thumb|300px|Kylix, type de vase à boire le plus fréquent en Grèce antique, v. 500 , British Museum.|alt=
L'alimentation en Grèce antique est connue par des sources à la fois littéraires et artistiques : les comédies d'Aristophane et les extraits d'œuvres préservées par le grammairien Athénée d'une part, les vases peints et les figurines en terre cuite d'autre part.
Le régime alimentaire des Grecs anciens se caractérise par sa frugalité, reflet de conditions difficiles pour l'agriculture grecque. Il se fonde sur la « triade méditerranéenne »Expression introduite par Sr Colin Renfrew dans The Emergence of Civilisation: The Cyclades and the Aegean in The Third Millennium BC, 1972. : blé, huile d'olive et vin.
Les céréales constituent la base de l'alimentation grecque. Il s'agit principalement de blé dur, d'épeautre et d’orge. Le blé est réduit en gruau et employé en bouillie ou moulu en farine pour fabriquer du pain ou des galettes. L'orge sert le plus souvent à fabriquer la maza, le plat de base grec. Les paysans ne cuisent au four que les pâtes de froment servant à la confection de galettes de consommation courante, galettes mises dans des moules et séchées. Les céréales sont souvent servies avec des légumes (choux, épinard, oignons, laitue, radis, lentilles, fèves ou encore pois chiches). La consommation de poisson, de viande et de miel varie suivant la fortune de la maisonnée : seuls les riches en disposent régulièrement. En revanche, les Grecs consomment beaucoup de produits laitiers, et surtout du fromage. L’expression « ne manger que de l'orge » est ainsi l’équivalent du français « être au pain sec et à l’eau ». Le beurre est connu, mais on lui préfère l'huile d'olive. La nourriture s'accompagne de vin (rouge, blanc ou rosé) étendu d'eau et parfois aromatisé.
L'alimentation grecque a durablement influencé plusieurs autres gastronomies, telles que la romaine, particulièrement au travers de ses classes les plus aisées.
Grèce archaïque La balanophagie, soit la consommation des fruits du chêne, dans la Grèce antique, pratique alimentaire confirmées par l'archéologie, est étroitement associée à l'histoire de sa fondation, et se retrouve par la suite illustrée dans la poésie et les arts, pendant et après l'Antiquité. Plus particulièrement le gland fait référence à l'âge d'or mythique qui apparaît dans la mythologie grecque puis la mythologie romaine. Cette période est suivie d'une période de décadence et se termine avec la domestication du blé, introduit par Déméter. Les glands associés à l'Arcadie symbolisent par la suite la vie sauvage, par exemple par rapport au pain qui représentent la vie civilisée.
L'archéologie démontre que la période idéalisée, appelée âge d'or, décrit dans Les Travaux et les Jours d’Hésiode notamment, correspond effectivement à une période qui a précédé la Révolution néolithique. La Civilisation grecque n'est pas un produit du sol, elle a été importée. Les premiers peuples de la Grèce ne s'étaient pas sédentarisés, ce qui peut être aisément retrouvé dans la langue grecque et dans les écrits. Thucydide au commencement de son histoire, . Lorsque les Grecs ont voulu asseoir leur histoire sur un passé lointain, antérieur à leur arrivée sur le sol grec, ils ont créé en Arcadie la population mythique et autochtone des Pélasges, et leur héros éponyme, Pélasgos, à qui on attribue un certain nombre d'« inventions ». Pélasgos, suivant la légende, le premier de sa race, apprend aux hommes l'art de se construire des huttes grossières, de se vêtir de peaux de bêtes, la substitution du fruit du chêne aux feuilles et aux plantes sauvages dont ils faisaient auparavant leur alimentation.
Repas En famille thumb|left|Enfant devant un présentoir à vaisselle de banquet, , musée du Louvre.
Les Grecs font trois repas par jour : Le premier, froid, ( / ) est composé de pain d'orge trempé dans du vin pur ( / ), éventuellement agrémenté de figues entre autres fruits ; fromage et olives.. Le second ( / )Chez Homère et les premiers poètes tragiques, le terme désigne d'abord le premier repas du jour, qui n'est pas nécessairement aussi frugal : au chant XXIV de l’Iliade, les compagnons d'Achille abattent un mouton pour préparer le petit-déjeuner., sommaire, est pris vers midi ou au début de l'après-midi.. Le troisième ( / ), le plus important de la journée, a généralement lieu à la nuit tombée.
Il peut s'y ajouter un goûter ( / ) en début de soirée ; l' / aristódeipnon, littéralement un déjeuner dînatoire, peut être servi tard dans l'après-midi à la place du dînerAlexis le Comique, 214 Kock = Athénée, ..
Lors des repas et des banquets, les femmes sont rares et se tiennent dans la plus grande réserve et le silence. Il est d'usage qu'elles sortent lorsque les convives masculins, ayant fini de manger, se livrent à la conversation libre. Il semble que, dans la plupart des cas, les femmes prennent leurs repas à part dans une autre pièce.. Si la taille de la maison ne le permet pas, les hommes mangent les premiers, les femmes passant à table une fois que ces derniers ont terminé leur repas.. Les esclaves assurent le service ; eux aussi mangent à part, et souvent les restes. Dans les familles les plus pauvres, ce sont les femmes et les enfants, s'il faut en croire Aristote, qui pallient le manque d'esclaves, 1323a4..
L'usage de déposer dans des tombes de petits modèles en terre cuite représentant des pièces du mobilier permet aujourd'hui d'avoir une bonne idée des meubles grecs. Les Grecs ordinaires mangent assis sur des tabourets à des tables, hautes pour les repas ordinaires, basses pour les banquets, et d'abord de forme rectangulaire. Les banquettes sur lesquelles on s'étend sont réservées aux banquets ou aux aristocrates.. Au , la table habituelle prend une forme ronde, souvent à pieds zoomorphes (par exemple en forme de pattes de lion).
Les galettes de pain peuvent servir d'assiette, mais les écuelles en terre cuite ou en métal sont plus courantes.. La vaisselle se raffine au fil du temps et l'on trouve des assiettes en matériaux précieux ou en verre pendant l'époque romaine. Les couverts sont peu utilisés à table : l'usage de la fourchette étant inconnu, on mange avec les doigts. en s'aidant d'un couteau pour la viande et d'une cuillère semblable aux cuillères occidentales contemporaines, pour les soupes et bouillies. Des morceaux de pain ( / apomagdalía) peuvent être utilisés pour se saisir de la nourriture ou, en guise de serviettes, pour s'essuyer les doigtsAristophane, Cavaliers 413–16 ; Pollux, VI, 93..
En société Banquets Le / — traditionnellement traduit par « banquet », plus littéralement « réunion de buveurs » — est l’un des « loisirs » préférés des Grecs..thumb|300px|Banqueteurs jouant au cottabe pendant qu'une musicienne joue de l'aulos, cratère en cloche du Peintre de Nicias (Musée national archéologique de Madrid). L'histoire des banquets publics (repas et symposion) montre de grandes différences entre, par exemple, le banquet aristocratique archaïque (du ) et le banquet public organisé par la cité ou les évergètes dans les cités hellénistiques. Dans tous les cas, cependant, comme le dit J.-P. Vernant J.-P. Vernant « Religion grecque, religions antiques » dans « Religions, histoires, raisons », Paris 1979, . et le religieux est présent autant dans le repas que dans le symposion. Enfin, le fait de manger et boire ensemble fonde la communauté civique.
Le lieu le plus fréquent est le sanctuaire du dieu en l'honneur duquel se font les sacrifices, dans le hieron ou le temenos. La plupart des sanctuaires attiques, recevaient des banquets publics. Le lieu du symposion était aussi, souvent, situé au cœur de la cité : à Thasos sur un côté de l'agora archaïque, à Athènes le prytanée ne sert, au début du , qu'au banquet des prytanes, et la stoa sud comportait des salles de banquet pour 500 lits de table. Sur l'Acropole, la Pinacothèque pouvait être aménagée pour recevoir 17 lits (entre 440 et 430), tout ceci pour les « officiels ». Dans le quartier du Céramique, le Pompeion, de la fin du , et ses abords pouvaient recevoir les masses lors des banquets publics. Cependant d'autres espaces pouvaient convenir en certaines occasions. .
Le symposion comprend deux parties : la première est consacrée à la nourriture, généralement assez simple, et la seconde à la boisson. En réalité, on consomme également du vin avec le repas, et les boissons sont accompagnées des / ou friandises à grignoter : châtaignes, fèves, grains de blé grillés ou encore gâteaux au miel, chargés d'absorber l'alcool et de prolonger la beuverie.. Certains banquets font d'ailleurs partie de rituels qui en manifestent la dimension « sacrée ».
La seconde partie est inaugurée par une ou plusieurs libations, un péan ou une simple prière, généralement en l’honneur de Dionysos. Puis l’on discute ou l’on joue à divers jeux de table, comme le cottabe — en effet, les convives sont allongés sur des banquettes. Des danseuses, des acrobates et des musiciens de location peuvent agrémenter la soirée. Le philosophe péripatéticien Théophraste montre dans ses CaractèresThéophraste, Caractère XX, Le Raseur (10). le propriétaire d’un esclave qui a loué des filles, musiciennes et danseuses qui peuvent assurer tous les plaisirs des convives.
Un , tiré au sort, est chargé d'indiquer aux esclaves la proportion à observer entre le vin et l'eau dans la préparation de la boisson. Le chant ou la prière sont assez libres de composition ; la libation est composée d'une partie offerte à Zeus et aux dieux olympiens, une deuxième offerte au bon démon, et la troisième à Hermès. Une coupe est remplie, qui passe de main en main chez les participants qui formulent une prière. Les libations obéissent à certaines règles : le nombre de libations par personne n'est pas limité, mais l'invocation ne va pas sans la libation. Après le repas et avant la beuverie, on couvre la tête des participants de bandelettes ou de couronnes de rubans. Théophraste montre dans ses CaractèresThéophraste, Caractère X, L’Avare (3 ; 13). un avare qui fait une petite libation, et de surcroît compte le nombre de coupes vidées, puis se plaint du prix des bandelettes et autres rubans (les objets rituels nécessaires s'échangeaient).
Ces banquets sont strictement réservé aux hommes — à l'exception des danseuses et des courtisanes, les femmes se devaient de rester entre elles : dans Le Banquet de Platon, Éryximaque prie la joueuse d'aulos de rejoindre les femmes de la maison dans la pièce qui leur est réservéePlaton, Le Banquet, 176 e-177 a. ; celle qui se mêle aux hommes est vue comme une esclave, comme tout sauf de condition libre, passible d'attaque en justice — le banquet est un élément essentiel de la sociabilité grecque. Il peut être organisé à l'instigation d'un particulier conviant ses amis ou sa famille. Il peut également rassembler, de manière régulière, les membres d'une association religieuse ou d'une hétairie (sorte de club aristocratique). Les grands banquets sont l'apanage des plus riches, mais dans la plupart des foyers grecs, les fêtes religieuses ou les événements familiaux sont l'occasion de banquets plus modestes.