L'Officium Defunctorum est une œuvre de Tomás Luis de Victoria, composée en Espagne en 1603 et publiée en 1605, à la suite du décès de l'impératrice Marie d'Autriche. Avec son Officium Hebdomadæ Sanctæ (1585), cette composition est considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de Victoria.
Historique Lorsque l'impératrice Marie d'Autriche décéda le , en retraite dans le monastère des Déchaussées royales, Tomás Luis de Victoria soutenait sa vie spirituelle. Ce disciple de Palestrina et prêtre de la congrégation de l'Oratoire était en service, depuis 1587, après avoir quitté Rome entre 1585 et 1587. Si son requiem à 4 voix (Missa pro Defunctis, 1583) avait déjà été écrit à la ville éternelle, Victoria n'hésita pas à composer un nouveau en faveur de cette souveraine.
Contrairement à ce que l'on considérait auparavant, il est probable que cette messe de défunt fut chantée plusieurs fois. Owen Rees en compte trois occasions. Car, en Espagne, le trépas de l'impératrice était un événement exceptionnel qui fit cesser toute autre activité. Surtout, l'œuvre fut exécutée lors de grandes obsèques impériales, tenues le Bruno Turner donnait la date du 23 avril., dans l'église Saint-Pierre-Saint-Paul, établissement de Jésuites à Madrid, dont la construction avait été achevée en 1567. Mais en ce qui concerne la première messe et l'inhumation, tenues à l'abbaye les et , l'exécution est toujours discutée.
Ces représentations de l'œuvre furent contestées en 1914 par Henri Collet. Il est vrai qu'il manque de témoignages de documents, hormis ceux du compositeur. Mais en 2019, Owen Rees conclut que les cérémonies avait certainement été chantées en polyphonie de Victoria, quoique Collet discutât la messe en plain-chant, normalement plus ecclésiastique.
En 1605, l'ouvrage fut publié à Madrid, auprès de l'Imprimerie impériale. À la différence des publications précédentes, il s'agissait d'une modeste brochure en que le compositeur appelait librito. Par préface, celui-ci fut dédié à la sœur Marguerite de la Croix (fille cadette de la feue impératrice, Marguerite d'Autriche), qui était dorénavant la protectrice de Victoria jusqu'à la mort de ce dernier. Toutefois, cette préface rendait également hommage à la défunte, avec le terme Cygneam cantioneam. Ce mot de Victoria signifiait donc lamentations et non chant du cygne, note : « Nihil magis idoneum visum est, quam ut Harmoniam illam, quam in exequias Serenissimæ tuæ Matris composui, recognoscerem, & tanquam Cygneam cantionem, sub tui nominis patrocinio in lucem æderem. ».
Il s'agit de la dernière publication de Victoria. En outre, aucune composition écrite n'est connue après cette datep. 3, note ; Owen Rees reste prudent : « [logiquement,] l'absence d'indice ne signifie pas [nécessairement] l'indice d'absence. ».
thumb|upright=1.3|À partir de 1587, Tomás Luis de Victoria était en service pour l'impératrice dans ce monastère des Déchaussées royales. Après le décès de celle-ci, il accumula encore ses fonctions : un des trois aumôniers et organiste de l'abbaye. Le , Tomás Luis de Victoria passa de vie à trépas dans ce monastère à l'âge de 63 ans, en qualité de prêtre, d'aumônier, de maître de chapelle et d'organiste, mais non plus de compositeur. Il est certain qu'en rendant hommage à l'impératrice, la qualité de l'œuvre arrivait au sommet de la musique du siècle d'or espagnol. De surcroît, les musicologues considèrent aujourd'hui que cet Officium est bien capable de représenter toute la musique de la Renaissance a cappella, si florissante et si évoluée - 2.
Œuvre Composition Le folio 28v, dans la publication originale, se consacrait à la table des matières : Missa pro defunctis, 6 voc., 1v - 18r ; Versa est in luctum, 6 voc., 18v - 21r ; Responsorium, Libera, 6 voc., 21v - 25r ; Lectio, Tædet, 4 voc, 25v - 28r.
La partition contemporaine se construit des pièces détaillées. Tout comme son Officium Hebdomadæ Sanctæ (1585), les parties en monodie étaient laissées en grégorien, lesquelles sont, dans ce requiem, entonnées normalement par le second soprano (Cantus II). D'après une édition critique (pour la traduction, voir Requiem) : L'éditeur Samuel Rubio préparait la publication de son édition critique, après avoir sorti celle de l'Officium Hebdomadæ Sanctæ en 1977. Toutefois, la publication du requiem eut lieu en 2000 après son décès, quoique la rédaction de ce moine augustin eût été terminée le . Introitusp. 33 - 38 Requiem æternam (Cantus II, en grégorien) dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis (à 6 voix : 2 Cantus, Altus, 2 Tenor et Bassus). Te decet hymnus Deus in Sion (Cantus II) et tibi reddetur votum Jerusalem : exaudi orationem meam, ad te omnis caro veniet (à 6 voix). Kyriep. 39 - 43 Kyrie eleison (à 6 voix) / 3 fois. Christe eleison (à 4 voix : 2 Cantus, Altus et Tenor I) / 3 fois. Kyrie eleison (à 6 voix) / 1 fois. Gradualep. 44 - 48 Requiem æternam (Cantus II) dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis (à 6 voix). In memoria æterna (Cantus II) erit iustus, ab auditione mala non timebit (à 6 voix). Offertoriump. 49 - 59 Domine Jesu Christe Rex gloriæ (exceptionnellement, Altus) libera animas omnium fidelium defunctorum de pœnis inferni, et de profundo lacu : libera eas de ore leonis, ne absorbeat eas tartarus, ne cadant in obscurum : sed signifer sanctus Michael, repræsentet eas in lucem sanctam : Quam olim Abrahæ promisisti, et semini eius (à 6 voix). Hostias et preces tibi, Domine, laudis offerimus : tu suscipe pro animabus illis quarum hodie memoriam facimus : fac eas, Domine, de morte transire ad vitam (Altus). Quam olim Abrahæ promisisti, et semini eius (à 6 voix). Sanctus et Benedictusp. 60 - 65 Sanctus (Cantus II), Sanctus, Sanctus Dominus Deus Sabaoth (à 6 voix), Pleni sunt (Cantus II) cæli et terra gloria tua. Hosanna in excelsis (à 6 voix). Benedictus (Cantus II) qui venit in nomine Domini. Hosanna in excelsis (à 6 voix). Agnus Deip. 66 - 69 Agnus Dei (Cantus II) qui tollis peccata mundi, dona eis requiem (à 6 voix). / 2 fois (Agnus Dei... requiem) Agnus Dei (Cantus II) qui tollis peccata mundi, dona eis requiem sempiternam (à 6 voix). Communiop. 70 - 76 Lux æterna (Cantus II) luceat eis, Domine : cum sanctis tuis in æternum, quia pius es (à 6 voix). Requiem æternam dona eis, Domine (Cantus II) et lux perpetua luceat eis : cum sanctis tuis in æternum, quia pius es (à 6 voix). Motete Versa est in luctump. 77 - 83 Versa est in luctum cithara mea, et organum meum, in vocem flentium. Parce mihi, Domine, nihil enim sunt dies mei (à 6 voix).(Livre de Job XXX, 31 : Ma harpe est accordée aux chants de deuil, ma flûte à la voix des pleureuses. ; VII, 16 : Epargnez-moi, Seigneur, mes jours en effet ne sont rien..) Responsorio Libera me, Dominep. 84 - 93 Libera me, Domine (à 6 voix), de morte æterna, in die illa tremenda (Cantus I) : Quand cæli movendi sunt et terra (à 6 voix) : Dum veneris iudicare sæculum per ignem (Cantus II) : Tremens factus sum ego, et timeo, dum discussio venerit, atque ventura ura (à 3 voix : Cantus I, Altus et Bassus). Quando cæli movendi sunt et terra (Cantus I). Dies illa, dies iræ, calamitatis et miseriæ, dies magna, et amara valde (à 4 voix : Cantus I et II, Altus et Tenor). Dum veneris iudicare sæculum per ignem (Cantus II). Requiem æternam dona eis, Domine, et lux perpetua luceat eis. Libera me, Domine (à 6 voix). de morte æterna, in die illa tremenda (Cantus I) : Quando cæli movendi sunt et terra (à 6 voix) : Dum veneris iudicare sæculum per ignem (Cantus II). Kyrie eleison (à 6 voix). Christe eleison (Cantus II). Kyrie eleison (à 6 voix). Lectio II Tædet animam meamp. 94 - 102 Tædet animam meam vitæ meæ, dimittam adversum me, eloquimSelon la Vulgate, eloquium. meum, loquar in amaritudine animæ mæ. Dicam Deo : Noli me condemnare : indica mihi cur me ita iudices. Numquid bonum tibi videtur, si calumnieris (mep. 97 ; l'édition de Rubio manque de ce terme me selon la Vulgate.) et opprimas me, opus manuum tuarum, et consilium impiorum adjuves ? Numquid oculi carnei tibi sunt ? ; aut sicut videt homo, et tu videsSelon la Vulgate, videbis. ? Numquid sicut dies hominis dies tuiBruno Turner donnait tuæ., et anni tui sicut humana sunt tempora, ut quæras iniquitatem meam, et peccatum meus scruteris ? Et scias quia nihil impium fecerim, cum sit nemo qui de manu tua possit eruere (à 4 voix : Cantus, Altus, Tenor et Bassus).(Livre de Job X, 1 - 7 (texte de la Vulgate et traduction).)
Ordre de l'exécution En dépit de la distribution du manuscrit, on a tendance à placer la dernière pièce Tædet animam meam au début. En effet, de grandes obsèques se commencèrent au soir du avec les vêpres de requiem. Et le lendemain matin, les offices de matines (dit Dirige, Domine) et de laudes précédèrent la célébration de la messe de requiem. Donc, il est assez vraisemblable que cette lecture II, réservée aux matines des morts, avait été chantée cette aube-là, dans l'église Saint-Pierre-Saint-Paul à Madrid (actuellement remplacée par la cathédrale).
Caractères Œuvre de maturité Tomás Luis de Victoria disposait de deux mois pour la composition. Sans doute le musicien put-il bénéficier encore de deux ans pour l'améliorationLa partition de l'Officium Hebdomadæ Sanctæ avait été améliorée avant sa publication, en comparaison d'un manuscrit utilisé auparavant au Vatican (selon les études effectuées dans les années 1960).. Il s'agit d'une œuvre de maturité et il faut donc écarter l'hypothèse du testament musical d'un compositeur mourant.
Cet Officium est structuré avec beaucoup de soin. Ainsi, l'offertoire reste, au milieu du requiem, plus sombre, conduit par la voix d'Altus alors que le Christe eleison est moins sombre entre deux parties de Kyrie eleison, omettant la voix de Bassus. Cette composition en quatre voix supérieures donne un ton plaintif. Au lieu de trois fois de Kyrie eleison répétés comme le grégorienp. 40 - 41, le compositeur fit conclure un Kyrie développép. 41 - 43, après ce Christe. On trouve, dans le Libera me, Domine, l'alternation entre les Cantus I et II, probablement inspirée par le double chœur de la basilique Saint-Marc à Venise.
Mais surtout, cette œuvre demeure un hommage au chant grégorien. Par le soprano II, chaque pièce se commence avec la mélodie grégorienne. Mais il n'existe plus le cantus firmus en notes égales. La mélodie suivante est paraphrasée par les Cantus I et II, faisant la texture musicale pour une magnificence de lumière. Aussi chaque voix y participe-t-elle aisément à évoluer l'élan mélodique et l'harmonie. Le prêtre-compositeur n'oublia pas de respecter la liturgie. La durée d'exécution ne dépasse pas trop celle du requiem en grégorien. Par exemple, le début du Sanctus par le Cantus II ne se compose que de trois seules notes, et le chœur les suit aussitôt.
Postérité Si de nombreuses messes de requiem en polyphonie existaient déjà au et surtout en Italie, l'œuvre de Victoria aurait contribué à remplacer la musique des obsèques en monodie par la polyphonie ; si l'on documente la publication de 1550 à 1650, le nombre dépasse 80 messes italiennes.http://documents.irevues.inist.fr/bitstream/handle/2042/34022/ANM_2007_315.pdf (présentée par l'Institut de l'information scientifique et technique). En effet, on compte, en particulier entre 1600 et 1630, plus de 40 messes de requiem italiennes. Ce qui était certain est, simplement, que Tomás Luis de Victoria n'hésita pas à envoyer son œuvre à Rome.