Le Secours rouge est une organisation caritative créée en Allemagne dans les années 1920 comme une branche du Secours rouge international puis relancée en 1971 ou 1972 selon les versions, au moment des arrestations des chefs de la bande terroriste fondée par Andreas Baader, mais cette fois sans être liée à l'Internationale communiste. Sa création s'inscrit aussi dans le sillage d'une organisation comparable en en France.
Les années 1920 Créée le à Moscou à l'initiative de la Société des vieux bolcheviks, une « Association d’aide et de solidarité internationale aux combattants de la Révolution » est à l’origine du Secours Rouge International qui comptera nationales en 1924 , puis 71 en 1932, totalisant de cotisants (dont ). L'organisation caritative internationale est directement liée à l'Internationale communiste.
Les années 1970
Le "Secours républicain" de 1968 à Francfort
En Allemagne, est ensuite créé sous l'égide de l'Union socialiste allemande des étudiants un « Secours Républicain », dont le conseil d’administration tient une réunion dès dans la rue Wilhelm-Hauff à Francfort Erklärung zur Gründung des Kuratoriums Republikanische Hilfe. in: Materialien zur politischen Justiz Nr. 1 Demonstrationsrecht. Frankfurt am Main 1968. S. 47f.
Les magazines Justice Info et Political Justice Materials sont publiés. Le premier a une ligne dure et affiche le slogan « combattez les réformistes ». Le « Secours Républicain » vise aussi la production d’informations et demande à ses militants de rassembler des manuscrits, des informations locales, des dépliants. Il entend protester contre le viol de la présomption d'innocence par les journaux du groupe de presse d'Axel Springer. Inge Hornischer et Karl Dietrich Wolff sont chargés de l'édition des documents sur la justice politique. Après avoir réussi son examen de droit de 1969, Matthias Beltz a travaillé à son service pendant près d'un an, avant de commencer un stage juridique à Darmstadt. En son sein, un « Kampfgruppe Jura », plus virulent s'oppose au « Basisgruppe » à Francfort.
Le Spiegel écrira plus tard que le premier avait recours à la lance à incendie pour faire sauter des conférences « réactionnaires » ou soumettre à un contre-interrogatoire le professeur Adorno et s'en est pris au leader de l'Union socialiste allemande des étudiants socialistes (SDS) Hans-Jürgen Krahl, peu avant son décès début 1970.
Mais ce « Secours Républicain » sera rapidement emporté par la dissolution du la SDS juste après la mort de Hans-Jürgen Krahl au début de l'année 1970.
Rolf Pohle, avocat à Munich Ensuite, Rolf Pohle, avocat stagiaire, spécialisé dans l'assistance juridique à l'extrême-gauche à l'université Louis-et-Maximilien de Munich est en 1969 condamné à d'emprisonnement en raison de son implication dans les barricades lors des émeutes de Pâques en 1968 mais bénéficie d'une libération conditionnelle. Il s'engage dans le Mouvement du 2 Juin de Bommi Baumann et Georg von Rauch, cofondateur de la « Kommune 1 » et des Tupamaros West-Berlin, tué dans la fusillade le après une surveillance policière, à l'issue de laquelle des milliers de personnes manifestent à Berlin contre une politique répressive qui consiste à « tirer d'abord ». Rolf Pohle sera, lui, suspecté d'avoir dérobé un stock de 75 grenades en , avec un commando de la Fraction armée rouge (RAF), dans une base américaine de Kaiserslautern.
Le Mouvement du 2 Juin, date de la mort de Benno Ohnesorg causée par le policier Karl-Heinz Kurras à Berlin-Ouest, est officiellement créé en et attaque des commissariat dès le .
La création en février 1972 et le teach-in du 31 mai 1972 Hans-Joachim Klein, militant du groupe Revolutionärer Kampf de Joschka Fischer, entre au "Secours Rouge" allemand en "La contribution de Francfort au terrorisme révolutionnaire mondial", par Werner Olles, le 10 novembre 2000 "Le chauffeur de Sartre" par Hans Schueler dans Die Zeit le 9 janvier 1976 . Il y contribuera au soutien juridique à la RAF, en travaillant pour le cabinet d'avocats Johannes Riemann"German court rules for terrorists" par Lena Mletzko .
Hans-Joachim Klein a été recommandé par son amie Inge Hornischer de Francfort pour travailler comme messager et chauffeur, auprès de Klaus CroissantLe meurtre commence au mot pervers" dans Der Spiegel" du 10/10/1977 . Klein était personnellement proche d'Inge Hornischer, qui appartenait en 1968 - en tant que stagiaire - au cabinet d'avocats de Heinrich Hannover et Horst Mahler, les fondateurs du Secours RépublicainArchives Hans Litten .
Le second avait participé aux actions violentes contre le groupe de presse Springer puis a été rapidement arrêté en 1970 après avoir participé à l'évasion d'Andreas Baader et fui en Jordanie avec lui. Le premier est resté suspect aux enquêteurs. Heinrich Hannover a ainsi raconté dans ses mémoires qu'il lui a fallu 4 jours avant de pouvoir rencontrer sa cliente Ulrike Meinhof après son arrestation en . Le à Francfort, Heinrich Hannover était l'avocat de Daniel Cohn-BenditPhotos d'archives le 27 septembre 1968 à Frankfurt am Main .
L'association est plutôt marxiste, contrairement au "Secours noir" plutôt anarchisteExtraits du livre d'Anne Steiner et Loïc Debray: La Fraction armée rouge : guérilla urbaine en Europe occidentale, Éditions Méridiens Klinsieck, 1987, , L'Échappée, 2006, , cofondé par Ingeborg Barz et son ami Wolfgang Grundmann, d'abord proches du Mouvement du 2 Juin, juste avant d'être recrutés à l'automne 1971 par Gudrun Ensslin, de la "RAF".
Le , Ingeborg Barz téléphone à sa mère qu'elle veut quitter la RAF, mais le , on la retrouve sur la liste des 19 terroristes recherchés, publiée par la presse. La rumeur d'un meurtre par la RAF, tout comme les recherches infructueuses dans la forêt de Gernsheim, où son corps aurait été enterréEn 1974, ses empreintes digitales seront retrouvées sur une boîte de pilules dans un hôtel à Belfast et la membre de la RAF Inga Hochstein déclarera publiquement l'avoir rencontré au printemps 1975 dans un pub de Hambourg..
Le , dans les hauts-parleur de l’amphithéâtre IV de l'Université de Francfort, plusieurs centaines d'étudiants, parmi lesquels Daniel Cohn-Bendit, sont réunis pour un "teach-in" à l'appel du Secours rouge. Ils écoutent un message enregistré d'Ulrike Meinhof appelant à se joindre aux attaques contre les bases américaines qui ont été lancées en rafales depuis trois semaines et ont causé de nombreux morts et blessés chez les soldats américains"LEFT-WING TERRORISM IN THE FEDERAL REPUBLIC OF GERMANY" par Bruce Allen Scharlau, à l'Université de Saint Andrews . Le jour même, la police et la justice allemande ont lancé une opération de grande ampleur qui va leur permettre d'arrêter huit dirigeants de la RAF, dont tous les principaux, en quelques semaines. La veille, , la colère était à son comble au Japon où des terroristes de l'Armée rouge japonaise ont tué 26 personnes à la kalachnikov lors du Massacre de l'aéroport de Lod. Le lendemain, lors du "teach-in" de Francfort, Daniel Cohn-Bendit se désolidarise de l'appel d'Ulrike Meinhof, même si Ede, femme de Joschka Fischer est militante du Secours rouge. Un an plus tard, leur journal infléchira sa position en faveur de la RAF.
Deux semaines plus tard, à la mi-, peu après l’arrestation de Gudrun Ensslin, son avocat est dessaisi par la Cour fédérale de justice: pour les juges, Otto Schily serait, selon toute vraisemblance, membre de l'organisation criminelle de sa clienteDécision de la Cour fédérale de justice du 17 juin 1972, reproduite dans Vorbereitung der RAF-Prozesse durch Presse, Polizei und Justiz : Dokumentation, Berlin, Rote Hilfe, 1972, p. 6-7 "Un procès hors du commun ? Histoire d'une violence terroriste et de ses agents" par Frédéric Audren et Dominique Linhardt, dans Annales. Histoire, Sciences Sociales 2008 . L'avocat dénonce le viol de la "Loi fondamentale" garantissant le libre exercice des métiers, les juges ne donnent pas entièrement tort à son argumentation. Ces soupçons de collusion des avocats de la défense sont renforcés quand Ulrike Meinhof est arrêtée peu après avec sur elle un papier écrit à la main par Ensslin.
La centralisation de la RAF autour des avocats a ainsi montré ses faiblesses lors des 8 arrestations de . Pour prendre le relais, en évitant les expériences désastreuses de la RAF, un nouveau groupe terroriste est fondé à Francfort à l'été 1972 : les Revolutionäre Zellen. Ses membres évitent la clandestinité et toute centralisation. Volontairement peu nombreux, sélectionnés après des années de tests dans plusieurs associations comme le Secours rouge, ils ne se rencontrent que dans les bois, où ils s'entraînent et peaufinent armement et faux passeports.
Ces Revolutionäre Zellen sont fondés par 4 salariés d'un petit éditeur de Francfort, "Red Star". Parmi eux, le comédien amateur Wilfried Böse, fondateur du comité de soutien local aux "Black Panthers" et sa femme Brigitte Kuhlmann, qui vient d'échouer à cacher Ulrike Meinhof à Hanovre, où un voisin qui avait pourtant promis la solidaritéSelon les protocoles d'interrogatoire de la police de Gerhard Müller relatifs aux processus de Stammheim, au printemps et à l'été de 1976 l'a dénoncée en juin. Également salariés de "Red Star", le couple formé de Johannes Weinrich et Magdalena Kopp, qui partent en Bavière près d'Erlangen, avec Gerd-Hinrich Schnepel, un autre petit éditeur francfortois, le cinquième cofondateur.
Wilfried Böse contacte Hans-Joachim Klein, délégué du Secours rouge, qu'il sait "très actif dans les manifs" se "baladant un peu partout" pour "participer à des meetings". Apprenant qu'il est "fana des armes" il l'enmène dans une armurerie. Avec les Revolutionäre Zellen, il fera d'abord "des petites actions" et a "beaucoup voyagé, surtout en Allemagne""Nous l'avons tant aimée, la révolution", par Daniel Cohn-Bendit FeniXX, 1986 .
La création d'un journal à l'automne 1972 Le journal "Nachrichten & Mitteilungen" du Secours rouge de Berlin-Ouest a été publié pour la première fois à l’automne 1972 et sa suite sera alternativement assurée par les comités de Francfort, Hambourg, et Munich. Parmi ses militants devenus ensuite célèbres, Götz Aly"Haro sur Mai 68 en Allemagne" par Lionel Richard, dans Le Monde diplomatique de septembre 2009 , le fondateur à Berlin du journal Hoch-Mpf"Writing the Revolution: The Construction of 1968 in Germany" par Ingo Cornils, qui a ensuite pris conscience que cette voie « révolutionnaire » n’alimentait que des illusions et contredisait ses aspirations personnelles.
Les passerelles entre RAF et Secours rouge Après l'arrestation de tous les chefs de la "Bande à Baader" au printemps 1972, les militants du “Secours rouge” et du “Secours noir” assurent le lien entre les emprisonnés et le reste de l'extrême gauche et la RAF n'accepte très vite de lien qu'en échange du ralliement à leur cause"Les terroristes disent toujours ce qu'ils vont faire: Terrorisme et révolution par les textes" par Alain Bauer, François-Bernard Huyghe, aux Presses Universitaires de France, 2018.
La RAF a aussi utilisé le Secours rouge pour mettre la pression sur la justice allemande, puis d'autres associations. À l'automne 1972, puis en 1973, le terme de "Nouveau fascisme" apparait ainsi dans la littérature d'une nouvelle association très liée à la RAF, l'Infonnationszentrum Rote Volksuniversitaet (IZRU).
Les associations d'aide aux prisonniers constitueront la première filière de passage vers les groupes terroristes, avec plus d'un quart des recrues, en particulier celui des RZ tandis que les réseaux étudiants féministes ou anarchistes jouent un rôle extrêmement marginal. Les historiens ont noté également une forte corrélation avec l'occupation de bâtiments et la participation à des manifestations violentes au cours desquels des policiers sont attaqués.