Adolphe Paupe est un bibliographe et critique littéraire, né en 1854 à Troyes et mort en 1917 à Paris. Il est connu comme un spécialiste de Stendhal.
Biographie
Adolphe Édouard Célestin Paupe est né le à Troyes dans l'Aube.
Son père, Louis François (né en 1816), est imprimeur lithographe. Le , il épouse Joséphine Clausel, fille d'Alexandre Clausel, artiste peintre et premier photographe de TroyesCf. Jacques Fournier, «Alexandre Clausel, peintre et photographe du siècle dernier», académie troyenne d'études cartophiles. qui habitait au de la rue la TrinitéArchives départementales de l'Aube, recensement numérisé de la ville de Troyes, 1846.. Son imprimerie porte le nom commercial Paupe-Clausel.
La famille Paupe habite au de la rue de la TrinitéArchives départementales de l'Aube, état civil numérisé, acte de naissance d'Adolphe Paupe en 1854., à proximité de l'Hôtel de Mauroy situé au de la même rue étroite aux maisons très anciennes.
Jeunesse Adolphe est le quatrième enfant d'une fratrie de cinq garçonsArchives départementales de l'Aube, recensements numérisés de la ville de Troyes, 1861, 1866, 1872, 1876.. Il passe son enfance et sa jeunesse dans cette ville du sud de la Champagne "pouilleuse", comme on disait alors. Le recensement de 1872 le mentionne toujours à Troyes, avec sa famille, mais il disparaît sur celui de 1876.
Sa famille quitte Troyes, avant 1881, à l'exception d'un frère d'Adolphe qui perpétue l'atelier d'imprimeur de son pèreArchives départementales de l'Aube, recensement numérisé de la ville de Troyes, 1881.. Elle s'installe à Paris, rue Saint-Merri ( arr.)Archives de Paris, état civil numérisé, acte de mariage d'Adolphe Paupe..
Mariage et enfants Adolphe Paupe se marie le à Paris ( arr.), avec Marie Adélaïde FavreFait assez rare à l'époque, l'acte signale la profession de l'épouse : «employée de commerce». Il est également noté qu'elle est domiciliée : «de fait, place du Havre, 56 ; et de droit chez son père, rue de la Roquette, 115»., née le à ParisArchives de Paris, état civil numérisé.. Ses deux parents sont présents à la cérémonie : son père, âgé de , est mentionné comme «représentant de commerce». Adolphe vivait alors chez eux, rue Saint-Merri au , selon son acte de mariage.
Le couple réside à Dijon (Côte-d'Or), rue François-Rude puis rue de la TrémouilleAujourd'hui, boulevard de la Trémouille.. Après la naissance du deuxième enfant - mais la raison est probablement d'ordre professionnel -, il quitte la Bourgogne pour Paris vers 1889-1890. La famille s'installe dans le arrondissement, d'abord rue Durantin, , et enfin rue des Abbesses au Fiche matricule d'André Léopold Paupe, classe 1908, archives numérisées de Paris..
Adolphe Paupe est le père de cinq enfants : Virginie Jeanne Suzanne, née le , à Dijon. André Léopold, né le , à Dijon. Anna Camille Suzanne, née le , à Paris ( arr.). Suzanne Octavie Mauricette, née le , à Paris ( arr.). Aline Charlotte Henriette, née le , à Paris ( arr.).
Carrière professionnelle Adolphe Paupe a été comptable (1883), gérant du quotidien dijonnais Le Petit Bourguignon (1886, 1888)Cf. acte de naissance de son fils André Léopold, archives départementales de la Côte d'Or, état civil numérisé. ; l'un des témoins à la naissance de sa fille, en , est Victor Bergery, rédacteur au Petit BourguignonDouze ans plus tard, ce Victor Bergery est toujours au Petit Bourguignon et assiste au procès du célèbre criminel Joseph Vacher ; son nom est cité par le juge d'instruction qui a laissé un récit-analyse de cette affaire : Vacher, le plus grand criminel des temps modernes, 1932, ..
Il devient ensuite chef de bureau dans une compagnie d'assurances à ParisLe Temps, 26 février 1917.. Pierre-Joseph RichardPierre-Joseph Richard ne doit pas être confondu avec Jean-Pierre Richard. révèle que Remy de Gourmont «venait de temps à autre trouver Paupe à son bureau, 23, rue de Londres»P.-J. Richard, «Un Stendhalien du . Adolphe Paupe», Le Cerf-Volant, , octobre 1957..
Or, à cette adresse, dans le arrondissement, se trouvait le siège d'une importante compagnie d'assurances sur les accidents, la PrévoyanceCf. Le Moniteur de la Prévoyance, revue mensuelle, décembre 1900, .. Il s'agit de la société dans laquelle travaillait Adolphe Paupe.
Le critique et écrivain Paul Léautaud le consigne d'ailleurs explicitement à la date du jeudi de son Journal littéraire : «Aujourd'hui jeudi je suis allé rue de Londres, à la Compagnie d'Assurances La Prévoyance, voir Adolphe Paupe, au sujet de la Chronique stendhalienne et de Gourmont. J'ai retrouvé le même homme curieux au possible, en tant que stendhalien»Paul Léautaud, Journal littéraire, choix de pages, éd. 1998, Folio, 2013-2018, ..
Cette occupation professionnelle n'avait cependant guère d'intérêt pour lui : il a consacré l'essentiel de sa vie à l'œuvre stendhalienne.
Adonné au culte stendhalien Paul Léautaud a plusieurs fois évoqué la figure d'Adolphe Paupe et noté la place subalterne qu'il réservait à son emploiPourquoi pas ?, gazette hebdomadaire, 25 octobre 1935..
Dans son Journal littéraire, à la date du , Léautaud raconte la visite rendue à Paupe par lui-même et Remy de GourmontPaul Léautaud, Correspondance littéraire, choix de pages, éd. 1998, Folio, 2013-2018, p. 150..
Le journal Le Temps décrit Adolphe Paupe dans ses dernières années :
La mort du fils Adolphe Paupe avait un seul fils, André Léopold, né le à Dijon, peu de temps avant que la famille Paupe ne vienne à Paris. Le jeune homme meurt de maladie, « aggravée en service » pendant la guerre, le , à l'hôpital Mirabeau à ToursBase des morts pour la France de la Première Guerre mondiale, site Mémoire des hommes.. La même année, il perd son ami Remy de Gourmont.
Paul Léautaud fréquente Adolphe Paupe depuis une dizaine d'années. Il a relaté ce moment de deuil et tancé la manière dont Paupe réagissaitÉdith Silve, Paul Léautaud et le Mercure de France, 1985, p. 38-39..
La mort d'Adolphe Paupe Adolphe Paupe meurt le . Le Temps lui a accordé une nécrologie. Adolphe Paupe est inhumé au cimetière de La Chapelle. Édouard Champion prononça un discours.
Adolphe Paupe, le stendhalien Adolphe Paupe date son « initiation » stendhalienne de l'année 1876Adolphe Paupe, lettre à Casimir Stryienski du 20 mai 1903, dans Histoire des œuvres de Stendhal, 1903, .. Ses principales publications interviennent cependant presque trente ans plus tard, avec l'Histoire des œuvres de Stendhal en 1903.
Adolphe Paupe n'a jamais manifesté la moindre forfanterie à l'égard de son travail. Le , Paul Léautaud le rencontre au siège de la société La Prévoyance pour lui demander de collaborer à un projet de journalPaul Léautaud, Correspondance littéraire, choix de pages, éd. 1998, Folio, 2013-2018, p. 1148.. L'archiviste de Stendhal C'est par cette formule qu'était désigné Adolphe PaupeL'Homme libre, journal de Clemenceau, 12 mars 1914., parfois aussi le « notaire du stendhalisme »Émile Roux-Parassac, «Nécrologie de Paul Guillemin», Bulletin de la Société d'études des Hautes-Alpes, 1928, .Édouard Champion, note de l'éditeur, Bibliographie stendhalienne par Henri Cordier, membre de l'Institut, Paris, librairie ancienne Honoré Champion, 1914, p. IX-X..
En réalité, les « archives Stendhal » désignaient la collection particulière d'Adolphe Paupe : « ...ce dernier possédait dans deux profondes armoires, pompeusement intitulées “Archives du Stendhal-Club”, les éditions, les manuscrits de l'auteur du Rouge avec mille curieuses et cocasses reliques »Chroniques des lettres françaises, Joseph Place directeur, , septembre-octobre 1923, ..
Dans Le promeneur de la Butte Montmartre, Paul Desalmand (1937-2016) note pareillement : « Sa maison du 50 rue des Abbesses devint une sorte de musée Stendhal personnel où s'entassaient gravures, huiles, statues en plâtre ou en bronze, bibelots divers, assiettes décorées de scènes de romans et évidemment des textes et ouvrages diversPaul Desalmand, Le promeneur de la Butte Montmartre, 2009, . Le «promeneur» en question est l'auteur lui-même. »
Dans le quotidien de Clemenceau, L'homme libre, le journaliste André MaurelAndré Maurel (1863-1943), journaliste et écrivain proche de Maurice Barrès ; cf. Frédéric Da Silva, «Le Supplément littéraire du Figaro "tripoté" par Paul Bonnetain», Médias 19. évoque le Stendhal-ClubAndré Maurel, «Au Stendhal-Club», L'Homme libre, 12 mars 1914.. Histoire des œuvres de Stendhal
Ami d'Adolphe Paupe, Remy de Gourmont qualifiait d'« excellente » l'Histoire des œuvres de StendhalRemy de Gourmont, Promenades littéraires, 1913, ..
L'ouvrage comporte vingt-cinq chapitres portant sur les ouvrages de Stendhal proprement dits, et dix-huit autres chapitres thématiques.
Le travail de Paupe a été salué par la critique :
« Les beylistes vont être dans la joie : M. Adolphe Paupe vient (...) d'achever une bibliographie très complète des œuvres de l'auteur de la Chartreuse, ainsi que des études et des critiques qui s'y rapportent. C'est là un document d'une valeur incontestable qui fixe dès maintenant certains points de la vie et de l'histoire (si compliquée) des œuvres de Henri Beyle », écrit Jules BertautJules Bertaut (1877-1959), historien, essayiste, critique littéraire. dans La Revue hebdomadaireLa Revue hebdomadaire : romans, histoire, voyages, février 1904, ..
« M. Casimir Stryienski et M. Adolphe Paupe nous ramènent à Stendhal lui-même, à un Stendhal exact, contrôlé, soigneusement dépouillé des déformations matérielles et des déviations intellectuelles qu'ont dû, plus ou moins, lui faire subir les "trente-six romanciers au milieu desquels la mode l'admet", ou l'admettait. Ainsi nous rendront-ils capables de goûter Stendhal sans danger. (...) M. Adolphe Paupe a voulu joindre à la sécheresse bibliographique l'amusant défilé des opinions. Après l'histoire et la genèse de chaque ouvrage, il nous donne les jugements les plus célèbres qui furent publiés soit à leur apparition naturelle, soit au cours de critiques modernes, soit à l'occasion des découvertes faites à la bibliothèque de Grenoble », note-t-on dans La Chronique des livresAndré Thévenin, La Chronique des livres, 10 janvier 1904, ..
En 1942, le critique stendhalien bien connu, Henri Martineau continue de louer la publication d'Adolphe Paupe : « Paupe apportait en outre un livre des plus précieux, son Histoire des œuvres de Stendhal, importante bibliographie commentée qui parut en 1904 »Henri Martineau, Comœdia, 23 mars 1942..
La vie littéraire de Stendhal En 1914 paraît le dernier ouvrage du beyliste de Montmartre, en appendice aux Œuvres complètes de Stendhal publiées par Édouard Champion. Il en décrit lui-même la portée : « De mon côté, j'offre ici ma glane d'inédits, relatifs aux Œuvres de Stendhal dont ils racontent la genèse et les incidents de publication. J'exprime toute ma gratitude à M. Champion qui a bien voulu ajouter ce petit supplément à sa grande entreprise stendhalienne et à M. Muller qui en a corrigé les épreuves avec un rare dévouement lors de la période où je fus privé de l'usage de mes yeux »Adolphe Paupe, préface à «La Vie littéraire de Stendhal», Bibliothèque stendhalienne, appendice aux Œuvres complètes, 1914, p. VIII..
Le critique littéraire à L'Action française, Pierre Lasserre, écrit :
Publications Auteur Livres Histoire des œuvres de Stendhal, (introduction de Casimir Strienski), 1903. Stendhal et ses livres, 1910. (repris dans le premier chapitre de La Vie littéraire de Stendhal) Seize lettres inédites de Prosper Mérimée à Sutton Sharpe, 1910. Vingt-neuf lettres inédites de Prosper Mérimée à Sutton Sharpe, 1911. La Bibliothèque de Stendhal, 1911. (repris dans le chapitre XII de La Vie littéraire de Stendhal) Stendhal et ses contemporains. Lettres inédites, 1912. (repris dans le chapitre XIII de La Vie littéraire de Stendhal) La Vie littéraire de Stendhal, éd. Honoré Champion, 1914.
Articles «Stendhal et ses éditeurs. Documents inédits (I)», Mercure de France, 16 mai 1910, .