La bataille de Tripoli se déroule entre le et le , lors de la deuxième guerre civile libyenne. Elle débute par une offensive lancée par l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar, branche militaire de la Chambre des représentants à Benghazi, contre les forces du Gouvernement d'union nationale (GNA) dirigé par Fayez el-Sarraj et reconnu par l'ONU, afin de prendre le contrôle de la capitale, Tripoli, et de ses environs. Les forces de l'ANL atteignent la banlieue, mais ne parviennent pas à entrer dans la capitale. Le GNA lance pour sa part une contre-attaque sous le nom d'« opération Volcan de la Colère ». Mais pendant plusieurs mois les combats sont indécis et connaissent de nombreuses phases d'accalmies.

La bataille est marquée par de nombreuses implications étrangères, avec notamment le soutien de la Turquie envers le GNA et le soutien des Émirats arabes unis, de l'Égypte, de la Russie, de l'Arabie saoudite et de la Syrie envers le gouvernement de Benghazi. L'embargo sur les armes imposé par l'ONU est ouvertement violé et de nombreux mercenaires syriens, russes ou soudanais sont engagés dans les combats.

L'intervention en de la Turquie, avec le déploiement de nombreux drones et de milliers de mercenaires de l'Armée nationale syrienne donne cependant l'avantage au GNA. En , les forces de l'ANL sont totalement expulsées de la banlieue de Tripoli.

Contexte Depuis 2014, la Libye est divisée. En 2019, deux gouvernements se font face sans s'affronter directement : d'un côté le Gouvernement d'union nationale (GNA), dirigé par Fayez el-Sarraj, présent à Tripoli, la capitale, et reconnu par un certain nombre de milices de l'ouest de la Libye ; de l'autre le Chambre des représentants, à l'est, qui siège à Tobrouk, puis à Benghazi, et dont l'homme fort est le maréchal Khalifa Haftar, le chef de l'Armée nationale libyenne (ANL).... Le GNA est reconnu par l'ONU et par les principaux États occidentaux. Il est également soutenu par l'Italie, principal partenaire économique de la Libye, par la Turquie et par le Qatar. L'ANL bénéficie quant à elle du soutien militaire de l'Égypte, des Émirats arabes unis et de l'Arabie saoudite.. La Russie soutient aussi discrètement Haftar, même si elle entretient officiellement des liens avec les deux gouvernements rivaux. L’Algérie étant contre l’intervention turque et privilégiant la voie diplomatique. La France tient quant à elle une position ambiguë en reconnaissant officiellement le GNA, mais elle a par le passé fourni des aides à l'ANL lors d'opérations contre les djihadistes et est depuis accusée par le GNA d'avoir contribué à favoriser la montée en puissance d'Haftar.......

Au début de l'année 2019, l'Armée nationale libyenne (ANL) du maréchal Khalifa Haftar mène une offensive dans le Fezzan, au sud-ouest de la Libye, qui lui permet de prendre le contrôle d'une partie de la région.... Le rapport des forces est alors favorable au Gouvernement de Tobrouk qui contrôle la plus grande partie du pays.

Le , lors de négociations à Abou Dabi, le Gouvernement d'union nationale et le Gouvernement de Tobrouk concluent un accord sur l'organisation d’élections en Libye.. Selon Le Monde, lors de cette rencontre .. Une conférence nationale est alors prévue à la mi-avril à Ghadamès.. Le , l'Union africaine annonce également la tenue en juillet à Addis-Abeba, en Éthiopie, d'une conférence de entre les différentes parties libyennes.

Le , le maréchal Haftar se rend en Arabie saoudite, où il est reçu par le roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud. Il aurait alors reçu une aide financière de plusieurs millions de dollars pour recruter et payer des combattants et acheter la loyauté de chefs de tribus.

Le , le général Ahmad al-Mesmari, porte-parole de l'ANL, annonce la préparation d'une offensive pour libyen , mais sans identifier davantage les cibles. Le Premier ministre Fayez el-Sarraj donne alors l'ordre à ses troupes de se préparer à .

Forces en présence Forces du Gouvernement d'union nationale Milices tripolitaines Le Gouvernement d'union nationale est reconnu par diverses milices territorialisées, réparties par villes et par quartiers. Tripoli est tenue par quatre ou cinq milices rassemblées depuis au sein de la Force de protection de Tripoli.. Dans la capitale, la Brigade Nawasi compte , la Force Rada , le groupe Ghneiwa 800 et la Garde présidentielle 800.. Les milices des villes de Misrata, Zintan et Zaouïa soutiennent également le GNA. Misrata, la troisième ville de Libye, compte 200 milices rassemblée au sein de la coalition al-Bunyan al-Marsous, formant au total qui représentent la plus grande force armée du GNA. La brigade de Misrata, forte de 700 hommes, est notamment signalée dans la région de Tripoli au début des combats. Au total, l'ensemble des combattants en Libye reconnaissant l'autorité du GNA est estimé entre et . Le GNA dispose également d'une quinzaine d'avions de guerre à Tripoli et Misrata et de quelques hélicoptères. Le GNA baptise sa contre-offensive Opération Volcan de la Colère..

La position de la Force Rada, une des principales milices de Tripoli, d'idéologie salafiste madkhaliste, basée dans l'aéroport de Mitiga, demeure cependant incertaine, celle-ci s'étant par le passé déclarée neutre dans le conflit opposant les deux gouvernements rivaux alors que d'autres milices salafistes madkhalistes servent également dans les forces de l'Armée nationale libyenne. La ville de Zinten est également divisée, alliée d'Haftar en 2014 elle avait ensuite rallié Sarraj en 2016 lors de la formation du GNA.. L'« Organe de sûreté générale » de Zinten soutient le GNA pendant l'offensive d'Haftar et le soir du , Fayez el-Sarraj forme une nouvelle cellule d'opération dirigée par Oussama Jouili, chef de milice de Zintan. Des forces des brigades de Zinten combattent dans les deux camps mais évitent de s'affronter directement. Selon Frédéric Bobin, journaliste pour Le Monde : .

Mercenaires de l'Armée nationale syrienne À partir de , des rebelles syriens de l'Armée nationale syrienne sont envoyés à Tripoli.. Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), à la date du , 300 combattants syriens sont à Tripoli et 900 à autres ont signé un contrat pour un engagement de trois à six mois en Libye en échange d'un salaire de — contre en Syrie — et la nationalité turque.. Parmi les factions engagées figurent : la Division Sultan Mourad, Suqour al-Cham, la Brigade al-Moutasem, la Division al-Hamza, Faylaq al-Cham, le Liwa Suqour al-Chamal et le Liwa Sultan Souleymane Chah. Mi-, le nombre des mercenaires syriens présents en Libye est d'environ . Il passe ensuite à début février selon l'OSDH, puis à fin maiTurkish involvement in Libya Erdogan sends over 10,000 Syrian mercenaries to Tripoli, OSDH, 24 mai 2020. et début juinTurkish involvement in Libya’s war Turkey sends new 400 mercenaries to Libya, and over 350 killed so far, OSDH, juin 2020.. Fin mai, Le Point évoque pour sa part à combattants syriens, selon les estimations d'observateurs et de diplomatesAriane Lavrilleux et Elie Guckert, Libye : des enfants syriens enrôlés dans l'armée de Tripoli, Le Point, 26 mai 2020.. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan reconnait officiellement la présence en Libye de supplétifs syriens le ..

Dans un rapport publié le , l'ONG Syrians for Truth and Justice (STJ) dénonce la présence d'enfants soldats parmi les mercenaires syriens, principalement au sein de la Division Sultan Mourad, du Liwa Sultan Souleymane Chah et de la Brigade al-Moutasem, qui engage pour cette dernière au moins 25 combattants mineurs. Fin mai et début juin, l'OSDH chiffre le nombre des enfants soldats à 200, âgés de 16 ou 17 ans et indique que 20 d'entre-eux ont été tués au combat.

Forces de l'Armée nationale libyenne Forces libyennes pro-Haftar Au début des combats, Le Monde rapporte que selon une source occidentale et une source émiratie de l'Armée nationale libyenne (ANL) enserrent la région de Tripoli. Le nombre total des combattants de l'ANL en Libye est généralement estimé à . Arnaud Delalande, consultant sur les questions de défense spécialisé sur la Libye, fixe également le nombre total de ses combattants à , incluant réguliers et miliciens.. RFI chiffre cependant ses effectifs à combattants dans l'ensemble de la Libye. Malgré son nom, l'Armée nationale libyenne est elle-même constituée de milices. Elle comprend des milices des villes de l'est de la Libye, des milices tribales, d'anciens militaires kadhafistes, des miliciens salafistes madkhalistes, des combattants soudanais du MJE et de l'ALS et des Tchadiens du RFC..

L'ANL mobilise la Brigade Tarek ben Ziyad et la brigade. Au début de l'offensive, la milice de la ville de Tarhounah, la brigade, rejoint l'ANL.. La brigade était auparavant affiliée au GNA, mais des tensions avec les milices de Tripoli avaient dégénéré en conflit en . L'ANL dispose de blindés et d'armement moderne fournis par les Émirats arabes unis. Ses forces aériennes comportent trois Soukhoï Su-22 et deux Mirage F1 basés à l'aéroport d’Al-Watiya, à l'ouest de la capitale. Au total, les forces aériennes de l'ANL comptent 27 chasseurs-bombardiers — dont 18 MiG-21S, 4 MiG-23S, trois Su-22S et deux Mirage F1S — 7 hélicoptères Mi-24/35, 14 hélicoptères Mi-8, Mi-14 et Mi-17, ainsi que quelques avions de transport Il-76 et C-130 Hercules.. Selon Arnaud Delalande, les hélicoptères de l'ANL, comme ceux du GNA, sont utilisables seulement de nuit car trop vulnérables aux tirs venant du sol le jour. Moins de la moitié de cette flotte provient de l'ancienne armée de l'air libyenne, le reste fut fourni par l'Égypte et les Émirats arabes unis entre et . Des drones Wing Loong 2 armés de missiles antichars LJ-7 Blue Arrow de fabrication chinoise sont également engagés des combats, probablement pilotés par les Émiratis depuis la base aérienne d'al-Khadim, dans l'est libyen. Des experts de l'ONU enquêtent alors sur une possible implication militaire des Émirats dans le conflit en Libye.

Mercenaires russes, soudanais, tchadiens et syriens Début , des mercenaires russes du Groupe Wagner sont également engagés aux côtés des forces d'Haftar.. D'autres entités, comme la compagnie Moran, dirigée par Vyacheslav Kalashnikov, sont également engagées. Les effectifs des mercenaires russes ne sont pas connus, les différentes estimations allant de . Fin , Le Monde indique que . Un ancien mercenaire affirme également à la BBC que le Groupe Wagner a maintenu un effectif d'un millier d'hommes en Libye, de à Nader Ibrahim et Ilya Barabano, Wagner Group : les secrets de l'intervention russe en Libye dévoilés par une tablette, BBC, 12 août 2021.. Le Monde ajoute que .

Fin 2019, mercenaires soudanais renforcent également les troupes d'Haftar... Ces derniers appartiennent à la faction de l'Armée de libération du Soudan (ALS) dirigée par Minni Minnawi et au Rassemblement des Forces de Libération du Soudan. Le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) sert quant à lui initialement dans le camp d'Haftar, mais il serait ensuite entré en conflit avec ce dernier, ainsi qu'avec les autres groupes soudanais, et aurait fini par rallier le GNA.. L'ONU indique également dans un rapport en , que des miliciens janjawid des Forces de soutien rapide dirigées par le général Mohamed Hamdan Dogolo, dit « Hemitti », pourraient être présents en Libye, mais sans certitude. Il pourrait s'agir d'ex-janjawid autonomes de tout leadership soudanais et combattant en tant que simples mercenaires.