Portrait de la jeune fille en feu est un drame romantique français écrit et réalisé par Céline Sciamma, sorti en 2019. Il s'agit du quatrième long-métrage et du premier film en costumes de la cinéaste. Il raconte une histoire d'amour lesbienne au en Bretagne entre Héloïse, une jeune femme de la noblesse, et Marianne, une peintre chargée de dessiner le portrait d'Héloïse pour un noble milanais qu'elle doit épouser.
Le film obtient, entre autres, le prix du scénario et la Queer Palm au festival de Cannes 2019, le César de la meilleure photographie aux César 2020.
Synopsis
À la fin du , Marianne, une artiste peintre, dirige une leçon de peinture. L'une de ses étudiantes l'interroge sur l'un de ses tableaux intitulé Portrait de la jeune fille en feu.
Des années auparavant, Marianne arrive sur une île bretonne. Une comtesse lui a commandé un portrait de sa fille Héloïse, fiancée à un noble milanais. Marianne est informée qu'Héloïse refuse de poser pour un portrait car elle ne souhaite pas se marier. Marianne est donc présentée à Héloïse en tant que dame de compagnie et l'accompagne quotidiennement lors de ses sorties afin d'analyser et de mémoriser ses traits pour les recopier ensuite sur une toile.
Marianne achève le portrait et refuse de trahir la confiance d'Héloïse. Elle lui dévoile donc le tableau ainsi que la vraie raison de sa venue. Héloïse critique fortement le tableau, que Marianne détruit ensuite par dépit. La mère d'Héloïse s'apprête à renvoyer Marianne quand Héloïse décide d'accepter de poser pour un deuxième portrait. Pendant que la mère d'Héloïse est en voyage, le lien entre les deux femmes se renforce. Un soir, elles lisent, avec Sophie, une servante, l'histoire d'Orphée et d'Eurydice avant de débattre de la vraie raison qui aurait poussé Orphée à se retourner. Les deux femmes aident Sophie à avorter et vont à un rassemblement de femmes qui chantent et dansent. La robe d'Héloïse, qui commence à s'enflammer, est vite éteinte. Pendant ce temps, Marianne est hantée par une vision d'Héloïse en robe de mariée.
Le lendemain, Marianne et Héloïse se rendent dans une grotte et partagent leur premier baiser ainsi que leur première nuit ensemble le soir même. Les jours suivants, leur romance et leur complicité ne cessent de s'accroître. Leur relation est étouffée par le retour de la mère d'Héloïse. Marianne dessine des croquis d'Héloïse et d'elle-même qu'elles s'échangent pour se souvenir l'une de l'autre et échangent un bref adieu. Alors que Marianne sort de la maison, elle entend Héloïse lui dire, telle Eurydice à Orphée, . Marianne se retourne et voit Héloïse en robe de mariée.
De retour dans le présent, Marianne révèle qu'elle a revu Héloïse deux fois : la première, sous la forme d'un portrait dans une galerie d'art, où elle pose avec sa fille, tenant un livre discrètement ouvert à la page 28, numéro de la page sur laquelle Marianne avait dessiné son autoportrait. Elle l'aperçoit ensuite de nouveau pendant un concert, où elle la voit émue par le troisième mouvement de L'estate de Vivaldi, morceau que Marianne lui avait fait découvrir au clavecin pendant son séjour.
Fiche technique Titre original : Portrait de la jeune fille en feu Réalisation et scénario : Céline Sciamma Musique : Jean-Baptiste de Laubier et Arthur Simonini Décors : Thomas Grézaud Costumes : Dorothée Guiraud Photographie : Claire Mathon Montage : Julien Lacheray Montage son : Valérie de Loof Son : Julien Sicart Mixage : Daniel Sobrino Production : Bénédicte Couvreur, Véronique Cayla Sociétés de production : Lilies Films ; en coproduction avec Arte France Cinéma et Hold Up Films ; en association avec la SOFICA Cinécap 2 Sociétés de distribution : Pyramide Distribution (France) ; Cinéart (Belgique) Budget : d'euros. Pays de production : France Langues originales : français et plus secondairement italien Format : couleur — numérique. Genre : drame romantique Durée : Dates de sortie : France : (Festival de Cannes) ; (sortie nationale) Belgique : Québec :
Distribution Noémie Merlant : Marianne, peintre Adèle Haenel : Héloïse, fille de la comtesse Luàna Bajrami : Sophie, servante Valeria Golino : la comtesse, mère d'Héloïse Christel Baras : la faiseuse d'anges Armande Boulanger : l'élève peintre à l'atelier
Production Adèle Haenel retrouve la réalisatrice pour son quatrième long métrage, onze ans après Naissance des pieuvres (2007). Le tournage débute le à Saint-Pierre-Quiberon, au nord de la presqu'île de Quiberon, et à Brech (Morbihan) en Bretagne, et dure jusqu’au . Les prises de vues s’ensuivent au château de La Chapelle-Gauthier à La Chapelle-Gauthier (Seine-et-Marne) et à Paris jusqu’au .
Hélène Delmaire a peint la plupart des tableaux présentés dans le film..
Musique Jean-Baptiste de Laubier retrouve la réalisatrice pour la quatrième fois pour composer la musique du film..
Dans la scène nocturne où les femmes sont rassemblées autour du feu, elles chantent en latin Fugere non possum, c'est-à-dire « Je ne peux pas m'enfuir ».
Dans la scène finale, l'orchestre joue le presto de L'Été (L'estate) de Vivaldi, le deuxième concerto des Quatre Saisons d'Antonio Vivaldi.
Accueil Accueil critique
Hormis quelques critiques très négatives, le film reçoit un accueil critique globalement enthousiaste, collectant de nombreux prix et éloges.
France Le site Allociné propose une moyenne de à partir de l'interprétation de critiques provenant de 36 titres de presse..
Pour Jérémy Piette, dans Libération, et qui propose
Dans Première, Thierry Cheze parle d' qui . et Sophie Benamon souligne la qualité des cadrages et du jeu des actrices., dans la même lignée que Télérama qui le qualifie d'..
En revanche, pour Jean-Philippe Tessé, dans les Cahiers du cinéma,
Dans l'émission de radio Le Masque et la Plume, les critiques sont divisées : une partie juge le film ou , tandis que la majorité le décrit comme , insistant sur l'intelligence du traitement des thématiques liées à l'art, à l'amour et au féminisme..
Entre critique de film et usage du film comme exemple, dans sa forme comme dans son fond, Michel Delon a intitulé l'avant-propos de Femmes artistes à l'âge classique "Portraits d'artistes en feu" et met ce film au centre de sa réflexion mettant en jeu les problématiques liées aux femmes artistes.
Québec Dans une critique particulièrement enthousiaste, François Lévesque, du journal montréalais Le Devoir parle d'un film , à la fois qui laisse ..
Pour Isabelle Hontebeyrie, du Journal de Montréal,
Dans La Presse, Marc Cassivi juge le film et la mise en scène
Éric Morneau du journal Le Soleil de Québec mentionne que tout en louant la d'un film qui
Box-office France : Voir sur allocine.fr. À l'étranger : .
Intentions Influences Céline Sciamma explique avoir voulu , estimant qu' Parmi ses influences, elle évoque Titanic , Mulholland Drive, Alfred Hitchcock et Barry Lyndon pour l'éclairage « à la bougie ». Elle fait aussi référence au film La Leçon de piano lorsque le personnage d'Ada se jette à l'eau avec son instrument : dans son film, Marianne se jette aussi à l'eau pour récupérer ses toiles. La réalisatrice explique qu'on pourrait voir le début de Portrait de la jeune fille en feu comme la continuité du film de Jane Campion..
Choix artistiques Céline Sciamma place le au centre de son film :
Distinctions Six des huit journalistes de Télérama ayant visionné la totalité des films en compétition à Cannes en , auraient décerné le prix d'interprétation féminine à Adèle Haenel et Noémie Merlant.. Le magazine Première s'étonne également que le film n'ait pas reçu un prix plus prestigieux que celui du scénario à Cannes, par exemple le prix de la mise en scène, un double prix d’interprétation féminine, voire le grand prix.
Portrait de la jeune fille en feu était le grand favori. des trois films présélectionnés pour représenter la France aux Oscars en 2020., avant que ne soit retenu le film de Ladj Ly, Les Misérables..
Récompenses Festival de Cannes 2019 : Prix du scénario. Queer Palm. Prix CST de l'Artiste-Technicien, Mention spéciale pour Claire Mathon Les Rencontres cinématographiques In&Out 2019 : Esperluette du meilleur long métrage Prix du cinéma européen 2019 : Meilleure scénariste pour Céline Sciamma Prix Lumières de la presse internationale 2020 : Meilleure actrice pour Noémie Merlant Meilleure photographie pour Claire Mathon César 2020 : César de la meilleure photographie pour Claire Mathon Festival du film de Cabourg 2020 : Swann d'or de la révélation féminine pour Luàna Bajrami
Nominations Golden Globes 2020 : Meilleur film en langue étrangère BAFTA 2020 : Meilleur film en langue étrangère Goyas 2020 : Meilleur film européen César 2020 : César du meilleur film pour Céline Sciamma (réalisatrice) et Bénédicte Couvreur (productrice) César de la meilleure réalisation pour Céline Sciamma César de la meilleure actrice pour Adèle Haenel César de la meilleure actrice pour Noémie Merlant César du meilleur espoir féminin pour Luàna Bajrami César du meilleur scénario original pour Céline Sciamma César des meilleurs costumes pour Dorothée Guiraud César des meilleurs décors pour Thomas Grézaud César du meilleur son pour Julien Sicart, Valérie de Loof et Daniel Sobrino
Sélections Festival de Cannes 2019 : sélection officielle Festival du film de Cabourg 2019 : séance spéciale Festival international du film de Toronto 2019 : sélection en section Special Presentations
Autres Le film est inscrit au programme du concours de l'agrégation interne de lettres modernes et classiques pour la session 2025..
Analyse Jeux de regards et mythe d'Orphée et Eurydice vignette|Orphée et Eurydice, peinture de Christian Gotlieb Kratzenstein-Stub (1806), conservée à la Ny Carlsberg Glyptotek.Dans le film, Marianne réalise une peinture du mythe, où Orphée et Eurydice, au moment de leur séparation, . Le mythe d'Orphée et Eurydice a une importance centrale et récurrente dans Portrait de la jeune fille en feu. Le plus directement, quand Marianne, Héloïse et Sophie lisent ensemble le chapitre des Métamorphoses d'Ovide et débattent de l'interprétation à donner du moment où Orphée décide de se retourner, renvoyant Eurydice dans les Enfers.
À travers ses représentations, avec l'exemplaire des Métamorphoses d'Héloïse sur lequel Marianne dessine son autoportrait pour l'offrir à Héloïse, livre qu'elle retrouve ensuite des années plus tard représenté dans le portrait peint d'Héloïse avec un enfant, mais aussi la peinture du mythe que Marianne réalise à la fin du film.
Le mythe se retrouve aussi dans les actions des personnages, que ce soit directement, en fin de film, où Marianne s'en va, se retourne sur Héloïse en robe de mariée puis la voit disparaître, ou de manière plus subtile, lorsqu'au début du film Marianne suit Héloïse qui court vers la falaise avant de se retourner ; cette scène est d'ailleurs une inversion du mythe, puisque ce n'est pas Marianne-Eurydice qui retourne vers la mort, mais Héloïse-Orphée qui exprime sa joie de se sentir vivante..
Plus symboliquement, le mythe d'Orphée et Eurydice, en particulier les interprétations qu'en fournissent les personnages, sont des clés de lecture du film. Marianne propose ainsi une lecture du mythe où Orphée fait en se retournant, la mort de son histoire d'amour devenant la naissance d'une carrière artistique ; c'est aussi ce qui se passe pour la peintre, où la fin de son histoire avec Héloïse coïncide avec le début de la reconnaissance de ses talents artistiques.
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie Jean-Christophe Ferrari, « Le regard du portrait (ou le choix d'Eurydice) », Positif, 703, Paris, Institut Lumière/Actes Sud , , Lucia Gangale, « Cinema e filosofia », Cinema e filosofia, La Comunicazione filosofica, 44, Rome, Università La Sapienza, ,
Critiques
Articles connexes Peintre au cinéma Liste de films ayant la peinture pour thème
Liens externes