Les (, prononcé : ) sont un peuple au Canada descendant à la fois des Européens et des Premières Nations. La Loi constitutionnelle de 1982 reconnaît les Métis comme l'un des trois peuples autochtones du Canada avec les Premières Nations et les Inuits. À ce titre, le Gouvernement du Canada alloue un financement aux organisations représentant les Métis afin de favoriser les communications bilatérales entre les instances gouvernementales (provinciales et fédérales) et les instances métisses, notamment le Ralliement national des Métis. L'immense majorité des vit dans l'ouest du Canada, dans les cinq provinces que sont, d'est en ouest, l'Ontario, le Manitoba, la Saskatchewan, l'Alberta et la Colombie-Britannique.

Du point de vue historique, le terme Métis s'appliquait, dans la région des Grands Lacs puis des Prairies, aux enfants nés de femmes cries et de commerçants de fourrures français. Dans le Nord, ce terme faisait référence aux enfants nés de femmes dénées et de commerçants anglais ou écossais, cependant moins nombreux que les précédents. À l'origine, les Métis sont très liés à la langue française et au catholicisme, tout en adoptant un mode de vie proche de celui des Amérindiens. Ils représentent un syncrétisme entre la culture française et les cultures amérindiennes.

Les premiers Métis sont le fruit des mariages à la façon du pays, lors de la traite des fourrures en Amérique du Nord, base de l'économie de la Nouvelle-France au . En 1763, les territoires français d'Amérique du Nord passent sous domination de l'Empire britannique. La Compagnie de la Baie d'Hudson et la Compagnie du Nord-Ouest vont alors se livrer à une rivalité commerciale et territoriale sans précédent pour pénétrer plus loin vers l'ouest du continent, dans le Manitoba actuel. Cette rivalité dégénère en affrontements armés lors de la guerre du Pemmican en 1816. Les deux compagnies employant largement des Métis, ceux-ci se retrouvent en première ligne et c'est lors de ces évènements que s'affirme une identité Métis collective, Cuthbert Grant étant le premier à brandir le drapeau Métis. En 1869–1870, la rébellion de la rivière Rouge voit les Métis, emmenés par Louis Riel, se soulever contre un projet de colonisation et d'expropriation de leurs terres. La crise se termine par la promulgation de la Loi de 1870 sur le Manitoba, qui crée la province du même nom et garantit des droits aux Métis. Cependant, ils se voient dépouillés de certains de ces droits au fil des années, notamment lors de la crise politique des écoles du Manitoba. La seconde moitié du et le voient l'identité Métis se réaffirmer et ceux-ci regagner leurs droits ancestraux, notamment par la Loi constitutionnelle de 1982 et par le jugement Powley rendu en 2003 par la Cour suprême du Canada. Dans les années 2020, des négociations ont lieu avec le gouvernement fédéral pour la mise en œuvre de gouvernements locaux métis autonomes, dans un contexte où de plus en plus de personnes se réclament de l'identité métisse ce qui paradoxalement menace la cohésion et la structuration de la communauté métisse canadienne contemporaine.

Étymologie Le mot « métis » vient du bas latin *mixtīcius, lui-même issu du latin classique mixtus, signifiant « mélangé » ou « mêlé ». Ce terme latin a engendré dans les autres langues romanes : mestizo en espagnol, mestiço en portugais, mestis en occitan. Dans toutes ces langues, le terme désigne un individu dont les deux parents sont d'ethnies différentes.

Usage et connotation « Métis » s'écrit avec une majuscule lorsqu'il désigne le nom du peuple officiellement reconnu par la loi au CanadaGuide terminologique autochtone., Union des municipalités du Québec..

À l'origine, « Métis » est synonyme de « sang-mêlé » en français et de half breed en anglais, termes qui ne sont plus en usage au Canada depuis le milieu du et dont la connotation est devenue péjorative. Le terme « Métis » est également employé en anglais du Canada.

Historiquement, au et au début du , les Métis francophones sont souvent nommés Bois-Brûlés, les Métis anglophones sont nommés Countryborn. Ce n'est qu'après les évènements de 1816 et de 1869 dans le Manitoba actuel que le terme Métis s'impose.

Identité

Origine Du point de vue historique, le terme « métis » s'appliquait, à partir du , dans les Prairies, aux enfants nés de femmes cries principalement, mais aussi ojibwées et saulteuses, et de commerçants de fourrures français, par le biais des mariages à la façon du pays. Cette population parle français et métchif, et est catholique.

Plus au nord, dans la région de la Baie d'Hudson, ce terme faisait référence aux enfants nés de femmes dénées et de commerçants anglais ou écossais. Cette population, moins nombreuse que la première, parle anglais et bungi, est protestante.

Statut légal au Canada alt=Photographie montrant des hommes sur une chaire, vêtus d'habits traditionnels Métis.|droite|vignette|Signature du traité entre le gouvernement fédéral canadien et la Fédération Métis du Manitoba, 2024.

La Constitution canadienne reconnait les Métis comme peuple autochtone du Canada depuis 1982, au côté des Premières nations amérindiennes et des Inuits. Cela a permis depuis lors à plusieurs Métis d'obtenir gain de cause devant une cour pour la reconnaissance des droits ancestraux, comme le droit à la chasse. Dans le jugement Powley rendu en 2003, la Cour suprême du Canada établit trois grands critères pour déterminer l'identité métisse aux fins de l'article 35 de la Loi constitutionnelle de 1982 :

Une personne faisant partie d'une communauté métisse historique détentrice de droits doit s'identifier comme un Métis. La personne doit démontrer des liens ancestraux avec la communauté métisse historique. La personne doit être reconnue comme un membre de la communauté métisse contemporaine. Vision par les instances métisses Le Ralliement national des Métis, composé par les représentations officielles métisses des provinces de l'Ontario, du Manitoba, de la Saskatchewan, de l'Alberta et de la Colombie-Britannique, qui représente les intérêts de la Nation métisse auprès du gouvernement fédéral canadien et à l'échelle internationale, définit une personne comme étant métisse si elle satisfait aux critères suivants (résolution de 2002) : elle s'identifie elle-même comme métisse ; elle compte des ancêtres parmi la Nation métisse historique ; elle n'est pas amérindienne ou inuite ; elle est acceptée par la Nation métisse. La définition s'appuie ainsi à la fois sur le désir personnel de l'individu d'appartenir à la nation Métis et sur l'acceptation et la reconnaissance du collectif.

Métis de l'Est

Historiquement et légalement, les Métis en tant que nation se répartissent dans les provinces de l'Ouest du Canada, du nord de l'Ontario à la Colombie-Britannique. Au , un vif débat apparaît au sujet de l'existence des Métis dans les provinces de l'Est du Canada, pour deux raisons principales. La première est que les revendications collectives dites métisses au Québec et ailleurs dans l'Est du Canada sont tardives. Il faut en effet attendre l'arrêt Powley en 2003, qui formalise le statut de Métis inscrit dans la Constitution canadienne, pour voir apparaître de telles revendications dans cette région, malgré l'existence d'organisations plus anciennes disant représenter les Métis dans cette région (comme l'Alliance laurentienne des Métis et Indiens, sans statut officiel et fondée en 1972). La seconde raison a trait à l'actuelle absence de preuves historiographiques d'une ethno-genèse métisse dans l'Est du Canada. Des auteurs tels que Darryl Leroux., Pierrot Ross-Tremblay., Kim Tallbear. ou encore Adam Gaudry. relèvent que la vaste majorité des revendications métisses dans l'Est du Canada se fonde aujourd'hui principalement sur le critère génétique défendu par les organisations qui entendent représenter les Métis de l'Est et par auto-déclaration des individus, sans contrôle, de leur arbre généalogique.

Cependant, dans l'Est du Canada, le mot « métis » est utilisé de façon historique pour décrire individuellement les personnes ayant un quotient sanguin égal à 50/50, en particulier celles dont un seul des parents est membre d'une Première nation. Certains travaux académiques récents démontrent par ailleurs que l'utilisation du mot « métis » ne se limite pas seulement à cet usage. L'anthropologue Michel Bouchard avance l'idée que des Métis furent tôt identifiés dans les provinces de l'Est du Canada, de façon collective et distinctive comme c'est le cas dans les Prairies de l'Ouest, en particulier dans l'Ouest du Québec et dans la région du Témiscamingue. En se basant sur des sources historiques, il avance que les Métis de cette région auraient formé une population à la fois distincte des Amérindiens et des Euro-canadiens..

Cette « mode » des Métis dans les provinces de l'Est est attestée par une hausse de plus de 50 % des personnes s'auto-déclarant comme Métis, entre 2006 et 2016. Cela entraîne une forte réaction et une résistance des Premières nations à ces nouvelles revendications métisses, notamment du fait que ces dernières visent souvent à contrecarrer les revendications de rapatriement territorial et de reconnaissance de droits portées par les organisations amérindiennes. Ces revendications sont souvent critiquées comme étant opportunistes et en contradiction avec la définition collective prônée par le Ralliement national des Métis.. Certains n'hésitent pas à parler de fraude identitaire ou de néocolonialisme, le cas le plus flagrant étant celui de la transformation de l'Association pour les droits des Blancs (dont le but est de s'opposer aux revendications territoriales autochtones) en Corporation métisse du Québec, à la suite de l'arrêt Powley de 2003..

Histoire

Traite des fourrures vignette|droite|alt=Huile sur toile représentant une quinzaine d'hommes en train de payager dans un canot en peau, sur une rivière.|Une brigade de fourrure, Frances Anne Hopkins, 1879. La traite des fourrures en Amérique du Nord débute dans les années 1600, lorsque les Français et les Amérindiens commencent à échanger des marchandises sur les rives du fleuve Saint-Laurent, en Nouvelle-France. Les premiers achètent principalement des fourrures destinées au marché européen des articles de luxe, les peaux de castor étant particulièrement recherchées. Les Amérindiens s'intéressent aux objets européens auxquels ils n'avaient auparavant pas accès, tels que les ustensiles en métal (casseroles, bouilloires, hachettes, couteaux). Dans un premier temps, la nation ojibwé joue le rôle d’intermédiaire pour les commerçants, acheminant les marchandises européennes vers l’intérieur des terres pour les échanger avec les Cris et les Assiniboines, et rapportant des fourrures vers la Nouvelle-France. À mesure que le commerce se développe, les premiers Européens à pénétrer vers l'Ouest du continent, dans la région des Grands Lacs, sont les coureurs des bois français. Ces derniers s'associent avec les Amérindiens, desquels ils apprennent le paysage et le climat canadiens, la fabrication et le pilotage de canoës, ou encore les méthodes de trappe. Rapidement, des mariages mixtes apparaissent, renforçant les liens de confiance et de loyauté..