Cet article considère la place des femmes dans l'attribution du prix Nobel (incluant le Prix d'économie, qui n'est pas un Nobel au sens strict). Ce prix a été décerné à des femmes, dont deux fois à Marie Curie qui en est par ailleurs la première récipiendaire féminine.

Avec de lauréates environ une fois les organisations écartées au cours des cent premières années d'existence de la distinction, la faible proportion de femmes ayant reçu un prix Nobel révèle le fossé des genres existant dans les domaines d'attribution du prix. Les femmes sont plus fréquemment récompensées pour des actions en faveur de la paix et en littérature, et même dans ces deux domaines, leur nombre est toujours très inférieur à celui des hommes.

Plusieurs raisons sont pointées du doigt, en partie différentes selon les périodes historiques. Tantôt sont soulignés l'inaccessibilité du domaine scientifique pour les femmes, puis le contexte de la guerre froide, le manque de réseaux de pairs, de propositions de femmes ou un entre-soi trop grand entre femmes et hommes dans tous les domaines récompensés par le prix. Un effort notable a néanmoins été réalisé par les comités Nobel depuis les pour corriger les multiples biais dont ils ont été accusés au fil des années.

Nombre de lauréates Frise des prix Nobel reçus par des femmes jusqu’en 2013.|alt=Frise à deux étages avec de petits logos pour chaque catégorie de Nobel.|droite|511x511px Le nombre de nobéliséesMarie Curie détenant 2 prix Nobel, sont lauréates et ont été décernés à des femmes.. est à comparer aux récompensés et aux pour 27 organisations différentes.. Des femmes ont été notablement lésées dans l'attribution des prix Nobel, générant parfois de grandes controverses lorsqu'elles ont été écartées. Durant les cent premières années du prix Nobel, on ne trouve que 4 % de lauréates environ une fois les organisations écartées, soit près de 3 % en sciences et moins de 10 % en moyenne pour la littérature et pour la paix..

La première cause est, tout au moins pour la période la plus ancienne, l'impossibilité presque totale faite aux femmes d'entrer dans une carrière scientifique de haut niveau. Cela a l'effet logique de réduire le nombre de découvertes significatives réalisées par les femmes.

La deuxième cause peut être la tendance de la société à empêcher les femmes plus que les hommes à accéder aux situations et aux postes à responsabilité ouvrant la route à une désignation..

Certains auteurs affirment qu'un biais s'est établi aussi durant la guerre froide : de 1948 à 1962, de nombreuses femmes sont proposées, mais aucune retenue pour aucun des prix, une conséquence de Danny Dorling écrit en 2012 : Traduction de . du jury de l'époque, qui considère comme nécessaire de promouvoir des figures « fortes », en l’occurrence des hommes, dans un contexte guerrier.

La troisième cause expliquant le faible nombre de lauréates pourrait être expliqué en partie par le manque de propositions des femmes aux prix. Plusieurs raisons sont avancées : elles manqueraient du réseau nécessaire pour se faire proposer, les hommes se sélectionnant entre eux et les femmes ne se cooptant pas ou encore que les femmes sont plus promptes à créditer leurs collègues là où les hommes le font peu ou moins, d'où une réputation moins grande pour les femmes à compétences égales..

Une quatrième cause peut être l'existence d'une disproportion très forte des genres dans certains domaines scientifiques. La proportion de femmes dans les sciences physiques ou économiques, qui sont des sujets pour lesquels existe un prix, est faible alors que la proportion des femmes dans d'autres domaines de recherche non récompensés est bien plus élevée.

Dans un autre registre, une statistique indicative du statut marital des lauréates jusqu'en 2000 montre que sur à l'époque, neuf ne sont pas mariées ou sont divorcées et sept sont sans enfants. Mise en parallèle avec le rôle sociétal d'éducation des enfants dévolu classiquement aux femmes, cette statistique montre que la conciliation entre un parcours menant à un prix Nobel et une vie de famille est encore trop complexe..

Les années 2000 marquent une évolution notable de cette situation : en 2009, un record est atteint lorsque cinq femmes sont récompensées par le prix Nobel sur neuf récipiendaires au total cette année-là.. En 2016, est dressé le constat d'une proportion de 9,79 % de lauréates depuis 2000, soit « une tendance nouvelle en termes relatifs, avec plus qu'un doublement du taux de féminisation du prix Nobel ». En 2018, la part de femmes distinguées depuis l'origine s'élève ainsi à un peu plus de 5 %.. Au total, entre 2001 et 2019, 23 femmes sont récompensées.. Néanmoins, une étude statistique de 2019. conclut, concernant le champ scientifique des Nobel, que l'inégale répartition des prix par sexe s'explique à 96 % de probabilité par la subsistance d'un biais de genre en défaveur des femmes..

En sciences

vignette|alt=Photo. Une femme se tient debout près d'un pupitre et s'adresse à des hommes assis. Des plantes à fleur rouge se trouvent sur le pupitre.|Barbara McClintock prononce son discours à l'institut Karolinska, durant la semaine de cérémonies des prix Nobel.

En sciences et en techniques, les femmes ont longtemps été écartées des études et des moyens de poursuivre des recherches. Témoignant d'une sous-représentation en physique, chimie et physiologie ou médecine, le peu de prix Nobel qui leur ont été attribués est le reflet de cette mise à l'écart., qui peut être mis en parallèle avec : les mathématiques, où la médaille Fields n'a récompensé que deux mathématiciennes : Maryam Mirzakhani, pour la première fois en 2014. et Maryna Viazovska en 2022, l'architecture, où seules six femmes (Zaha Hadid en 2004, Kazuyo Sejima en 2010, Carme Pigem en 2017, Yvonne Farrell et Shelley McNamara en 2020 et Anne Lacaton en 2021) ont reçu le prix Pritzker depuis sa création en 1979, l'ingénierie, où seule une femme a été récompensée du prix Millennium Technology en 2016, Frances Arnold, l'informatique, où le prix Turing a été décerné trois fois (Frances Allen en 2006, Barbara Liskov en 2008 et Shafi Goldwasser en 2012) à des femmes depuis 1996..

Durant la première partie du en Europe, alors qu'elles commencent à poursuivre des études, les femmes se voient refuser l'entrée aux laboratoires, aux hautes études ou aux chaires qui leur donneraient accès au matériel nécessaire à leurs recherches. Les parcours sont semés d'embûches et l'un des exemples principaux est le cas de Marie Curie qui, bien que pionnière et première femme lauréate d'un prix Nobel, est écartée de l'Académie des sciences française par sexisme, tout comme sa fille, aussi nobélisée, le sera des années plus tard..

Aux États-Unis, ce sont les lois anti-népotisme, interdisant aux proches d'exercer dans les mêmes départements de recherche, qui empêchent de fait une femme de travailler dans le même laboratoire que son mari. Ces lois ferment les portes des institutions à de multiples femmes scientifiques de l'époque : en général mariées à d'autres scientifiques, elles doivent abandonner leur carrière, travailler bénévolement ou devenir assistante de laboratoire et effectuer des recherches « en perruque » à côté de leurs autres activités.

Les premières dizaines d'années de remise du prix ne voient donc que peu de femmes proposées et encore moins de lauréates. Avec le temps, la quantité de femmes ayant accès aux hautes études et au matériel adéquat s'accroît, mais la proportion de lauréates demeure pourtant sans commune mesure avec la proportion de femmes scientifiques. Il se pourrait qu'elles n'aient pas un réseau suffisamment étendu de collègues, indispensable pour se voir proposer au prix Nobel par leurs pairs. Une analyse des statistiques des lauréats montre qu'à partir des années 1970, un écart entre les genresL'écart entre les genres, dont le terme commun en anglais est « », désigne l'écart en nombre ou en possibilités offertes entre les hommes et les femmes dans un domaine, un métier ou une situation donnée. Ici, il désigne l'écart entre le nombre de femmes et d'hommes travaillant dans le domaine des sciences (faible), et le nombre de femmes et d'hommes proposés ou récompensés par un prix Nobel (grand) : il y a disparité dans l'accessibilité des femmes à cette récompense. apparaît : les femmes sont désormais bien plus nombreuses en sciences, mais le nombre de femmes nobélisées ne progresse pas dans la même proportion. Une explication possible est que les prix sont souvent remis pour des découvertes vieilles de plusieurs années voire décennies : l'écart actuel ne serait alors que le reflet de l'écart de genre plus ancien datant de l'époque où beaucoup moins de femmes travaillaient dans les domaines scientifiques. Ceci n'explique pas toutefois le peu de propositions de femmes chaque année qui serait plutôt à mettre sur le compte en général de l'accès aux ressources et cursus qui demeure difficile pour les femmes ainsi que par la pression sociale attendant de la femme qu'elle s'occupe des enfants.

De manière plus générale, même si l'amélioration de l'accessibilité du domaine est significative en sciences, il n'en demeure pas moins qu'en 2003 aux États-Unis, seulement 22 % des licenciés ès-sciences et 18 % des docteurs en physique sont des femmes, alors même qu'autant de garçons que de filles terminent leurs études secondaires avec une spécialisation en sciences physiques. Un nombre important de femmes délaissent donc en cours de route leurs études de physique, n'achèvent pas leur doctorat ou changent d'intention d'orientation de fin d'études, laissant de côté leur plan de carrière dans la recherche. Pointé du doigt encore une fois, le milieu peu favorable aux femmes : moins de gratifications à succès égal qu'un homme, salaire moindre, avertissements plutôt qu'encouragements avant le cursus, peu ou pas d'encouragements pendant, maternité attendue socialement comme à gérer par soi-même.

Paix vignette|gauche|alt=Photo de trois femmes tenant leur diplôme du prix Nobel durant la cérémonie.|En 2011, trois femmes reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix (de gauche à droite) : Tawakkol Karman, Leymah Gbowee et Ellen Johnson Sirleaf.

Après avoir pris connaissance du testament d'Alfred Nobel, le roi de Suède convoque le neveu de Nobel et aurait alors demandé la suppression en particulier du prix Nobel de la paix, arguant que .. L'ambiance de l'époque est alors peu propice aux femmes ; l'attitude accueillant la récompense en 1905 de Bertha von Suttner est aussi misogyne que celle qui empêche Marie Curie d'accéder à l'Académie des sciences française : parodiée, ridiculisée, insultée et caricaturée, malgré son succès dans ses combats pacifistes, Suttner est traitée d'hystérique et pointée du doigt pour son aversion de l'antisémitisme...

Le rapport des femmes au prix Nobel de la paix est particulier. Les premières associations internationales actives dans le pacifisme se mettent en place vers le milieu et la fin du , quelques décennies seulement avant la création des prix Nobel ; ces grandes organisations sont alors essentiellement composées de militantes et sont parfois féministes.. Les femmes sont ainsi plus présentes dans les prix Nobel de la paix que pour les autres prix du fait de cette implication historique..