Le système éducatif français a connu d'importantes évolutions à travers l'histoire, avec pour principale caractéristique un accès de plus en plus large des Français à l'enseignement, depuis l'Ancien Régime jusqu'à nos jours. Longtemps réservé à une certaine élite, l'enseignement a connu une démocratisation importante. La question de l'enseignement est soumise à des enjeux politiques, idéologiques et économiques qui contribuent à nourrir son histoire.

Citoyens, familles, État et institutions (religieuses, économiques...) constituent les groupes de pression qui vont permettre l'aboutissement de l'école généralisée, notamment au travers des lois Jules Ferry. L'histoire de l'éducation en France est donc marquée par des considérations économiques (coût de l'école, valeur économique des enfants) et sociales, mais aussi par des débats sur la liberté d'enseignement et sur la laïcité.

Moyen Âge

vignette|Leçon dans une université médiévale : un docteur en droit canon et ses élèves. Une idée fausse, que Charlemagne a en France, a pour origine une anecdote forgée par Notker de Saint-Gall d'un Charlemagne visitant l'une des écoles de sa création pour tester les connaissances des écoliers. Il est vrai que, conseillé sur ce point par Alcuin, il crée l'école du Palais à Aix-la-Chapelle : les enseignements sont structurés autour des sept arts libéraux (quadrivium et trivium) qui avaient été définis au . En réalité, son capitulaire Admonitio generalis promulgué le prend notamment comme décision majeure la restauration d'écoles monastiques ou épiscopales. De fait, la Gaule romanisée disposait d'écoles municipales (écoles primaires dispensées par le magister, écoles secondaires par le grammairien, écoles supérieures sous la direction du rhéteur). Ce modèle romain fut perpétué dans les écoles presbytérales, monastiques ou épiscopales qui lui adjoignirent un enseignement religieux, comme l'atteste le Concile de Vaison, mais il s'était surtout développé dans l'Espagne wisigothique, l'Irlande, l'Italie ou l'Angleterre, Charlemagne faisant appel aux maîtres de ces grands foyers d'études pour former un corps de fonctionnaires rigoureux et une élite aristocratiquePaul-Éric Blanrue, op. cité, .

Au se produit une véritable révolution scolaire. La renaissance du voit un progrès dans l'instruction, l'apparition des universités avec l'organisation unifiée de l'enseignement de tous les collèges (Moyen Âge) des villes importantes et l'approfondissement de la connaissance des auteurs grecs (Aristote, et aussi Thalès, Euclide, Archimède, etc.).

Les universités étaient structurées en quatre facultés, dont l'enseignement commence par celui des collèges de la faculté des arts qui continuent d'enseigner le quadrivium et le trivium, et qui jouent le rôle de propédeutique, et se poursuit dans l'une des trois autres facultés : (théologie, médecine, droit), selon le secteur d'activité auquel se destine l'écolier.

Tant au Moyen Âge que pendant la Renaissance, l'enseignement se fait entièrement en latin. À partir de 1530, (fondation du Collège Royal, futur Collège de France) quelques professeurs (le grammairien Ramuz, le mathématicien Pierre Forcadel) donnèrent néanmoins leur enseignement en français.

Ancien Régime

L'époque moderne voit se développer les « petites écoles » destinées à donner une instruction de base aux enfants (lire, écrire, compter), notamment avec l'Ordonnance du 13 décembre 1698. Le roi Louis XIV oblige les parents de France à envoyer leurs enfants dans les écoles paroissiales, dites « petites écoles » . Cette obligation s'applique aux enfants jusqu'à l'âge de quatorze ans. Le pouvoir royal encourage ces écoles, mais sans s'impliquer, ni pour l'organisation, ni pour le financement. Les petites écoles sont donc sous la dépendance des évêques et des communautés locales. Le financement vient uniquement des familles, ce qui ne favorise pas un enseignement suivi. Ces petites écoles, surtout présentes dans les villes et dans certaines régions, sont généralement réservées aux garçons. vignette|Demoiselles de Saint-Cyr, gravure de Nicolas Bonnard entre 1680 et 1715. Cette éducation se fait en français, tant par les Frères des écoles chrétiennes que dans les Petites écoles de Port Royal. Dans les campagnes, dans les écoles destinées à l'alphabétisation des enfants pauvres, l'apprentissage de la lecture se fait à partir de livres de prières en latin et en langues régionales et en dialectes locaux. L'éducation des filles, qui restera assez limitée (lecture, écriture, grammaire, histoire et littérature) se faisait aussi en français : l'institution de Saint-Cyr, pour l'éducation de jeunes filles nobles désargentées, en est un bon exemple.

Dans les grandes villes sont créés des collèges tenus par des ordres religieux. Ils s'émancipent avec plus ou moins de difficultés des universités. Les Jésuites fondent et dirigent notamment du au de nombreux établissements prestigieux dans lesquels l'enseignement est gratuit (le plus célèbre étant l'actuel lycée Louis-le-Grand à Paris). L'enseignement s'y fait exclusivement en latin, tandis que les Oratoriens acceptent un peu de français. Tous ces collèges forment une part importante des enfants de la bourgeoisie, même s'ils ne rejoignent pas l'université. Ces dernières se maintiennent, la détention de diplômes étant indispensable pour l'exercice de certaines fonctions, notamment des offices judiciaires ou de la prêtrise. Au , le français commence à s'installer dans les collèges : vers le milieu du siècle, on cesse d'imposer le latin dans les conversations des élèves ; peu avant la Révolution, le français commence à s'étendre à l'enseignement des mathématiques, des sciences, de la philosophie. La suppression de la Compagnie de Jésus en 1773 amorce la volonté révolutionnaire de retirer à l'enseignement sa dimension religieuse. Après la fermeture des institutions des jésuites on commence aussi à enseigner le français, sa grammaire et son orthographe, dans tous les collèges.

C'est aussi avant la Révolution française que sont créés les premiers établissements de formation supérieure spécialisée, notamment pour le génie, et qui préfigurent les grandes écoles.

L'œuvre de la Révolution

L'éducation devient un enjeu important dès les débuts de la Révolution française (1789), et l'objet de nombreux débats, bien qu'il faille attendre quelque temps avant qu'elle ne soit réformée. Ainsi, dès 1791, une enquête sur les établissements d’instruction publique est lancée par le Comité d'instruction publique de l'Assemblée législative Ehrhardt Caroline, D’Enfert Renaud, « La statistique éducative, outil de gouvernement et de mobilisation des enseignants ? Le cas de l'enquête de l'an VII sur les écoles centrales », Histoire & mesure 1/ 2014 (Vol. XXIX), URL : www.cairn.info/revue-histoire-et-mesure-2014-1-page-9.htm. Voir en particulier §13 .

La loi du (29 frimaire an II), promulguée le (5 nivôse an II), met en place pour la première fois en France une école publique, gratuite et obligatoire, pour les filles et les garçons.. Son caractère obligatoire résulte d'un amendement de Louis-Joseph Charlier.

Elle trouve son origine dans un « Plan général d’instruction publique », élaboré par Gabriel Bouquier, député de la Dordogne. La loi Bouquier rend obligatoire une scolarité de trois ans pour les enfants de 6 à 8 ans. Cette loi est, selon l’historien Côme Simien, « la mieux appliquée et la plus appropriée de toutes les lois scolaires de la décennie révolutionnaire »..Cette loi prévoit l’allocation d’un salaire fixe aux instituteurs et institutrices et leur confère une importante liberté pédagogique. En principe, n’importe qui peut devenir instituteur, s’il obtient un certificat de civisme et s’enregistre auprès de sa municipalité. Les enseignants sont notamment chargés d’expliquer les droits de l’homme, la Constitution française de 1791 ainsi que d’utiliser des livres républicains. Les parents des enfants qui ne se rendraient pas à l’école s’exposent à de lourdes amendes..

La loi Bouquier est soutenue par le Comité de salut public, qui voit en elle un moyen d’apaiser les tensions liées à l’atmosphère de guerre civile. Son application prend fin en 1794, à la suite de la chute de Robespierre., pour laisser place à la loi Lakanal, puis à la loi Daunou en 1795.

Le magister de village et le clerc paroissial qui faisaient office de maître d'école sont remplacés par les instituteurs dont le corps est formé par la loi du qui a pour objectif d'ouvrir l'enseignement primaire à tous, comme l'atteste la création du ministère de l'Instruction publique. La réforme aboutit à la loi Daunou du 3 brumaire an IV () qui organise un enseignement primaire, mais supprime l'obligation d'éducation. Elle crée aussi d'éphémères écoles centrales pour le secondaire, lesquelles ont pour principal objectif de donner une place plus grande aux sciences, rompant ainsi avec l'éducation des humanités transmise sous l'Ancien Régime.

Les enjeux de l'éducation selon les révolutionnaires sont : de donner une culture à l'ensemble des citoyens qui, une fois éclairés, ne tomberont pas dans le piège d'une vie entièrement orientée vers la satisfaction des besoins énormes de main d'œuvre du système de production ou vers le culte ; de légitimer et d'assurer la survie du nouveau système politique français qui émerge, la démocratie.

Les universités sont supprimées en 1793 et remplacées à partir de 1794 par des écoles professionnelles : écoles de droit et de médecine. La RévolutionEcoles de l'an III développe aussi le système des grandes écoles, comme l'École polytechnique, fondée en 1794. C'est à la même période que Nicolas de Condorcet lance le mouvement de l'éducation permanente qui doit permettre à tout citoyen de se former tout au long de sa vie. Le Conservatoire national des arts et métiers est créé à cette époque.

De Napoléon à Jules Ferry À son arrivée au pouvoir en 1799, Napoléon Ier constate la désorganisation de l'enseignement primaire et rétablit alors les écoles religieuses. Sous le Consulat, en 1802, sont fondés les premiers lycées, à côté desquels subsistent des collèges considérés comme secondaires. Le , Napoléon Bonaparte devient l'empereur des français Napoléon Ier : c'est la fin de la Première République et la naissance du Premier Empire. Le , le décret napoléonien sur l'éducation prévoit notamment, dans son article 38, que les écoles doivent désormais suivre les « principes de l’Église catholique », et dans son article 109 que les Frères des écoles chrétiennes sont désormais chargés de l’enseignement primaire et de la formation des instituteurs. Ces « Lasalliens », principaux acteurs de l'enseignement primaire catholique, reprennent progressivement leurs fonctions. Mais les ouvertures d'écoles sont si lentes (faute de maîtres formés en nombre suffisant) qu'elles laissent temporairement la place au fort développement de l'école mutuelle« Cent écoles ont été créées en un an, elles enseignent à douze mille élèves, alors que, les frères des Écoles chrétiennes qui ont été rétablis par l’empereur en 1803, n’ont réussi en 1816 à refonder que soixante écoles », dans Anne Querrien, introduction de L'école mutuelle : une pédagogie trop efficace ?, éditions Les Empêcheurs de penser en rond 2005..

La grande réforme de est celle de la constitution de l'Université impériale, avec la loi du 10 mai 1806 et surtout le décret du 17 mars 1808. Ce dernier inscrit, sous le nom de « logique », la philosophie parmi les matières nécessaires de l'enseignement secondaireÉmile Durkheim, «L’enseignement philosophique et l’agrégation de philosophie.», 1895. L'année suivante, un règlement remplace ce mot par celui de philosophie, et un arrêté de 1810 étend à tous les lycées cette disposition.