Un fixin (, « fissin »). est un vin français d'appellation d'origine contrôlée rouge ou blanc produit sur une partie des communes de Fixin et de Brochon, dans le département de la Côte-d'Or, sur la route des Grands Crus. C'est une des appellations communales du vignoble de la côte de Nuits, entre l'aire de production du marsannay au nord et du gevrey-chambertin au sud.
La production de rouge est dominante : 93,5 % du volume, pour 6,5 % pour le blanc. L'appellation compte six climats classés en premier cru, qui représentent approximativement 10 % de la production de rouge. L'aire d'appellation ne comprend pas de grand cru.
Histoire Début du vignoble On attribue à la période romaine l'implantation de la viticulture dans l'actuelle Bourgogne ; plusieurs fouilles archéologiques la prouvent pour la fin du , notamment celle à Gevrey-Chambertin en 2008-2009 (au lieu-dit « Au-dessus de Bergis », interprétée comme étant les restes d'une vigne en pergolette sur plaine argileuse).. Ce vignoble de plaine se serait implanté sur le coteau seulement à partir du haut Moyen Âge, avec aménagement progressif d'un parcellaire délimité par des haies, des murs, des murgers et des chemins..
À partir du , l'implantation du christianisme avait favorisé l’extension de la vigne par la création d’importants domaines rattachés aux abbayes ou aux évêchés. Pour la paroisse de Fixin, il s'agissait du chapitre de Langres (d'où le nom du clos du Chapitre), évêché dont toute la côte dijonnaise dépendait (jusqu'à Gevrey compris). En l'an 1395, Philippe le Hardi décida d'améliorer la qualité des vins et interdit la culture du gamay au profit du pinot noir dans ses terres. : cet ordre est renouvelé plusieurs fois, ce qui fait douter de son efficacité. En 1422, d'après les archives, les vendanges eurent lieu en côte de Nuits au mois d'août.. À la mort de Charles le Téméraire, le vignoble de Bourgogne fut rattaché au royaume de France, sous le règne de Louis XI.
Période moderne À la fin du et au , la façon de faire le vin rouge évolue vers des cuvaisons plus longues, des vins plus colorés et corpulents, les élevages s'allongent, d'où des mises en vente qui se décalent de novembre jusqu'à février. En 1700, l'intendant Ferrand rédigea un Mémoire de la Bourgogne pour l'instruction du dauphin Louis (qui avait le titre de duc de Bourgogne ; c'est le petit-fils de Louis XIV et le père de Louis XV), indiquant que dans le duché les vins les meilleurs provenaient des , et . Six exemplaires sont conservés à la bibliothèque municipale de Dijon, sous les cotes ms 724, 725, 726, 792, 1051 et 1064 ; il a été réédité et analysé : ..
La feuille de Dole-Auxonne (publiée en 1762) de la carte de Cassini indique que le vignoble de Fixey et de Fixin s'étale du coteau jusqu'à la route à l'est ; celui de Brochon est séparé par un vallon où coulait un petit ruisseau aujourd'hui disparu (c'est à peu près la limite actuelle entre Fixin et Brochon).
En 1777, Claude Courtépée et Edme Beguillet indiquent dans leur ouvrage à propos de Fixin (qu'ils écrivent aussi « Fissin ») que , . (cette dernière phrase concernant l'actuel climat la Perrière).
En 1816, André Jullien présente dans son livre le vignoble de la Perrière à Fixin comme faisant partie de sa de ceux de la Côte-d'Or, mais se contente de seulement le mentionner, alors que la Romanée-Conti, le Chambertin, le Richebourg, le Clos-Vougeot, la Romanée-de-Saint-Vivant, la Tâche et le Saint-George ont droit chacun à un paragraphe, .. Les autres vins de la commune sont classés en : . En 1831, la commune de Fixin comprenait plantés en gamays, Fixey en avait 82, tandis que Brochon rajoutait à ses 113 de gamays 22,7 de noiriens (le pinot noir), ..
vignette|redresse=2|Carte des vignobles de Brochon, de Fixin et de Fixey selon le classement de 1861 : la première classe de vins est en rose, la deuxième classe en jaune, la troisième classe en vert.
En 1855, l'ouvrage de Jules Lavalle mentionne que le cadastre napoléonien indiquait de vignes à Fixey, 134 à Fixin et 140 à Brochon. Il classe en le clos de la Perrière (de 5 ha, dont 3,7 en vignes) ; puis en les Arvelets et la Mazière à Fixey, le Chapitre, les Arvelets, le Tremble, Echéseaux et Clos-Napoléon à Fixin ; en le Rosier, Champennebaut, les Clos, le Clos, les Foussottes, les Mogottes et Champ-Perdrix à Fixey, les Ormeaux, la Croix-Blanche, le Crais et Closmée à Fixin ; enfin en Meix-Tournant, les Echalais, Tabellion, au Village, les Herbues, Clémofert, Crais-de-Chêne, les Petits-Crais, la Place, le Pothey et le Champ-des-Arrêts à Fixey, les Entre-deux-Velles à Fixin..
En 1860, les communes de Fixey et de Fixin fusionnentDécret impérial du , .. En 1861, le Comité d'agriculture de l'arrondissement de Beaune, préparant l'Exposition universelle de 1862, classe de Fixin et 31,43 de Brochon comme , dont en les Hervelets, les Meix-Bas, la Perrière, aux Cheusots, le clos du Chapitre et les Arvelets à Fixin ; en la moitié des Entre-deux-Velles, le Village, Champ-Pennebaut, le Clos et les Mogottes à Fixin, ainsi que la Croix-Violette, Créole et la Queue-de-Hareng à Brochon, (carte au 1/ de 26 × 278 cm : )..
vignette|Phylloxéra : le puceron tueur de vigne. Dans les décennies 1830 et 1840, la pyrale se multiplie et ses chenilles dévorent les feuilles de la vigne. Elle est suivie à partir de 1850 d'une maladie cryptogamique, l'oïdium., un champignon qui se développe sur les feuilles : les viticulteurs luttent contre lui depuis 1854 en aspergeant les vignes de soufre utilisé contre fongicide (soufrage). En 1860, la commune de Fixin annexe celle de Fixey. Le millésime 1865 a donné des vins aux teneurs naturelles en sucres très élevées et des vendanges assez précoces. Puis arrive le phylloxéra, un puceron venu d'Amérique du Nord, qui touche la Côte-d'Or à partir de 1878 (repéré à Meursault, puis la même année au jardin botanique de Dijon et à Norges-la-Ville), se répandant ensuite, entraînant à terme la mort de la totalité des vignes. La seule parade trouvée fut de replanter avec greffage sur des pieds américains, autorisé en Bourgogne à partir de 1887.. En 1878, une nouvelle maladie cryptogamique, le mildiou, est identifiée dans le Bordelais, venant elle-aussi d'Amérique du Nord et contaminant rapidement tous les vignobles européens ; le traitement avec du sulfate de cuivre (la bouillie bordelaise) est proposé en 1885. Enfin, en 1886, c'est au tour du black rot (la pourriture noire) d'arriver ( de la Société française de phytopathologie, « Les Vendanges du Savoir » le 20 mai 2025 à Talence)., traité au fongicide. La crise phylloxérique transforme le vignoble : le provignage est abandonné, les plantations sont faites en rangs avec désormais un palissage sur fils de fer, et non plus en foule sur piquets., d'où une densité plus faible, et la possibilité d'y faire passer un cheval (pour traiter et labourer).
Le mildiou provoqua un désastre considérable en 1910. Henri Gouges avait rejoint au niveau national le combat mené par le sénateur Joseph Capus et le baron Pierre Le Roy de Boiseaumarié qui allait aboutir à la création des appellations d'origine contrôlée. Il devint le bras droit du baron à l'INAO.. Ainsi cette AOC fut créée par le décret du , publié au JORF du .. L'autorisation des premiers crus est rajoutée au décret définissant l'appellation en , publié au JORF du .. Apparition de l'enjambeur dans les années 1960-1970, qui remplacent le chevalSite du BIVB. Les techniques en viticulture et œnologie ont bien évolué depuis 50 ans (vendange en vert, table de triage, cuve en inox, pressoir électrique puis pneumatique...).
Avec la canicule de 2003, les vendanges débutèrent pour certains domaines cette année-là à la mi-août, soit avec un mois d'avance ; des vendanges très précoces qui, d'après les archives, ne s'étaient pas vues depuis 1422 et 1865.
Le cahier des charges de l’appellation a été modifié en , publié au JORF du ., en Décret du relatif à l'appellation d'origine contrôlée « Fixin », publié au JORF du . et en , homologué par l'arrêté du publié au JORF du ., avec une extension de de l'aire d'appellation sur la commune de Brochon (auparavant en appellation côte-de-nuits-villages)..
Étymologie Le nom de l'appellation est celui du village éponyme. En 679, il est nommé Fisciacus (dans le cartulaire de Saint-Bénigne, ch. 30), toponyme qui viendrait de Fissum, une « fente, crevasse, fissure », en référence à la combe Gourmand qui entaille la côte..
Le nom évolue, avec en 830 Villa que dicitur Fiscinis (chronique de Bèze, folio 42 recto), puis au Fisciniacum (cartulaire de Saint-Étienne, , r), en 1197 « Fessins » (cartulaire du chapitre de Langres, f° 80 r), en 1220 « Fissins » (Cîteaux, H 431), en 1253 « Fyssins » (Bèze, H 155), pour se fixer en 1610 sous la forme Fixin (C 4733, r), avec en 1753 la variante « Fissin » (plan de l'Hôpital général de Dijon), ..
Vignoble vignette|Vue d'automne montrant le sud-ouest du village de Fixin (l'église Saint-Martin à droite), avec le climat aux Herbues au premier rang, puis sur le coteau le clos du Chapitre, le manoir de la Perrière et juste avant la lisière du bois le clos de la Perrière.
Aire d'appellation Le vignoble est situé principalement sur la commune de Fixin et couvre également quelques climats de le commune de Brochon, dans le département de la Côte-d'Or. L'appellation jouxte l'AOC marsannay au nord, et l'AOC gevrey-chambertin au sud. Les climats du nord de la commune de Brochon appartiennent à l'aire d'appellation du fixin, et ceux de sud de la commune à celle du gevrey-chambertin.
La surface totale classée dans l'aire d'appellation est de et , dont et (y compris un ha & sur Brochon) en premier cru...
Un repli de la production est possible sur l'appellation côte-de-nuits-villages, les cahiers de charges étant similaires, ce qui est plutôt rare dans la pratique car il s'agit d'une appellation plus vaste et moins marchande.
Lieux-dits
Le nom de l'appellation sur les déclarations comme sur l'étiquette peut être suivi du nom du climat (lieux-dits) sur lequel le vin a été produit. Plusieurs de ces climats sont classés comme premiers crus, à condition de respecter les critères spécifiques fixés par le cahier des charges pour l'ensemble de ces climats. Pour eux, l'étiquette peut porter juste après le nom de l'appellation la mention soit « premier cru », soit premier cru suivi du nom d'un de ces six climats, en caractères de la même taille que ceux du nom de l'appellation. Les premiers crus de fixin occupent la partie supérieure du coteau, sur des sols bruns calcaires. Les climats des Arvelets, des Hervelets et du Clos du Chapitre sont parmi les plus remarquables, mais c'est le clos de la Perrière qui en est le chef de file : « Clos de la Perrière » (comprenant les lieux-dits « La Perrière » et « En Suchot » sur la commune de Fixin, et le lieu-dit « Queue de Hareng » sur la commune de Brochon). ; « Clos Napoléon » (regroupant « Aux Cheusots » et « Le Village », sur la commune de Fixin) ; « Clos du Chapitre » (sur Fixin) ; « Les Meix Bas » (sur Fixin) ; « Arvelets » (sur Fixin) ; « Hervelets » (regroupant une partie de « Le Meix-Bas » et « Les Arvelets », sur Fixin).
D'autres lieux-dits cadastrés peuvent figurer sur l'étiquette, mais en caractères de taille moitié moindre que ceux du nom de l'appellation :
Géologie et pédologie
Le sous-sol est formé par une série de couches de marnes et de calcaires du Jurassique inférieur et moyen de l'anticlinal de Gevrey-Chambertin.
On y trouve successivement : des marnes du Lias (Jurassique inférieur) en bas de versant ; des calcaires à entroques surmontés de marnes du Bajocien sur le versant ; du calcaire du Bathonien et du calcaire de Comblanchien au sommet de la côte.