Les attentats du au Sri Lanka sont une série de huit attaques terroristes islamistes, commises le dimanche de Pâques dans plusieurs villes du pays. Trois églises chrétiennes et trois hôtels de luxe sont visés à Colombo, Negombo et Batticaloa par une série d’attentats-suicides coordonnés, suivis plus tard par deux explosions dans une maison d'hôtes à Dehiwala et un complexe immobilier à Dematagoda. , y compris 42 ressortissants étrangers et , sont tuées et 496 personnes sont blessées.
Les attaques sont revendiquées par l'organisation État islamique le . Le gouvernement srilankais accuse quant à lui le National Thowheeth Jama'ath, un groupe terroriste islamiste sri-lankais. Son chef a prêté allégeance à l'État islamique avant les attentats..
Il s'agit des attaques les plus meurtrières commises contre des civils sri-lankais depuis la fin de la guerre civile sri lankaise en 2009.
Contexte Le , les services de renseignement srilankais avertissent qu'un mouvement islamiste projette des « attentats-suicides contre d’importantes églises catholiques et l’ambassade d’Inde »Julien Bouissou, Attentats au Sri Lanka : un gouvernement divisé a ignoré les avertissements des services de renseignement, Le Monde, 23 avril 2019.. La note fait notamment mention du National Thowheeth Jama'ath. Le quotidien indien The Hindu affirme en outre que la National Investigation Agency (NIA), l'agence indienne de lutte antiterroriste, aurait à la fin de l'année 2018 averti le gouvernement sri-lankais des risques d'attentats après avoir obtenu des informations auprès d'un sympathisant de l'État islamique originaire du Tamil Nadu.
Au cours des années 2010, 32 Srilankais issus de familles rejoignent les rangs de l'État islamique en Syrie.
Attaques Les chrétiens sri-lankais célèbrent Pâques le au Sri Lanka. Selon le gouvernement sri-lankais, les attaques sur les trois hôtels et les trois églises sont des attentats-suicides. Trente-cinq étrangers figurent parmi les victimes, dont des citoyens américains, britanniques et néerlandais.
Chronologie des attentats Heure (UTC+05:30)Localisation08 h 45Colombo : sanctuaire Saint-Antoine, Shangri-La Hotel, Le Kingsbury Negombo : église Saint-Sébastien08 h 50Colombo : Cinnamon Grand Hotel09 h 05Batticaloa : église évangélique Sion13 h 45Dehiwala : Tropical Inn14 h 15Dematagoda : complexe d'habitation
Lieux de culte droite|vignette|250x250px|Le sanctuaire Saint-Antoine à Colombo, lieu de la première attaque, photographié le .
Le sanctuaire catholique Saint-Antoine de l'archidiocèse de Colombo est visé par la première attaque terroriste peu avant 9 heures du matin heure locale, suivi par l'église catholique Saint-Sébastien à Negombo. Selon les médias sri-lankais, au moins ont été tuées lors de la seconde explosion.
L'église évangélique Sion à Batticaloa a également été la cible d'un kamikaze, peu après neuf heures. Selon des informations locales, au moins auraient été tuées, dont 9 seraient des touristes étrangers. Un responsable de l'hôpital de Batticaloa a déclaré que plus de avaient été admises à la suite de l'explosion. Le kamikaze s'est fait exploser dans la cour de l'église après avoir tenté d'y pénétrer, s'étant fait refouler par Ramesh Raju, un père de famille volontaire pour gérer la foule, qui ne l'a pas laissé rentrer avec ses deux sacs. L'explosion a eu lieu après une dispute avec le terroriste, tuant Ramesh Raju et 28 autres personnes, dont une de ses sœurs, le mari et le fils de celle ci âgé de 20 mois et 14 autres enfants. Tous se trouvaient à l'extérieur, et Ramesh Raju a certainement sauvé les 600 personnes qui se trouvaient déjà dans l'église. Les membres de la congrégation de l'église évangélique de Zion le considèrent comme un héros, des affiches à son effigie ont été placardées sur la route qui va à sa maison et une semaine après les faits « des dizaines de personnes font encore la queue pour présenter leurs condoléances à la veuve du disparu »Sri Lanka : multiples hommages au héros qui a arrêté l'un des kamikazes, L'Express, 27/4/2019.
Hôtels Trois hôtels 5 étoiles situés sur le front de mer, dans le centre de Colombo, ont été attaqués quasi-simultanément : le Cinnamon Grand Hotel, Le Kingsbury et le Shangri-La Hotel.
Le kamikaze du Shangri-La, chef du groupe islamiste National Thowheeth Jama'ath, accusé par les autorités d'être responsable des attaques, s'est fait exploser à pendant le petit-déjeuner dans le restaurant Table One situé au troisième étage de l'hôtel, qui était rempli de touristes étrangers, constituant l'essentiel de la clientèle de l'hôtel.
Le kamikaze qui a frappé le restaurant Taprobane du Cinnamon Grand Hotel s'est enregistré sous un faux nom la nuit précédente, prétextant un voyage d'affaires. Muni d'une assiette, le kamikaze est entré dans la file d'attente du buffet de petit-déjeuner du restaurant le lendemain matin et a actionné sa ceinture d'explosifs alors qu'il était sur le point de se servir. Un des gérants de l'hôtel, présent pour accueillir les invités, figure parmi les tués sur le coup.
Plus tard dans la journée, un hall de réception de l'hôtel The Tropical Inn, situé à Dehiwala-Mount Lavinia, a également été touché par une attaque à la bombe et deux victimes ont été rapportées.
Résidences Vers 14 h 15, lorsque la police commença à perquisitionner les maisons des suspects dans la banlieue de Colombo, un des protagonistes actionna sa bombe dans un complexe immobilier de Dematagoda, tuant trois policiers : un sous-inspecteur et deux agents de police.
La kamikaze, une femme enceinte, s'est fait exploser en présence de ses trois enfants. Elle était la femme d'Ilham Ibrahim, le kamikaze de l’hôtel Shangri-La, et la belle-sœur d'Inshaf Ahmed Ibrahim, le kamikaze de l’hôtel Cinnamon Grand.
Attentats avortés Un engin explosif improvisé a été découvert près de l'aéroport international Bandaranaike de Colombo et a été démantelé par l'armée de l'air sri-lankaise.
Le , la , l'unité d'élite antiterroriste de la police sri-lankaise, a localisé une camionnette appartenant aux assaillants près du sanctuaire Saint-Antoine, site de l'une des explosions de la veille. Lors de l'inspection, les policiers ont découvert 3 bombes à bord du véhicule. La zone est évacuée et l'unité de désamorçage appelée sur place. Après une tentative infructueuse de désamorçage, les bombes ont explosé simultanément en ne causant aucun blessé. Le même jour, la police aurait trouvé 87 objets servant à fabriquer des explosifs à la gare routière privée de Bastian Mawatha à Pettah.
Bilan des victimes Le , le bilan des attentats est d'au moins , dont , et . Cependant, le lendemain, les autorités sri-lankaises revoient à la baisse le bilan des attentats suicides : celui-ci passe provisoirement à , selon un décompte rendu public. Dans un communiqué, le ministère de la Santé a fait savoir que le personnel médical avait achevé l'ensemble des autopsies, jeudi soir, et avait conclu que certains corps de victimes mutilées avaient été comptés plusieurs fois. Le bilan définitif est de 269 morts sans compter les 9 terroristes.
Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier de l'histoire du Sri Lanka, de l'attentat le plus meurtrier commis par l'État islamique contre les chrétiens et de l'attentat le plus meurtrier commis par l'État islamique en dehors de l'Irak et de la SyrieLouis Imbert et Julien Bouissou, Les attentats au Sri Lanka montrent comment l’EI se redéploie en franchises régionales, Le Monde, 24 avril 2019...
+Nationalité des victimes (hors kamikazes) Nationalité Morts Blessés Disparus Total 212 472 0 684 11 0 0 11 8 1 0 9 6 5 0 11 3 0 0 3 3 0 0 3 3 0 0 3 2 2 0 4 2 0 0 2 2 0 0 2 2 0 0 2 1 4 0 5 1 1 0 2 1 0 0 1 1 0 0 1 Inconnu - 34 0 34 Toutes nationalités confondues 258 519 0 777
Revendication Le , l'État islamique revendique les attentats au Sri Lanka via son agence, AmaqL'État islamique revendique les attentats au Sri Lanka, Le Point avec AFP, 23 avril 2019.. En guise de preuve, l'organisation diffuse une vidéo d'allégeance des « combattants » qui auraient commis les attaques, dans laquelle apparaissent huit hommes dont sept ont le visage dissimuléL’État islamique diffuse une preuve de son implication dans les attentats au Sri Lanka, Le Monde avec AFP, 23 avril 2019.. L'homme qui apparaît à visage découvert est Zahran Hashim, dit Abou Oubeida, selon le journaliste de France 24 Wassim NasrGaël Vaillant, Sri Lanka : l'État islamique revendique les attentats, Le JDD avec AFP, 23 avril 2019.. Les noms de guerre de sept individus sont également donnés dans un communiqué : Abou Oubeida, Abou Baraa et Abou Moukhtar sont désignés comme les auteurs des attaques contre le Cinnamon Grand Hotel, le Shangri-La et le Kingsbury, Abou Hamza, Abou Khalil et Abou Mohamad comme les auteurs des attaques contre les trois églises à Colombo, Negombo et Batticaloa, et Abou Abdallah, qui selon l’EI aurait tué trois policiers dans la banlieue de Colombo.
Le , le président srilankais Maithripala Sirisena annonce que Zahran Hashim, chef du National Thowheeth Jama'ath et ayant prêté allégeance à l'État islamique, a effectivement trouvé la mort en perpétrant une des attaques suicides à ColomboAttentats au Sri Lanka: le leader radical Zahran Hashim était l'un des kamikazes, AFP, 26 avril 2019..
Selon Remy Mahzam, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies à Singapour et spécialiste des mouvements djihadistes en Asie : Sophie Woeldgen, Avec les attentats au Sri Lanka, l'État islamique porte le combat en Asie, Le Temps, 24 avril 2019.. Pour Alan Keenan, directeur de projet pour l'ONG International Crisis Group et spécialiste du Sri Lanka : .
Enquête Après les précédents attentats, sept personnes sont arrêtées dans la journée dans une maison d'un complexe immobilier de Mahavila Udyana Roalors à Dematagoda lors d'un raid de la police. Lors de celui-ci, trois policiers sont tués par l’explosion d'un terroriste.. Trois des personnes arrêtées sont hospitalisées. Au total, 24 suspects sont arrêtés au au matin.
Dès le soir de l'attentat, le Premier ministre Ranil Wickremesinghe reconnaît que les services de sécurité avaient reçu des alertes de la part de l'agence indienne de renseignement. Dix jours auparavant, la police nationale basée sur les informations « d’une agence de renseignement étrangère », avait alerté que le National Thowheeth Jama’ath (NJT), un mouvement islamiste, projetait « des attentats suicides contre des églises importantes »Attentats de Pâques au Sri Lanka : et , selon le dernier bilan, Ouest France, 22/4/2019. L'inspecteur général adjoint de la police de Colombo mettait alors en garde plusieurs ministères contre la possibilité d'attaques-suicides contre des églises et l'ambassade d'Inde.
Le , la ministre de la Santé sri-lankaise Rajitha Senaratne déclare que plusieurs des 24 suspects arrêtés et des terroristes tués dans les attentats sont cités dans ces rapports. Elle accuse alors le groupe djihadiste National Thowheeth Jama'ath (NTJ) d'être l'auteur des attentats. Le Figaro indique : . Le NTJ s'était fait connaître un an auparavant en détruisant des statues de Bouddha. Lui et d'autres organisations portant parfois le même nom ont été fondés par des groupes wahhabites du golfe Persique. Le groupe n'ayant que trois ans d'existence, le gouvernement sri-lankais et des spécialistes suspectent des complicités extérieures pour fabriquer les bombes et former des kamikazes. Le retour de Sri-Lankais partis combattre pour État islamique en Irak et en Syrie est l'une des hypothèses..
Le , le vice-ministre de la Défense, Ruwan Wijewardene, déclare devant le Parlement du Sri Lanka que , faisant référence à la ville de Nouvelle-Zélande où un terroriste d'extrême droite a tué dans des mosquées le Sri Lanka : les attentats ont été commis "en représailles" aux attaques de mosquées à Christchurch, affirme le gouvernement, Franceinfo, 23 avril 2019.. Pour le journaliste Wassim Nasr en revanche, les deux attentats sont sans rapport : .