Pauline Garcia, connue sous le nom d'épouse Viardot, née le à Paris où elle est morte le , est une cantatrice (mezzo-soprano) et une compositrice française d'origine espagnole, sœur de la Malibran.

Biographie Pauline Garcia est la fille du ténor espagnol Manuel García, un des créateurs du Barbier de Séville, et la sœur de Maria, elle aussi cantatrice, mieux connue comme Maria Malibran, morte en 1836 à l’âge de .

Pauline commence ses études de musique par le piano, sous la férule de Franz Liszt et assiste aux leçons de chant de son père, ce qui a contribué à sa formation. Elle donne son premier récital en , à l’âge de , et débute sur une scène d’opéra l’année suivante, à Londres, dans le rôle de Desdémone de lOtello de Gioachino Rossini.

Moins virtuose sur le plan strictement vocal que sa défunte sœur, dont elle était supposée prendre la relève, elle parvient à s’imposer par des dons dramatiques, intellectuels et musicaux. Son fils Louis, dans ses mémoires, indique qu'elle avait une étendue vocale particulièrement large. Elle poursuivra aussi une activité de pianiste, jouant notamment à plusieurs reprises à quatre mains avec Clara Schumann et accompagnant sa sœur Maria ou son beau-frère le violoniste Bériot.

Courtisée par Alfred de Musset qu'elle repousse et qui en nourrira un fort ressentiment, elle se marie, en 1840, sur les conseils de George Sand - qui l'adulait et dont elle restera très proche jusqu'à sa mort en 1876Michelle Perrot, George Sand à Nohant - Une maison d'artiste, "Pauline Viardot, la reine du monde", 2018, Seuil -, avec Louis Viardot, critique et directeur du Théâtre des Italiens, de 20 ans son aîné. Ary Scheffer peint alors son portrait dans son atelier rue ChaptalConservé au musée de la vie romantique.. Elle a une vie de famille heureuse ; ses enfants mèneront aussi une carrière artistique : son fils Paul comme violoniste, sa fille Louise, comme compositrice et écrivain et ses deux autres filles comme cantatricesPauline Viardot-Garcia (1821-1910). Louis Viardot démissionne de son poste quelque temps après le mariage pour se consacrer à la carrière de son épouse.

Quelques années suffisent à Pauline pour s’imposer. Giacomo Meyerbeer lui offre en son rôle le plus écrasant, Fidès dans Le Prophète ; Hector Berlioz crée pour elle une version en français pour mezzo-soprano de l'''Orphée de Gluck en ; Charles Gounod compose à son intention l'opéra Sapho, et son air célèbre « Ô ma lyre immortelle » ; Camille Saint-Saëns lui dédie son Samson et Dalila ; Frédéric Chopin admire sa maîtrise du piano. Aux obsèques de celui-ci, le , elle sera une des deux interprètes féminines, avec la soprano Jeanne Castellan, du Requiem de Mozart en l’église de la Madeleine (dissimulées par un rideau noir derrière l’autel, car à cette époque les femmes n’étaient pas autorisées à chanter dans les églisesPour interpréter le Requiem, Pauline Viardot et la soprano Jeanne Castellan, durent se dissimuler derrière un rideau, car en ce temps-là , le clergé n’autorisait pas les voix féminines durant les offices religieux. Mais compte tenu de la célébrité du défunt, une dérogation spéciale a été accordée par l’archevêque de Paris, à la condition que les deux interprètes ne soient pas visibles, source : .Le passage mentionnant que Pauline Viardot dut se cacher derrière un rideau figure dans le paragraphe. Texte en anglais : «Unknown to the dying man, women were not permitted to sing in the city's parish churches; it had taken days of pleading on the part of Chopin's most powerful friends before a special dispensation was issued by the Archbishop of Paris. The decree allowed female participation provided it remained invisible; thus the women singers, including Chopin's friend Pauline Viardot among the featured soloists, were hidden from view behind a black velvet curtain. ». Consulté le ..). Intime de tous ces musiciens, elle réunit le monde de l'art dans son hôtel particulier du quartier de la Nouvelle Athènes dans le , ou dans sa propriété de Seine-et-Marne : le château de Courtavenel.

Mais les Viardot, républicains, vivent de plus en plus souvent hors de France après la victoire de Louis-Napoléon Bonaparte à l’élection présidentielle de 1849. La carrière de Pauline se déroule dès lors surtout à Londres et en Allemagne. Le couple s'installe même quelque temps à Baden-Baden.

En , elle acquiert, sacrifiant une partie de sa fortune, la partition autographe du Don Giovanni de Mozart, dont elle chante le rôle de Zerline à Saint-Pétersbourg. Cette « relique » musicale est à la fois l’objet de pèlerinage de la part des grands noms de l’époque et l’occasion de faire de nouvelles connaissances. Elle conserve le manuscrit plus de 50 ans avant de le léguer en 1903 au Conservatoire de musique de Paris..

En 1859, elle triomphe de nouveau à Paris, au Théâtre-Lyrique, dans Orphée, une version de lOrphée et Eurydice de Gluck spécialement remaniée pour elle par Hector Berlioz. Malheureusement sa voix se brise et Pauline doit renoncer à la scène en 1863. Elle se consacre dès lors à la composition (plusieurs opérettes, dont Cendrillon en , sur des livrets de Tourgueniev) et à l’enseignement du chant, qu’elle dispense uniquement à des élèves de sexe féminin, au Conservatoire national de Paris. Parmi elles : Felia Litvinne et Jeanne Gerville-Réache, Suzanne Cesbron-Viseur.

Génie musical et théâtral, elle disparaît presque nonagénaire à l’ère du gramophone, emportant avec elle le timbre d'une voix que Saint-Saëns a comparé, par synesthésie, à un goût : celui des .

Tout au long de sa carrière, elle encouragea de jeunes talents comme Charles Gounod, Gabriel Fauré et Jules Massenet. Elle crée en 1870 la célèbre mélodie « Ah qui brûla d'amour peut seul comprendre », traduction française de la mélodie , « Nur wer die Sehnsucht kennt » de Goethe, mis en musique par Piotr Ilitch Tchaïkovski , page 77.

thumb|redresse|Tombe de Pauline Viardot au cimetière de Montmartre (division 28). L'écrivain russe Ivan Tourgueniev, Pauline Garcia-Viardot et son mari Louis Viardot furent amis inséparables plusieurs dizaines d'années, la liaison entre l'écrivain et la cantatrice étant considérée par Guy de Maupassant comme « la plus belle histoire d’amour du ». En , Tourgueniev achète une belle maison de maître à Bougival où il installe la famille Viardot, et il se fait construire un chalet (une sorte de datcha) quelques pas plus haut, où il décéda en 1883Olivier Zilbertin, La datcha de Tourgueniev en péril, « Le Monde », 18 septembre 2017.. La datcha de Tourgueniev est devenue un musée, tandis que la villa de la célèbre cantatrice est dans un état de délabrement avancé. Grâce à Jorge Chaminé, la Villa Viardot est un lieu important de concerts et de master-classes et depuis plusieurs années le baryton se bat pour la restauration de ce lieu de mémoire. Chose qui pourrait être entreprise grâce au « Loto du patrimoine », opération lancée par Stéphane Bern et le gouvernement français. La Villa Viardot fait en effet partie des 18 monuments concernés par ce Loto qui a eu lieu le . Les travaux de restauration ont débuté en et le domaine des Frênes fera partie, avec la Maison de Georges Bizet toute proche, d'un grand projet culturel, pédagogique, scientifique, le Centre européen de musique créé et dirigé par le baryton Jorge Chaminé.. La villa restaurée est rouverte en septembre 2023.

Pauline Garcia-Viardot est inhumée au cimetière de Montmartre (division 28).

Voix Elle se rattache à l'école de chant ancienne, passant sans difficulté du registre de contralto à celui de soprano, maîtrisant aisément une tessiture très longue (sol2-do5 et même selon Reynaldo Hahn fa dièse2-ré5). Selon Berlioz, qui pourtant l'avait d'abord jugée sévèrement« Pauline Garcia m'a beaucoup déplu, ce n'était pas la peine de faire de ce prétendu talent un tel tapage, c'est une diva manquée ». Ce jugement date du commencement de 1839 (Cécile Reynaud, Berlioz (1803-1869), Paris, Gisserot, 2000, , )., « la voix de , égale dans tous les registres, juste vibrante et agile, s'élève du fa grave au contre-ut soit deux octaves et une quinte et cette étendue est déjà immense, puisqu'elle réunit trois genres de voix qui ne se trouvent jamais ensemble : le contralto, le mezzo-soprano et le soprano« Journal des Débats », 13 octobre 1839 (donc peu de mois après son précédent éreintement; le passage est cité entre autres par Thérèse Marix - Spire dans Lettres inédites de George Sand et de Pauline Viardot (1839-1849), Paris, Nouvelles éditions latines, 1959, ). ».

Son timbre était, semble-t-il, assez quelconque, mais l'émotion et la flamme de l'interprétation le rendaient particulièrement émouvant. Elle démontra une agilité sans doute unique dans son type de voix et s'amusait à chanter sans peine les concertos pour violon de son beau-frère Bériot ou les Études de Chopin.

Compositions thumb|gauche|Pauline Viardot et Frédéric Chopin par Maurice Sand. Pauline Viardot commença à composer dès sa jeunesse, mais il ne fut jamais dans ses intentions de devenir compositrice. Ses œuvres furent composées principalement pour développer les capacités vocales de ses élèves de chant. La plupart de ses compositions datent de sa retraite à Baden-Baden. Mais ses œuvres sont de qualité professionnelle et Franz Liszt déclara qu'avec Pauline Viardot, le monde avait enfin trouvé une femme compositrice de génie.

Pauline Viardot fut à maintes reprises l'invitée de George Sand in George Sand, Correspondance, tome , juillet 1853 – décembre 1854, Lettre du à Champfleury, réimpression de l’édition de Georges Lubin (1976), , Classiques Garnier, Paris, 2018. à Nohant, où elle chanta souvent accompagnée par Frédéric Chopin. Elle y revint plus tard avec Tourgueniev, et eut ainsi l'occasion de transcrire plusieurs chants populaires locaux, dont certains furent publiés par Julien Tiersot.

Opéras Sur un livret d'Ivan Tourgueniev : Trop de femmes, opérette, 1867. L'ogre, 1868. Le Dernier Sorcier, opéra de chambre, 1869. Le Miroir, 1869. Cendrillon, 1904 ; livret de Pauline Viardot, d'après Charles Perrault Anne Midgette, A New Look at an Old Form, The Art of 'Beautiful Singing', dans The New York Times, 16 juillet 2004 Lire ne ligne. Rachel M. Harris, The music salon of Pauline Viardot: featuring her salon opera Cendrillon, mémoire de recherche, Louisiana State University, 2005, 61 p. Lire en ligne..

Œuvres chorales 1848 : La Jeune République, cantate pour voix soliste, chœur mixte et piano, texte de Pierre Dupont. 1899 : Chœur bohémien (voix soliste et trois voix de femmes, piano) Chœur des elfes (voix soliste et trois voix de femmes, piano) 1905 : Chœur des fileuses, extrait de L'Ogre Mélodies 1843 : Album de Mme Viardot-Garcia, « Huit morceaux de chant avec accompagnement de piano » : L'enfant de la montagne ; La chapelle ; L'abricotier ; Adieu les beaux jours ; L'exilé polonais ; L'enfant et la mère ; L'ombre et le jour ; Le chêne et le roseau., . 1850 : Dix mélodies, dont Solitude (Turquety); L'absence ; La Chanson de Loïc (Auguste Brizeux) ; Marie et Julie ; Tarentelle, Lire en ligne sur les publications du Musée de la Vie Romantique. 1864 : Six Mazurkas (Chopin) de Frédéric Chopin pour voix et piano : Seize ans ; Aime-moi (opus 33 n°2) ; Plainte d'amour ; Coquette ; L'Oiselet ; Séparation. 1865 : Six mazourkes de Frédéric Chopin pour voix et piano, dont : La danse ; La Jeune fille. 1865 : Die Sterne (Afanassi Fet) 1866 : Douze mélodies sur des poésies russes de Fet, Pouchkine, Tourgueniev, Lermontov et Koltsov, dont Fleur desséchée (Pouchkine) ; La Mésange (Tourgueniev) ; La Berceuse cosaque (Dors dans les plis de mon voile, Lermontov) ; Evocation (Pouchkine). 1870 : plusieurs compositions sur des poèmes allemands de Heinrich Heine (Das ist ein schlechtes Wetter) ; Goethe (O schönes Mädchen du) ; et d'Eduard Mörike (Der Gärtner ; In der Frühe ; Nixe Binsefuß : ‘Des Wassermanns sein Töchterlein’ ; Die traurige Krönung).