburon, Morgan se voit chef d'une flotte de trente-sept vaisseaux, tant petits que grands. Le sien était le plus considérable, sur lequel il avait mis vingt-quatre pièces de canon et huit barces de fonte. Les autres navires étaient montés de 16, 14, 12, 10 ou enfin quatre pièces de canon au moinsAlexandre-Olivier Oexmelin : Histoire des Aventuriers, des Flibustiers et des Boucaniers d'Amérique.
Après avoir fait la revue, il se trouva deux mille deux cent hommes tous armés avantageusement, et résolus à bien se battre pour avoir un riche butin. Morgan tint ensuite conseil avec tous les capitaines et les autres principaux officiers, pour décider de la place serait attaquée. Il en proposa trois : Panama, Carthagène et Veracruz, dans le Golfe de la Nouvelle-Espagne.
On jugea que Panama était celle dont la prise serait la plus avantageuse, parce qu'elle était la plus riche des trois.En effet, tous les ans, les galions du Roi d'Espagne chargé d'argent arrivaient des mines du Pérou à Panama d'où il était apporté par terre de cette ville à celle de Portobello, sur des mulets, afin d'y être chargé pour l'Espagne.Toutes les marchandises qui allaient au Pérou, étaient aussi déchargées à Portobello et portées par la même commodité des mulets à Panama, d'où elles étaient chargées sur des galions de la mer du Sud, et rapportées au Pérou, au Chili ou en d’autres lieux sous la domination du Roi d'Espagne.
Il fut conclu de prendre l'île Sainte-Catherine, pour avoir des guides qui conduiraient l'armée à cette ville, parce que cette île qui tenait lieu dans les Indes pour le Roi d'Espagne, permettait d'y trouver des bandits relégués, qui seraient bien aises de servir de guides, et de sortir ainsi de l'esclavage.
La résolution ainsi prise, une Chasse-Partie est mise en placeAlexandre-Olivier Oexmelin : Histoire des Aventuriers, des Flibustiers et des Boucaniers d'Amérique page 246.
Celui qui ôtera le pavillon ennemi d'une forteresse pour y arborer le pavillon anglais, aura outre sa part, cinquante piastres ; Celui qui prendra un prisonnier lorsqu’on voudra avoir des nouvelles de l'ennemi, aura outre son lot, cent piastres ; Les grenadiers auront pour chaque grenade qu’ils jetteront dans un fort, cinq piastres outre leur part ; Quiconque prendra un officier de considération dans un combat, y risquant sa vie, sera récompensé selon le mérite de l'action ; Celui qui aura perdu ses deux jambes, recevra quinze cents écus, ou quinze esclaves, au choix de l'estropié, en cas qu'il y ait assez d'esclaves ; Celui qui aura perdu les deux bras, aura dix-huit cents piastres, ou dix-huit esclaves, au choix de l'estropié, comme on l'a dit ; Celui qui aura perdu une jambe, sans distinction de la droite ou de la gauche, aura cinq cens piastres, ou six esclaves ; Celui qui aura perdu une main ou un bras, sans distinction du droit ou du gauche aura cinq cens écus, ou six esclaves ; Pour la perte d'un œil, cent piastres, ou un esclave, au choix de l'estropié ; Pour la perte des deux yeux, deux mille piastres, ou vingt esclaves, au choix de l'estropié ; Pour la perte d'un doigt, cent piastres, ou un esclave, le tout au choix de l'estropié ; En cas qu'une partie ou membre soit estropié, de manière que la personne ne puisse s'en aider, il aura la même récompense que si ce membre avait été emporté ou coupé ; En cas que quelqu'un soit blessé au corps, et obligé de porter la canule, il aura cinq cents piastres, ou cinq esclaves, à son choix.
On devait recevoir toutes ces récompenses outre la part ordinaire de l'estropié, et ces récompenses devaient être prises sur le total du butin avant que de le partager.
On insérera aussi dans cette chasse-partie qu'en cas de prise de quelque vaisseau en mer, ou dans un havre, ce serait au profit de toute la flotte, à moins qu'il ne fût estimé plus de dix mille écus; auquel cas il y en aurait mille pour le premier vaisseau de la flotte qui l'aurait abordé, outre que sur chaque dix mille écus que le vaisseau pourrait valoir, celui qui l'aurait pris aurait droit d'en prendre mille d'avance à partager entre son équipage seul.
Chaque équipage promit au chirurgien et au charpentier une récompense; à l'un pour ses remèdes, et à l'autre pour son travail; savoir, au premier deux-cents piastres, outre son lot; et au dernier, cent piastres outre son lotAlexandre Olivier Oexmelin : Histoire des aventuriers, flibustier qui se sont signalés dans les Indes, Tome 2, p. 108-110.
Après quoi Henri Morgan se fit reconnaître de tous comme Amiral et Général. Il fit également prêter le serment de fidélité, et divisa sa flotte en deux escadres sous deux différents pavillons; l'une sous le pavillon Royal d'Angleterre, qu'il portait au grand mât et l'autre sous le pavillon blanc.
Morgan ayant mis sa flotte en bon ordre, part le et prend la route de l'île Sainte Catherine où il arrive le suivant. Morgan fit mettre mille hommes à terre, et marcha lui-même à leur tête au travers des bois, n'ayant pour guide que ceux qui s’étaient trouvés à la prise de cette île, lorsque Edward Mansvelt s'en rendit le maître en mai 1666.
L'île prise, Morgan commande à quatre vaisseaux et une barque, avec quatre cents hommes, d'aller prendre le fort de Saint-Laurent de Chagre. Morgan y envoie ce petit nombre de gens, afin que les Espagnols ne se découvrent pas du but réel qu'il avait, afin qu'ils ne songeassent point à se fortifier et qu'ils croient que ces quatre vaisseaux, voulaient prendre ce fort seulement pour le piller.
L'approche Commandés par le , les 4 vaisseaux arrivèrent, le , en vue du fort San Lorenzo après leur départ de l'île Sainte-Catherine. Ce fort situé à l'embouchure du río Chagres est bâti sur une montagne haute et large, avec tout autour un escarpement de roches, et accessible seulement du côté de la terre. On y entre par le moyen d'un pont-levis, il y a des casemates qui empêchent l'accès du fossé et des palissades. Il y a en haut plusieurs batteries de canon qui donnent de tous côtés, accompagnées de plusieurs corps de garde. Sur le bord de l'eau, on trouve deux autres batteries couvertes et flanquées à fleur d'eau. Sur le bord de la mer, il y a une tour sur laquelle huit pièces de canon défendent l'entrée de la rivière.
Les Espagnols ayant aperçu les vaisseaux, dressèrent le pavillon Royal, et canonnèrent d'une terrible manière. Les Aventuriers allèrent mouiller à un quart de lieue de cette rivière, au port de Naranjas, où ils demeurèrent jusqu'au lendemain matin. Le , après avoir attaqué sans succès le fort, les pirates tirèrent sur le fort avec des flèches enflammées, mettant ainsi le feu à plusieurs maisons et leur permettant de faire une brèche pour entrer dans le fort et ils finirent par se rendre maitres du fort grâce aux incendies. Sur les 300 défenseurs, 14 furent faits prisonniers et les pirates eurent et Histoire du Panama, le Fort San Lorenzo (3) résumé historique.
Quatre jours après, la flotte de Morgan arrive au fort San Lorenzo.
Le dimanche , après avoir laissé dans le fort et sur les vaisseaux, pirates répartis sur 35 navires commandés par Henri Morgan partent de Castillo de San Lorenzo, sur la côte Caraïbe, en naviguant sur le río Chagres en direction de la ville de Panama. Parmi ces boucaniers se trouvaient 520 Français et 8 navires français. Avec la peur de tomber dans une embuscade, la troupe progresse d'environ 6 lieues espagnoles (soit ) et arrive en fin de journée dans un lieu nommé « Rio de dos Braços ». Les Espagnols avaient tout ruiné, et arraché jusqu'aux racines, et même coupé les fruits qui n'étaient pas encore mûrs, sans laisser aucun bestiau, si bien que les Aventuriers ne trouvèrent que les maisons vides.
Le lundi , les pirates arrivèrent à un lieu nommé la « Crux (Cruz) de Iuan Galliego ». En cet endroit ils furent obligés de laisser leurs frégates légères, tant parce que le rio Chagres, faute de pluie, était bas, et qu'à cause des arbres qui étaient tombés dedans l'embarrassaient. La troupe continua alors à cheminer une partie le long du rio l'autre partie dans des canots. Ils sont aperçus par des guetteurs espagnols.
Le mardi , Morgan envoya un guide avec quelques aventuriers, afin de découvrir le chemin. Mais lorsqu’ils entrèrent dans le bois, ils ne trouvèrent aucune route, ni même aucun moyen d'en faire, parce que le pays était inondé et très marécageux. Ils se créèrent toutefois un passage jusqu'à un lieu nommé « Cedro Bueno ». Affamés depuis 3 jours les Aventuriers souhaitaient ardemment rencontrer les Espagnols, car ils commençaient à devenir faibles, n'ayant point mangé depuis leur départ, faute de rien tirer, ni même de gibier. Quelques-uns mangeaient des feuilles d'arbres, mais toutes n'étaient pas bonnes pour cela. Il faisait nuit avant que tout le monde fût passé, si bien qu'ils couchent sur le bord du rio avec beaucoup d'incommodités, car les nuits sont froides, et qu'ils étaient peu vêtus.Ils sont repérés par des vigiles espagnols.
Le mercredi , qui était le quatrième jour de marche, les Aventuriers trouvèrent le moyen d'avancer, si bien qu'une partie allait par terre, et l'autre dans des canots par eau avec chacun un guide. Ces guides marchaient avec vingt ou trente hommes pour découvrir les embuscades espagnoles, sans faire beaucoup de bruit. Mais les espions espagnols étaient plus subtils que les pirates, et comme ils connaissaient très bien les chemins, ils avertissaient de ce qui se passait, une demi-journée avant que les aventuriers fussent arrivés. Vers midi les deux canots qui ramaient devant, rebroussèrent chemin et firent savoir qu'ils avaient découvert une embuscade. Après s'être préparés, les pirates commencèrent à faire des cris épouvantables, et à courir, mais ils demeurèrent plus morts que vifs, trouvant cette place abandonnée. Les Espagnols s'y étaient bien retranchés, mais sachant que les aventuriers étaient en grand nombre, comme les espions leur avaient indiqué, ils pensèrent que la place n'était pas tenable, et laissèrent leurs retranchements, qui pouvaient contenir quatre cents hommes. Ils étaient munis d'une forte palissade en forme de demi-lune, dont les pieux étaient de gros arbres entiers. Lorsqu’ils quittèrent la place, ils emportèrent les vivres, et brûlèrent ce qu'ils n'avoient pu emporter. Morgan voyant qu'il ne trouvait point de vivres, avança tant qu'il put. Ils marchèrent le reste de la journée et arrivèrent le soir à un lieu nommé « Torna Muni », où ils rencontrèrent encore une embuscade, mais abandonnée comme l'autre. Ces deux embuscades leur avaient donné une fausse joie, car ils n'aspiraient qu'à trouver de la nourriture.