vignette|Carte du plan de partage de la Palestine mandataire prévu par la résolution 181 de l'ONU. Le plan de partage de la PalestineRésolution 181 de l'Assemblée générale des Nations unies. élaboré par le Comité spécial des Nations unies sur la Palestine (UNSCOP) créé par l’Assemblée générale de l'ONU le , est approuvé par cette dernière à New York, par le vote de sa .

Ce plan prévoit la partition de la Palestine mandataire en trois entités, avec la création d’un État juif sur 56 % du territoire de la Palestine mandataire dont une majorité est constituée du désert du Néguev, quasiment inhabité, et d’un État arabe sur 42 % du territoire. La ville de Jérusalem et sa proche banlieue (2 % du territoire) sont placées sous contrôle international en tant que . Le plan est ainsi établi de manière à éviter le déplacement des populations résidentes. Ainsi, ce plan de partage, au niveau de la répartition du territoire par rapport aux populations présentes, n'est pas en défaveur de la population juive déjà présente, au vu du dernier état de la population en Palestine mandataire, émis en avril 1945 par les autorités britanniques ("Villages Statistics, 1945"), alors constituée de 1 764 520 personnes réparties comme suit : 1 061 270 musulmans (environ 60,15 %), 553 600 juifs (environ 31,30 %), 135 550 chrétiens (environ moins 7, 70%) et 14 000 habitants définis comme " autres " (notamment les druzes).

La première partie du plan précise les dispositions de la fin du mandat britannique , du partage et de l’indépendance des entités. Les Britanniques prévoient de se retirer le et le partage doit être réalisé au . La partie II du plan comporte la description détaillée des frontières proposées pour chaque ÉtatPart II. – Boundaries recommended in UNGA Res 181 Molinaro, Enrico The Holy Places of Jerusalem in Middle East Peace Agreements, ..

Le plan est accepté par les dirigeants de la communauté juive en Palestine (Yichouv) par le biais de l'organisation sioniste Agence juive et il est refusé par des organisations paramilitaires classées terroristes par la suite : Irgoun et Lehi. Il est rejeté par la quasi-totalité des dirigeants de la communauté arabe, dont le Haut Comité arabe palestinien, appuyé par la Ligue arabe qui annonce son intention de prendre et par certains États arabes qui déclarent leur intention d'attaquer l'État juifLive by the Sword: Israel's Struggle for Existence in the Holy Land, James Rothrock, p. 14. Des émeutes et des attaques contre les juifs éclatent le lendemain du vote en Palestine mandataire, en Égypte, en Syrie et au Yémen, ce qui entraîne la guerre civile de 1947-1948Live by the Sword: Israel's Struggle for Existence in the Holy Land, James Rothrock. Les attentats et les combats font plusieurs milliers de victimes dans les deux camps. Après le départ des Britanniques six mois plus tard et la proclamation de l'État d'Israël le 14 mai 1948, les pays arabes voisins interviennent directement et la première guerre israélo-arabe débute.

Contexte historique

vignette|Pavillon du mandat britannique flottant sur ses navires de 1927 à 1948.

Dès la fin du , la Palestine connaît une immigration de Juifs venant de la diaspora et rassemblés au sein du mouvement sioniste. Ces derniers considèrent que les territoires du royaume d'Israël anciennement souverain il y a 3000 ans sont l’endroit où une nation juive pourrait retrouver son autodétermination et se protéger de l’antisémitismeVoir les articles : « Theodor Herzl » et « Sionisme »..

En 1901, le Fonds national juif est fondé à Bâle lors du . Sa fonction est d’acheter (à qui ?) des terres en Palestine/Terre d'Israel selon la Bible et d’y développer l’implantation des Juifs.

Plusieurs aliyah de plus en plus importantes se succèdent : immigrent en Palestine à la fin du , entre 1903 et 1914 et de nouveau entre 1919 et 1923. La population locale en Palestine s’oppose à cette immigration croissanteVoir Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient, ..

En 1914, le Royaume-Uni et l’Empire ottoman entrent en guerre dans le cadre de la Première Guerre mondiale.

En 1915, le haut-commissaire britannique d’Égypte, Sir Henri McMahon, promet au roi Hussein ben Ali l’indépendance et le contrôle arabe sur les territoires qui seraient libérés de la mainmise ottomane. En 1917, la déclaration du 1er Ministre Balfour officialise le soutien du gouvernement britannique à l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. En , le général Allenby prend Jérusalem. En 1918, le Royaume-Uni achève sa prise de contrôle de la Palestine et défait les armées ottomanes.

Les premières violences éclatent en 1920 et 1921 lors des émeutes de Jérusalem et des émeutes de Jaffa.

En , la Société des Nations confie au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine et en , les Britanniques fondent l’Émirat arabe de Transjordanie sur la rive est du JourdainVoir l’article Palestine mandataire.. La région prend une importance stratégique pour la Grande-Bretagne, qui contrôle également l’Irak et qui est présente en Égypte et en Arabie saoudite.

Dès la fin des années 1920, l’immigration s’intensifie encore avec l’arrivée des Juifs fuyant les persécutions en Europe. Ce sont immigrants qui arrivent entre 1924 et 1928 et on en compte encore jusqu’en 1939. De nombreux conflits éclatent entre Juifs et Arabes. Notamment, les émeutes de 1929 qui font juifs et arabesJean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris : Fayard, 2024. Collection « Pluriel histoire », , 81. et une insurrection de 1936 à 1939 qui fait plus de arabes et juifs Voir Arab Revolt (in Palestine) pour les références sur le nombre de victimes arabes ; le nombre de victimes juives est décrit plus haut. et qui voit l’arrestation, l’exil ou la mort de la plupart des leaders politiques arabes palestiniensVoir par exemple : Benny Morris, « The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited », Background : a brief history, .. Au début des années 1930, Victor Jacobson propose à la société des Nations un premier plan de partage de la Palestine entre deux États arabe et juif, avec le déplacement des Arabes vivant dans l'État juifJean-Pierre Filiu, Histoire de Gaza, Paris : Fayard, 2024. Collection « Pluriel histoire », , 83..

À la suite de cette insurrection, les Britanniques envisagent tout d’abord une partition entre les populations juive et arabe. Une commission est désignée, dirigée par Peel. Ses travaux aboutissent en 1937 à un plan de partage qui n’est en fin de compte pas retenu. En lieu et place, les Britanniques adoptent, en 1939, le troisième Livre blanc qui abandonne l’idée de la partition des territoires du mandat en faveur d’un État indépendant palestinien gouverné par les Arabes et les Juifs et limitent de façon draconienne l’immigration juive vers la PalestineVoir par exemple : Karsh, The Palestine War 1948, Background to War, ..

En 1945, on compte environ pour en Palestine. tandis que , survivants de l’Holocauste de la Seconde guerre mondiale, attendent dans les camps de réfugiés en Europe et à Chypre.. Aux États-Unis est établi le Rapport Harrison du juriste Earl G. Harrison, qui se penche sur les camps de personnes déplacées en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Après la remise du rapport, le président Harry S. Truman en adresse une copie à Clement Attlee, Premier ministre du Royaume-Uni, eu égard à la responsabilité britannique sur la Palestine. Truman écrit : JVL, 31 August 1945.. L'Agence juive demande certificats d'admission immédiate pour les juifs d'Europe centrale et formule le désir d'en accueillir dans les prochaines années un million, considérant que l'antisémitisme n'a pas disparu dans certains pays européensFoyers de Troubles, L'Illustré, 25 octobre 1945 (pages 2 et 3), Archive Bibliothèque cantonale et universitaire (Lausanne)..

Durant la période 1945-1947, plusieurs plans sont proposés pour apporter une solution au problème de la Palestine. Au niveau local, les représentants juifs et arabes adoptent des positions nationalistes inconciliables et refusent l’un et l’autre toute idée d’un État binational. Les positions internationales ne sont pas plus conciliables : en , le rapport britannique de Morrison et Grady propose un plan de division de la Palestine en provinces autonomes dont les intérêts collectifs seraient gérés par une puissance mandataire. Le , le président Truman fait une déclaration favorable à un partage de la Palestine entre Juifs et Arabes. En , le ministre des Affaires étrangères britannique, Ernest Bevin, propose une libre immigration juive contre l’indépendance de la Palestine dans un délai de cinq ans. En réponse, les sionistes avancent leur propre projet de partage, tandis que les Arabes demandent l’indépendance immédiate de la PalestineVoir par exemple : Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient, ..

Le , faute de pouvoir apporter une solution aux troubles dans le pays, Ernest Bevin annonce officiellement la transmission du dossier à l’ONU. Le , celle-ci confie à une commission spéciale, l’UNSCOP, le soin d’étudier le problème. Celle-ci remet son rapport fin , quelques jours seulement après la partition des Indes britanniques, qui consacre la revendication indo-musulmane d'un État confessionnel séparé.

Genèse du plan Le , le gouvernement britannique de Clement Attlee, ne parvenant plus à maintenir l’ordre en Palestine et sortant ruiné de la Seconde Guerre mondiale, décide de remettre son mandat aux Nations unies. Cette organisation, qui a succédé à la Société des Nations, va tenter de résoudre le conflit entre Juifs et Arabes sur la « question de la Palestine ».

L’ONU désigne le les membres d’un comité, l’UNSCOP (), composé de représentants de onze États (Australie, Canada, Guatemala, Inde, Iran, Pays-Bas, Pérou, Suède, Tchécoslovaquie, Uruguay, Yougoslavie). Dans un souci de neutralité, aucune des grandes puissances de l’époque ne fut représentée. Ces dernières ne sont pas pour autant indifférentes au débat qui s'ouvre et le , Andreï Gromyko, ambassadeur de l'URSS au Conseil de sécurité de l'ONU, fait une déclaration qui prend au dépourvu les participants. Jusque-là, les Soviétiques, sur la question de la Palestine, soutenaient une position anti-britannique et pro-arabe. Là, le représentant soviétique reconnaît le droit des Juifs à l'autodétermination et suggère, au cas où la solution d'un État unifié serait impraticable, d'avoir recours à la partition.

Les travaux du comité, sous la présidence d'Emil Sandström, débutent durant l'été par un voyage de cinq semaines en Palestine. Ayant mis à sa disposition trois officiels de haut rang, dont Abba Eban, l'Agence juive s'assure que ce comité soit chaudement accueilli lors de ses déplacements et que ses membres soient mis en contact avec des colons parlant leurs langues maternelles (suédois, espagnol, persan…). À l'inverse, le Haut Comité arabe annonce qu'il boycottera le comité qui est accueilli par une journée de grève générale. Sur le terrain, tout est fait pour faire obstacle à son travail d'enquête.

Positions des parties

La position de l’Agence juive est qu’il faut établir un « État juif » en Palestine mandataire et y permettre l’immigration libre, en particulier pour les personnes déplacées juives de la Seconde Guerre mondiale. Elle est prête à accepter un partage du pays (comme proposé dans le Plan Peel de 1937) mais refuse le projet de cantonisation qui ferait du pays une fédération (comme proposé par le Plan Morrison-Grady). L’Agence juive promet de respecter les droits de la minorité arabe mais ne réclame pas son transfert hors du futur « État juif » (comme proposé dans le Plan Peel, et défendu en coulisse par Chaim Weizmann) ; elle est cependant consciente de la menace qu’une trop forte minorité arabe ferait peser sur le caractère juif de l’État. L’Agence juive base ses revendications sur la Déclaration Balfour de 1917 et sur les termes du mandat britannique.