Le de tirailleurs somalis est une unité de l'Armée de terre française constituée en 1916 à partir de recrues originaires de la Côte française des Somalis.

Il s'illustre pendant la Première Guerre mondiale, en particulier lors de la reprise du fort de Douaumont en , aux côtés du régiment d'infanterie coloniale du Maroc. Recréé pendant la Seconde Guerre mondiale, il participe aux combats de la pointe de Grave en . Dissous en 1946, il voit ses traditions conservées par la compagnie somalie jusqu'en 1958.

Création et différentes dénominations

: formation du de marche somali ; : renommé de tirailleurs somalis ; : dissolution du bataillon ; : formation du bataillon somali à partir du détachement des forces françaises libres de la Côte française des Somalis ; : le bataillon somali donne naissance au bataillon de marche somali et au bataillon somali de souveraineté ; : dissolution du bataillon de marche somali ; : le bataillon somali devient la compagnie somalie ; : la compagnie somalie devient la autonome d'infanterie de marine () ; : la devient la du d'infanterie de marine.

Historique

Première Guerre mondiale

Le , une première compagnie de tirailleurs somalis est mise sur pied, avant d'être dissoute l'année suivante..

vignette|Tirailleurs somalis percevant leurs fournitures au camp de Fréjus, mi-1916.

Le de marche somali est formé à Majunga, à Madagascar, le , à partir de recrues de la Côte française des Somalis. Il porte également de de tirailleurs malgaches bien qu'il n'ait pas de soldats malgaches. Rassemblé à Fréjus le , il devient le même jour le de tirailleurs somalis.

Le bataillon est d'abord employé comme bataillon d'étapes. Toutefois, ses officiers relaient les demandes des tirailleurs somalis, qui souhaitent servir comme combattants plutôt que comme travailleurs.

En , le bataillon est rattaché au régiment d'infanterie coloniale du Maroc (RICM). Il entre au combat lors de l'assaut contre le fort de Douaumont, le . Après cette action, le drapeau du RICM est décoré de la Légion d'honneur, tandis que les et du bataillon somali reçoivent la Croix de guerre avec palme, correspondant à une citation à l'ordre de l'armée.

En , le bataillon est réorganisé comme unité combattante. Il reçoit une compagnie de mitrailleuses et un peloton de canons de 37 mm. Il hiverne ensuite à Fréjus et Saint-Raphaël.

En , le bataillon participe à la bataille du Chemin des Dames, au cours de laquelle il est cité à l'ordre de la division. Le , il combat au sein du RICM lors de la victoire de la Malmaison et reçoit sa première citation à l'ordre de l'armée comme bataillon.

En et , il participe à la troisième bataille de l'Aisne, puis, en juillet, à la seconde bataille de la Marne. En août et septembre, il combat sur le front de l'Oise. En , il obtient une deuxième citation à l'ordre de l'armée et reçoit le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre.

Sur recrutés en Côte française des Somalis, viennent combattre en Europe. Les pertes sont estimées à et entre et .

Entre-deux-guerres

Le , après les premières démobilisations, l'effectif du bataillon est de , dont , , et .

Le bataillon est dissous le . Son effectif est rapidement réduit à deux compagnies, envoyées à Madagascar. Il est ensuite réduit à une compagnie de tirailleurs somalis, intégrée au mixte malgache. Cette compagnie est dissoute en 1932.

Seconde Guerre mondiale

En , la Côte française des Somalis rallie la France libre et fournit à nouveau un bataillon de tirailleurs somalis pour participer aux combats de la Libération. Le , le détachement des forces françaises libres de la Côte française des Somalis prend le nom de bataillon somali de souveraineté..

Le , le bataillon est dédoublé : le bataillon de souveraineté met sur pied un bataillon de marche somali. Le , celui-ci reçoit à Djibouti la garde du fanion tricolore du de tirailleurs somalis de la Première Guerre mondiale. Les premiers éléments somalis rejoignent l'Afrique française du Nord dès mars, et le bataillon de marche somali est regroupé à Sousse en septembre.

Le bataillon de marche somali arrive en France en . Le 26 février, il est regroupé avec les bataillons de marche et pour former le régiment d'Afrique-Équatoriale française et Somalie.

Le régiment est intégré au Détachement d'armée de l'Atlantique, commandé par le général Edgard de Larminat, chargé de réduire la poche de Royan. Il participe à la libération de Royan et de la pointe de Grave, puis à celle de Soulac en . Au cours de ces combats, le bataillon somali perd et , soit sur un effectif de .

Après ces combats, le régiment et ses trois bataillons reçoivent chacun une citation à l'ordre de la division le . Le , le bataillon somali reçoit une citation à l'ordre de l'armée.

Après 1945

Le bataillon de marche somali est dissous le . Le , le bataillon somali devient la compagnie somalie, aussi appelée « compagnie de traditions somalie », intégrée au bataillon de tirailleurs sénégalais de la Côte française des Somalis.

La compagnie somalie rejoint Madagascar en 1947, au moment de l'insurrection malgache. De à , elle est intégrée au bataillon de tirailleurs sénégalais de renfort ..

Le , la compagnie est renommée autonome d'infanterie de marine (). Le , elle devient la du d'infanterie de marine et est finalement dissoute le .

En 1970, le interarmes d'outre-mer hérite du patrimoine de tradition du bataillon somali, en plus de celui du d'infanterie coloniale. Son drapeau, ses inscriptions de batailles, ses décorations et, depuis 1996, la ceinture rouge des troupes somalies rappellent la mémoire des tirailleurs somalis engagés dans l'armée française..

Insigne

L'insigne de l'unité, réalisé pour la compagnie somalie, est homologué G.1080 le . La tête de Somali représente les soldats de l'unité. L'inscription « » portée sur le col rappelle l'héritage du de tirailleurs somalis, tandis que l'ancre des troupes coloniales porte sur la trabe l'inscription « Somalie ».

Chefs de bataillon

: chef de bataillon Fortin ; : capitaine Depui ; à la fin de la Première Guerre mondiale : chef de bataillon Bouet ; 1944-1945 : chef de bataillon Bentzmann.

Inscriptions sur le drapeau

vignette|Fourragère aux couleurs de la Croix de guerre 1914-1918.

Le drapeau porte les inscriptions suivantesDécision du relative aux inscriptions de noms de batailles sur les drapeaux et étendards des corps de troupe de l'Armée de terre, du Service de santé des armées et du Service des essences des armées, Bulletin officiel des armées, , . :

VERDUN-DOUAUMONT 1916 ; LA MALMAISON 1917 ; L'AISNE 1917-1918 ; LA MARNE 1918 ; NOYON 1918.

Décorations

Au cours de la Première Guerre mondiale, le de tirailleurs somalis obtient trois citations, dont deux à l'ordre de l'armée :

Croix de guerre 1914-1918 avec deux palmes et une étoile d'argent.

Le bataillon a droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de guerre 1914-1918, distinction attribuée aux unités citées au moins deux fois à l'ordre de l'arméeDe manière non réglementaire, le fanion tricolore du bataillon porte sur sa Croix de guerre une , pour rappeler la part prise par le bataillon dans la reprise du fort de Douaumont. En réalité, seules les et somalies sont citées à l'ordre de l'armée, et non le bataillon entier..

Au titre des citations individuelles pendant la Première Guerre mondiale, le bataillon compte :

9 croix de la Légion d'honneur, dont une croix d'officier, attribuées à des officiers du bataillon ; 35 médailles militaires, dont 9 à des Européens et 26 à des Somalis ; citations à l'ordre : 31 à l'ordre de l'armée ; 51 à l'ordre du corps d'armée ; 109 à l'ordre de la division ; 206 à l'ordre de la brigade ; 783 à l'ordre du régiment.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bataillon de marche somali obtient une citation à l'ordre de l'armée et une citation à l'ordre de la division au sein du régiment d'Afrique-Équatoriale française et Somalie.

Citations militaires

Première Guerre mondiale

Citations à l'ordre de l'armée

Le , renforcé du bataillon sénégalais et de deux compagnies de Somalis, le [RICM] a enlevé d’un admirable élan les premières tranchées allemandes ; a progressé ensuite sous l’énergique commandement du colonel Régnier, brisant successivement la résistance de l’ennemi sur une profondeur de deux kilomètres. A inscrit une page glorieuse à son histoire en s’emparant d’un élan irrésistible du fort de Douaumont, et conservant sa conquête malgré les contre-attaques répétées de l’ennemi.

Sous le commandement du chef de bataillon Bouet, a participé le aux attaques des bataillons du régiment d’infanterie coloniale du Maroc, entre lesquels il était réparti, a rivalisé d’ardeur avec eux et triomphé dans les mêmes luttes glorieuses.

Bataillon indigène à l’esprit guerrier, sous l’énergique commandement du chef de bataillon Bouet, s’est fait remarquer dans maints combats, par son entrain, sa bravoure et son esprit de sacrifice. Du 30 au , a lutté sans répit, au prix de pertes nombreuses, sur une position très difficile et a réussi à arrêter l’ennemi. Récemment a fait preuve de belles qualités manœuvrières et d’une ardeur extrême, dans la poursuite de l’ennemi.

Citation à l'ordre de la division

Sous l’impulsion de son chef, le commandant Bouet, lors de l’offensive du , a fait preuve d’un courage et d’un entrain remarquables, nettoyant des abris formidablement organisés sans se laisser arrêter par la vive résistance des Allemands et coopérant ainsi de la façon la plus efficace au succès de la division.

Citation à l'ordre du régiment

Mise à la disposition du RICM, la compagnie du bataillon de tirailleurs somalis, commandée par le lieutenant Baumgartner, a participé aux attaques des 18 et , devant Longpont, et s’y est vaillamment comportée, subissant sans faiblir des pertes sévères.

Seconde Guerre mondiale

Citation à l'ordre de l'armée

Bataillon qui, sous le commandement calme et énergique du chef de bataillon Bentzmann a, par sa valeur, sa bravoure et son opiniâtreté, réussi le , le franchissement de vive force, sous le feu violent et ajusté de l’ennemi, de la ligne d’eau du Gua, large de plus de 400 mètres. Par son habile manœuvre a fait tomber les éléments de défense ennemis du Pont du Gua. Dans la journée du a bousculé l’ennemi sur les fortes positions d’un fossé antichars et, d’un seul élan, a enlevé le village du Vieux Soulac, ainsi que l’ensemble très fortement bétonné et vigoureusement défendu des ouvrages constituant le poste de commandement de la forteresse ennemie de la Pointe de Grave. Au cours de ces deux journées de combat, a fait 300 prisonniers.

Citation à l'ordre de la division

A mené pendant 7 jours dans la pointe de Grave du 14 au , un combat exceptionnellement dur contre un ennemi enragé à se défendre, allant jusqu'à se faire sauter sur place plutôt que de se rendre, très fortement armé et appuyé sur des ouvrages cuirassés à toute épreuve, couvert par un terrain d’inondation dont les passes étroites étaient littéralement bourrées de mines. A tué 947 Allemands, pris 100 ouvrages bétonnés et 90 pièces de canon, fait 3 300 prisonniers. Fait d’armes qui mérite de prendre rang dans les annales de cette guerre.

Monuments et plaques commémoratives

vignette|Le monument de Cuts, réédifié en 2014.

Un monument dédié aux combattants somalis morts pour la France est inauguré à Cuts, dans l'Oise, en 1961. Il rappelle les combats de Douaumont, du Chemin des Dames, de la Malmaison, du mont de Choisy, de Longpont et de la pointe de Grave.