vignette|Le texte de la déclaration.

La déclaration Balfour de 1917 est une lettre ouverte, datée du et signée par Arthur Balfour, secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères (Foreign Secretary) dans le gouvernement de David Lloyd George. Elle est adressée à Lionel Walter Rothschild (1868-1937), personnalité de la communauté juive britannique et financier du mouvement sioniste, aux fins de retransmission à l'Organisation sioniste mondiale (fondée en 1897 par le père du sionisme Theodor Herzl, mort en 1904).

Par cette lettre, le Royaume-Uni se déclare en faveur de l'établissement en Palestine, bientôt (en 1920) sous mandat britannique, d'« un foyer national pour le peuple juif » (traduction de « a national home for the Jewish people »). Cette déclaration est considérée comme une des premières étapes dans la création de l'État d'Israël. La lettre précise que ce projet ne devra pas porter atteinte aux droits civils et religieux des communautés non juives présentes sur le territoire, ni aux droits ou au statut politique des Juifs dans les autres pays.

En France, le ministère des Affaires étrangères avait adopté une position similaire en dans une lettre de Jules Cambon à Nahum Sokolow.

Le front oriental durant la Première Guerre mondiale vignette|Mémorandum britannique prévoyant l'annexion de la Palestine (Herbert Samuel, 1915). vignette|Carte militaire de la Palestine après la prise de Beer-Sheva () À l'aube de la Première Guerre mondiale, la Palestine fait partie de l'Empire ottoman, qui a déjà perdu au cours du la plupart de ses territoires européens ainsi que le Maghreb qui s’étendait jusqu´à la frontière du royaume Chérifien du Maroc. Quoique soutenue militairement par l'Allemagne, qui mise sur l'achèvement du chemin de fer Berlin-Bagdad, la faiblesse des Ottomans aiguise les convoitises des Britanniques et des Français, qui souhaitent remodeler la région après la guerre et négocient les accords Sykes-Picot (signés en ).

Les Alliés soutiennent le nationalisme arabe et la Révolte arabe de 1916-1918, qui fragilise le dispositif turc, puis ouvre une brèche importante avec la bataille d'Aqaba (). Cette percée permet aux Britanniques de relancer la campagne de Palestine, après un premier échec puis un second devant les forces turques et allemandes. Les troupes britanniques conduites par le général Allenby remportent le une victoire décisive à Beer-Sheva, confirmée le surlendemain par la prise de Gaza et par la prise de Jérusalem le — un mois après la publication de la Déclaration Balfour.

Contexte stratégique international Avant la guerre, une partie du monde juif s'est politiquement structurée avec l'Organisation sioniste mondiale, d'abord dirigée par le journaliste austro-hongrois Theodor Herzl, puis en Angleterre par le scientifique d'origine russe Chaim Weizmann. Dès 1903, Herzl avait obtenu une lettre officielle du Foreign Office déclarant que la Grande-Bretagne acceptait un accord sur la création d'une colonie juive sous administration juive, document que Yoram Hazony juge « surpassant même la Déclaration Balfour ».

Cette diplomatie fut reprise durant la guerre pour faire avancer l'idée de la création d'un « home » juif au Proche-Orient. Chaim Weizmann, qui avait trouvé au profit de l'Angleterre un procédé pour synthétiser l'acétone nécessaire à la fabrication de la dynamite de façon beaucoup moins chère, s'y emploie en 1917, au moment où les Alliés désespéraient de gagner la guerre. L'intervention des États-Unis devenait nécessaire, quoique l'opinion américaine y fût peu favorable. L'influence juive était disputée tant par les Alliés que par l'Allemagne, et même par les Turcs.

Un pacte avec le mouvement sioniste s'avérait utile, ainsi que l'explique Churchill :

La Déclaration Balfour fut ainsi faite pour assurer aux Alliés l'appui de l'opinion juive mondiale quand en 1917 la situation militaire était parvenue à une phase critique. Aussi fut-elle avalisée par tous les AlliésListe dans . et même, en France, antérieurement, par la Déclaration Cambon remise à Nahum Sokolow (), qui marquait que le gouvernement français « ne peut éprouver que de la sympathie pour votre cause (et pour) la reconnaissance, par la protection des puissances alliées, de la nationalité juive, sur cette terre dont le peuple d’Israël a été chassé il y a tant de sièclesYohanan Manor, Paris-Londres-Jérusalem : les deux déclarations de 1917, Outre-Terre, 2004/4, p. 353-354, contient le texte de la déclaration (lire en ligne).Fac-similé de la lettre sur balfourproject.org. ». Après la publication de la Déclaration Balfour, une note insérée dans le journal Le Temps en officialise qu'à M. Sokolov a été « confirmé que l’entente est complète entre les gouvernements français et britannique en ce qui concerne la question d’un établissement juif en PalestineDocuments diplomatiques français (lire en ligne, p. 62 et suivante).. » ; ce que le ministre français des Affaires étrangères Stephen Pichon confirme encore par une seconde lettre adressée à Sokolov.

D'après Edwin Samuel Montagu, seul membre juif du gouvernement de Lloyd George et Balfour, un autre but de la déclaration Balfour est de débarrasser les pays chrétiens d'Europe de toute présence juive. En 1917, quand il apprend le projet de déclaration, il adresse un mémorandum au gouvernement dans lequel il déclare : « Je tiens à exprimer officiellement mon opinion selon laquelle la politique du gouvernement de Sa Majesté est antisémite et, par conséquent, fera le jeu des antisémites dans tous les pays du monde. Il est inconcevable que le gouvernement britannique reconnaisse officiellement le sionisme et permette à M. Balfour de dire que la Palestine doit être transformée en "foyer national du peuple juif". J’ignore ce que cela implique exactement, mais je suppose que cela signifie que les mahométans et les chrétiens devront céder leur place aux juifs, que ces derniers devront avoir la préférence en toutes choses et devront être assimilés à la Palestine comme les Anglais le sont à l’Angleterre ou les Français à la France, que les Turcs et les autres mahométans seront considérés comme des étrangers en Palestine de la même façon que les Juifs seront traités comme des étrangers dans tous les pays. » Par ailleurs, quand Arthur Balfour était Premier ministre, entre 1902 et 1905, il avait promulgué la loi sur les étrangers de 1905 dont l’objectif était d’empêcher l’immigration en Grande-Bretagne des réfugiés juifs fuyant les pogroms dans l’Empire russe.

Rédaction et publication de la déclaration thumb|right|Déclaration Balfour dans le Times du 9 novembre 1917. Lloyd George, nouveau premier ministre britannique depuis , résume ainsi l'origine de la Déclaration Balfour :

En fait dès Mark Sykes, colonel et député spécialiste du Moyen-Orient, entame des négociations avec les leaders sionistes en Angleterre. Puis en juin, le ministre des Affaires étrangères, Lord Balfour reçoit Lord Rothschild, membre éminent de la communauté juive britannique soutenant le mouvement sioniste, ainsi que Chaim Weizmann, et leur demande de rédiger une proposition de déclaration concernant l'appui du gouvernement britannique à l'immigration juive en Palestine. Plusieurs propositions sont rédigées et une synthèse est approuvée le par le cabinet de guerre, nonobstant l'opposition de Curzon et de Montagu.

La déclaration prend la forme d'une lettre comportant soixante-sept mots adressée à Lord Rothschild le et publiée dans le Times de Londres le , par un encart long de 67 mots en anglais., intitulé :

Par cette lettre, le Royaume-Uni se déclare en faveur de l'établissement en Palestine d'un foyer national juif, tout en conditionnant explicitement ce soutien au respect des droits civiques et religieux des communautés non juives déjà présentes sur le territoires : « [...] étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte soit aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine [...] ».

Cette déclaration est considérée comme une des premières étapes dans la création de l'État d'Israël. La promesse qu'elle contient est apparemment rapidement mise en œuvre, dès la conférence de Paris (1919), préalable à la conférence de San Remo () et au traité de Sèvres (), la délégation sioniste à ces deux conférences ayant approuvé que le mandat de la Palestine soit confié au Royaume-Uni. Dans un mémorandum adressé à Lord Curzon le , Balfour écrivait avec franchise :« La contradiction entre les termes du Pacte et la politique des Alliés est encore plus flagrante dans le cas de la « nation indépendante » de Palestine que dans celui de la « nation indépendante » de Syrie. Car, en Palestine, nous n’envisageons même pas de consulter les souhaits des habitants actuels du pays, bien que la Commission américaine ait tenté de les connaître. »

« Les quatre grandes puissances sont attachées au sionisme. Et le sionisme, qu’il soit juste ou injuste, bon ou mauvais, est enraciné dans des traditions séculaires, dans des besoins présents, dans des espoirs futurs, d’une importance bien plus profonde que les désirs et les préjugés des 700 000 Arabes qui peuplent aujourd’hui cette terre ancestrale. »

« À mon avis, c'est exact. Ce que je n'ai jamais pu comprendre, c'est comment cela peut s'harmoniser avec la déclaration (anglo-française) de novembre 1918, le Pacte ou les instructions à la Commission d'enquête. »

« Je ne pense pas que le sionisme nuira aux Arabes, mais ils ne diront jamais qu'ils le souhaitent. Quel que soit l'avenir de la Palestine, elle n'est pas encore une « nation indépendante », et elle n'est pas encore en voie de le devenir. Quelle que soit la déférence que l'on puisse accorder à l'opinion de ceux qui y vivent, les Puissances, dans le choix d'un mandataire, n'envisagent pas, si je comprends bien, de les consulter. En bref, en ce qui concerne la Palestine, les Puissances n'ont fait aucune déclaration de fait qui ne soit reconnue comme erronée, ni aucune déclaration de politique qu'elles n'aient toujours eu l'intention de violer, du moins dans sa lettre… »

Réactions arabes L'hostilité arabe au projet sioniste, que la Déclaration Balfour soutenait, n'est pas d'abord unanime. Antérieurement, des intellectuels arabes se félicitaient de l'arrivée de Juifs, pensant qu'ils apportaient la main-d'œuvre, les techniques et le capital nécessaire au développement de la Palestine, voire un appui contre le pouvoir turc honni. Da'ud Barakat, rédacteur du journal égyptien Al Ahram, écrivait : . Envoyé par le mouvement sioniste pour mener des négociations avec notamment des acteurs du Congrès général arabe, Sami Hochberg, éditeur d'un quotidienLe Jeune Turc. de Constantinople, parvient à un accord verbal avec le Parti de la Décentralisation du Caire et le Comité de la Réforme de Salim Ali Salam à Beyrouth. Il rapporte que sur une vingtaine de personnalités arabes rencontrées, deux seulement se déclaraient opposées à toute immigration juiveCentral Zionist Archives, Z3/114, S. Hochberg, 17-05-1913..

vignette|230px|Weizmann et Fayçal (1918). vignette|Mémorandum britannique à la conférence de Paris pour la délimitation des frontières.

Durant la Première Guerre mondiale, Kalvarisky témoigne de fréquentes entraides entre Juifs et Arabes, qui n'étaient guère mieux traités par les Turcs. Après la Déclaration Balfour, le chérif de La Mecque Hussein publie dans un journal de La Mecque que Journal Al Qibla, 23 mars 1918 (deux mois après que Hussein ait été officiellement informé de la Déclaration Balfour), cité par .. À Jérusalem, le mufti participa à la pose de la première pierre de l'université hébraïque au mont Scopus.