La famille Giscard d'Estaing (Giscard jusqu'en 1922) est une famille subsistante d'ancienne bourgeoisie françaiseL'« une des plus influentes de la bourgeoisie française », Michel Sementéry, Les Présidents de la République française et leur famille, éditions Christian, 1982"Petite bourgeoisie, ", écrit Charondas dans Le cahier noir., originaire de Marvejols (Lozère), puis fixée au début du dans le Puy-de-Dôme.

Elle compte parmi ses membres, au , des administrateurs, des hommes d'affaires et des hommes politiques, en particulier le président de la République française, Valéry Giscard d'Estaing.

Histoire Ses membres portent le nom Giscard d'Estaing depuis qu'en 1922 et 1923, René Giscard et son frère Edmond, ainsi que leurs oncles Joseph et Philippe, ont obtenu par un décret pris en Conseil d'État le droit d'adjoindre à leur nom de famille le patronyme d'une de leurs aïeules en ligne féminine, Lucie-Madeleine d'Estaing (1769-1844).

Filiation Gévaudan La famille Giscard est originaire de Marvejols, en Gévaudan. Sa filiation suivie commence avec :

François Giscard, calviniste, marchand, épouse à Marvejols en 1632 Marguerite Aymar (Marvejols 1609 - 1692), fille de Pierre Aymar, ou Meymar, et de Jeanne Guyot, dont :

Auvergne

Origine des deux Lucie-Madeleine d'Estaing

Franck Imberdis écrivait en 1964, concernant Lucie-Madeleine d'Estaing et ses ascendants : « Ces d'Estaing [...] ont très probablement une origine commune avec les d'Estaing, ancêtres de l'amiral ; cette origine remonte au , et [ils] représentent une branche bâtardeF. Imberdis, la France généalogique, 6e année, n°38, août 1964 ».

Lucie-Madeleine Destaing de Boissières ou d'Estaing (1769-1844), est née le au Buisson à Saint-Babel, fille de Jean Dominique de Boissières dit DestaingSon père et lui-même portaient à l'état civil le patronyme de Boissières, il décide de reprendre le nom Destaing et déclare ses enfants sous le patronyme Destaing de Boissères.) (1741-1813), sieur du Buisson, et de Catherine Dabert (décédée le au Buisson à Saint-Babel)Archives départementales du Puy-de-Dôme : vue 143, AD63Michel Sementéry, Les Présidents de la République française et leur famille, éditions Christian, 1982, qui étaient roturiers et bourgeois de Saint-BabelPierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire français, Sedopols, Paris, 2002, dans le Puy-de-Dôme.

Son père lui a donné les mêmes prénoms que Lucie-Madeleine d'Estaing (1743-1826), qui était alors célèbre pour être favorite du roi Louis XV et qu'il a choisie comme marraine par procuration, tandis que son frère le non moins célèbre amiral d'Estaing était désigné comme parrain. À la cérémonie du baptême, ce furent la sœur aînée de l'enfant, Suzanne Destaing (1770-1847), et un oncle paternel, Jean Destaing dit Boissières (1748-1895), qui la portèrent sur les fonts baptismaux.

Réquistat à Jabrun

Lucie-Madeleine Destaing de Boissières ou d'Estaing (1769-1844) avait pour premier ancêtre prouvé un certain Joachim Destaing, de parents inconnus, marié en 1646 à Suzanne Paulet, dite de Réquistat, à Jabrun, dans le Cantal. Se disant Joachim d'Estaing, noble, sieur de RéquistatPierre-Marie Dioudonnat, Le Simili-Nobiliaire français, Sédopols, Paris, 2010, il fut condamné par défaut pour usurpation de noblesse par un jugement du , dans le cadre de la grande enquête sur la noblesse ordonnée par Louis XIV en 1666, et son fils Guillaume-Joseph Destaing à nouveau le .

Cette famille de onze enfants, habitait le château de Réquistat, fief qui n'appartenait plus depuis 1590 à la famille d'Estaing qui d'ailleurs n'y avait jamais résidé..

La notice historique sur Jabrun du Dictionnaire statistique et historique du Cantal indique que « En 1669, les domaines et château de Réquistat reviennent dans la famille d'Estaing, et de là furent transmis par mariage [en 1672] au seigneur de Beaufort-Canillac qui les revendit à Jean de Boissières. Ce dernier revendit Réquistat en 1743 à Pierre de Tassy de Montluc qui en prit possession en 1751. » Ce Jean de Boissières portait, comme ses six frères et sœurs, ce nom de Boissières parce que son grand-père paternel Joachim Destaing (1648-1711), fils homonyme de Joachim Destaing et de Suzanne Paulet, condamné aussi pour usurpation, avait dû s'engager à ne plus jamais porter le nom d'Estaing, ni ses descendants. Il apparaît donc que Suzanne Paulet ne possédait pas la seigneurie de Réquistat lors de son mariage en 1646 avec son père Joachim Destaing, mais seulement le domaine utile, un usufruit ou un fermage, puisque c'est seulement vers 1740 que son arrière-petit-fils Jean de Boissières aura la possibilité de racheter la seigneurie directe à Marie-Claire d'Estaing, femme de Jean-Gaspard de Beaufort-Canillac.

Selon Jean-Louis Beaucarnot, ce pourrait être « une branche apparemment e de l'illustre famille d'EstaingJean-Louis Beaucarnot, cité par Robert Schneider dans son ouvrage Je serai Président : Enfance et jeunesse des six chefs d'État de la République, Perrin, 2012 ». En 1882, Louis de La Roque écrivait à ce sujet : « Il est difficile de supposer que Joachim d'Estaing, sieur de Réquistat, condamné en 1666, soit le même que Joachim d'Estaing, chevalier, seigneur de Murols (fils du vicomte François II et héritier, entre autres fiefs, de la vicomté d'Estaing), qui se serait marié trois fois. Nous sommes donc en présence d'une famille d'Estaing possessionnée comme l'autre dans la paroisse de Chambon lez Ambert et qui pouvait en être une branche, mais qui prouvait assez mal sa filiation, pour que deux de ses membres aient pu être condamnés comme usurpateurs de noblesseLouis de La Roque, Bulletin de la Société héraldique et généalogique de France, 1882 ».

On a aussi avancé l'hypothèse que Joachim Destaing (l'ancêtre de Lucie-Madeleine d'Estaing), qui demeurait à Jabrun lorsqu'il a été condamné en 1666 pour usurpation de noblesse, aurait été inhumé le à Chambon lez Ambert, et qu'il serait le fils bâtard de l'abbé Charles d'Estaing, seigneur de Cheylade et de Marchastel (frère du vicomte François II d'Estaing), et peut-être d'une certaine FrançoiseChristian du Passage, Histoire et généalogie, 160-266, octobre 2001Cf., également, les publications des généalogistes Ambroise Tardieu et Albert de Remacle. Or, d'une part, ce n'est pas du tout à Chambon-lez-Ambert que l'on trouve la mention de l'inhumation le de Joachim Destaing, du lieu de Requistat, mais sur les registres paroissiaux de Jabrun, d'autre part le testament de l'abbé est connu, et il ne mentionne qu'un seul enfant naturel, une fille, à laquelle il fait un legs.

Pour le rattacher à la famille d'Estaing, il a aussi été fait l'hypothèse que son père soit Guillaume, bâtard d'Estaing, sieur de Chambon (demi-frère bâtard du vicomte François II)Gérard de Villeneuve, Généalogie de la famille Lussigny (de Valenciennes), chez l'auteur, 1967, 117 pE. de Seréville et F. de Saint-Simon, Dictionnaire de la noblesse française, 1975Joseph Valynseele et Denis Grando, A la découverte de leurs racines, ICC éditions, Paris, 1988, mais sans apporter le moindre indice.

Le Buisson à Saint-Babel

Le domaine Buisson ou du Buisson, à Saint-Babel, n'était pas un fief, son nom étant celui de Gabriel Buisson, qui fit construire un manoir en 1645 sur une terre que son père avait achetée, vers 1599, pour reconstruire sa maison d'Olliergues (63), détruite en 1577 par le Capitaine MerleMémoires de l'Académie des sciences, arts et Beles-Lettres de Clermont-Ferrand, 1926, page 170, et 515. Un siècle après, le , le château du Buisson et son domaine en métayage ont été vendus pour livres par Marguerite Glaize, veuve de Jean d'Oradour, à un certain Jean de Boissières, dont on a vu plus haut qu'il avait acheté et revendu en 1743 la seigneurie de RéquistatL'Intermédiaire des chercheurs et curieux, 1864, page 1090 et suivants. Il s'était marié à Saint-Flour le avec Elisabeth Beral (Lavastrie 1706-Saint-Babel 1789), et il avait déjà sept enfants nés à Réquistat entre 1737 et 1751, dont Jean-Dominique de Boissières né en 1738 ou 1741. Huit ans après l'achat du manoir du Buisson, Jean-Dominique du Buisson se marie le à Murols (63) avec Catherine Dabert (1740-1774) qui lui donnera onze enfants, dont Lucie-Madeleine Destaing en 1769 et il meurt en 1813. Après son mariage, il a repris le nom Destaing et les prétentions à la noblesse qui ont vallu les deux condamnations de ses aïeux, se faisant appeler Destaing de Boissières, seigneur du Buisson et écuyer, ce qui provoqua en 1764 une plainte du syndic des habitants de Saint-Babel qui montra que son père et ses enfants avaient été déclarés roturiers en 1742 par la Cour des aides de Clermont-Ferrand et assujetti à la taille. Après la mort à soixante-dix-sept ans de la plus jeune des trois sœurs de Lucie-Madeleine d'Estaing, Suzanne Destaing qui habitait le château du Buisson, celui-ci a été vendu en 1847 à un médecin d'Issoire, Jean-Baptiste Roux, âgé de 66 ans, veuf, qui y a entrepris d'importants travaux de restauration et d'agrandissement.

Lucie-Madeleine d'Estaing s'est mariée à Saint-Babel, le , à Jacques Guy Cousin de La Tour Fondue, noble, seigneur de Murol à Saint-Amant et de Salles, officier au régiment de Bourgogne-infanterie, puis maire de Saint-Amant-Tallende, auquel elle a donné une fille, Élise de Cousin de La Tour Fondue, qui sera l'épouse de Martial Giscard. Elles est morte le à Saint-Amant-Tallende.

Dans son livre la Maison d'Estaing, publié en 1950, Edmond Giscard d'Estaing revendique une filiation avec cette grande famille d'Estaing, se qualifiant avec son frère René et ses cousins de « représentants de la maison d'Estaing ». Au reste, en même temps qu'ils empruntaient leur nom et qu'ils rachetaient leur château, les Giscard ont aussi pris leurs armes.

Changement de nom La famille Giscard bénéficia de deux décrets autorisant son changement de nomPhilippe du Puy de Clinchamps, La Noblesse, Puf, 1959, réédité en 1996Henry Coston, Le Secret des dieux, 1968, .Michel Sementéry, Les Présidents de la République française et leur famille, éditions Christian, 1982, section « Valéry Giscard d'Estaing ». Par un premier décret en Conseil d'État, en date du , Edmond Giscard (père du président Valéry Giscard d'Estaing) et ses deux oncles Joseph et Philippe (ainsi que leurs descendants) se virent accorder le droit de relever le patronyme d'Estaing de leur aïeule Lucie-Madeleine d'Estaing morte en 1844, et de l'ajouter à leur patronyme afin de s'appeler Giscard d'Estaing.

René Giscard, frère aîné d'Edmond, alors maître des requêtes au Conseil d'État, demanda à faire étendre la mesure en sa faveur — second décret du .

Le père d'Edmond et René, Valéry, alors aîné des Giscard, avait quant à lui demandé à relever officiellement le nom de sa grand-mère paternelle, Élise de Cousin de La Tour Fondue. Mais le dernier représentant mâle de cette ancienne famille de la noblesse auvergnate, Anatole de Cousin de La Tour Fondue, expatrié au Canada et brouillé avec une partie de sa famille, en était revenu pour s'y opposer. Valéry Giscard usait néanmoins (donc officieusement) du nom Giscard de La Tour Fondue, devenu celui d'une rue de Clermont-Ferrand (ville dont il fut conseiller municipal)Comme le signale un article du quotidien régional La Montagne, il s'agit là d'un nom d'emprunt (Site lamontagne.fr, article "Ces petites histoires insolites sur Clermont-Ferrand", consulté le 5 décembre 2020).. Ce n'est qu'avec la mort, en 2000, de Geneviève de la Tour Fondue que s'éteignit définitivement ce patronyme.

Personnalités Edmond Giscard d'Estaing ( à Clermont-Ferrand – à Chanonat), inspecteur des Finances, administrateur de société, maire de Chanonat, marié le à Paris à Marthe dite « May » Bardoux ( à Paris – à Saint-Saturnin), père du président Valéry Giscard d'Estaing ;